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 Eternel Passé

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Polly

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MessageSujet: Eternel Passé   Mar 20 Fév - 1:05

Auteur : PoLLy
Genre : Post-Requiem...
Time-Line : on oublie les saison 8 et 9, on se retrouve 5ans après la saison 7!
Résumé : Scully a continué sa vie sans Mulder, suite à abduction, mais un jour... tout change encore une fois...
Disclaimers : Comme d'hab', CC il a tout pour lui d'abord!!


Eternel Passé


Tout était sur la table, un bol de chocolat chaud se trouvait encore dans le micro-ondes et elle tartinait patiemment deux tranches de pains avec du beurre. Avant de sortir de la cuisine, elle versa du jus d’orange dans un verre et alluma la cafetière.
Un coup d’œil à sa montre lui indiqua que si elle n’accélérait pas les choses, la journée commencerait en retard. D’une main, elle glissa une mèche de cheveux derrière son oreille puis traversa le salon en direction des escaliers. Malheureusement, ce fut à cet instant que le téléphone retentit, l’obligeant à faire demi-tour pour décrocher le combiné.


« Allo ? » Fit-elle, s’efforçant d’être la plus neutre possible, elle s’assit sur l’accoudoir du sofa.

« Dana, ici Walter. » Se présenta son interlocuteur, l’hésitation évidente dans sa voix.

« Walter ? Est-ce que tout va bien. » Demanda-t-elle instantanément, le connaissant trop bien pour savoir que son comportement n’était pas normal.

« Dana, je crois qu’on l’a retrouvé. » Il avait l’air partagé entre l’espoir et le doute.

Comme à chaque fois qu’elle recevait ce type de coup de fil, les jambes de Scully fléchirent et elle se félicita d’avoir eu l’idée de s’asseoir. Elle tenait le téléphone contre son oreille, soupirant longuement et jouant nerveusement avec l’ourlet de sa veste. Combien de fois l’avait-il appelée pour lui communiquer de genre d’information ? Bien sûr, elle n’avait jamais perdu cette petite flamme au fond d’elle, qui chamboulait son cœur et lui donnait l’espoir indomptable qu’un jour, oui, un jour elle recroiserait son regard. Malgré tout, le temps s’écoulait peu à peu et sa vie reprenait son cours, évoluant chaque fois un peu plus. Elle avait quitté le FBI, préférant s’offrir une atmosphère plus rassurante et s’était établie dans une petite ville qui côtoyait Washington. Mulder n’étant plus là, Scully avait réalisé qu’elle n’était pas seule pour autant.


« Walter… Vous… » Balbutia-t-elle, comme toujours, elle ne savait quelle attitude adopter.

Depuis le temps qu’ils se connaissaient, les épreuves les avaient poussés à se rapprocher. Ils s’appelaient désormais par leurs prénoms mais la barrière du vouvoiement les séparait inéluctablement. Ils en étaient conscients et la situation leur convenait tout à fait, aucun ne souhaitant y modifier quoi que ce soit.

« Dana, je ne vous en ai pas parlé avant parce que je connais votre position. Mais j’ai reçu une photo et… il est terriblement différent… Je suis persuadé que c’est lui. » Insista Walter, il était convaincu de ses allégations, le cliché était plus que troublant.

« Je ne sais pas si je peux encore affronter ça. » Se confia Scully, elle changea d’expression quand son regard se posa sur les marches devant elle.

De sa place, elle raidit son dos et s’éclaircit la gorge, effaçant toute trace d’émotion. A l’autre bout de la ligne, elle entendit Walter qui remuait un amas de feuilles et fronça les sourcils en se demandant ce qu’il lui préparait.


« Dana, je vous attendrai à Dulles, l’avion décolle à midi. » Ordonna-t-il sans détour, il voulait lui empêcher toute alternative.

Scully expira discrètement, maudissant son ami pour lui imposer une telle décision. Néanmoins, elle souriait intérieurement, il lui parlait comme elle en avait besoin et ne s’apitoyait pas sur son sort comme beaucoup se plaisaient à le faire quand ils apprenaient son passé. Il représentait une bouée de secours pour elle, maintenant sa tête à la surface de l’eau quand elle n’avait qu’une seule envie, celle de se laisser emporter par le courant jusqu’à être submergée par la douleur et le chagrin. Grâce à lui, elle allait toujours de l’avant et se renforçait de jour en jour.

Replaçant le téléphone dans son socle, elle se tourna de nouveau vers les escaliers où se trouvait un petit garçon aux cheveux bruns adorablement ébouriffés. Déjà cinq ans se dit Scully en le rejoignant, l’observant avec amour alors qu’il glissait maladroitement son tee-shirt dans son pantalon en jean.


« Laisse-moi faire mon Ange. » Suggéra-t-elle en l’aidant à finir de s’habiller correctement.

Elle ne pu résister au plaisir de caresser ses cheveux, s’attardant sur sa nuque fine et douce. L’attirant contre elle, il passa ses petits bras autour de son cou et ils se câlinèrent quelques secondes, s’échangeant force et amour.


« Tu vas bien maman ? » S’enquit le jeune garçon, il n’avait pas manqué les yeux brillants de sa mère avant qu’elle ne l’étreigne.

Cette émotion réprimée ne lui était pas inconnue, mais d’habitude, elle pointait le bout de son nez en soirée. Il était jeune et ne comprenait pas tout, pourtant il lui arrivait souvent le soir de se relever pour aller aux toilettes et d’entendre sa mère sangloter dans sa chambre. Jusqu’à la veille, il n’avait osé la rejoindre, trop timide ou trop jeune pour savoir comment réagir. Quand il avait traversé le couloir cette fois, la porte était restée entrouverte et il avait jeté un petit coup d’œil. Scully lui tournait alors le dos mais ses épaules tremblaient sous l’assaut de son chagrin. Cette image avait fait naître les pleurs de l’enfant qui s’était réfugié dans les bras maternels de la jeune femme. Au premier abord, elle avait été gênée qu’il la voie dans un tel état, cependant son petit corps frêle et aimant lui apportait tant de réconfort qu’elle s’était laissée aller et leurs larmes avaient coulé pendant des heures. Le sommeil les avait ensuite emporté dans ses limbes, les tourmentant par d’affreux cauchemars qui les éreintèrent plus qu’autre chose.


« Ca va aller William. » Affirma Scully, frottant tendrement ses omoplates.

« Tu vas encore partir. » Devina-t-il à regret, malgré son jeune âge il déduisait toujours tout avec une clairvoyance déconcertante.

« Je suis désolée mon Ange… » Que pouvait-elle ajouter, il avait raison et lui faire mal lui déchirait le cœur. « On va finir de se préparer et j’irai te déposer à l’école, ta grand-mère viendra te chercher ce soir, d’accord ? » Leur manège était rôdé depuis des années.

D’un signe de tête il acquiesça doucement, il n’arrêta néanmoins à mi-chemin entre Scully et la porte de la cuisine. Faisant demi-tour, il haussa les épaules et se concentrait sur un point invisible qui se trouvait au sol.


« Mamie je l’aime, elle me fait toujours plein de cookies. C’est juste que t’es toujours triste quand tu reviens. » Il chuchotait timidement, attendant la réaction de sa mère avec appréhension.

Scully, pour sa part, n’osait plus dire un mot, prit de cours par ce constat accablant et désespérément vrai. Ses pieds étaient comme englués dans le sol et elle ne parvenait pas à remuer ne serait-ce que le petit doigt.


« Tu es obligée de partir ? » Questionna l’enfant sans entrain, sa voix fluette encore plus percutante.

« Oh William… » Murmura Scully, marchant jusqu’à lui pour s’effondrer à genoux et le serrer contre elle.

Ses propres déceptions étaient déjà difficiles à surmonter sans en plus avoir à lui infliger de telles souffrances par son mutisme obsessionnel. Jamais elle ne pourrait se résoudre à lui imposer ses visites infructueuses à l’hôpital. Cela le briserait sûrement de chaque fois imaginer son père en vie, pour qu’ensuite, cette illusion dérisoire lui soit de nouveau injustement arrachée. Même si c’était douloureux, William s’était pourtant montré d’un soutien inconditionnel et d’une force de caractère inébranlable. Il acceptait toujours ses départs inopinés sans discuter, arborant une petite moue qui fendrait le cœur de n’importe quelle brute.

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Dernière édition par le Mar 24 Avr - 0:15, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Eternel Passé   Mer 21 Fév - 2:21

Mulder avait laissé un vide incommensurable dans leurs vies mais ils avaient su aller de l’avant et tracer leur route tous les deux, s’épaulant mutuellement. Ce petit homme était un trésor à éduquer, sage et à l’écoute, toujours poli et intéressé. Sans oublier l’intelligence incroyable dont il faisait preuve au fil des ans, lui valant de sauter plusieurs classes jusqu’à se retrouver à l’école élémentaire ayant à peine atteint cinq ans. Scully remerciait le ciel de ce cadeau providentiel, sinon quoi, elle n’aurait probablement pas eu la force de se battre jour après jour. Elle n’aurait pas travaillé sans relâche afin de s’offrir ce cabinet médical et une maison digne de l’amour qu’elle portait à son fils. L’envie de tout abandonner avait été omniprésente mais William lui avait redonné le souffle de continuer, encore et encore.

« Maman ? » L’interpella William, l’extirpant de sa torpeur passagère. « Tu m’étouffes. » Lui fit-il remarquer, la poussant à desserrer son étreinte.

Scully sourit en se relevant, capturant sa petite main pour le conduire à la cuisine. Leurs doigts s’entremêlèrent, propulsant Scully dans l’un de ses nombreux souvenirs partagés avec Mulder. L’un couché sur un lit d’hôpital, l’autre à son chevet et tous deux liés par leurs paumes, se chargeant d’une énergie connue d’eux seuls.


« Allons prendre notre petit déjeuner avant d’être en retard » Proposa la jeune femme, suivie gaiement par un fils indéniablement adoré.

***


Depuis quand arpentait-elle ce couloir blanc et aseptisé ? Elle effectuait d’incessants aller et retour, maltraitant sans relâche sa lèvre inférieure, jusqu’à sentir le goût métallique du sang se distiller dans sa bouche. Mulder se trouvait dans une pièce adjacente, seul un mur et 5 années les séparaient encore. Trois jours qu’ils avaient réapparu, nu comme un vers au beau milieu d’un champ de blé, à quelques kilomètres d’Albany, Etat de New York. Il n’était pas sorti de son coma depuis lors, sauf quand Scully avait passé l’entrée de l’établissement. Comme s’il avait ressenti sa présence auprès de lui, le rappelant à la vie. Le médecin se trouvait à ses côtés, l’auscultant une dernière fois avant d’autoriser Scully à lui rendre visite. Tout semblait si simple, les nouvelles s’agençant les unes aux autres, ne lui laissant pas l’occasion d’assimiler tous ces évènements déstabilisants.

A peine quelques minutes après être arrivés à destination, Skinner en avait profité pour s’éclipser, prétextant un besoin soudain de caféine pour les aider tous les deux à tenir le coup. Scully n’était pas dupe, il ne supportait pas sa nervosité et ses appréhensions, il souffrait beaucoup pour elle. S’obligeant à respirer profondément, elle était sur le point de s’asseoir pour la énième fois quand le docteur vint à sa rencontre. Il la salua d’un signe de tête, calant le dossier de son patient sous son bras et cherchait visiblement ses mots suite à cette visite impromptue.


« M. Mulder est réveillé, mais je dois vous prévenir qu’il semble plutôt agité, il refuse de parler à qui que ce soit si ce n’est vous. » Conseilla-t-il d’un air hébété.

Déjà, il était reparti consulter d’autres malades, abandonnant Scully dans ce couloir impersonnel. Celle-ci ferma les yeux, prenant une longue inspiration afin de trouver le courage d’entrer dans la chambre. Tournant la poignée, la porte se déroba pour révéler une pièce amplement éclairée et majoritairement blanche, dirigeant instantanément son regard sur une masse de cheveux bruns et en bataille. Son cœur se serra et faillit éclater en mille morceaux quand leurs regards finirent par se connecter. Le temps se suspendit, lui coupant littéralement le souffle et comprimant ses poumons.


« Oh mon Dieu, Mulder… » Laissa-t-elle échapper, se retenant au dossier d’une chaise pour ne pas s’écrouler, tant ses jambes tremblaient dangereusement sous elle.

« Hey ! Scully ! Et bien alors, c’est l’odeur de l’hôpital qui te fait cet effet là ? Le comble pour un médecin ! » Plaisanta-t-il comme si de rien n’était.

Sa voix était étrangement rauque, comme abîmée de ne pas avoir été utilisée depuis si longtemps. Sur ses joues, elle pouvait discerner d’inquiétantes cicatrices de formes circulaires, trois sous chaque pommette, ornant sa peau d’hématomes bleutés peu rassurants. Scully remarqua également tes traces de contentions autour de ses poignets, indiquant qu’il avait bel et bien été retenu contre son gré. Son visage était affreusement pâle, à la limite de cette teinte livide qui caractérisait les cadavres qu’elle avait mainte fois disséqués. Cette constatation fit naître des picotements dans son bas ventre et la poussa à se balancer d’un pied sur l’autre de par le côté sordide de cette comparaison. Finalement, secouée comme une feuille un jour de grand vent, Scully marcha jusqu’au lit et ils s’enlacèrent de toutes leurs forces.

Mulder était étonné de la voir aussi touchée, elle qui aimait tant garder le contrôle de ses émotions. Mais il était trop heureux de la retrouver, de la serrer contre lui, retrouvant la fragrance délicate de son parfum. Il avait pourtant quelques questions à lui poser, à commencer par la raison pour laquelle il se trouvait pour la énième fois dans un lit d’hôpital. Il considérait sérieusement l’idée de s’offrir un forfait à l’année. Quelle bêtise avait-il encore commise pour atterrir ici et causer autant de souci à Scully ?


« Bon alors, qu’est-ce qui m’est encore arrivé ? Est-ce que Skinner m’a ramené d’Orégon ? » Demanda-t-il sans lâcher sa main.

« Oh, Mulder, je ne sais pas quoi te dire… Par où débuter… » Souffla-t-elle avec hésitation, essuyant les larmes qui dévalaient ses joues par dizaines.

« Pourquoi ai-je l’impression que quelque chose de grave vient de se produire ? » Ironisa-t-il, son amusement était évidement feint.

« Peut-être parce que c’est malheureusement le cas. » Répliqua Scully, elle se hissa sur le bord du matelas pour appuyer sa tête contre l’épaule de Mulder.

« Scully, quoi que ce soit, dis-le moi s’il te plaît ou c’est l’attente qui va m’achever. » la pressa-t-il en caressant son dos.

Ravalant difficilement sa salive, Scully se redressa quelque peu afin de capter son regard quand elle parlerait. Pour lui, ces 5ans n’avaient pas existé, ils étaient toujours deux collègues travaillant pour le FBI. Ils étaient également plus que des amis depuis plusieurs mois, ayant sauté le pas un soir d’hiver, après qu’ils se soient goinfrés de pop corn devant un film en noir et blanc. « Cadyshack » Dieu seul savait combien de voir elle avait revisionné ce long-métrage, retraçant leurs ébats à peine le générique de fin commencé. Sa gorge était sèche mais Scully retrouve une once de courage suffisante pour démarrer le compte à rebours qui menait à leur perte. Mulder l’interrompit à cet instant, loin de se douter de ce qui l’attendait réellement.


« Aller Scully, combien de temps j’ai disparu ? Trois mois ? Quatre ? » Estima-t-il en prenant en compte leurs changements physiques respectifs.

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MessageSujet: Re: Eternel Passé   Jeu 22 Fév - 18:35

« Mulder, tu as disparu depuis bien plus longtemps que ce que tu ne crois. » Balbutia-t-elle pour préparer le terrain de son mieux.

Comment annoncer à quelqu’un que cinq années de sa vie ont disparu dans un gouffre indécelable ? Comment lui révéler que le monde a continué de tourner pendant son absence ? Scully supposait à raison qu’il ne devait pas exister de méthode toute faite dans ce genre de circonstances.

Mulder quant à lui appréhendait la réponse de la jeune femme, ses doigts se crispant dans son dos raidit par la tension qui les couvrait tous deux. Bien sûr, elle semblait différente de l’image qu’il avait chérie dans ses souvenirs. Les cheveux de son amie avaient gardé cette teinte sublime et flamboyante mais ils avaient aussi pris une longueur vertigineuse. Il aimait cela car il pouvait ainsi passer ses mains dans leur douceur satinée. Un autre détail avait attiré son attention, il s’agissait de ces petites rides qui étaient nées aux coins de ses yeux. Elles lui allaient à ravir, lui donnant une maturité sensuelle et élégante. Elle était une femme absolument superbe et renversante, même si elle devait sûrement haïr ces petits traits qui ne faisaient qu’accentuer son charme indéniable.

Cependant, ce qui avait surpris Mulder au premier abord étaient ses yeux qu’il avait connus si éclatants et profonds. Désormais, la lueur qui les animait autrefois s’était diluée en un nuage sombre, recouvrant ses iris tel un ciel couvert. Le bleu azuréen était devenu marine, perturbé et anxieux, comme dans l’attente d’un signal pour revêtir leur plus somptueuse parure.


« Mulder… Tu… » Scully bredouilla du bout des lèvres, interrompant son intense réflexion. « Tu es parti… 5ans. » Révéla-t-elle enfin, plongeant son regard dans le sien pour jauger sa réaction et adopter le comportement adéquat.

Un rouleau compresseur le laissant pantois. Une chute à plat dos qui vous écrase les poumons et vous ôte toute forme d’oxygène pendant plusieurs secondes. Un voile noir qui vous couvre le visage pour vous faire lentement mais sûrement suffoquer, recherchant désespérément une échappatoire. Des fourmis qui vous montent des pieds, se propageant tout le long de votre corps pour terminer par l’extrémité de vos doigts. Chaque vaisseau de chaque membre qui cède sous l’insoutenable pression sanguine que les battements affolés de votre cœur leur infligent. La sensation irrépressible que l’on plonge dans un bain rempli de glace pour vous maintenir la tête sous la surface et attendre votre inévitable mort.


« Mulder ? » Se risqua Scully, soucieuse de le voir paralysé par son mutisme, il tremblait cependant de partout.

« Je… » Fit-il en se redressant pour lui tourner le dos, les pieds pendant de son lit et une main sur sa gorge contrite. « Je ne sais pas quoi dire. » Répondit Mulder, le souffle court.

« Je comprends, est-ce que… Est-ce que tu veux que je te laisse seul afin de… » Elle tressaillit, faisant mine de s’éloigner mais à contre cœur.

Contre toute attente, la main de Mulder surgit de nulle part, encerclant son avant-bras, l’empêchant d’aller plus loin et son geste l’immobilisa totalement.


« Reste… S’il te plaît. » La supplia-t-il presque, il était perdu.

Scully n’ajouta pas un mot, se réfugiant dans ses bras aussi bien pour le rassurer lui que pour obtenir son propre réconfort. Elle le recouvrit bien vite comme une chaude couverture, leurs jambes s’entremêlant instinctivement. Quel plaisir de sentir sa peau et d’avoir sa barbe naissante qui caressait sa joue et l’irritait peu à peu. Quel doux sentiment que d’avoir ce corps masculin autour de soi et qui malgré sa fragilité, vous redonne toute la sécurité dont vous avez manqué pendant cinq longues et interminables années. Les doigts de la jeune femme parcouraient partiellement ses cicatrices, les observant avec admiration et angoisse mélangées. Scully inspira profondément, remplissant ses sinus de ce parfum corporel si familier qui avait le don de la troubler en un instant. Telle une adolescente victime de son premier coup de foudre, elle tressaillait sous l’étreinte amoureuse de son homme. Son combattant revenu de l’enfer.

Plusieurs heures s’écoulèrent dans un silence apaisant. Mulder la serrait comme on se retient au bord d’une falaise pour ne pas chuter et disparaître dans les méandres de l’inconnu. Pour sa part, Scully se demandait comment les choses allaient bien pouvoir évoluer à partir de là. Ses pensées ne purent réellement s’enchaîner car quelqu’un frappa à la porte, les tirant tous les deux de cette atonie passagère.


« Entrez. » Autorisa Mulder en relâchant Scully pour qu’elle puisse se rasseoir correctement au bord du lit.

Ils échangèrent un regard plein de promesses, celles de se retrouver aussi vite que possible et de ne plus jamais se quitter l’un l’autre. Pour le moment, ils se reconcentrèrent sur l’intrus qui pénétra la chambre, ils furent soulagés de constater qu’il ne s’agissait que de Skinner. Mulder étendit le bras mais sa main s’entrechoqua à celle de Scully qui avait eu le même réflexe, souhaitant allumer la lampe de chevet pour y voir plus clair. La pièce s’était considérablement assombrie, le soleil avait décidé de jouer quelques temps avec les nuages avant de finalement se coucher tranquillement.


« Mulder. » Le salua-t-il de manière tout à fait formelle, lui serrant la main avec un demi-sourire. « Je ne sais pas ce que l’on est sensé dire dans ces circonstances. » S’excusa-t-il, haussant quelque peu les épaules.

« Je ne pense pas qu’il y ait de protocole établi. » Reconnut Mulder, il essayait d’alléger la conversation par tous les moyens.

« C’est incroyable de vous revoir. Est-ce que les médecins vous ont parlé ? » S’enquit-il en restant debout, il ne comptait pas s’éterniser trop longtemps.

« Oui, ils ont dit que c’était un miracle compte tenu de toutes mes traces d’incisions et de chirurgie interne. » Expliqua Mulder en serrant la main de Scully dans la sienne pour se charger de sa force.

« Je demanderai au médecin de pratiquer une biopsie sur tes cicatrices, peut-être que l’on pourra en tirer quelque chose. » Suggéra Scully, sondant son regard qui l’évitait légèrement.

« Ils vont vouloir me faire subir toute une batterie de tests je présume. » Se douta Mulder, il baissa la tête Scully vit ses paupières s’abaisser, comme pour indiquer qu’il se souvenait de quelque chose mais ne souhaitait pas le partager.

« Seulement si tu le décides Mulder, je ne te force à rien, si tu veux rentrer au plus vite, je te ramènerai… Je sais ce que tu ressens n’oublie pas… » Essaya-t-elle de lui rappeler, des flashs désagréables emplissant sa mémoire.

« Cinq ans Scully, tu as disparu 3 mois… Je ne crois pas que ce soit tout à fait comparable. » Répliqua-t-il durement, trop durement à leur goût.

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MessageSujet: Re: Eternel Passé   Dim 25 Fév - 1:14

Scully savait combien ces tests pouvaient vous donner l’impression d’être réduit à l’état de cobaye pour la seconde fois, pris au piège dans un laboratoire effrayant. Ses réticences étaient excusables, tout comme le ton de sa voix, elle ne lui en voudrait pas. De son côté, Skinner lui fit signe de le suivre pour discuter à l’écart dans le couloir.

Se retournant pour avertir Mulder de son départ, elle le trouva dos à elle, à observer l’extérieur sans prêter plus d’attention à son environnement. L’éloignement lui semblait déjà désespérément difficile mais elle s’exécuta, emboîtant le pas à Skinner.

Dans le couloir, ils se dirigèrent vers les sièges qui longeaient les chambres et décidèrent de s’asseoir d’un commun accord. Skinner la scrutait avec une pointe d’appréhension, mêlée à l’inquiétude qu’il éprouvait pour une femme à laquelle il tenait beaucoup.

Ces retrouvailles l’avaient laissée fragiles, emplie de doutes et d’interrogations qui mettraient sûrement longtemps avant d’obtenir des réponses. Découvrir seulement 5 ans plus tard que l’homme de sa vie, celui avec qui on se voyait déjà finir ses jours, le père de son enfant… respire encore le même air que soi. Tout était bouleversé pour Mulder, mais Scully avait elle-même de la peine à digérer ce flot d’informations.

Bien qu’elle s’y prenne avec beaucoup d’avance, elle ne pouvait s’empêcher d’imaginer la suite des évènements. Mulder rentrerait-il avec eux à Washington, ou resterait-il ici à New York ? Et même s’il les accompagnait, retrouverait-il sa place au creux de son lit ou choisirait-il de dormir à l’hôtel ? Essaierait-il de reprendre sa place au FBI ? Chercherait-il un autre emploi ?

Scully ne contrôlait plus les tremblements dans ses mains alors elle les joignit et serra ses doigts très fort. Mordillant ses lèvres et bloquant sa mâchoire, elle tentait sans succès de réprimer les larmes qui menaçaient sérieusement de s’échapper pour dévaler ses joues. Ce fut à cet instant que Skinner remarqua l’état dans lequel à se trouvait et le trop plein d‘émotion qui s’abattait enfin sur elle, à l’abri des regards. Il ne prononça pas un mot quand il se rapprocha d’elle, passant un bras autour de sa taille et la forçant à accepter sa compassion.

Ce fut suffisant pour la faire craquer, les vannes cédèrent sous l’accumulation de ces évènements incongrus et Scully ne pu se retenir. Encerclant le cou de son ami, elle pleura, s’abandonnant à une joie inexprimable et une tension à laquelle à elle ne pouvait plus faire face. Cependant, elle se reprit au bout de quelques courtes minutes, épongeant ses joues rougies par l’embarras d’un revers de main.


« Dana, est-ce que ça va aller ? » S’enquit-il, peut-être avait-elle besoin de plus de temps ?

« Je crois… Je suis comme Mulder, je n’arrive pas encore à réaliser qu’il est bel et bien là. Quelque part, j’avais dû me faire à l’idée de ne plus jamais le revoir mais une partie de moi restait comme en veille et maintenant qu’il est là… J’ai l’impression de m’être prise un seau d’eau froide en plein visage. » Se confia Scully, la gorge encore étreinte par l’émotion.

« Telle que je vous connais, je suis sûr que tout va vite rentrer dans l’ordre. » La rassura-t-il avec une conviction indubitable.

« Walter… Il y a quelque chose que vous n’avez pas compris, que vous ne savez pas… Ca m’est aussi arrivé mais je n’avais disparu que quelques semaines. Mulder, il… Pour lui, rien n’a changé, son départ pour l’Oregon, ses derniers souvenirs, pour lui, c’est comme si c’était hier. » Souffla-t-elle, retenant de nouvelles larmes avec toute la volonté du monde.

« Vous… Vous voulez dire que pour lui, ces 5 ans n’ont pas existé ? » Questionna-t-elle, visiblement interloqué.

Scully ne pu qu’acquiescer, sa voix perdue au fond d’elle et retenue en otage par une bague de chagrin insurmontable. Encore une fois, elle se réfugia dans ses bras mais elle ne pleura pas, il lui transmettait simplement une énergie positive et bienfaisante. La découvrir si déstabilisée surprenait Skinner car il la savait forte et emplie de pudeur. Quelque part, il se sentait flatté que ces 5 années les aient autant rapprochés. Quelle n’avait pas été sa joie d’apprendre, à la naissance de William, que Dana souhaitait faire de lui son oncle ? En effet, malgré l’amour qu’elle vouait à ses frères, Charly voyageait trop pour être capable de s’occuper un enfant si quelque chose de grave venait à arriver à la jeune femme. En ce qui concernait Bill, leurs relations s’étaient considérablement envenimées quand elle lui avait annoncé sa grossesse. Pour lui, elle attendait l’enfant d’un homme qu’il estimait parfaitement indigne de sa sœur. Sans mentionner le fait que les décisions de Dana avaient eu tout autant de mal à passer : elle avait ouvertement exprimé son envie de non seulement garder William mais aussi de l’élever toute seule. Bill étant un profond catholique, il avait refusé cette idée d’entrée et le lui faisait cher payer en ignorant toutes ses tentatives de paix.


« Walter… Il… Il ne savait même pas que j’étais enceinte… » Articula-t-elle entre deux hoquets.

« Oh, Dana… » Chuchota-t-il, frottant son dos en signe de réconfort.

Quand elle se sentit mieux, Scully se redressa et effectua quelques pas pour se dégourdir les jambes. Penchant sa tête en arrière, elle se concentra sur sa respiration, essayant de la contrôler au mieux et de détendre tous ses muscles. Le besoin de retrouver Mulder se fit trop insistant alors elle esquissa un sourire reconnaissant à Skinner avant d’entrouvrir la porte.


« Dana, il a appelé mais vous aviez éteint votre portable. Il m’a dit de vous dire qu’il vous aimait et que vous lui manquiez. » Lui communiqua Skinner avec sympathie.

« Lui aussi me manque. » Répondit-elle, disparaissant dans la pièce en un clin d’œil.

Mulder se trouvait toujours dos à elle, dissimulant son mal-être suite à ce qu’il venait de découvrir. Ce que Scully ignorait, c’est qu’il avait été témoin de ses derniers mots et que malheureusement, son interprétation était quelque peu faussée. Qui était cet homme qui lui manquait et qui l’aimait ?

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MessageSujet: Re: Eternel Passé   Dim 25 Fév - 17:41

Il se maudissait intérieurement, en cinq ans, bien des choses avaient dû se passer. Peut-être s’était-elle mariée ? Peut-être avait-elle une famille qui l’attendait quelque part ? Etait-ce alors une simple visite d’adieu ? Un moyen d’alléger sa conscience pour l’avoir effacé de sa vie ? Avait-elle abandonné tout espoir de le retrouver un jour ?

Tout à goût un désagréable goût de bile lui monta à la gorge, apportant un froid et une crainte irrépressibles. Il se força à respirer normalement, espérant qu’elle le croie endormi.


« Mulder ? » L’appela Dana, marchant jusqu’au lit à pas de loup.

Les yeux hermétiquement clos, il sentit sa présence au dessus de lui, comme si elle se penchait légèrement afin d’étudier les traits de son visage. Il fit tout son possible pour ne pas fléchir et rester parfaitement immobile quand ses cheveux caressèrent la peau de sa joue.

Elle saisit rapidement la subtilité et décida de s’asseoir dans une chaise à ses côtés sans lâcher sa main. Mulder voulut lutter contre le sommeil pour profiter de ce contact avec Scully mais il finit par y céder, espérant à contre cœur qu’elle ne serait plus là quand il se réveillerait.


***


« Mulder, je crois qu’il est temps que l’on parle. » Annonça Scully, pendant qu’une infirmière déposait un plateau repas sur ses genoux.

« Scully, je ne suis pas sûr que… » Commença-t-il avant que la main de Scully ne vienne l’interrompre.

« J’ai parlé avec le médecin et il m’a conseillé d’avoir cette conversation avec toi, il s’inquiète pour ton moral et moi aussi. » Expliqua Scully, s’asseyant sur le bord du matelas.

« Je ne suis pas en dépression, il faut juste que j’assimile tout ça, je me suis réveillé il n’y a que deux jours et cinq ans ont passé. » Souligna Mulder avec une rancœur apparente.

« Justement, il faut que tu te fixes des objectifs, que tu penses à ces prochains jours. » Affirma-t-elle, soulevant la fourchette pour le nourrir puisqu’il refusait de s’alimenter lui-même.


« Scully, fiche-moi la paix et vas retrouver ta vie tu veux bien ? » S’emporta soudainement Mulder, projetant le plateau à travers la pièce.

La jeune femme sursauta violement, étonnée de le voir démontrer un tel accès de colère. Debout à un mètre de lui, elle vérifia qu’il n’avait pas arraché sa perfusion, malheureusement, un léger filet de sang parcourait son bras, lui indiquant que c’était le cas. Scully voulait le calmer, le persuader qu’elle ne voulait que son bien, mais le voir tourner tel un lion en cage la fit changer d’avis. Il murmurait des paroles à la fois incohérente et inaudibles la plupart du temps. Il marmonnait tout en se tenant la tête et arpentant la pièce nerveusement. Son comportement éveillait de plus en plus l’inquiétude de Scully qui leva les mains pour se montrer inoffensive.


« Mulder, s’il te plaît. Calme-toi, si tu ne veux pas parler, très bien, mais laisse-moi au moins remettre ta perfusion en place. Après je m’en irai. » Promit-elle, son ton mal assuré.

Tout au fond d’elle-même, Scully savait parfaitement que jamais Mulder ne lèverait la main sur elle mais son état était devenu si imprévisible. Sans un mot, il acquiesça et retourna s’asseoir au bord du lit.

Les tiroirs de la commode regorgeaient de compresses et autre matériel médical, offrant ce dont Scully avait besoin pour nettoyer la plaie de Mulder et lui poser une nouvelle perfusion. Tandis qu’elle s’affairait sur son bras, elle sentit le regard froid de Mulder sur elle, comme s’il la repoussait avec une force invisible. Elle était de trop, il ne voulait pas d’elle ici pour le moment alors elle lui laisserait quelques temps pour se retrouver.

***


Elle frappa trois petits coups secs à la porte, priant pour qu’il ne la renvoie pas comme les trois fois précédentes. Il refusait de voir qui que ce soit, de Skinner aux médecins, en passant par elle, bien entendu. Ne percevant pas de réponse, elle s’arma de courage et entra contre son gré.

Chaque fois, il avait le regard tourné vers l’extérieur, préférant se concentrer sur le ciel gris de New-York plutôt que sur les nouveaux arrivants. Scully comprit que de toute façon, elle n’aurait pas son entière attention.


« Mulder, au cas où ça t’intéresserait, tes résultats de tests sanguins et de biopsie sont arrivés et ils sont tous négatifs. » L’informa Scully, déposant le dossier sur la table de chevet.

« Merci. » Répliqua-t-il simplement sans lever les yeux.

Scully soupira, sa mauvaise humeur commençait à se répandre à tout le service tellement il tait désagréable avec infirmières et médecins.


« Mulder… Je… »

« Scully, qu’est-ce que tu fiches ici au juste ? » Demanda-t-il sèchement, lui coupant la parole.

« Comment est-ce que tu peux me demander ça Mulder ? Tu sais que je ne t’abandonnerai jamais, que je t’ai toujours épaulé de mon mieux. » Tenta de le raisonner Scully, ne voyant absolument pas où il voulait en venir.

« Tu ne comprends pas… Je ne veux pas perturber la stabilité que tu as trouvée dans ta vie en mon absence. Tu devrais certainement être ailleurs en ce moment au lieu de t’occuper de moi comme tu le fais. Retourne à ta vie Scully, ne te fais pas de souci pour moi et fais… »

« Non, je t’interdis de terminer cette phrase, je serais incapable de faire comme si tu n’existais pas. Tu es là, bel et bien vivant et en bonne santé physique qui plus est. Si tu crois que je peux t’oublier alors tu te mets le doigt dans l’œil. » Rétorqua Scully avant que quelqu’un ne s’éclaircisse la gorge dans son dos.

Cette intrusion inopinée les obligea à détacher leurs regards l’un de l’autre, à regrets. Dans l’encadrement de la porte se tenait un infirmière qui semblait plutôt gênée d’avoir interrompu leur conversation de la sorte.


« Pardonnez-moi, j’ai frappé mais vous ne m’avez pas entendue. Il y a un certain William au téléphone pour vous Mlle Scully. » Les informa-t-elle avant de s’éclipser en un éclair.

« Je… » Articula Scully avec peine, elle n’avait toujours pas trouvé la façon de parler à Mulder de ce détail plus qu’important sans le traumatiser davantage.

« Vas-y Scully, ne le fais pas attendre. » Maugréa-t-il entre ses dents, offrant l’image implacable de la neutralité.

Quand elle eut fermé la porte, la façade inébranlable de Mulder se fendit en milliers de morceaux. Il était brisé intérieurement, imaginant Scully dans les bras d’un autre, il s’écroula sur le lit. Les larmes dévalèrent ses joues jusqu’à s’échouer sur le tissu blanc de l’oreiller, traçant sur sa peau des sillons inconsolables. Il avait bien vu son visage s’éclairer à l’évocation de ce prénom, une lueur indescriptible avait traversé son regard, l’une de celles dont il avait été rarement le témoin. Un souvenir lui remonta en mémoire, un instant bien plus proche pour lui qu’il ne l’était pour elle. Ce jour où il avait trouvé la force de déposer ses lèvres sur celles bien plus délicates de Scully.

Il se rappela ce couloir d’hôpital, cette télévision où rayonnaient les lumières qui signifiaient la nouvelle année. Ce simple geste qu’il s’était refusé si longtemps avait non seulement scellé leurs corps, mais également leurs esprits. Ensemble ils étaient rentrés, ensemble ils avaient passé une nuit qui resterait à jamais marqué dans son esprit. Des ébats emplis d’affection, de tendresse et de douceur envahirent sa vision, ses mains frôlant une peau insolemment douce et brûlante désir… La bouche de la jeune femme, parcourant chaque parcelle dénudée de son corps, abandonnant une rivière de sensations qui le firent encore frissonner, cinq ans après… Pour lui ce jour était si proche, quelques semaines, rien de plus…

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MessageSujet: Re: Eternel Passé   Lun 26 Fév - 3:03

Le dos plaqué contre la porte, Scully laissa échapper son souffle pendant de longues secondes. Que s’imaginait-il ? Qu’elle avait refait sa vie ? Qu’elle pourrait oublier tout l’amour qu’il lui avait apporté en seulement quelques semaines ? Qu’il lui avait lui redonné le sourire qu’elle avait fini par perdre au fil des jours et des décès de ses proches ? Qu’elle avait enfin cédé à ses émotions, se laissant protéger par ses bras forts et sécurisant aux creux de nuits exaltantes ? D’un pas tremblant, elle se rendit jusqu’à la réception et porta le combiné à son oreille.

« Allo ? » Fit Scully, elle essayait de contrôler sa réaction mais sans résultat.

« Maman ? » Répondit la petite voix de son fils, à l’autre bout du fil.

« Oh William, mon ange, est-ce que tu vas bien ? » Demanda-t-elle, elle ne souhaitait qu’une chose, se changer les idées.

« Oui maman, avec mamie on vient de faire une montagne de cookies mais elle veut pas en manger… Elle dit qu’elle veut avoir une ligne. » Lui raconta l’enfant avec enthousiasme, faisant naître un frêle sourire sur les lèvres de sa mère.

« Alors gardez-en quelques uns pour moi d’accord ? Je ne voudrais pas que vous tombiez tous les deux malades. » Suggéra la jeune femme alors qu’elle levait sa main pour essuyer les larmes dans ses yeux.

« Je sais pas s’il en restera ! » Lança-t-il en riant. « Maman, tu pleurs ? » Reprit-il plus sérieusement.

« Non, non mon ange, tout va bien. Est-ce que tu peux me passer mamie Maggie s’il te plaît ? » Demanda-t-elle avant de craquer entièrement.

« Je t’aime maman, tu me manques, j’ai dit ça à tonton Walt. » Lui confia le petit garçon avec fierté.

« Moi aussi je t’aime William, plus fort que tout. » Murmura-t-elle, comprenant que la fin de sa phrase était tombée dans l’oubli quand ce fut la voix de Margaret qu’elle discerna sur la ligne.

Dissimuler ses émotions à son fils était une chose, un enfant aussi jeune ne pouvait tout comprendre et lui vouait une confiance sans bornes. Mais sa mère, elle saurait immédiatement que quelque chose n’allait pas, qu’elle souffrait le martyre même si sa douleur était invisible aux yeux. Sa souffrance était évidente pour sa mère, une seule parole et elle devinerait son état, bien qu’elle n’y ferait aucune allusion directe. Non, sa mère était une personne trop forte et généreuse pour laisser quelqu’un s’effondrer, elle lui procurerait le courage qu’il lui manquait encore, du moins, Scully l’espérait de tout son cœur.


« Dana ? Ma chérie, est-ce que ça va ? » S’enquit immédiatement sa mère, l’angoisse perceptible dans ses mots.

« Oui, oui maman… Tout va s’arranger j’en suis sûre. » Affirma Scully en reniflant discrètement, effaçant toute trace de faiblesse.

« Walter m’a dit qu’il s’agissait bien de Mulder cette fois et qu’il était en bonne santé. » L’informa Margaret pour faciliter les choses à sa fille.

« Oui, physiquement… Il est au mieux de sa forme… Mais je ne sais pas si cela va durer étant donné qu’il refuse de se nourrir. » Avoua Scully pendant qu’elle observait les infirmières se hâter autour d’elle.

« Il faut lui laisser un peu de temps Dana, toi-même il t’a fallu quelques temps quand… Il doit juste se remettre en phase avec lui-même et avec cette famille qu’il se découvre. » La rassura gentiment Margaret, ne se doutant pas de la vérité.

« Justement, maman… Je… » Bafouilla Scully, n’osant révéler une telle information.

« Tu n’as pas pu lui dire ? » Devina-t-elle instinctivement, sa phrase ne comportant pas le moindre jugement.

« Non… Il a été si bouleversé au début d’apprendre que tant de temps s’était écoulé et après… Il m’a repoussée… Je ne sais pas quoi faire maman. Si je ne le lui dis pas tout de suite, le jour où il saura qu’il a un fils il m’en voudra de le lui avoir caché si longtemps. Et si je le lui dis maintenant, j’ai peur que son cœur ne tienne pas le choc. » Expliqua Scully en sentant les larmes ravager une fois de plus son visage crispé.

Ses doigts s’enroulaient autour du fil du combiné, encore et encore. Le personnel qui la croisait posait sur elle des regards compatissants, tous au courant du miracle qui venait de se produire dans la chambre 188 mais en ignorant la réelle portée. Que devait-elle faire désormais ? A part lui offrir la Vérité qu’il avait toujours tant désirée, elle n’avait pas d’autre choix.


« Dana, William et moi prendrons un avion ce soir et nous arriverons dans la soirée, d’accord ? » Déclara Margaret avec certitude.

« Non, maman, je peux m’en sortir… » Hésita Scully, elle était assez forte pour le faire elle-même après tout, elle n’avait pas besoin de spectateurs.

« Tu ne penses pas que quand il le saura, il voudra le voir immédiatement ? Dana, Fox a déjà manqué 5 ans de la vie de son fils, ne recule pas davantage cette échéance. » Lui conseilla-t-elle avec bienveillance, sa voix n’étant plus qu’un murmure pour éviter à William de participer à la conversation.

« Si… Je comprends… Tu as raison… Embrasse William de ma part. » Céda Scully avant de raccrocher subitement.

Marchant d’un pas las et fatigué, elle s’échoua dans une chaise, le visage enfoui dans ses mains. Ses cheveux recouvraient ses joues et fermant les yeux, elle réfléchit profondément. Quels mots seraient les mieux adaptés ? Il lui fallait trouver la façon d’aborder le sujet en douceur, de lui transmettre les informations au fur et à mesure jusqu’à ce point culminant qui déciderait de leur avenir. Elle était consciente de l’état de Mulder, il ne voulait plus d’elle à ses côtés alors accepterait-il le fait d’être père ? L’avait-il seulement souhaité ?

Scully secouant la tête, résolue jusqu’au bout des ongles. Bien sûr qu’à l’époque il avait désiré cet enfant, pour elle et pour lui. Ils avaient essayé l’expérience infructueuse et impersonnelle de l’insémination in vitro... Et puis, finalement, la nature avait été plus déterminée, elle leur avait accordé ce miracle par la manière la plus simple et charnelle qui soit.

Comment rester seule dans cet endroit sinistre où les médecins hâtés croisaient les patients qui n’avaient rien de plus intéressant à faire que de arpenter ces couloirs aseptisés ? Elle avait tellement envie que leurs vies reprennent leur cours, de retrouver non pas l’ami ou le collègue, mais l’amant fougueux et passionné ? De doux souvenirs flottaient en elle, ces fois où elle avait dû réfréner ses ardeurs dans des lieux peu adaptés à des ébats amoureux. Ou ce jour qu’ils avaient passé dans sa maison d’enfance à Martha’s Veyniard. Ils n’avaient pas quitté la demeure, trop occupés à faire l’amour, blottis sous une couette au salon, un feu de cheminée tamisant la pièce. Le rouge lui monta aux joues quand sa mémoire se montrait sans lacune, jamais elle n’avait été aussi entreprenante et inhibée. Et à en croire Mulder, cela avait été loin de lui déplaire. Finalement, elle décida de lui forcer la main, elle ne pouvait plus rester loin de lui après avoir imploré le ciel pendant cinq ans de le retrouver.


« Mulder ? » Fit-elle en passant la tête dans l’entrebâillement de la porte.

« Scully, s’il te plaît, ne rends pas les choses plus difficiles. » Lui demanda-t-il en soupirant exagérément.

« Pourquoi es-tu comme ça ? Pourquoi cette rancœur Mulder ? » L’interrogea-t-elle en venant jusqu’au pied du lit.

« Je suis désolé, c’est plus fort que moi. Je sais que je n’en ai pas le droit. Je sais que 5 ans c’est très long et je ne devrais pas penser ce que je pense… » Balbutia-t-il, visiblement déstabilisé.

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MessageSujet: Re: Eternel Passé   Mar 27 Fév - 20:42

« Penser ce que tu penses ? Mulder, est-ce que pour une fois tu pourrais être plus clair ? Je sais que les circonstances ont changé mais je suis toujours là, tu es revenu, tu vas bien… J’ai tellement prié, j’ai remué ciel et Terre. J’ai peut-être eu tort mais au bout de plusieurs années et du peu de résultat, mes forces s’essoufflaient… J’ai perdu ma place à Quantico parce que je ne me présentais même plus à mes cours… Je sais que cela a été très dur pour toi mais sache que tu n’es pas le seul à avoir souffert. » Lui fit-elle remarquer sans la moindre once de mépris.

« Je sais et tu as dû trouver une épaule sur laquelle te reposer, je comprends, j’ai juste du mal à l’accepter. Pourtant, c’est normal, je veux dire, nous deux, ça n’avait duré que 3 mois… Ce n’est pas comme si je t’avais épousée et demandé de m’attendre… » Déblatéra-t-il encore et encore sans relever l’expression totalement estomaquée de Scully.

« Mulder ? De quoi parles-tu ? » Se risqua-t-elle, le schéma prenant enfin forme dans son esprit.

« De ce William, tu avais besoin de quelqu’un qui puisse t’aimer et t’offrir la vie dont tu avais besoin, c’est normal. » Assura Mulder, bien qu’elle voyait facilement combien prononcer ces phrases lui arrachaient littéralement le cœur.

« William ? » Répéta Scully, le quiproquo s’éclaircissant enfin. « Oh mon Dieu Mulder… » Murmura-t-elle en fermant les yeux et venant s’asseoir au bord du matelas.

« Et oui, je t’ai entendue Scully. » Lui reprocha-t-il amèrement, il retira sa main quand elle voulut s’en emparer.

« Mulder, tu te trompes… » Bafouilla Scully, indécise, devait-elle lui en parler alors que leur fils était encore si loin ?

« Tu nous fais du mal à tous les deux Scully, vas le retrouver au lieu de chercher des justifications qui n’ont pas lieu d’être. » L’autorisa Mulder, il serrait la mâchoire et lui parlait froidement.

« Tu vas m’écouter à la fin ? » S’emporta Scully, quittant le lit pour rejoindre la fenêtre. « Il y a certaines facettes de ma vie que tu ignores… J’ai essayé de t’en parler car elles te concernent mais à voir la façon dont tu te comportais avec moi, je n’ai pas pu… » Commença-t-elle finalement, elle appréhendait tellement sa réaction.

Elle s’humidifia délicatement les lèvres et fit demi-tour pour capturer la main de Mulder avec une poigne ferme cependant déterminée.


« Scully, tu me fais peur… Qu’est-ce qui se passe ? C’est ton cancer ? » S’inquiéta immédiatement Mulder en voyant son air confus.

« Non, non je vais bien. Mulder, est-ce que tu te souviens des jours précédant ta disparition ? » Demanda-t-elle en se fustigeant elle-même, il devait s’en rappeler bien mieux qu’elle !

« Oui, tu étais restée à Washington pendant que Skinner et moi étions retournés à Belle Fleur parce que je pensais qu’ils reprenaient les personnes déjà enlevées auparavant. Manifestement, j’avais tort… » Reconnut-il en haussant les épaules.

« Oui, c’est ça… Je ne me sentais pas très bien… » Décrit-elle en revoyant plusieurs instants en flashs devant ses yeux.

Mulder hocha la tête une fois de plus, la voir si frêle et tremblante lui avait fait un choc. Elle était d’habitude si résistante et surtout, incapable de révéler sa douleur ou son désespoir. Mais cette nuit-là, elle s’était raccrochée à lui pour lui procurer le bien-être dont elle manquait. Il avait peiné à le croire, jamais elle ne s’était montrée si confiante et relaxée à ses côtés. Il avait encerclé son corps et murmuré des mots de réconfort à son oreille pendant plusieurs heures, attendant que le rythme de sa respiration indique qu’elle dormait paisiblement. Il s’était alors, et seulement, autorisé à céder au sommeil qui le guettait de près.


« Je ne vois pas ce que tu cherches à me dire Scully… » Répondit-il en s’imaginant toutes sortes d’hypothèses.

« A l’époque, tout aurait été tellement plus facile… Maintenant je ne sais pas comment le dire… » Murmura Scully, son pouce caressant la paume rugueuse de Mulder.

« Vas-y, je pense pouvoir tenir le coup, plus rien ne peut me surprendre à ce stade. » Plaisanta-t-il gentiment pour détendre l’atmosphère oppressante qui régnait dans la pièce.

« Je… J’avais des vertiges et la nausée… J’étais fatiguée… Je… »

« Tu étais enceinte ? » Devina Mulder, les yeux ronds comme des soucoupes.

Scully ne pu qu’acquiescer en silence et fixer intensément Mulder pour jauger ses réactions. Il émit un brusque souffle, comme s’il s’était pris un coup dans l’estomac. Milles et unes questions illuminèrent son visage et pourtant, il n’en posa qu’une seule.


« Est-ce que… Est-ce qu’il est arrivé à terme ? Est-ce qu’il est vivant ? » Se risqua-t-il enfin, resserrant l’étreinte de leurs mains.

« Oui, il est en parfaite santé. » Le rassura la jeune femme, soulagée de voir qu’elle ne lui avait pas provoqué une syncope.

« Alors, c’est lui… William ? » Supposa-t-il avec une rapide déduction.

« Oui… Comme ton père et le mien… » Balbutia Scully, il semblait prendre la nouvelle aussi bien qu’on puisse l’imaginer.

« Merci. Wow, je viens de réaliser qu’il a déjà 5ans… » Remarqua-t-il, effectuant un rapide calcul, il fut impressionné du résultat.

« Il… Il te ressemble beaucoup. » Ajouta Scully alors que son ami s’asseyait au bord du lit, face à elle.

« Est-ce que tu lui as parlé de moi ? Est-ce qu’il sait que j’existe ? » L’interrogea-t-il, une foule d’idées l’assaillant soudainement.

Non seulement il avait manqué 5ans de sa vie et de celle de Scully mais il apprenait désormais que son fils avait grandi sans père. Lui qui s’était fait le serment de ne jamais faire subir cela à un enfant, après avoir souffert des absences prolongées du sien… Il devait être si grand déjà, les regrets le submergèrent quand ils e rendit compte que jamais il ne pourrait le voir faire ses premiers pas ou prononcer ses premiers mots.


« Mulder, s’il te plaît, ne culpabilise pas. Même si son père lui a manqué, il a eu tout mon amour et j’ai pu m’en sortir grâce à ma mère et Skinner. Il y a tant d’autres bons moments que tu pourras vivre à ses côtés… Je lui ai tout dit de toi, l’homme que tu es, ce que nous avons vécu tous les deux… Il a ton intelligence. » Sourit-elle, le regard embué d’émotion et de larmes.

« Oh… Scully… Tout ce gâchis…. » Murmura-t-il en l’étreignant contre lui, utilisant le peu de forces qui lui restaient encore après plusieurs repas refusés et ces nouvelles bouleversantes.

« Demain il sera là Mulder. Enfin, si tu veux le voir. » Osa-t-elle, blottie contre lui.

« Bien sûr que je veux le voir… J’ai hâte de sortir de ce trou et de pouvoir retrouver un semblant de vie… Avec vous si possible. » Avoua-t-il en se figurant une existence totalement chamboulée.

« Promets-moi de manger Mulder. Avec toutes ces émotions, ce n’est pas avec un estomac vide que tu pourras faire face à l’assaut de questions que William va t’infliger. » Le menaça-t-elle tendrement et sur ce, elle déposa un timide baiser sur son front.

Quand elle voulut s’éloigner, Mulder ne pu résister et l’attira à lui sans défaire l’emprise sur sa main. Il glissa l’autre dans sa nuque et apporta sa bouche à la sienne pour retrouva cette proximité et ces sensations extraordinaires qu’il avait ressenties pas si longtemps auparavant. Leurs lèvres se frôlèrent délicatement mais bien vite, l’envie, le besoin et le manque prirent le dessus, poussant Scully à rejoindre Mulder sur son lit et s’allongeant auprès de lui. Ils s’endormirent enfin, l’espoir retrouvé mais ce fut sans compter sur de nouveaux démons qui vinrent hanter Mulder. A peine avait-il fermé les yeux, que d’abominables images noyèrent son esprit et son inconscient, le harcelant de cauchemars plus affreux les uns que les autres. Il commençait à se souvenir, malheureusement.

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MessageSujet: Re: Eternel Passé   Mar 6 Mar - 0:26

L’infirmière ne se trouvait dans la chambre que depuis quelques minutes, il en avait profité pour demander à Scully de rentrer à son hôtel. Mulder faisait ça pour son bien, elle devait se reposer, prendre un bon bain pour se détendre, elle n’avait pas dû s’accorder une minute de sommeil réparateur depuis qu’il était revenu à lui.

« J’ai plutôt l’habitude de conseiller le contraire, mais vous devriez lui dire de rester avec vous. » Suggéra la jeune femme, remplaçant son sac de liquide physiologique.

« Pardon ? » Questionna Mulder, il essayait de trouver une position confortable, en vain.

« Vous ne devriez pas lui dire de partir pour aller se reposer. Quand elle passe cette porte, c’est pour s’asseoir dans une de ces horribles chaises de couloir en plastique. Jamais elle n’a quitté l’hôpital une seule seconde, elle profite de son statut de médecin pour outrepasser les règles. Vous devriez lui dire de rester, avec vous, elle a l’air de retrouver des couleurs. » Lui confia-t-elle avec préoccupation et bienveillance.

« J’aurais dû m’en douter. » Se reprocha Mulder, secouant la tête avec dépit et culpabilité.

« Je vais lui dire de revenir d’accord ? » Proposa l’infirmière, arborant un sourire qui le rassurait.

« Merci. J’ai été un vrai monstre avec elle. » Expliqua Mulder, il entendait encore les mots qu’il lui avait envoyés la veille à la figure. « Tout ça a été aussi dur pour elle que moi, voire plus et tout ce que j’ai fait, ça a été de l’accuser davantage… sans la moindre preuve. » Ajouta-t-il à mi-voix avant que la jeune femme n’aille ouvrir la porte.

« Mulder ? Est-ce que ça va ? » S’enquit immédiatement Scully, venant à son chevet.

« Tout va bien, tu es là. » Répondit-il en prenant sa main.

Scully grimpa à ses côtés et ils fermèrent les yeux pour échapper aux rayons d’un soleil naissant. L’aube se levait peu à peu, les rapprochant de l’instant fatidique où enfin ils seraient tous réunis. Mulder caressait machinalement les cheveux de Scully, tous deux se berçant avec leurs souffles respectifs.


« Tu m’en parleras n’est-ce pas ? Je veux dire… Si tu fais encore ces cauchemars une fois rentré ? » Se risqua Scully, gardant les paupières closes.

« Ca ira Scully, ce n’est rien. » Affirma-t-il avec une conviction fragile.

« Je suis passée par là, j’ai eu ces cauchemars, je sais combien ils sont effrayants et combien on en sort exténué. » Lui rappela Scully, parler de ces souvenirs ne lui faisaient plus autant de mal qu’auparavant.

« J’aimerais en parler, mais comme tu l’as dit, seulement s’ils perdurent. » Lui promit-il en déposant un baiser sur le haut de son front. « Est-ce que tu as eu des nouvelles de ta mère ? » S’enquit-il de détourner la conversation.

« Oui, elle et William se sont installés dans le même hôtel que moi. En fait, dans ma chambre étant donné qu’elle ne me servait pas. » Sourit-elle doucement. « Ils seront là dès l’ouverture des visites, c'est-à-dire dans une petite heure. » Indiqua-t-elle, sa montre reposait sur la table de nuit.

« Je peux te poser une question ? » Osa Mulder, frottant son dos d’un geste infinitésimal.

« Bien sûr. »

« William, que lui as-tu dit sur moi, je veux dire, précisément ? »
Demanda-t-il avec appréhension, il retenait son souffle sans même s’en rendre compte.

    « Tout. Il sait qui tu es, ce en quoi tu crois. Il a le peu de photos que je possède de toi. Nous avons gardé toutes tes affaires dans un entrepôt personnel. J’ai… J’ai même gardé ton sofa. »
Ajouta-t-elle en riant délicieusement.

« Oh, Scully, je suis très touché. » Répliqua Mulder en souriant.

« Non, sérieusement, la seule chose qui soit un peu trouble pour lui, c’est ton absence. Je suis ai dit que tu avais disparu et que je ne savais pas où tu étais mais qu’un jour, quand tu pourrais, tu nous reviendrais. » Expliqua-t-elle, l’articulation de ses mots rendue difficile par le flot ne souvenirs qui la submergea.

Sans plus être capable de se retenir, elle lui décrivit toutes ces soirées passées sous sa couette, son fils serré contre elle et Scully lui contant des histoires incroyables à propos de son père. Ces moments où ils observaient des photos et qu’elle essayait de lui transmettre les sentiments qu’elle éprouvait pour cet homme invisible et le bien qu’il avait apporté dans sa vie. Combien de fois avaient-ils pleuré dans les bras l’un de l’autre, elle, ressentant un manque inconsolable, lui, dévoré par le désir de connaître ce père qu’il idolâtrait déjà.

Quand elle eut terminé son récit, ils en avaient tous deux les larmes aux yeux mais pas une fois Mulder n’avait tenté de l’interrompre, buvant ses paroles, comme déversées par une source insatiable. Il avait promené son esprit dans les méandres de ses pensées, adoptant chaque sensation et la transposant à sa propre situation. Il imaginait la douleur qu’ils avaient dû connaître. Il ne s’agissait pas de vanité, mais plutôt de fait que sans eux, il n’était rien, donc il n’aurait probablement plus été là si les circonstances avaient été inversées.


« J’aurais aimé qu’il connaisse ton parfum et le son de ta voix, comme ça il aurait pu se les repasser en tête et penser à toi sans souffrir mais en se remémorant des instants de joie. » Se confia Scully, arrachant la dernière parcelle de force qui subsistait dans le cœur de son ami.

« On pourra essayer de rattraper tout ce temps perdu n’est-ce pas ? » Questionna-t-il, comme s’il supposait que Scully l’en empêcherait.

« Evidemment, on n’essaiera pas, on y parviendra. Nous laisserons tout ça derrière nous. » Promit-elle, capturant ses lèvres en tremblant de tous ses membres.

« C’est tellement bon de te retrouver. Le pire, ça a été ce froid, peu importe ce que je faisais, je n’arrivais pas à me réchauffer, sauf quand je pensais à toi. Tu m’as toujours apporté cette chaleur dont j’avais besoin, je nous revoyais blottis au coin du feu dans ton salon ou dans tes draps. C’était la seule chose qui me maintenait en vie, le fait de savoir que si je résistais, je pourrais te retrouver. » Avoua Mulder en l’attirant au dessus de lui.

« Mulder, nous somme dans un hôpital. » Le menaça-t-elle gentiment, continuant néanmoins à l’embrasser avidement.

« Et alors ? Nous ne faisons rien de mal, tu soignes juste une crise d’hypothermie foudroyante. » Décocha-t-il sans défaire son étreinte.

« Tu m’as tellement manqué… » Chuchota-t-elle à son oreille, réprimant un gémissement de plaisir quand ses mains se faufilèrent sous son pull pour caresser la peau nue de son dos.

Ils dévorèrent la bouche l’un de l’autres en réfrénant leurs ardeurs de leur mieux mais ne pouvant résister à cette attraction encore bel et bien présente malgré la longue séparation qu’ils avaient endurée. Mulder dû faire preuve de toute la volonté du monde pour se priver de défaire cette attache qu’il rencontra bientôt, dans l’ascension de sa colonne vertébrale. Ils échangèrent des sourires ainsi que des regards embués, le tout saupoudré de baisers assoiffés.


« Hum hum… » Fit une voix dans leur dos.

Scully se retourna si violemment qu’elle faillit en tomber du lit. En un éclair, le rouge lui monta aux joues et elle couvrit sa bouche d’une main gênée, à la fois par réflexe et pour dissimuler ses lèvres enflées.

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MessageSujet: Re: Eternel Passé   Jeu 8 Mar - 4:41

Scully se retourna si violemment qu’elle faillit en tomber du lit. En un éclair, le rouge lui monta aux joues et elle couvrit sa bouche d’une main gênée, à la fois par réflexe et pour dissimuler ses lèvres enflées.

« Maman ? Mais… » Murmura-t-elle en attrapant sa montre, réalisant qu’il était déjà l’heure des visites.

« Bonjour, j’espère qu’on ne vous dérange pas ? » S’excusa faussement Maggie, un sourire illuminait son visage.

« Non, non pas du tout, je suis content de vous voir. » Assura Mulder, se redressant quelques peu et laissant échapper Scully pour qu’elle aille accueillir sa mère.

« Est-ce qu’il est là ? » Chuchota Scully, plongeant dans les bras de Maggie.

« Il attend dans le couloir. » Répondit-elle en desserrant son étreinte.

« Est-ce que tu lui as parlé ? » S’inquiéta soudainement la jeune femme, comment trouver les mots en pareille circonstance ?

« Je lui ai simplement dit que tu venais voir quelqu’un de très important à l’hôpital et que tu voulais qu’il rencontre cette personne. » Répliqua sa mère, bienveillante comme toujours.

Scully acquiesça, elle semblait indécise, partagée entre deux sentiments qui s’affrontaient dans son esprit. Elle finit par réagir quand elle sentit la main de Mulder dans la sienne, ce qui la poussa à faire demi-tour. Il se tenait là, devant elle, le fil de sa perfusion tendu par la distance qu’il avait parcourue pour la rejoindre.


« Tout se passera bien. » L’encouragea-t-il avant de l’encercler de ses bras une dernière fois.

Maggie quitta la pièce en compagnie de sa fille et toutes les deux retrouvèrent un William parfaitement sage qui les attendait dans le couloir, surveillé par une infirmière. Quand il aperçut sa mère, il bondit de son siège et trottina gaiement jusqu’à elle, crapahutant afin de serrer son cou de toutes ses forces.


« Tu m’as manqué ! » S’exclama-t-il en s’écartant une seconde, puis reprenant sa position initiale.

Scully respira son odeur et s’emplit les poumons et le cœur de ce baume enjôleur. Ce parfum si particulier qu’ont les enfants, à la fois rassurant et revigorant, redonnant vie à n’importe quelle personne trop morne pour se rendre compte de sa chance. Scully se pencha et le reposa au sol, puis s’agenouilla devant lui pour lui montrer que la discussion qui s’en suivrait serait très sérieuse et qu’elle devait avoir toute son attention. Le fixant dans les yeux, elle reprit son souffle et sourire afin de ne pas le paniquer. Un hôpital n’était pas un lieu très charmant pour un enfant en bas âge et inspirait des idées plus négatives que sécurisantes. D’ailleurs, William se tortillait sur lui-même sans jamais quitter sa mère du regard et lui transmettant toutes ses émotions tel un livre ouvert, l’alchimie avait toujours été déstabilisante pour leurs proches. Elle rappelait cette relation unique qu’elle entretenait avec Mulder, cette communication invisible aussi intrigante qu’admirable.


« William, je suis venue ici pour voir un monsieur. C’est un homme très important pour moi, pour nous. Tu le connais déjà mais seulement sur des photos. » Commença-t-elle, espérant qu’il suivrait le fils de ses pensées, elle ne fut pas déçue.

« Ce monsieur c’est mon papa ? » Questionna-t-il immédiatement, laissant Scully béate, et il n’avait que 5 ans se rappela-t-elle fièrement.

« Oui… Oui, William, c’est ton papa. Est-ce que… Tu veux le voir ? » Demanda-t-elle avec une pointe d’appréhension mais se doutant que sa proposition ne serait pas rejetée, loin de là.

« Oui, s’il te plaît. » Répondit poliment William, comme s’il s’imaginait qu’elle pourrait changer d’avis s’il ne se comportait pas correctement.

Sans plus tarder, la jeune femme attrapa sa petite main dans la sienne et ouvrit la porte en croisant le regard apaisant de sa mère qui patienterait dans le couloir. Une fois dans la pièce, William resta près d’elle jusqu’à ce que Scully lui face signe qu’il pouvait s’approcher de l’homme qui était allongé dans le lit. Quand celui-ci se redressa, le regard ébahi, William fut surpris de le découvrir aussi grand, il en eut presque peur, sans compter sur la présence rassurante de sa mère.


« Bonjour. » Souffla Mulder entre ses lèvres tremblantes.

« Bonjour. » Fit William, pas plus fier que cet adulte imposant.

Scully communiqua silencieusement avec Mulder, l’invitant à se rapprocher de son fils à les mettre tous à l’aise. Ne sachant trop comment amorcer les choses, ce dernier opta pour la première idée qui lui vint à l’esprit et tendit sa main vers l’enfant.

Celui-ci ne prit pas la peine de chercher l’accord de sa mère et avança d’un pas certain, serrant les doigts de cet étranger de père.


« Je m’appelle William Mulder. » Enonça-t-il comme sa mère le lui avait appris.

Mulder n’en avait aucun doute car il prononçait son nom de la même façon, roulant le “u’’ en lui ajoutant une touche de “o’’. Entendre ce mot prononcé par un enfant si jeune, par son propre enfant, se rendre compte qu’une fois de plus, Scully avait fait un geste pour lui… Son cœur se comprima l’espace d’une seconde, humidifiant ses yeux mais il se gronda intérieurement et résista à l’émotion.

Comme Scully l’avait habilement décrit, ses cheveux étaient bruns et ses yeux d’un bleu éclatant, vif et pétillant. C’était le regard de la jeune femme qu’il retrouvait, accompagné de son nez aquilin adorable et… Ses lèvres étaient épaisses, particulièrement l’inférieur, cela lui donna envie de sourire. Il tenait ce trait de son grand-père…


« Vous êtes mon papa ? » Questionna William en inclinant la tête, fronçant les sourcils d’une manière qui ne lui était pas inconnue.

« Oui, je suis ton papa William. Est-ce que je ressemble aux photos ? » Se lança-t-il, mieux valait garder une conversation légère.

« T’es plus vieux. » Admit William avec un sérieux déconcertant.

Oui, plus vieux, 5 ans plus vieux, 5 ans trop vieux… Scully réagit à cet instant et souleva William par la taille pour l’asseoir sur le lit. Elle fit comprendre à Mulder qu’elle voulait qu’il se recouche normalement afin de ne pas déranger sa perfusion. William était silencieux, examinant le visage de son père, se retrouvant probablement un peu en lui comme c’était le cas avec sa mère. Les sentiments viendraient plus tard, bien plus tard.


« T’étais où avant ? » S’enquit William, s’installant les jambes en tailleur sur le lit tandis que sa mère prenait la chaise adjacente.

« J’étais… Très loin. » Murmura Mulder qui se voyait difficilement aborder le sujet d’un enlèvement extraterrestre avec un petit garçon, aussi éveillé soit-il.

« A Washington ? Oncle Walter habite à Washington. » L’informa fièrement William, la confiance naissant à une vitesse fulgurante, l’instinct devant jouer sa part.

« Non, j’étais… Dans un autre pays. » Expliqua Mulder, en proie au doute.

« William, et si on laissait Mulder se reposer ? » Suggéra Scully, venant à son secours, sentant sa gène.

« On va rentrer à l’hôtel ? » Fit-il en escaladant le lit pour le descendre.

Mulder en profita pour passer sa main dans ses cheveux. Il avait envie de le prendre dans ses bras, de lui dire que son père irait rapidement mieux… Mais William ne comprendrait pas. Il devrait attendre, faire la connaissance de son fils. Cette phrase, simple pensée qui lui traversait l’esprit lui laissa un goût amer. Qui devait “faire la connaissance de son fils’’, il était pathétique. L’envie de se frapper la tête contre un mur s’empara de lui mais ne souhaitant traumatiser personne, il resta immobile. Mais à l’intérieur, il bouillait et la colère était permanente, de moins en moins contrôlable. Elle exerçait sur lui un pouvoir qu’il discernait mal, jamais il n’avait été aussi peu en phase avec lui-même. Il perdait pied et cela l’effrayait, un mauvais pressentiment lui tenaillait l’estomac mais il n’en souffla mot. Il devait déjà bien trop à Scully sans l’alourdir d’inquiétudes supplémentaires et, avec chance, inutiles.

La jeune femme se pencha vers lui naturellement, l’embrassant furtivement comme si ces cinq ans n’avaient pas pris place. Au moins une chose importante à laquelle se raccrocher, un amour qui ne semblait pas avoir dépéri au fil des ans et de son absence. Mais était-ce réellement le cas là encore ?

Les yeux suivirent leurs silhouettes quand elles passèrent la porte et jusqu’à ce qu’elles disparaissent de son champ de vision. Il vivait une vraie torture mentale, déchiré entre deux mondes qui ne cohabitaient plus, une situation qui le rendait presque schizophrénique.

***


La vitre était froide contre sa joue et cela lui donnait l’impression d’être vivant. Son corps lui semblait si mou, flasque et peu familier. Un habitacle étranger pour ce nouveau Mulder, celui qui avait pris 5 ans en quelques jours mais n’en avait pas le moindre souvenir. A ce qu’il disait.

Mulder gardait les yeux fermés le long du voyage pour éviter de voir défiler tous ces paysages qui lui inspiraient une nostalgie désagréable. Scully était concentrée sur la route, Maggie dévorait un roman et William bavardait avec son ami imaginaire. Le trajet relativement simple, ils avaient fini par louer une voiture et rentrer sans se presser, empruntant des chemins qui les faisaient visiter des endroits magnifiques. Mulder n’en profita que très peu.

L’hôpital n’était pas tout à fait d’accord pour le faire sortir si vite mais l’insistance de Scully et son statut de médecin aidant, ils avaient eu raison d’eux. Après tout, les tests sanguins et physiques étaient revenus parfaits. C’étaient les examens psychologiques qui se révélaient plus ardus et alarmants. Les sautes d’humeur étaient jusque là plus ou moins maîtrisées mais les psychologues soupçonnaient un problème plus profond et angoissant.

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MessageSujet: Re: Eternel Passé   Dim 11 Mar - 0:22

La main de Scully trouva son chemin et atteignit le genou de Mulder, émettant une faible pression, un silencieux "je suis là" qui le rassura en un rien de temps. Pour ne pas éveiller sa curiosité, il s’efforça de répondre avec un sourire mystérieux qui eut l’effet escompté. Une migraine montait progressivement en lui et ses tempes le lançaient furieusement.

Sans qu’il ne le réalise vraiment, ils étaient déjà aux abords d’Albany, la ville où résidait désormais Scully. Jamais plus il ne reverrait son appartement ou celui cosy de son amie. Cette pensée lui fit mal au cœur, encore une pièce du puzzle de sa vie qui avait été oubliée, mise de côté. Les contours étaient bel et bien là mais la disposition était maladroite, inversée.


« J’habite en dehors de la ville, pour William, je voulais le calme et un jardin. » Expliqua Scully en remarquant son air interrogatif. « Maman habite en ville car elle n’a pas de voiture, c’est plus facile pour elle. » Ajouta-t-elle lorsqu’ils passèrent un panneau indiquant le centre.

Ils continuèrent sans un mot, déposant Mme Scully et retraversant la ville en sens inverse. William était plus sage que les enfants de son âge, il observait attentivement tout ce qui l’entourait comme s’il analysait les détails et en tirait des conclusions. Tout se produisait dans son regard, parfois émerveillé, d’autres moments plus renfrognés, ne parvenant pas à trouver une explication satisfaisante pour son jeune esprit.

Mulder mit un moment avant de s’apercevoir qu’il refermait un petit carré de tissu dans sa main. Le contemplant un instant, une idée émergea et il n’en cru pas ses yeux. Etait-ce réellement ce qu’il s’imaginait ? On aurait dit la réplique exacte du gris de ses anciens tee-shirts. Scully l’aurait découpé pour son fils ? Fermant les paupières, il essayait de créer ces images, se représentant Scully, ouvrant l’un de ses tiroirs et en extirpant un vêtement. Il la voyait, respirant le parfum qui s’en émanait, se laissant pénétrer par son odeur et retirant une quelconque satisfaction passagère… Bien trop maigre pour atténuer sa douleur mais tellement intense et pleine de sens. Elle avait toujours apprécié porter ses affaires, le matin il la retrouvait dans la cuisine, préparant le petit déjeuner, simplement vêtue d’une chemise blanche, si longue qu’elle lui recouvrait parfaitement les cuisses. Mais quand elle s’asseyait sur lui, à table, pour dévorer ses tartines, il pouvait glisser ses mains sur sa peau et de délecter de ses jambes qui frêles et fortes à la fois. Il ressentait encore la douceur de son corps, sa voix suave et emplie d’amour, fatiguée par une nuit agitée et cependant inoubliable pour eux deux. Comme il aimerait que tout redevienne comme avant, qu’ils fassent comme si ces cinq années n’avaient jamais disparu… Qu’ils entrent dans cette maison inconnue et la baptisent immédiatement le seuil franchi, prenant à peine le temps de s’effondrer dans une étreinte, atteignant de justesse le sofa…


« Mulder ? Nous sommes arrivés. » Annonça Scully, mettant fin à cette tornade de souvenirs et de rêves entremêlés.

« Oh… Excuse-moi, je réfléchissais. » Se justifia-t-il en essayant de se masser les tempes le plus discrètement possible, geste qui n’échappa pourtant pas au regard attentif de Scully.

Ses poumons lui volaient son oxygène, faisant de sa respiration un mouvement éreintant. Il finit par lever les yeux et la vision qui s’offrit à lui fit naître un nouveau sourire sur ses lèvres. Il ne manquait plus que la barrière blanche et il se trouvait en face de la maison que chaque américain moyen souhaitait de tout ton cœur. Scully avait voulu le meilleur pour son fils, lui offrant une demeure s’étendant sur deux étages, bordée d’un jardin verdoyant et spacieux. L’intérieur devait être spectaculaire par sa chaleur, connaissant les goûts de Scully. Elle ne posséderait rien d’extravagant mais elle avait le don de faire d’un endroit personnel un lieu de repos où les gens se sentaient comme chez soi et parfaitement accueillis.

Tous les trois empruntèrent un petit chemin de pierres qui menait au perron, une large porte en chêne massif céda rapidement la place au hall d’entrée. Scully posa le sac qu’elle avait à la main et fit signe à Mulder d’ôter son manteau, ce qu’il s’empressa de faire. William restait planté devant eux, déjà déshabillé et attendant la permission de sa mère pour faire… Quoi que ce soit.


« Will, il n’est pas encore midi et il fait beau, si tu veux aller jouer au ballon dehors profite-en. Je t’appellerai pour manger. » Lui proposa-t-elle en remuant ses cheveux tendrement.

L’enfant acquiesça et s’éclipsa sans demander son reste, attrapant un ballon de basket au passage. Mulder n’osait toujours pas entrer, il avait l’impression de violer l’intimité d’un sanctuaire dans lequel il n’était pas le bienvenu et cela le gênait plus que tout.


« Tu dois être fatigué, je peux te montrer ta chambre si tu veux. Ou on peut aller dans la cuisine, tu as peut-être faim ou soif, je… » Sa voix s’affaiblit et elle repoussa nerveusement une mèche de cheveux derrière son oreille.

« C’est normal. Toute cette situation… Je crois qu’on a tous besoin de temps pour s’habituer. » Lui fit remarquer Mulder, croisant les bras sur son torse.

« Oui, tu as raison. A part Walt… Skinner. » Se corrigea-t-elle instinctivement, ne comptant pas le mettre plus mal à l’aise qu’il ne l’était déjà. « A part Skinner, aucun autre homme n’a mis les pieds ici. Je dois juste… m’y faire. » Se confia-t-elle, frottant ses mains devant elle.

« Scully, je peux aller à l’hôtel tu sais, je ne veux pas vous embarrasser tous les eux, votre vie est établie je n’ai pas le droit de la bouleverser… » Murmura-t-il, prononçant des paroles qui lui arrachaient le cœur mais qu’il se devait de dire car elles étaient fondées.

« Non ! Non, Mulder, tu es le bienvenu ici ! » Affirma la jeune femme, avançant vers lui d’un pas assuré cette fois. « Tu es ici chez toi, Mulder, je t’ai recherché trop longtemps pour te laisser repartir maintenant. » Continua-t-elle en suppliant du regard, lui demandant de la croire et de partager ses sentiments.

« Scully… Tout ça… C’est tellement… Etrange comme situation. La dernière fois que l’on s’est vus, mon sac m’attendait près de la porte pour partir en Oregon et au lieu de m’habiller, je jetais mon tee-shirt sur le canapé et… »

« Tu déboutonnais mon chemisier pour me faire l’amour. » Termina-t-elle à sa place, arborant une expression totalement différente de l’embarras auquel il s’attendait.

« Maintenant, je ne sais plus vraiment… Comment agir autour de toi ou comment parler à William. J’ai l’impression d’être une pièce rapportée dans votre vie et que vous devez faire avec même si la place vous manque. » Décrit-il d’un ton laconique, sa migraine l’obligeant à se concentrer pour ne pas se tromper dans le choix de ses mots.

Il se sentait nauséeux, les vertiges s’assailliraient bientôt et il devrait mentir sur son état, espérant échapper au radar aiguisé de la jeune femme. Celle-ci le surprit quand elle l’enlaça de ses bras et il ne pu que répondre à son geste, l’encerclant et la serrant contre lui de toute ses forces, lui laissant juste assez de marge pour continuer de respirer. Il noya son visage dans ses cheveux, revoyant tous ces mêmes instants un milliard de fois… Il passait ses mains sur son dos, résistant de tout son être pour se pas les glisser son ses vêtements pour caresser son dos.


« Suis-moi. » Souffla-t-elle à son oreille, entremêlant ses doigts au sien pour le mener à l’escalier.

Silencieusement encore, ils montèrent les marches et rejoignirent une porte qui donnait sur une chambre magnifiquement éclairée par le soleil. Une grande armoire en bois surplombait les lieux et juste en face de la fenêtre se trouvait un lit fait au carré. Il reconnut la minutie maladive de Scully à travers cette façon de faire.


« Je veux que tu te repose. Je vais aller te chercher tes affaires et une aspirine. Je te monterai ton repas dans une heure. » Déclara-t-elle en lui appuyant sur l’épaule pour qu’il s’asseye, contraint et forcé, il s’exécuta.

Ses maux de têtes s’amplifiaient au fil des minutes et quand la porte de referma derrière Scully, il trouva le peu d’énergie qu’il lui restait pour fermer les rideaux afin de s’offrir un minimum de pénombre. Quand il retourna au lit, il fut pris d’un terrible vertige et tomba à genoux sur le sol, enserrant ses tempes et grimaçant de douleur. Des flashs lumineux inondaient son esprit et même lorsqu’il fermait les yeux, il les voyait encore. Il avait même la sensation d’entendre des sons, comme une épée qui fend l’air violement, des coups secs et aigus qui lui brisaient les tympans. Ses doigts se crispaient dans ses cheveux et il fronçait si fort les sourcils qu’ils s’en rejoignaient presque. Rampant de son mieux sur le parquet, il atteint enfin le lit mais s’affala dessus à moitié, seule son torse l’empêchant de rejoindre le sol froid et dur. Mulder n’avait qu’une envie, s’arracher la moitié du crâne pour ne plus souffrir, se frapper la tête contre les murs pour faire taire ce martèlement incessant et insupportable. Peut-être que quand Scully remonterait, elle saurait quoi faire, sa voix apaiserait-elle sa migraine ?


« Mulder ? Mon Dieu, que se passe-t-il ? » S’enquit comme par magie son amie, s’accroupissant près de lui.

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MessageSujet: Re: Eternel Passé   Dim 11 Mar - 23:31

« Ma tête… » Articula-t-il entre deux gémissements.

« Je vais t’aider à t’allonger. » Dit-elle en passant à l’acte, un bras supportant déjà son dos.

A deux, ils parvinrent à obtenir une position plus normale, quasiment étendu sur le lit. Du revers de sa main, elle écarta ses cheveux de son front et le trouva brûlant. Scully ne sembla pas paniquer mais elle accéléra ses mouvements pour faire disparaître son mal au plus vite. Elle partit de la pièce pendant quelques minutes encore et fut de retour avec un verre d’eau et deux cachets qu’il accepta volontiers. Ensuite, elle déposa un linge humide sur son front et s’attela à une tâche qui le gêna plus que tout.

Elle défit la boucle de sa ceinture et réitéra le procédé avec ses boutons. Relevant son tee-shirt, il dressa les bras pour le retirer et sentit les mains de Scully sur son bas ventre. Baissant les yeux, il la vit trembler quand elle abaissa son pantalon et alla le déposer sur la chaise. Elle glissa ensuite sa petite stature sous son aisselle et accordant leur rythme, ils parvinrent à rejoindre la salle de bain. Là, il découvrit qu’elle avait commencé à lui faire couler un bain. Ils s’arrêtèrent et elle s’assura que l’eau était à bonne température avant de se tourner vers lui une dernière fois.

Son instinct l’avait parfaitement guidée car elle remarqua les jambes de Mulder quand elles fléchirent et accourut à ses côtés pour le soutenir. La gaucherie n’aidant pas, ils réussirent difficilement à le départir son boxer et à le faire s’allonger dans la baignoire. Agenouillée près de lui, Scully ne pu s’empêcher d’humidifier un gant de toilette et de frotter doucement sa peau en la parfumant de mousse. L’embarras dissipé, il se laissa aller et ferma les yeux, il était en confiance avec Scully. Ses mains étaient douces avec lui, contrairement aux gestes impersonnels des infirmières de l’hôpital. Elle le lava tranquillement, prenant son temps pour le libérer ce cet étau qui exerçait un emprise incroyable sur son crâne. Les images blanches avaient été remplacées par des ombres mal découpées, indiscernables pour le moment.


« Est-ce que ça va mieux ? » Chuchota-t-elle pour ne pas le blesser davantage avec une voix pleine.

« Merci. » Répondit-il simplement, sans se risquer à ouvrir les paupières de peur que la souffrance ne l’assaille avec plus de vigueur.

« Je reviens. » Fit-elle, posant la main sur sa joue avant de partir.

Elle tenait une petite boîte en plastique blanc au moment où elle réapparut. Dévissant le couvercle, une odeur mentholée s’en dégagea, embaumant toute la pièce à une vitesse fulgurante. Mulder la suivit du regard et quand elle nota à quel point il était intrigué, elle lui montra le contenu du récipient. Il s’agissant d’une sorte de crème presque transparente et le parfum était très intense. Du bout des doigts, elle en retira une noisette qu’elle étala aux extrémités de ses index et majeurs. Ensuite, elle s’assit sur le bord de la baignoire et commença à masser consciencieusement les tempes de Mulder ainsi que tout le contour de son visage, n’oubliant pas l’arrière de ses oreilles.


« Ce n’est pas le genre de traitement qui trouvait grâce à tes yeux auparavant. » S’étonna Mulder, sentant immédiatement les biens faits de la crème.

« C’est ma mère qui a réussi à me convaincre pour soigner William quand il est malade. Il a tendance à ne pas être très patient. Elle m’a dit que ce baume faisait des miracles et après essai, j’ai réalisé qu’elle avait raison. » Admit-elle tout en relaxant Mulder.

« C’est le froid et l’odeur je crois qui font du bien. » Reconnut Mulder, se laissant transporter par la menthe.

« Je m’en sers aussi quand William a mal au ventre ou qu’il a un rhume. On peut en mettre partout sur le corps. » Compléta Scully, terminant sa méthode par un massage du cuir chevelu.

« Oh… Ca fait du bien… » Soupira Mulder, heureux d’expérimenter le doigté phénoménal de la jeune femme.

« Je dois y aller Mulder, toutes les bonnes choses ont une fin. William est tout seul en bas et je n’aime pas trop ça. Et puis, j’ai le repas à préparer. » S’excusa-t-elle en s’essuyant les mains sur une serviette éponge qu’elle abandonna près de la baignoire pour Mulder.

***


« William ? » Interpella Scully en sortant dans le jardin.

Elle porta la main à front afin de se protéger du soleil et observa le vent qui faisait tanguer les arbres autour d’elle. Comme hypnotisée, elle resta un instant à les contempler, semblant revivre aussi bien que le jour où elle avait amené son enfant au jour. La sage-femme avait posé ce petit être dans ses bras encore trempés de sueur suite aux efforts dont elle avait dû faire preuve. Des minutes intenses de douleur, un déploiement de force qu’elle ne soupçonnait même pas posséder. Son accouchement avait été difficile et le temps passait si vite qu’une césarienne avait été considérée mais Scully avait refusé, préférant endurer cette épreuve de tout son être plutôt que de céder à la facilité et à l’horreur de ne pas voir son corps donner la vie de ses propres yeux. Sa grossesse avait été un miracle et elle n’aurait pris aucun risque de faire disparaître ce mirage qui recouvrait sa vie depuis si longtemps. La sensation avait été indescriptible, faire naître cet enfant toute seule, sans le soutien d’un homme à ses côté, elle avait cru s’effondrer. Mais ils avaient posé William contre son sein auquel il avait instinctivement collé ses lèvres et la succion avait paisiblement commencée. Elle allaitait ce petit homme, elle-même, il lui appartenait, il avait sa chair et son sang, tout autant que ceux de Mulder. Cette pensée était incroyable, parfaitement impossible et pourtant il était bien là, dépendant uniquement de Scully et de la sécurité qu’elle lui apporterait. Fragile, sa vie ne tenait qu’à un fil, celui que Scully tenait entre ses doigts pour subvenir à ses besoins. Un frisson parcourut son échine, était-elle parvenue à s’en occuper seule ? A faire de lui un enfant come les autres, aussi sain et équilibrée ? Avaiat-elle échouée à cette mission qui lui incombait à elle-seule ?


« Maman ? »

Scully était si profondément plongée dans sa réflexion qu’elle sursauta à l’appel de son fils, manquant de s’évanouir. Debout au centre de la pelouse, elle fit volte-face et tomba nez à nez avec William, son ballon roulant encore à ses pieds.

« Excuse-moi mon ange, est-ce que tout va bien ? » Demanda-t-elle en se penchant pour s’emparer de la balle.

« Oui. Il est où Mulder ? » Questionna-t-il avec innocence, ne sachant pas comment nommer cet homme qui était son père dans les mots mais pas les faits.

« Il… Il se repose. Est-ce que tu as faim ? Est-ce que… Tu veux parler ? » Proposa-t-elle, son appréhension était palpable et William la percevrait certainement.

« Il va vivre à la maison ? Avec nous ? » Fit-il en haussant les épaules.

« Seulement si tu le veux bien William. Si tu veux attendre un peu, si tu n’es pas à l’aise avec lui, il veut bien aller à l’hôtel. Tu sais, il est malade, il a besoin que quelqu’un s’occupe de lui, comme toi quand tu as un rhume, mais lui, sa maladie ne se voit pas. » Lui expliqua-t-elle avec attention et amour.

« Il peut rester. Il est malade dans sa tête ? » Répliqua-t-il intelligemment, ne saisissant pas tout ce qu’on lui disait mais comprenant l’idée générale.

« Oui, il est malade dans sa tête. Il faudra que toi aussi tu l’aides, tu veux bien l’aider ? » Se risqua Scully en s’agenouillant pour arriver à sa hauteur, sans lâcher le ballon des mains.

« Oui. Il faudra lui donner des médicalmants ? » S’enquit-il avec une vraie inquiétude.

« Hum… » Sourit Scully en entendant le terme employé. « Oui, il devra prendre des médicaments. Et il faudra être gentil avec lui, lui parler, jouer avec lui… » Enuméra-t-elle, Scully imaginait déjà quelques situations et espérait que tout se passerait au mieux.

Devant elle, William écoutait ses paroles qu’il buvait allègrement, toujours près à se rendre utile ou à faire le bien autour de lui. Il avait ce don de compassion, sachant agir quand il le fallait ou se tenir en retrait quand ses interventions gêneraient les adultes. C’était comme s’il avait une empathie, qu’il devinait les pensées des gens qui l’entouraient avant même que ceux-ci ne les formules. Il avait déjà pris Scully au dépourvu plus d’une fois et cela la laissait toujours confuse et perplexe.

William s’apprêtait à dire quelque chose quand ils furent interrompus par un cri déchirant. N’écoutant que son cœur, Scully accourut dans la maison, montant les escaliers quatre à quatre sans même réaliser qu’elle avait abandonné son fils au beau milieu d’une conversation.

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MessageSujet: Re: Eternel Passé   Lun 12 Mar - 19:20

Le spectacle qui l’accueillit la rendit muette et la paralysa littéralement sur place. Mulder était légèrement recourbé vers l’avant, les coudes appuyés contre l’étagère de la salle de bain. Il se tenait la tête en grognant tel une bête indomptable et à ses pieds gisaient des morceaux de verres acérés. Il avait tout renversé dans la pièce, plus un flacon de parfum n’était indemne, ses tubes de crèmes et shampooings jonchaient le sol. Tournant la tête, elle reçut en plein visage son reflet en mille éclats, le miroir étant brisé en son centre, démarquant la trace d’un poing projeté violement. Il n’en restait rien, pas plus que de la sérénité qui emplissait la salle avant qu’elle ne la quitte à peine quelques minutes auparavant.

« Mulder ? » Murmura-t-elle, distinguant sa main droite ruisselante de sang.

« Fiche-moi la paix ! » Rugit-il en jetant son bras vers l’arrière pour lui interdire d’approcher.

Scully se trouvant juste dans son dos, elle reçut son coup en plein visage et recula sous son impact. Apposant la main à sa pommette, elle était outrée et déstabilisée de le voir aussi brusque avec elle. Jamais il n’avait eu un tel comportement en sa présence et cela l’angoissait quelque peu. Elle ravala sa salive, sa gorge paraissait si sèche tout à coup mais rien n’y faisait, l’inquiétude se propageait dans chacun de ses pores. Elle serra les poings, la mâchoire, tenta de se maîtriser pour ne pas céder à l’assaut de ces vagues successives…


« Mulder, je t’en prie, tu me fais peur… » L’implora-t-elle sincèrement, priant pour que son anxiété le fasse réagir, en vain.

« Casse-toi ! Fous-moi la paix ! Putain mais faut te le dire en quelle langue ?! » S’écria-t-elle en pivotant sur lui-même, la plaquant contre le mur d’un simple regard foudroyant.

Ses pieds se dérobèrent sous son corps et Scully cru perdre l’équilibre. Tout se passait pourtant dans sa tête mais semblait si réel. A bout de souffle elle retourna se poster près de la porte, le voyant haletant, perdant du sang et gesticulant dans tous les sens. Il n’avait aucun moyen de contrôler sa crise et cela la terrifiait. Il s’était blessé volontairement, cela ne pouvait pas durer où les sautes d’humeurs s’aggraveraient.

Quand Mulder posa les yeux sur elle encore une fois, il se chargea de haine et tomba à genoux au centre de la salle de bain, tenant son crâne avec une force bien trop prononcée au goût de Scully.


« Mulder… Laisse-moi t’aider s’il te plaît… On peut recommencer un massage ou… »

« Non ! Sors d’ici Scully, ça vaut mieux ! SORS ! » Hurla-t-il pour de bon, ne lui laissant pas d’autre alternative que la fuite.

A peine eut-elle refermée la porte derrière elle qu’elle entendit le verrou être mis en place et perçut un bruit sourd, indiquant la chute d’un corps. Son visage se crispa en imaginant la douleur qu’il devait ressentir pour se l’éloigner de lui en un tel moment, persuadé qu’elle ne pourrait lui être d’aucun ressors. Elle se sentait totalement inutile et dénuée de tout pouvoir. Les larmes lu montèrent aux yeux mais elle ne leur laissa pas le temps de s’agglutiner suffisamment pour dévaler ses joues. D’un revers de manche elle est épongea et respira profondément, rejoignant les escaliers pour lui laisser une intimité qu’il réclamait à corps et à cris. Malheureusement, quand elle atteint la rampe, ce fut pour se rendre compte que William se tenait sur la dernière marche, assis en silence il la fixait avec appréhension. Elle se doutait qu’il avait peur d’avoir commis une bêtise, ce qui n’était pas le cas étant donné qu’il n’avait agis que par pure inquiétude. Elle s’assit à côté de lui et ouvrit ses bras pour l’accueillir, il s’y précipita.


« Vous avez mal tous les deux. » Susurra-t-il à son oreille.

Scully ferma les yeux, il ne servait à rien qu’elle réponde à cette évidence. Elle traça des dessins invisibles et abstrait sur le dos de son fils, le berçant imperceptiblement. Si elle se concentrait, elle pouvait presque sentir les battements réguliers de son cœur pressé contre le sien. Ils se répondaient en cœur, échangeant un même écho qui s’accordait sur toutes les notes. Elle aimait tant ces instants de communion totale ou chacun pouvait procurer un bien-être formidable à l’autre par le simple fait de lui apporter présence et amour. Cela lui rappelait le pouvoir qu’elle partageait autrefois avec Mulder. Retrouverait-elle un jour ces précieux échangent qui donnaient un sens à sa vie ?


« Il va sortir. » Annonça William, ne surprenant même plus sa mère qui hocha positivement de la tête.

« Est-ce que tu veux bien descendre à la cuisine, le repas est prêt. Je vais voir si je peux lui parler. » Lui dit Scully en se levant, déposant un baiser sur le front de son fils qui lui sourit avec réconfort.

Pendant quelques secondes, elle le regarda descendre les escaliers et une fois qu’il disparut, elle se retourna vers le couloir. Ecoutant discrètement l’intérieur de la pièce, elle n’entendit plus âme qui vive. Prenant son courage à deux mains, elle osa frapper trois petits coups contre la porte.


« Entre… » Résonna une faible voix.

Scully s’exécuta et trouva Mulder recroquevillé dans un coin de la pièce, ses genoux repliés contre sa poitrine et son corps se balançant d’avant en arrière tel un autiste. Ces image fut loin d e la rassurer mais ne laissant rien paraître, elle marcha jusqu’aux lavabos pour ouvrir un tiroir. Elle remua quelques objets, cherchant de quoi soigner et panser ses plaies. Quand elle fut satisfaite du matériel qu’elle avait en main, elle vint s’accroupir devant lui et se mit à l’ouvrage sans même lui dispenser un regard. Il était comme un pantin désarticulé, se laissant faire et n’y mettant pas beaucoup du sien pour lui faciliter la tâche. Mais il en fallait plus pour décourager Scully qui parvint à désinfecter ses blessures et à enrouler un bandage autour de ses articulations sanguinolentes.

Une fois terminé, Scully resta à genoux devant lui croisant son regard et le maintenant sans une crainte. Il fut le premier à baisser les yeux, se sentant coupable de lui avoir infligé une telle frayeur. De sa main gauche, il triturait son tee-shirt dont l’ourlet était désormais teinté de rouge sombre.


« Je vais te chercher des affaires propres. Ton sac est resté en bas. » Fit-elle comme si de rien n’était, ne souhaitant pas pour le moment le mettre face au fait accompli.

Il se tenait debout quand elle entra dans salle de bain avec ses vêtements sur le bras. Avec soin, elle les déposa sur le dossier d’une chaise qu’elle redressa au préalable. Au sol, elle lui indiqua les chaussures qu’elle avait également apportées, espérant qu’il ne se coupe pas sur le verre qui se trouvait tout autour d’eux. Honteux, il s’habilla en un éclair et voulut nettoyer le désastre qu’il avait commis mais Scully refusa.


« William t’attends en bas pour manger. J’espère que… Ca ira. » Dit-elle, sans révéler le fond de sa pensée.

De toute façon, il devinait ce qu’elle sous entendait. S’il percevait les prémisses d’une crise, il courait au dehors ou remonterait s’enfermer dans sa chambre afin de ne leur faire courir aucun risque. Pour rien au monde il ne voudrait les blesser et il ne pu que remarquer le bleu qui commençait à se former sur la joue de Scully. Il se mordit les lèvres, c’était un véritable monstre.


« Scully, je suis désolé, je… » Balbutia-t-il en levant la main, frôlant les contours de son hématome avec le bout de ses doigts.

La jeune femme recula plus par réflexe que par instinct. Elle acquiesça fébrilement, indiquant la porte du menton. Ils trouveraient les mots plus tard. Il n’avait pas d’excuses à lui présenter car il n’était pas responsable de ses actes, jamais elle ne pourrait lui en vouloir pour ce geste.


« Je suis désolé. » Répéta-t-il en insistant sur chaque mot, les pensant réellement.

Elle balaya les débris de verres, les tâches de sang et de crèmes hydratantes, les mélangeant aux larmes qu’elle versait sans retenue. Elle renifla légèrement, se disputant intérieurement et s’ordonnant de se contrôler, de ne pas laisser le doute l’envahir. Ils étaient enfin réunis, ils pourraient faire en sorte que ces retrouvailles fonctionnent et évoluent dans la bonne direction. Sous aucun prétexte elle ne se débarrasserait de lui dans un hôpital ou un centre dédié à gérer ce type de problème. Ensemble ils y arriveraient, elle en était convaincue. Cela demanderait juste du temps et des sacrifices.

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MessageSujet: Re: Eternel Passé   Mer 14 Mar - 0:34

Une fois avoir nettoyé les débris qui résultaient de sa crise, Scully rejoignit Mulder, ainsi que William, à la cuisine. Tous deux étaient installés et avaient commencé à manger, n’échangeant pas un mot. L’atmosphère chargé ne faisait que qu’alourdir leurs relations et les compliquait considérablement.

Sentant sa mère approcher, William tourna la tête dans sa direction et il resta bouche bée en apercevant l’ecchymose qui ornait son visage. En effet, ce dernier avait pris des couleurs et la fragilité de sa peau soulignait les vives nuances peu ordinaires.


« Maman, ça va ? T’es tombée ? » S’enquit immédiatement William, qui, de toute son innocence n’aurait jamais pu supposer qu’un homme, qui plus est son père, puisse la frapper.

« Euh… Oui, j’ai glissé dans la salle de bain car Mulder avait mis de l’eau partout. » Plaisanta-t-elle en tentant d’esquisser un sourire, celui-ci s’apparenta davantage à un triste rictus.

Prenant place auprès d’eux, Mulder se trouvait tant coupable qu’il s’empressa de la servir avant même qu’elle ne fasse un geste vers le plat. Il la remercia du regard et se confondit encore une fois en excuses. Cela le rendait déjà suffisamment malade lorsqu’un suspect portait la main sur elle, mais savoir qu’il en était l’auteur lui déchirait le cœur. Il essayait d’apaiser sa conscience en se rappelant que ce mouvement avait été une simple maladresse. Il s’était retourné pour la voir en face et lui dire de sortir de la salle de bain mais elle s’était trouvée si proche de lui qu’il en avait été surpris.


« Est-ce que je vais à l’école demain ? » Demanda William, il se battait avec une cuisse de poulet récalcitrante depuis quelques secondes.

« Oui, bien sûr, je ne vois pas pourquoi tu n’y irais pas ? » Répliqua Scully, attrapant son assiette et décortiquant elle-même sa viande pour lui venir en aide.

Mulder les contemplait en silence, s’émerveillant devant une conversation aussi anodine et pourtant, emplie de richesse. Scully caressait la joue de William, celui-ci répondait d’un sourire et enfournait sa fourchette dans sa bouche sans vraiment y faire attention. Leur fils. Leur enfant. Ils étaient liés indéfiniment désormais et bien qu’il ait désiré cette union plus que tout, ce sentiment l’effrayait désormais. En serait-il capable ? Pourrait-il leur faire oublier son absence ? Surmonterait-il ces accès de violence auxquels il ne voulait pas les confronter ?


« Mulder, arrête de cogiter et mange. » L’interrompit Scully en secouant négativement la tête.

« Alors vous êtes mon papa ? Pour de vrai ? » Fit William d’une voix étonnement adulte.

« Euh, oui. » Murmura Mulder, appréhendant les minutes qui suivraient et priant pour ne pas faire de gaffe.

« Donc on fera tout pareil. Que mes copains ? On ira jouer au ballon dehors ? Et… Vous m’apprendrez à faire du vélo ? A nager ? A pécher ? » S’emporta William, les yeux déjà rêveurs.

« William. Ton père doit d’abord se reposer. Ensuite, s’il en a envie et la force, alors peut-être. » Tempéra Scully, ne pouvant s’empêcher de sourire en voyant sa moue enfantine.

« On fera tout ça William si tu veux, on apprendra à se connaître tous les deux, tranquillement. » Le rassura William.

« Génial. Maman, j’peux avoir un yaourt s’il te plaît ? » Questionna-t-il en changeant totalement de sujet, sans se rendre compte de son importance aux yeux de ses parents.

***


Son sac ne comportait que très peu de vêtements mais Mulder les sortit et entreprit de les ranger dans l’armoire. Une pensée n’avait de cesse d’envahir son esprit, et avec elle son flot d’images enjôleuses. Il se revoyait dans ce lit d’hôpital, la main de Scully dans la sienne, leurs regards plein de promesse. Depuis le matin de son arrivée, quelques heures plus tôt, Scully n’avait pas fait un seul pas vers lui. Il l’avait blessée, au sens propre comme au figuré, comment pouvait-il espéré qu’elle lui pardonne en claquant des doigts et retombe dans ses bras ?


« Est-ce que tu penses que ça va aller cette nuit ? » Questionna Scully, appuyée contre l’encadrement de la porte, les bras croisés devant elle.

Mulder sursauta, ne l’ayant pas remarquée, l’observant paisiblement à travers ses cheveux détachés. Il referma le tiroir de la commode et marcha jusqu’à elle, s’osant pas la touchée de peur d’essuyer un refus ou un frisson. Ou pire, qu’elle disparaisse de cette pièce pour ne plus y remettre les pieds. Sa gorge était sèche et ses jambes tremblaient en le portant, tel un arbre parmi les rafales d’une tempête. La tornade se trouvait dans son crâne, alternant entre migraines ou vertiges, l’assaillant toujours de nausées intarissables. Pour ne rien arranger, ses oreilles résonnaient d’un bourdonnement intempestif. Il avait beau faire, aucune solution ne s’offrait à lui pour gérer toutes ces émotions et ce mal-être constant qui le harcelaient. Quand il voulait penser à un souvenir rassurant et heureux, la nostalgie et le regret le submergeaient. Lorsqu’il réalisait la chance qu’il possédait d’avoir la possibilité de réunir une famille autour de lui, il se remémorait l’instant où il avait frappé Scully et la culpabilité l’étourdissait. Non, aucun moyen d’échapper à tout cela, pas le moindre faux-fuyant.


« Le temps nous le dira. » Esquiva-t-il, il fit mine de préparer son lit.

« Tu sais, je suis médecin à temps complet maintenant. Je peux te faire une ordonnance si tu veux quelque chose pour dormir, quelque chose de léger ? » Proposa-t-elle avec bienveillance, venant s’asseoir près de lui.

Comme embarrassé, Mulder s’écarta d’elle et s’empara du livre qu’elle avait déposé pour lui sur la table de chevet. Il le tourna et s’occupa en lisant le résumé au verso, incapable de croiser son regard. Scully l’observait avec un nœud dans la gorge, le voir refuser son contact la peinait mais puisqu’il le désirait…


« Alors… Passe une bonne nuit. Demain, j’irai amener William à l’école et… J’ai pris le reste de ma semaine. » Lui annonça-t-elle en se relevant, frottant ses bras comme si le froid s’insinuait en elle.

« Tu n’étais pas obligée Scully, je… Je peux me débrouiller. » Répondit Mulder, haussant les épaules et ne redressant même pas la tête vers elle.

« On verra ça. » Murmura Scully, si bas qu’il ne puisse pas l’entendre, et elle referma la porte derrière elle en expirant un long soupir.

***


Scully bondit dans son lit, les draps découvrant ses épaules dénudées. Quelque chose l’avait réveillée mais étant au beau milieu de la nuit, ses idées n’étaient pas très claires. Avait-elle rêvé ? Ecoutant intensément les bruits extérieurs à sa chambres, elle crut percevoir du mouvement dans le couloir alors elle repoussa les couvertures et posa les pieds au sol. Le parquet froid accueillit ses orteils alors elle enfila rapidement des chaussons et une robe de chambre par-dessus son débardeur et bas de pyjama. Nouant la ceinture autour de sa taille, elle déboucha dans le couloir et se retrouva face à William, les yeux tout endormis.


« William ? Qu’est-ce que tu fais là ? Tu as mal quelque part ? » S’inquiéta immédiatement sa mère en s’agenouillant à sa hauteur.

« Non, c’est Mulder il a crié. » Expliqua-t-il d’une voix trouble, massant ses paupières engourdies.

« Oh, alors retourne te coucher mon Ange, je viendrai te voir d’accord ? » Fit-elle en déposant un baiser sur front et tapotant son dos en direction de sa chambre.

Tendrement, elle le regarda regagner son lit et ferma sa porte pour lui avant de se retourner en direction d’un filet de lumière. Celui-ci provenait de la pièce où dormait Mulder, où du moins, jusqu’à ce que, probablement, un cauchemar ne vienne briser son repos.


« Mulder ? » Fit Scully en passant la tête dans l’ouverture de la porte.

N’obtenant pas de réponse, elle entra dans la chambre en repoussant la poignée et s’approcha du lit à pas de loup. Sous les draps, elle pouvait voir qu’il gesticulait dans tous les sens, tentant d’échapper aux démons qui le poursuivaient. Ses doigts s’emmêlaient dans les replis du tissu, ses sourcils se fronçaient avec une force telle qu’ils risquaient de se rencontrer à tout instant… S’asseyant sur le bord du matelas, elle caressa sa joue d’un revers de main, la trouvant humide de sueur et rugueuse de par sa barbe naissante. Empoignant délicatement ses épaules, Scully les secoua en espérant ne pas l’affoler plus qu’il ne l’était déjà.


« Mulder, réveille-toi, c’est moi. » Chuchotait Scully à son oreille, ses cheveux glissant jusqu’à frôler son visage contorsionné de peur et de douleur.

« NOOOON ! » Hurla-t-il en s’asseyant brusquement, manquant de la faire tomber.

« Mulder, calme-toi, ce n’est rien. Tout va bien maintenant, je suis là. » Prononça-t-elle en réconfort, passant sa main dans son dos.

« Je… Je suis désolé de t’avoir réveillée. » S’excusa-t-il en se laissant retomber sur le lit.

Dans un geste réflexe, Scully remonta les couvertures sur son corps grelottant, sans arrêter de caresser son front. Il savait qu’elle attendait une confession, au moins une description, quoi que soit qui lui montre la foi qu’il avait en elle. Pourtant, ce qu’il avait vu dans ses songes restait enfermé en lui, acculé dans sa poitrine et pendant au bord de ses lèvres. Il n’était pas encore prêt. S’il le lui disait, ces formes abstraites prendraient vie et reviendraient le hanter de plus belle. Ce risque ne valait pas la peine.


« Ce n’est rien, je te l’ai dit, je ne travaille pas… tout à l’heure. » Précisa-t-elle quand son regard se porta sur le réveil qui indiquait quatre heures du matin.

« Tu peux retourner dans ton lit, ça va aller je t’assure. » Insista-t-il en lui tournant le dos.

« Mulder, ce n’est pas en ignorant le problème qu’il s’en ira. » Remarqua-t-elle, légèrement vexée.

« Je sais, mais ça n’empêchera qu’une seule personne de dormir. » Rétorqua-t-il avec peu de tact.

« Pas si tu comptes me réveiller toutes les nuits en criant. Et William aussi par la même occasion. » Continua-t-elle sur le même ton, se levant soudainement pour quitter la pièce.

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MessageSujet: Re: Eternel Passé   Mer 14 Mar - 14:18

« Scully… » L’interpella-t-il avant qu’elle ne s’éclipse pour de bon.

S’arrêtant net au pied du lit, elle fit demi-tour et reprit sa place à son chevet. Ses mains étaient jointes sur ses cuisses et sa tête basse, évitant de croiser ses yeux par tous les moyens. Au bout de quelques lourdes secondes de silence, elle sentit ses doigts s’emparer des siens et caresser sa peau avec un pointe de révérence. Attendrie par cette approche, Scully osa lui faire face et son regard lui fit froid dans le dos. Tous les deux avaient vécu des épreuves toutes plus insoutenables les unes que les autres. Il était impossible pour elle ne faire le compte du nombre de fois où elle avait été enlevée ou menacée. Tout comme il était incapable de se souvenir du nombre de séjours qu’il avait passés à l’hôpital. Chacun avait ses démons à affronter et même s’ils s’étaient souvent soutenus, ils partageaient leurs souffrances à contre cœur, ne souhaitant pas ajouter à la douleur de l’autre ou réveiller de malheureux souvenirs. Ils survivaient à deux mais vivaient ces horreurs désespérément seuls, ne pouvant se résoudre à fragiliser davantage son ami. C’était un accord mutuel qu’ils avaient signé voilà des années et même s’il n’était pas officiel, ils ne parvenaient pas à revenir sur leur décision réciproque. Ils s’étaient en quelque sorte juré de ne jamais amplifier la peine de l’autre. La voir si proche de lui et être déterminé à ne pas la laisser sentir son état tel qu’il était réellement, cela le chagrinait d’avoir à gérer ce désarroi sans son soutient. Cependant, il avait deux combats de front à mener, l’un consistant à affronter ces cauchemars, l’autre à préserver Scully d’une angoisse inutile ou imméritée. Ses doigts tremblaient dans sa main, tellement plus grande que la sienne, plus foncée aussi par rapport à la pâleur immaculée de sa peau. Elle était sa porcelaine, dur au premier abord mais facilement ébranlable si l’on savait frapper au bon endroit. Il connaissait ses talons d’Achille et lui confier son mal serait comme presser le bon bouton jusqu’à la voir se briser de mille éclats. Il refusait d’assister à ce spectacle désolant.

Ils n’échangèrent plus un seul mot, leur conversation se réduisit à quelques regards timides mais explicites. S’avançant en prenant appui sur ses genoux, elle captura son visage pour déposer un baiser d’abord sur son front puis sur son nez et enfin, aussi volatile qu’une plume, sur ses lèvres rebondies. Mulder fut comme tétanisé et ne remua pas un cil, trop heureux de la voir se rapprocher de lui en ce terme, si c’était un rêve, il ne voulait pas qu’il s’achève. A regret, il la vit finalement se lever et tâtonner jusqu’à la porte. Le cliquetis de la poignée marqua l’instant où il recommença à respirer, certes son souffle était court et ahuri, mais il lui permettait de rester en vie, au moins autant que le fait d’avoir la présence de cette jeune femme dans sa vie.


***


« Mulder, ce n’est pas de moi qu’il s’agit mais de la sécurité de William. C’est notre fils, je l’aime et l’ai désiré trop longtemps pour risquer qu’il lui arrive quoi que ce soit. » S’exclama Scully en passant la main dans ses cheveux, son visage révélait toute la tension qu’elle contenait discrètement en elle.

« Tu sais très bien que je ne lèverais jamais la main sur lui ! Ce qui s’est passé la semaine dernière était un accident. » Lui rappela-t-il en faisant allusion au coup qu’il lui avait malencontreusement assené.

« Je sais très bien que tu ne voudrais pas nous faire volontairement du mal. Mais tu dois te rendre à l’évidence, ces crises deviennent de plus en plus graves et tu nous mets en danger par ta simple présence. On doit faire quelque chose. » Le sermonna-t-elle en effectuant des aller et retour dans le salon.

William était à l’école, il n’avait pas assisté à cette dernière colère. Il n’avait pas vu son père briser un vase et envoyer son poing si fort dans le mur qu’il en portait désormais la trace. Ce n’était rien qu’un cadre ne puisse dissimuler. D’ailleurs, dissimuler, c’était tout ce qu’ils semblaient être capables de faire ses derniers temps. Jusqu’à s’en voiler la face à un point tel qu’ils ne discernaient même plus les limites d’un comportement sain et ordonné. Mulder plongeait dans ses états d’euphorie déstabilisants à des phases de fureur incontrôlables, se jetant sur tout ce qui l’entourait sans distinction aucune. Scully avait dû investir dans de la vaisselle neuve et racheter plusieurs miroirs, à mesure que le temps s’écoulait, ils ne se comprenaient plus.

Sur le canapé, Mulder se tenait la tête en marmonnant, dans ces cas là, il n’était plus intelligible, se fondant à l’intérieur d’une bulle que Scully ne parvenait plus à percer. Parfois, il avait des instants de lucidités dans lesquels il devenait un homme tendre, réconfortant et tout à fait rassurant. Il avait pu faire plus ample connaissance avec son fils, disputant des parties de basket endiablées ou lui contant des histoires merveilleuses pour s’endormir. Plus d’une fois, Scully s’était endormie dans le lit de son fils, bercée par l’envoûtante voix de Mulder qui avait dû la porter jusqu’à sa chambre pour la coucher dans même ôter ses vêtements. Elle s’était réveillée en sentant une présence auprès d’elle, le découvrant avachi dans une chaise et l’invitant à la rejoindre, l’encerclant de ses bras et murmurant des mots doux à son oreille.

Hélas, ces nuits n’étaient que trop rares, souvent interrompues par des plaintes ou des gémissements que Mulder ne pouvait retenir. Ses cauchemars se montraient sans pitié et il refusait de parler à qui que ce soit, psychologues ou amis. Plus particulièrement Scully qui, malgré tout, était persuadée que s’il se confiait, il pourrait faire face à ces affreux rêves.


« Je… Je ne peux pas te parler Scully… Le seul moyen de m’aider, c’est… De me soutenir, d’être là, s’il te plaît, Scully, ne me laisse-pas… » Supplia-t-il, tombant à genoux devant elle, le visage ravagé par les larmes et le plaquant contre son ventre jusqu’à rendre ses vêtements humides.

Comment contrôler son chagrin quand l’homme que l’on aime est en lambeaux ? Jamais elle ne l’avait vu si faible, dénué de tout espoir et croyance. Il s’abandonnait à ses limbes sans leur attribuer le moindre sens ou signification. Il se refusait à les analyser de peur de libérer des Démons qu’il n’était pas assez fort pour affronter.


« Mulder, je m’inquiète… Je ne veux pas arriver au point où… Où j’aurai peur de toi, je t’en prie, je ne supporterai pas de te perdre une nouvelle fois. Je sais que l’on peut surmonter cela, fais-moi confiance, parle-moi. Il faut évacuer tout cela sinon on court à la catastrophe. » S’obstina Scully, massant son cuir chevelu alors qu’il resserrait son étreinte autour de ses hanches.

« Si j’en parle j’ai peur que ce soit pire encore. » Chuchota Mulder, comme s’il se méfiait que les murs aient des oreilles.

« Ca peut difficilement surpasser ce que l’on vit. » Lui fit-elle remarquer en se laissant glisser contre lui, tombant à genoux sans lâcher ses bras.

« Si tu savais comme tu me manques. » Souffla-t-il en capturant ses lèvres.

L’instinct et l’amour poussèrent Scully à répondre à ses avances, écrasant sa bouche contre la sienne avec tout autant de vigueur qu’il en démontrait. Depuis son retour, ils n’avaient jamais été plus loin, l’appréhension, l’embarras, ils ne savaient pas réellement pour quelle raison. Ce n’était pourtant pas l’envie qui leur manquait. Mulder emprisonna son visage de ses mains, serrant peut-être un peu trop fort, il voulait tant la posséder toute entière, comme avant, comme quand ils ne vivaient que pour se retrouver le soir et se perdre l’un en l’autre. Il s’effondra sur elle et recouvrit son corps, le son du tissu qui se déchire et des boutons qui virevoltent jusqu’à rebondir au sol… Cette simple mélodie du désir lui donna des frissons et il n’avait plus qu’une seule image en tête, le visage de Scully penché en arrière, un cri si particulier s’échappant de sa bouche. Comme il voulait réentendre ces clameurs languissantes, dévalant sa peau dans un torrent de sensations plus délicieuses les unes que les autres…


« Oh, Scully… » Murmura-t-il entre deux baisers, trop occupé à la dévêtir au plus vite.

« Mulder… Mulder, s’il te plaît… » Répliqua-t-elle en montrant la même force que lui mais dirigée autrement.

Noyé dans ses souvenirs et son aveuglement, il ne se rendait pas compte qu’il l’effrayait. Elle ne pouvait se refuser à lui mais la violence de cet acte l’angoissait, la douleur qu’il pourrait provoquer en elle en obtenant une satisfaction qu’il ne voulait que pour lui. Ils auraient dû partager ces retrouvailles mais il n’agissait qu’égoïstement, ce n’était pas ce que Scully s’était représentée… Si elle lui disait non, il l’ignorerait, c’était certain et ça ne faisait que rajouter à son effroi. Alors elle resta impassible, les mains plaquées au sol à la hauteur de sa tête, elle s’offrait en quelques sortes à lui, à la fois tremblante d’un désir réciproque et d’une conscience qu’il n’avait plus à cet instant.

Ses gestes étaient bestiaux, réquisitionnants et sans pardon. Ses vêtements ne seraient pas récupérables. Ses lèvres étaient exclusives, jalouses, il la redressa contre son torse et elle se raccrocha à son cou. Même si les circonstances n’étaient pas celles qu’elle chérissait, retrouver ce contact était électrisant. Elle retrouvait son souffle, la force d’agir et ses ongles se transformèrent en griffes acérées, marquant son homme dans le dos et arrachant de lui une complainte jouissive. Dans un mouvement brusque, il la souleva du sol et au moment où il pénétra son être, elle se heurta avec tout autant de brutalité contre le mur. Fougue, passion et frénésie se succédèrent dans leur rythme effréné, ils rugissaient de plaisir et tremblaient de faiblesse. Leurs corps se mouvaient pour eux, leurs paupières se fermant pour laisser en eux monter cette vague orgasmique qui n’était plus très loin. Juste quelques secondes, un peu de tension supplémentaire, davantage d’hématomes, leurs pelvis s’entrechoquant divinement.

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MessageSujet: Re: Eternel Passé   Jeu 15 Mar - 20:20

Les mains de Mulder soutenaient avidement ses cuisses, les tenant trop fort, les blessant et incitant pourtant en elle l’envie d’être contrôlée, soumise et possédée de tout son être. Elle se sentait en elle, au plus profond, chaud et exquis, trop puissant pour son corps frêle et plus habitué. Elle avait mal mais cela lui faisait du bien, cette douleur lui avait tant manqué, elle lui faisait réaliser qu’une partie d’elle-même était morte quand il avait disparu. Scully vit sa tête s’abaisser et bientôt, les lèvres de Mulder assaillaient ses seins délicats, blessant sa peau fine et déchirant sa chair dans une morsure sublime. Ce n’était pas suffisant, et pourtant…

Peut-être les voisins se doutaient-ils de ce qui se tramait ? Scully n’en avait la moindre idée et cela ne l’importa pas le moins du monde quand cette tempête de sensations extrêmes l’accapara. Jetant sa tête en arrière dans un ultime mouvement de réédition, elle ne reconnut pas sa voix tant elle était chargée d’émotion et même la dureté du mur ne la fit pas réagir.

A aucun moment Mulder ne faiblit, sentant son corps pliant sous son effort, arrivant peu à peu à la destination qu’il s’était promise. Sa danse s’accéléra et enfin, il atteignit ce lieu à la fois serein et bouleversant qu’était le plaisir suprême. Un râle s’échappa de sa gorge et le soulagement qu’il éprouva n’eut pas son équivalent. Lui transmettant l’essence unique de son être, il la maintenait contre lui, mélangeant les battements affolés de leurs cœurs et leurs respirations saccadées. C’était tout ce dont il n’avait eut de cesse d’espérer, jour après jour, nuit après nuit, ligoté à cette chaise de torture. Des bras pour l’accueillir, un corps pour le réchauffer, un cœur pour le garder en vie et une voix pour le rassurer… Scully.


Soudain, vidé de tout semblant d’énergie, il s’écroula au sol, emportant Scully dans sa chute et réveillant en lui la conscience qu’il avait dédaignée durant plusieurs longues minutes d’abandon. Une main sur la joue de la jeune femme, leurs regards se croisèrent finalement au bout de cet instant de débauche absolue. Le froid entra en lui comme par une porte grande ouverte, amenant avec lui la réalisation de ce qu’il venait de commettre, l’irréparable… Il se leva d’un bond et fuit jusque sa chambre sans accorder un dernier regard à Scully qui gisait nue sur le sol, le visage emprunt de doute, de crainte et d’espoir bafoué.

***


Reprenant son souffle, Scully frappa trois coups secs contre la porte de Mulder et n’attendit pas de réponse pour entrer. Elle le trouva assis sur le rebord de la fenêtre, le regard perdu dans le vide. Elle n’était même pas sûre qu’il l’avait entendue pénétrer la chambre. Un coup de vent la fit frissonner et ayant encore la peau humide, elle resserra la sangle de son peignoir autour de sa taille. Elle venait de prendre une douche, effaçant toute trace de ce qui venait de se produire.

Bien sûr, sa mémoire était là pour le lui le rappeler, ainsi que la dizaine d’ecchymose qui marquaient ses hanches, cuises et avant bras. Derrière sa tête, elle avait presque l’impression de ressentir une bosse. Cette pensée la fit rougir bien qu’elle ne sache pas bien pourquoi.


« Mulder ? » L’appela Scully, mal assurée.

« Vas-t-en, j’ai fait assez de mal comme ça. Ne t’inquiète pas, je ne resterai pas cette nuit. » Annonça-t-il en descendant de son piédestal, lui accordant enfin un regard.

Ce qu’elle vit lui fit froid dans le dos, on aurait dit une simple enveloppe couvrant le fantôme qu’il était devenu. Que pensait-il d’elle ? Que s’imaginait-il ? Devait-elle se sentit dégradée de la manière dont il posait les yeux sur elle ? Ne pouvant se retenir plus longtemps, elle s’empara de son poignet, l’obligeant à lui faire face.


« Mulder, reste. Je t’en prie. » L’implora-t-elle en essayant de le convaincre au-delà des mots qu’elle prononçait.

« Non Scully, ce que… Ce que j’ai fait n’a pas de nom… J’irai me rendre à la police, je ferai tout, pardonne-moi. » Articula-t-il entre deux tremolos, cachant son visage dans ses mains.

« Que… Quoi ? La police ? Je ne comprends pas… » Intervint Scully, honnêtement troublée par ce comportement instable.

« Scully, je… Je me suis imposé, je t’ai… Oh mon Dieu, ne m’oblige pas à dire les mots. » La supplia-t-il en tournant le dos, collant son front au mur.

Au beau milieu de la pièce, Scully restait immobile, indécise. Pensait-il l’avoir… Violée ? Croyait-il réellement avoir été contre son gré ? Ce n’était pas possible, c’était un cauchemar et elle se réveillerait, ils iraient bien tous les deux. Elle eut soudainement des vertiges et tenta de se rattraper à la commode mais elle se sentit défaillir. Deux bras forts vinrent la rattraper de justesse et la conduisirent au lit où elle pu s’étendre. Avec soin, Mulder rabattit les couvertures sur elle et resta à ses côtés, l’inquiétude se lisant sur son visage.


« Scully… Je n’étais plus moi-même… Je ne contrôlais plus rien… » Balbutia-t-il, rongé par la faute dont il se considérait comme responsable.

« Tu n’as pas à avoir peur Mulder, je suis aussi coupable que toi. Tu ne t’en es peut-être pas rendu compte mais je l’ai voulu autant que toi ! » Tenta de le convaincre Scully, les circonstances atténuantes étaient inutiles.

« Non, je t’ai fait du mal, tu es couverte de bleus, je suis un monstre. » Continua Mulder, il s’effondrait littéralement. « Je me revois au dessus de toi, comme si tu n’étais qu’une chose, un objet pour me soulager, je n’en avais rien à faire de ce que tu pouvais bien ressentir. » Avoua-t-il enfin, ses ongles perçant l’épiderme de ses paumes.

« Si ça peut te rassurer, je ne me souciais pas de grand-chose non plus, à part à ce que je pouvais égoïstement ressentir. Et si tu t’étais arrêté, je ne suis pas sûre que tu t’en sois sorti avec les deux yeux indemnes. » Plaisanta difficilement la jeune femme, espérant se montrer suffisamment détachée pour le persuader de son innocence.

« Non je… Je n’avais même plus l’impression d’être humain, Scully, je n’aurais jamais dû… » S’obstina-t-il néanmoins, secouant du chef.

Fronçant les sourcils de frustration et d’exaspération, Scully se redressa et se mit à genoux derrière lui, entourant son cou de ses bras et appuyant sa tête contre son épaule. Mulder n’osa plus bouger, ne comprenant pas comment Scully pouvait le pardonner aussi aisément. Sentir son corps contre le tien le rendait si frêle et hésitant, il était paniqué à l’idée de se méprendre en interprétant ses intentions. Scully avait un aura si pénétrant autour d’elle, si intense et déstabilisant qu’il ne maîtrisait plus ses gestes ni même ses pensées en sa présence. Sans un mot, elle pouvait bouleverser tous ses idéaux, les balayer d’un revers de manche et tout cela si naturellement qu’elle n’en n’était pas consciente.

Propulsé par une force invisible, Mulder parvint à détourner les yeux jusqu’à les poser sur elle, rassurante, souriante, tendre… Scully initia un baiser, dérobant ses lèvres pour les maltraiter des siennes. Il ne pu s’y résoudre, Mulder la serra contre elle, achevant tout acte qui lui ferait perdre le fil de la réalité.


« Je serai toujours là, plus encore quand tu réussiras à me parler. » Promit-elle à l’instant où il en avait le plus besoin, lisant dans son esprit.

« Est-ce que tu avais ces flashs, ces cauchemars toi aussi ? » Questionna-t-il tel un enfant apeuré, la figure cachée dans son cou.

« Toutes les nuits les premiers mois. » Révéla-t-elle de but en blanc.

« Et qu’est-ce qui t’a aidé ? » S’enquit-il, s’écartant elle pour la fixer dans les yeux, abasourdi par cette confession brutale.

« J’ai parlé à ma mère et à Mélissa aussi. Et puis… Tu as commencé à m’appeler la nuit. » Lui rappela-t-elle dans un sourire éclatant.

« Je ne m’en étais même pas rendu compte, je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça… » S’esclaffa-t-il, trouvant ce comportement idiot.

« Mulder, tu ne peux pas savoir le bien que ça m’a fait, savoir que… Que je n’étais pas toute seule, que quelqu’un d’autre qu’un membre de ma famille se souciait de ma sécurité. » Lui avoua-t-elle timidement, laissant tomber ses épaules et dégageant ses cheveux de son visage.

« J’avais besoin d’être sûr, de savoir que tu était chez toi, en bonne santé… » Reconnut Mulder en se glissant près d’elle pour retomber sur le lit, enlacés l’un à l’autre.

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MessageSujet: Re: Eternel Passé   Ven 16 Mar - 19:40

« Et c’était tout ce dont j’avais besoin. » Conclut-elle en se blottissant contre lui, fermant les yeux et humant son parfum naturel.

***


Scully posa le livre qu’elle était en train de lire et s’aventura dans la cuisine, ôtant son pull pour échapper à la chaleur ambiante qui devenait de plus en plus oppressante. Une fois dans la pièce, elle repéra Mulder devant les plaques chauffantes, faisant cuire de la viande dans une poêle visiblement inondée de beurre. Souhaitant l’aider, elle s’approcha du plan de travaille et tendit s’apprêtait à attraper le plat qui s’y trouvait quand Mulder enserra brusquement son poignet.

Elle ne réfléchit pas, son geste fut instinctif, elle sursauta violement et s’écarta de lui avec sa peur parfaitement lisible dans son regard.


« Oh, Scully, je suis désolé. » Se confondit immédiatement Mulder en excuses, comprenant sa réaction.

« Je… » Bafouilla-t-elle, massant son avant-bras en baissant les yeux.

« Scully, je ne voulais pas t’effrayer, le plat sort du four, je ne voulais pas que tu te brûles. » Expliqua-t-il d’une voix hasardeuse, l’implorant de le pardonner.

« Je suis désolée… J’ai cru que… » Balbutia-t-elle en haussant les épaules.

Elle n’avait pas besoin d’être plus précise, il avait parfaitement saisit l’allusion. Elle était anxieuse depuis la veille chaque fois qu’il haussait quelque peu le ton ou effectuait un mouvement plus vif que les autres. Elle avait passé la nuit à ses côtés mais elle n’avait pas dormi, cela se voyait grâce aux cernes qui soulignaient malheureusement son regard nerveux. Elle se triturait les doigts, tournant et retournant inlassablement la bague qu’elle portait au majeur, un cadeau de Maggie avait-elle raconté.


« Scully, je sais que tu as besoin de temps. Cela me fait tellement de mal de voir que tu es mal à l’aise en ma présence. Je peux partir quelques jours si tu veux, je peux trouver un hôtel, te laisser du temps. Je ferai n’importe quoi. Je suis tellement navré de ce que je t’ai fait, de ce que je t’ai pris. » Insista-t-il en liant ses mains derrière sa nuque, soufflant et soupirant en succession régulière.

Scully massa l’espace qui séparait son nez de son front, luttant pour retenir les larmes qui menaçaient de quitter ses yeux pour dévaler ses joues. Si elle cédait, jamais elle ne parviendrait à reprendre le contrôle de ses émotions avant un bon moment et elle ne ferait qu’ajouter à la culpabilité de Mulder. Ce n’était pas une solution. Alors comment faire pour s’empêcher de trembler en sa présence ? Comment appréhender ses humeurs et anticiper son comportement quand il se montrait aussi lunatique et imprévisible ?


« Je m’excuse, je sais que… Que tu as fais une erreur et que tu la regrette. Je ne sais même pas réellement si c’était une erreur… » Remarqua-t-elle en effectuant ses aller et retour à la porte de la cuisine.

« J’ai commis une faute impardonnable Scully. Il ne faut pas se voiler la face, il n’y a qu’un seul mot pour qualifié ce que j’ai osé te faire subir. Bien que tu refuses qu’il soit prononcé, c’est ce qui est et… Nous devrons tous les deux vivre avec. Je ne me plains pas, je sais que tu es la victime et que c’est toi qui en souffre le plus mais sache que je m’en veux terriblement et que si j’avais la moindre chance de revenir en arrière pour effacer tout ça, je le ferai sur le champ. » Promit-il sans faire un seul pas dans sa direction, ne comptant pas l’alarmer davantage.

« Comme tu l’as dit, il me faut juste du temps Mulder. Je sais que tu n’étais pas toi-même. Mais tu as besoin de temps pour aller mieux, et moi aussi. Les choses s’arrangeront j’en suis sûre, il faut juste être patients. » Affirma-t-elle après avoir ravalé sa salive et surmonté ce nœud qui lui bloquait la gorge.

***


Quelques jours s’écoulèrent sans trop de heurts, Mulder préférant s’isoler dans le fond du jardin plutôt que de faire subir ses sautes d’humeur à Scully et William. Leurs relations s’amélioraient progressivement, les rapprochant toujours plus, les rendant complices et tendres les uns avec les autres.

William ne semblait pas très perturbé, son comportement à la maison où à l’école n’avait presque pas évolué à par peut-être sa capacité à se concentrer. Il était plus rêveur mais restait persévérant et docile. Mulder et lui échangeaient parfois quelques ballons avant le repas et son père s’adonnait à la lecture pour enfant afin de lui faire trouver le sommeil. Scully aimait ces instants, elle redécouvrait Mulder et sa douceur, dissimulée sur le pas de la porte. Il employait des fois différentes et faisait rire William avec une facilité déconcertante. Ce son mélodieux et guttural plaisait aux oreilles de Scully qui se familiarisait avec tous ces petits instants précieux qu’on lui offrait.

Cela soulageait Mulder de se focaliser sur une telle tâche et il ferait de son mieux pour permettre à son fils de mener une vie rêver. Jamais il ne souhaiterait lui infliger des discussions houleuses qu’il avait entendues de ses propres parents. Jamais il ne laisserait quiconque s’attaquer à lui ou à n’importe quel membre de son entourage, le protégeant d’une douleur que personne ne devrait connaître. Il avait perdu Samantha, William ne perdrait pas de proches aussi brutalement, plutôt mourir. Il caressa ses cheveux une dernière fois, percevant sa respiration calme et régulière, puis il s’éclipsa en manquant de bousculer Scully sur son passage.


« C’est… Troublant de te voir ainsi, j’ai l’impression que ce n’est pas toi mais tu le fais avec tant de talent que je ne peux que m’incliner. » Lui confia Scully en glissant son bras dans le sien, initiant le contact avec lui pour la première fois depuis leur discussion dans la cuisine.

« Est-ce qu’il fait encore bon dehors ? » S’enquit Mulder en la guidant vers la baie vitrée, déstabilisé mais infiniment reconnaissant des efforts qu’elle accomplissait, elle était si forte et déterminée comparée à lui.

« Oui, le temps n’est pas près de changer avant la fin de semaine. Pourquoi ? » Questionna Scully, intriguée.

« Parce que je veux parler, mais j’ai besoin d’air. » Répliqua-t-il simplement, regardant droit devant lui et manquant l’expression abasourdie de Scully.

En silence, ils parcoururent quelques mètres sur la terrasse en bois et rejoignirent la balancelle située près des marches. Le soleil avait fléchi et abandonnait derrière lui des milliers de rayons orangés, tapis de nuages plus sombre mais tout aussi sublimes. Les lueurs parsemaient les lattes de bois ainsi que leurs visages et leurs corps entrelacés. Se berçant lentement, Mulder avait passé son bras derrière la nuque de Scully et déposé un baiser sur sa tempe avant qu’elle se repose sa tète sur son épaule.


« Je ne voulais pas que William nous entende. Et… Je préfère parler le soir, tu sembles pressée le midi. » Amorça-t-il, hésitant et empli d’appréhension.

« Quand je travaille, je ne rentre pas d’habitude, William reste à la cantine, c’est plus facile. Mais… Je n’aime pas te savoir seul toute la journée. » Murmura-t-elle en jouant avec ses doigts.

« C’est dur d’être loin de toi quand dans mon esprit, on travaillait encore ensemble il y a quelques jours. » Consentit Mulder, ils avaient passé tout leur temps ensemble et bien plus encore.

« Est-ce que des cauchemars se sont atténués ? » Dévia-t-elle soudainement, désireuse d’en apprendre plus sur ce qui le tourmentait depuis si longtemps.

« Disons qu’ils sont plus clairs. Le fait de mieux comprendre ce que je vois est quelque part moins effrayant. Avant, ce n’étaient que des flashs très brefs, des lumières à la fois sombres et vives, des cris stridents… déchirants… » Décrit-il en conservant un ton parfaitement neutre.

« C’était la même chose pour moi, après j’ai commencé à voir ces hommes, penchés au dessus de moi mais le matin même, j’étais incapable de m’en souvenir. J’ai mis des années à réaliser ce que j’avais réellement aperçu dans mes rêves. » Acquiesça-t-elle en fermant les yeux, se remémorant tous ces moments en cascade.

« Scully, ce que je vois… Ce ne sont pas des hommes… » Balbutia-t-il, soudainement anxieux.

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MessageSujet: Re: Eternel Passé   Jeu 22 Mar - 18:15

Scully se tourna vers lui et encadra son visage de ses mains, caressant ses joues d’un geste velouté et faisant naître sa curiosité. Son regard parvint à apaiser le rythme affolé que le cœur de Mulder avait entamé, son toucher le rendait fébrile. Refermant ses doigts autour de ses poignets, il embrassa l’intérieur de chacun et abaissa leurs mains jointes à leurs cuisses pressées l’une contre l’autre. Il inspira avec peine mais persista et bientôt, son souffle chaud vint balayer les cheveux qui couvraient la pommette de Scully.

« Dis-moi où tu te trouves, l’environnement, ce que tu ressens ? » L’incita-t-elle gentiment.

« Je… J’ai froid, terriblement froid. Je ne porte pas un vêtement et je suis attaché à une chaise étrange. J’ai mal et j’ai peur aussi… Des espèces de pics m’étirent les joues, des tiges maintiennent mes yeux ouverts. Ils me brulent parce que je ne peux pas cligner des paupières… » Sa voix devenait rauque et grave à cause de l’émotion.

« Doucement, vas doucement. Si tu n’as pas la force de tout dire, on a tout notre temps devant nous, ne te rends pas malade. » L’exhorta Scully, tout à coup soucieuse de son état, elle ne voulait pas le pousser jusqu’au point de non retour.

« Tout est noir autour de moi mais… C’est comme si seul le vide m’entourait, rien n’est matérialisé, comme si les murs se trouvaient à des kilomètres de moi. » Continua-t-il sans relâche, Scully pouvait lire tous ses sentiments rien qu’en scrutant ses yeux ombragés.

« Les visages, est-ce que tu les avais déjà vus auparavant ? » Se risqua Scully, elle ne pouvait pas s’empêcher de vouloir en savoir plus.

« Quand j’ai dit qu’ils n’étaient pas humains… Ce n’est pas vraiment ça, ils sont humains mais ceux qui les portent ne le sont pas… Des dizaines de Bounty Hunter s’observent, m’auscultent et m’analysent. J’ai l’impression qu’ils m’arrachent la peau à l’état vif. » Expliqua-t-il hâtivement, ses mouvements devenant de plus en plus agités.

« Chut, Mulder, ça va aller, je suis là. » Le rassura Scully en entourant son cou de ses bras pour le rapprocher d’elle, il se fondit dans son étreinte et ferma les yeux de soulagement.

Sentir le corps de Scully contre le sien avait un effet immédiat et bénéfique pour ses nerfs. Il avait une sensation de sérénité à ses côté, comme s’ils se procuraient une véritable invincibilité et que plus rien ne pouvait les atteindre. Il était entier auprès d’elle, plus qu’il ne l’avait jamais été avec personne d’autre, qu’il s’agisse de sa propre famille ou d’autres femmes. Ce qu’elle lui apportait était unique et précieux, un cadeau qu’il conserverait jusqu’à sa mort sans que personne ne puisse le lui dérober.

***


La porte claqua dans son dos mais Scully ni fit pas plus attention. Ses chevilles étaient enflées de fatigue et une insupportable migraine sévissait entre ses deux oreilles. L’obscurité de la maison l’accueillit à bras ouverts seulement son silence eut le don d’éveiller son inquiétude. Le matin même, elle avait laissé Mulder en compagnie de William qui n’avait pas école et elle ne pu s’empêcher d’émettre certains doutes. Avait-elle eu une bonne idée de lui confier leur enfant, connaissant l’instabilité de son caractère ? Après tout, cela ne faisait que trois semaines qu’il n’avait plus montré de signe de violence envers qui que ce soit…

Secouant la tête avec résolution, Scully se força à chasser cette pensée de son esprit. Elle devait se fier à son instinct et celui-ci lui dictait de suivre son cœur. Mulder avait commis une erreur, il s’était excusé et jamais il n’avait recommencé. Il n’y avait rien d’autre à ajouter.

D’un pas assuré, elle traversa le salon et rejoignit l’escalier en appelant leurs noms. Comme elle n’obtint pas de réponse, elle fronça les sourcils et continua néanmoins ses recherches. Leurs chambres étaient vides donc elle rejoignit le rez-de-chaussée, au moment où une brise souleva ses cheveux et la fit frissonner. Faisant demi-tour, son regard se porta sur la baie vitrée restée entrouverte.


« Mulder ? » Appela-t-elle au dehors, ses doigts se crispant sur la poignée.

« Scully ? On est là, viens ! » Lança Mulder, sa voix provenant d’un coin sombre sur la droite.

A tâtons et dans la pénombre, Scully parvint à les distinguer, étendus sur une serviette de bain qui recouvrait la pelouse fraîchement coupée. Le temps était humide et frigorifiant, son corps fragilisé par l’effort ne lui pardonna pas cet excès. Quand elle éternua, une main se glissa dans la sienne, forçant Scully à s’agenouiller puis à se réchauffer contre un torse chaud et bienveillant.


« On voulait voir les étoiles. » Expliqua Mulder en la serrant contre lui pour la protéger du vent.

Scully reconnut la présence de William en face d’elle, camouflé sous l’autre aisselle de Mulder et le regard planté sur elle. Ils s’échangèrent un sourire puis elle vit ses yeux monter vers le ciel, observant ces milliers d’astres lumineux qui brillaient ça et là.


« Tu as l’air fatigué. » Remarqua Mulder, passant sa main dans son dos pour la masser doucement.

« Un petit garçon… Son père me l’a amené au lieu d’aller aux urgences. Il avait tardé à le faire ausculter et au lieu de se faire opérer de l’appendicite, il a eu le droit à une belle péritonite. J’ai cru que l’ambulance n’arriverait jamais à temps, je ne pouvais que maintenir son état sans le moindre matériel adéquat… » Raconta Scully en tremblant, d’émotion ou de froid, Mulder n’aurait su dire.

« Il s’en est sorti ? » S’enquit-il en hésitant quelque peu, ne voulant pas la forcer contre son gré.

« Oui, je… Je les ai accompagnés à l’hôpital et je n’ai pas pu les laisser avant d’en avoir le cœur net. Je suis désolée, j’ai oublié d’appeler… » S’excusa-t-elle timidement, se serrant davantage contre lui.

« Hey, Scully, tu n’as pas à t’excuser, je sais à quel point tu peux être impliquée dans ton travail et avoir un médecin aussi humain que toi est un atout pour cette ville. Et puis, j’étais là pour William, je suis allé le chercher à l’école et on a été disputer un match de foot enragé avec ses copains. » Raconta-t-il, il se remémorait l’après-midi sans dissimuler son plaisir, un sourire étirant tout à coup ses lèvres.

« Jimmy et Mike ne voulaient pas croire que c’était mon papa. » Leur apprit William qui ne dormait pas encore.

« Et que leurs as-tu dit ? » S’étonna Scully, elle tendit la main pour caresser ses cheveux.

« Qu’ils étaient jaloux parce que leurs papas savent pas jouer au foot aussi bien que le mien. » Rétorqua-t-il, son regard pétillant de malice.

« Tu as bien fait, je suis contente que tu ailles bien mon Ange. » Confia Scully en se rapprochant de lui, elle avait besoin de le prendre dans ses bras afin de sentir son petit corps contre le sien.

Lorsqu’elle l’installa sur ses genoux, Mulder et elle s’allongèrent sur la serviette de bain et William s’étendit sur sa mère, calant sa tête dans son cou. Les doigts de Scully jouaient dans son dos et Mulder les enlaçait tous les deux, ils s’apportaient chacun réconfort et chaleur, observant les étoiles en silence. Ils se tenaient immobiles depuis quelques minutes quand Mulder se redresse brutalement, pressant ses paumes contre ses tempes et grimaçant de douleur. Son visage se contorsionnait sous la souffrance qu’il éprouvait, gémissant pour contenir les cris qu’il ne pouvait exprimer.

D’une petite tape dans le dos, Scully fit signe à William de rentrer dans la maison. L’enfant hésita un instant, contemplant son père avec l’air intrigué, partagé entre l’envie d’aider et celle de se plier aux exigences de sa mère. Il finit par céder et se rua dans sa chambre.


« Mulder, qu’est-ce qui se passe ? Parle-moi ? Mulder ? » L’implora Scully, apposant ses mains froides contre sa peau humide de sueur.

« Promets-moi de ne pas m’en vouloir Scully… » La supplia-t-il entre deux complaintes.

« Quoi ? Mais pourquoi ? Mulder, est-ce que tu me caches quelque chose ? » Se soucia-t-elle subitement, appréhendant la révélation qu’il ne tarderait pas à lui faire.

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MessageSujet: Re: Eternel Passé   Ven 23 Mar - 20:38

« Quand j’ai ces crises… humm » Marmonna-t-il entre deux soupirs qui l’ébranlaient sans retenue. « J’ai des migraines insupportables… » Expliqua-t-il, Mulder ne pouvait lever les yeux et oser croiser le regard plein d’empathie de la jeune femme.

« Oh, Mulder, pourquoi le dissimuler ? J’aurais pu te conseiller un neurologue, quelqu’un de confiance. » Reprocha-t-elle et tempérant malgré tout sa réaction.

« Non, je… J’ai fait une erreur Scully… Je n’aurais pas dû mais je ne savais pas quoi faire, j’avais peur que tu ne me fasses plus jamais confiance, que tu me demande de partir si je ne contrôlais plus rien… » Continuait-il sur un ton désespéré qui ne faisait que traduire la crainte qui le hantait.

« Je ne suis pas sûre de comprendre. » Admit Scully, la situation la déconcertait au plus haut point.

« Tu vas tellement m’en vouloir… » Se lamenta Mulder, sa voix était méconnaissable, noyée sous une vague de culpabilité dont Scully avait rarement été témoin. « Je… Je t’ai volé des feuilles d’ordonnance Scully… J’ai fait quelques recherches sur internet et me suis prescrit des médicaments en pensant que peut-être, je pourrais atténuer mes crises et ces affreuses migraines… » Avoua-t-il d’un bloc, évitant de s’attarder sur la réaction de Scully.

Cette dernière resta pantoise, la bouche entrouverte, permettant au vent froid de gercer ses lèvres ne démontrant pas une once de pitié. Ses yeux étaient brillants de larmes qui oscillaient entre le désir s’éclore et celui de se couver au bord de ses cils. Mille et unes images lui traversèrent l’esprit, Mulder s’immisçant dans son bureau et fouillant ses tiroirs. Mulder découvrant son carnet d’ordonnances vides. Mulder effectuant des recherches sur son propre ordinateur, prenant des notes et scrutant avidement son écran en résistant à un mal de crâne qui le guettait… Elle secoua vivement la tête, tout cela n’était qu’un rêve n’est-ce pas ? Il n’avait pas pu la trahir à ce point après tout ce qu’elle avait fait pour lui ? Elle l’avait accueilli dans sa maison les bras ouverts, tout comme elle l’avait fait dans sa vie personnelle. Il lui avait volé son corps et extirpé un plaisir égoïste, un acte qu’elle n’avait pas entièrement assimilé mais pardonné… Comment avait-il pu contourner sa confiance aussi délibérément et la bafouer sans même daigner lui adresser le moindre regard, le moindre remords ?

D’un bond, elle se dressa, époussetant ses vêtements et foulant la pelouse en gardant sa main contre sa bouche, elle ne devait pas crier. Non, comme toujours elle devait se montrer vaillante, scully, cette femme dure et froide, en pleine maîtrise d’elle-même et de ses sentiments. Oh, comme elle avait envie d’hurler à pleins poumons parfois, de se décrocher la mâchoire en s’arrachant quelques cheveux et rongeant ses ongles jusqu’au sang… elle avait envie de se précipiter à la cuisine, d’en ouvrir toutes les étagères pour s’emparer de cette précieuse porcelaine que sa mère lui avait confiée et projeter toute cette vaisselle au sol. Les éclats, le bruit, ce verre brisé, tout cela lui procurerait un soulagement incroyable mais le lendemain, elle regretterait amèrement son geste. A quoi bon, sa conscience était inlassablement en contrôle de ses gestes, de ses mots.

Oh, comme elle s’en voulait d’avoir été aussi aveugle, aussi idiote et médiocre ! Elle lui avait tout cédé ! Tout et il avait volé chaque partie de son âme pour la lui rendre en piteux état, démolie de toute part, usée et humiliée. Qu’il soit aussi exécrable lui donnait la nausée et quand elle pivota sur elle-même afin de rejoindre les toilettes, ce fut pour se heurter contre son torse.


« Scully, je suis tellement désolé, je ne sais pas ce qui m’a pris. » Jura-t-il, son visage n’inspirant que le dégoût à Scully.

« Tu m’a menti ! Comment as-tu osé ! Tu me répugnes ! Je te hais ! Mulder, je te hais ! » Hurla-t-elle, perdant tout semblant de sang froid. « Je te hais ! » Insista Scully une nouvelle fois avant de courir en direction des cabinets, la main encore plaquée contre sa bouche, retenant un haut le cœur.

De son épaule, elle poussa brutalement la porte et s’échoua à genoux sur le sol, maltraitant ses articulations pourtant bien fatiguées. Penchant la tête, elle se laissa aller, de longues minutes, ne crachant bientôt plus que de la bile qui lui brulait la gorge et enflammait son œsophage. Ses bras étaient croisés et pressés contre son ventre si crispé qu’il était dur comme de la pierre.

Mulder l’observait du pas de la porte, s’il s’approchait il savait qu’elle le repousserait, lui intimerait l’ordre de disparaître sur le champ. Elle toussait sèchement, transmettant instantanément sa douleur à Mulder qui souffrait presque autant qu’elle à la voir si mal en point.


« Scully… » Fit Mulder en lui tendant un gant de toilette légèrement imbibé d’eau.

Elle s’en empara sans même lui adresser un regard ou le remercier. Il ne méritait rien de plus, tous deux étaient en accord sur ce point. Mulder la vit essuyer sa bouche à vive allure, reposant le linge dans le panier prévu à cet effet puis elle sortit de la pièce en régurgitant sa salive. Ses cheveux humides tombaient en mèches épaisses sur son visage, l’ombrageant à peine, lui fournissant l’abri nécessaire.


« Je vais faire mon sac. » Annonça-t-il, s’apprêtant à monter les escaliers pour la fuir au plus vite.

« Je crois que ça vaut mieux comme ça. » Consentit Scully, croisant les bras sur sa poitrine, plus en signe de défense que pour lutter contre le froid qui l’inondait.

Une fois qu’il lui avait tourné le dos, elle le suivit du regard et le vit disparaître dans sa chambre au premier étage. Au bout de quelques minutes, il fut de retour avec son mince bagage. Contrairement à ce qu’elle aurait espéré, tout ne se passa pas comme Scully l’imaginait car William choisit d’ouvrir sa porte à l’instant même où Mulder descendait les escaliers.


« Papa ? Tu vas où ? » Questionna-t-il avec toute son innocence.

« Il… Il doit s’absenter quelques temps. » Répondit Scully du tac-au-tac, cela ne servait à rien de l’inquiéter lui aussi.

« Et tu reviens quand ? » Insista William, omettant l’expression réprobatrice que lui infligeait sa mère.

Que dire ? Trop ou pas assez, un enfant de 5 ans ne pouvait tout comprendre, ne devait tout savoir. Mulder lâcha un soupir embarrassé mais il posa son sac au sol et s’accroupit face à William. Un sourire se dessina sur les lèvres du petit garçon, il restait du dentifrice au coin de sa bouche. A l’aide de son pouce, Mulder effaça cette trace blanche et s’éclaircit la gorge. Quels mots étaient les plus appropriés ? Il était navré d’avoir commis cette faute, rongé par le remords, mais la vérité était sa religion et conserver ce secret en lui avait été insupportable. Luttant contre le mal par le mal, il n’avait obtenu qu’une déchéance supplémentaire. A quoi bon, sa vie était ruinée, il avait tout gâché malgré la chance inouïe qu’il avait eue de retrouver Scully et leur enfant sur son chemin. Il ne pouvait exister un homme plus imbécile que lui ici bas.


« Je suis malade William, j’ai besoin de suivre un traitement et de me soigner. Ensuite, quand j’irai mieux, peut-être qu’on pourra repasser un peu de temps ensemble. D’accord ? » Expliqua Mulder, priant pour qu’il ne dépasse pas les limites et que Scully ne lui en veuille pas d’avoir encore une fois pris les devants.

Sa main se perdit dans les cheveux de son fils et il ne pu s’empêcher de déposer un baiser sur le haut de son crâne. Dans combien de jours aurait-il la possibilité de le revoir ? Connaissant Scully, peu de temps s’écoulerait avant sa prochaine visite, elle était généreuse. Trop généreuse.


« Je t’appellerai pour te dire dans quel hôtel je me trouve. » Murmura-t-il en passant auprès d’elle.

« Mulder, il y a… Il y a un motel à deux rues d’ici, le Blue Night Regent. Je vais essayer de contacter ce neurologue dont je t’ai parlé. » Proposa-t-elle, le regard planté sur ses orteils.

« Merci. » souffla-t-il, refermant la porte d’entrée derrière lui.

Levant les yeux pour s’assurer que William était retourné dans sa chambre, Scully se laissa glisser le long du mur. Recroquevillée sur elle-même, les larmes dégringolèrent en flots sur ses joues. Pourquoi ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi…

***


Trois coups résonnèrent contre la porte et Mulder repoussa les couvertures pour découvrir que le jour s’était levé depuis déjà de nombreuses heures. De toute façon, il ne parvenait plus à trouver le sommeil, flottant entre un état somnolant ou une fatigue extrême. Il n’avait même plus le courage de sortir de son lit. Pourtant, il le devait, quelqu’un l’attendait. Il savait de qui il s’agissait et appréhendait ce tout premier contact après la nuit désastreuse qu’il avait endurée suite à sa confrontation avec Scully, quelques jours plus tôt.


« J’arrive. » Appela-t-il, recherchant de quoi se couvrir afin de paraître convenablement vêtu. « Scully. » Fit-il en ouvrant la porte, s’écartant pour la laisser entrer.

La jeune femme découvrit les lieux avec un nœud dans la gorge, ses doigts s’entremêlaient nerveusement, encore et encore, jouant également avec ses clés de voiture. Une mèche s’était échappée de son oreille alors elle la replaça par réflexe, se retournant sur Mulder.


« J’ai parlé de toi au Docteur Ferguson, il travaille dans le service de neurologie à l’Hôpital St Andrews de New York. Il est disposé à te rencontré dans deux jour. Je lui ai exposé ton problème, les migraines, les crises et… Une partie du traumatisme que tu as vécu. Si tu veux entrer dans les détails avec lui, c’est à toi que ça incombe. » Le renseigna-t-elle, Scully resta debout au beau milieu de la pièce, le lit était chargé de vêtements sales et froissés.

« Merci. » Répondit simplement Mulder en s’emparant de la carte de visite qu’elle lui remit, contenant les horaires de son rendez-vous.

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MessageSujet: Re: Eternel Passé   Dim 25 Mar - 1:43

Le soleil perçait faiblement à travers les rideaux, on pouvait voir la poussière virevolter à travers les rayons. La chambre sentait le renfermé, comme si les lieux n’avaient jamais été quittés par Mulder qui se serait morfondu ici pendant des heures. Scully se sentait mal à l’aise, le trouver dans un tel état de décrépitude ne faisait qu’accentuer son désir de le pardonner et de le prendre dans ses bras en lui jurant que tout était oublié. Cependant, il lui avait menti, avait bafoué cette confiance qu’elle avait placée en lui et devait désormais la regagner peu à peu.

« Mulder… Tu ne devrais pas te laisser aller… Peut-être que tu pourrais trouver une occupation, quelque chose qui te donne le temps de te retrouver et de décider de ce que tu veux faire ensuite. » Conseilla Scully, elle se tenait à quelques centimètres de lui, si près et si loin à la fois.

Tout en soupirant, Mulder frotta le bas de son visage, sa paume rencontra sa barbe rugueuse et envahissante. Il ne semblait pas sale, seulement négligé et incroyablement fatigué. Lorsque Scully fit demi-tour pour rejoindre la porte, son regard se posa sur celle-ci et elle remarqua une trace de poing dans le panneau central. Probablement l’une de ses crises. Mieux valait détériorer les environs plutôt que de refaire le portrait du propriétaire pensa Scully.


« Oui, je pense avoir trouvé une place de magasinier en attendant. » L’informa Mulder, ses épaules s’effondrèrent perceptiblement, ce n’était pas l’emploi rêvé.

« Bien, je vais te laisser. » Murmura Scully, sa main se trouvait déjà sur la poignée mais elle se retourna au dernier moment. « Mulder, si… Si tu veux voir William, tu n’as qu’à le dire. » Finit-elle d’une voix fragile mais déterminée.

« Merci Scully. » Dit-il encore une fois, ses jambes cédèrent et il dû s’asseoir au bord du lit.

La porte se refermait sur la jeune femme, seule la fragrance de son parfum régnait encore dans la pièce comme un souvenir qui s’évaporait avec le temps. Mulder s’étendit sur le matelas, les draps étaient parsemés de plis et de tâches à force de manger de la nourriture à emportée sans daigner rejoindre la table. Sa vie lui échappait, il avait eu sa chance et la laissait filer sous son regard désabusé.


***


« Des vertiges ? » Questionna le médecin, examinant les pupilles de Mulder avec un petit faisceau lumineux.

« Non, des migraines insupportables, des cauchemars et… Je suis constamment en colère ou extrêmement fatigué. » Expliqua Mulder, ses pieds se balançaient sous lui.

Il n’était vêtu que d’une simple blouse d’hôpital et derrière lui se trouvait encore le scanner avec lequel il venait d’être ausculté. Jamais il n’avait craint l’enfermement mais endurer ce type d’analyse est rarement chose agréable. L’homme en face de lui acquiesça tout en ôtant un crayon de sa poche, annotant quelques mots sur un bloc de papier. Il fit ensuite signe à Mulder de le suivre dans son bureau et ils s’assirent de nouveau. Le docteur Ferguson continua à écrire durant quelques instants avant de lever enfin les yeux sur Mulder. Son expression était indéchiffrable, partagée entre l’incrédulité et le doute.


« Bon, d’après mes première impressions, je pense qu’il y a surtout beaucoup d’anxiété et un choc post-traumatique assez prononcé auquel vous avez des difficultés à faire face. » Commença Ferguson, entrelaçant ses doigts devant lui.

« Je vais devoir consulter un psy ? » Demanda Mulder, ce serait le comble pour lui.

« Cela fait parti du traitement le plus efficace, alternant des rendez-vous réguliers avec une prise de médicaments, rien de bien lourd. » Assura-t-il en esquissant un sourire timide, peut-être parviendrait-il à détendre son patient ?

« Et vous pensez que je vais en avoir pour combien de temps ? » S’enquit Mulder, sa nuque le grattait subitement et il passa sa main dans son cou.

« Cela dépend de vos avancées. Certains malades peuvent nécessiter des années de traitements, de psychothérapie, comme d’autres peuvent se remettre en quelques semaines. Si vous le souhaiter, je peux vous recommander l’un de mes confrères. » Proposa le médecin, s’emparant déjà de son répertoire et le feuilletant à la vas-vite.

Mulder baissa la tête à l’instant où une infirmière lui rapportait ses vêtements, elle les déposa sur ses genoux. Si seulement tout ça n’était qu’un cauchemar. Si seulement il n’avait pas cette envie incessante et lancinante de diriger son poing dans le visage de chaque personne qui le croisait et qui lui disaient des choses pourtant vraies mais qu’il refusait d’entendre.


« Tenez, voici le numéro du Dr. Britton, dîtes-lui que vous venez de ma part. Et ceci, est votre ordonnance. » Précisa-t-il, lui tendant deux feuilles de papier.

Les yeux de Mulder se posèrent sur le nom du médicament et il dû s’empêcher de bondir de sa chaise. Se fichait-il de lui ?


« Thorazine ?! » S’exclama-t-il, pointant l’écriture biscornue du Docteur Ferguson.

« Oui, êtes-vous familier avec ce médicament ? » S’étonna ce dernier, ôtant ses lunettes et les glissant dans la poche supérieure de sa blouse blanche.

« Ne me prenez pas pour un imbécile, j’ai peut-être des sautes d’humeur mais j’ai fait des études de psychologies. La thorazine est utilisée dans le traitement de la schizophrénie. Je suis à bout de nerfs, je n’ai pas de désordre de la personnalité ! » S’indigna-t-il en arpentant la pièce de long en large. « Pas encore que je sache ! » Ajouta-t-il finalement en retrouvant sa place.

« Alors vous savez également que depuis quelques années il a été découvert que la thorazine fait des miracles pour soigner de nombreuses autres pathologies moins prononcées. Ce que je vous est prescrit n’est qu’une dose très légère qui vous permettra au moins de retrouver le sommeil. Le plus gros du travail, ce sera à vous de l’effectuer. » Tenta de la convaincre le médecin, habitué à recevoir de telles réactions mais gardant un calme impassible.


***


Quand les portes coulissantes de l’hôpital s’ouvrirent et que Mulder rejoignit le parking, il fut surpris par l’éblouissante lumière qui l’accueillit. Le soleil se trouvait encore haut dans le ciel et malgré l’arrivée prochaine de l’hiver, les nuages se faisaient encore rares. Il enfonça ses mains dans ses poches et prit la direction de l’arrêt de bus lorsqu’il reconnut une silhouette à quelques mètres de lui.

« Bonjour. » Le salua-t-elle d’une voix peu appuyée.

Elle était magnifique, ses cheveux brillaient intensément grâce au soleil et son visage était parsemé de tâches de rousseurs. Elle était vêtue d’un tailleur noir dont la jupe atteignait le dessous de ses genoux. Elle portait ces indescriptibles talons qui semblaient ne jamais finir. Il connaissait ces vêtements, elle les possédait déjà quand ils travaillaient encore ensemble. Tout à coup, un souvenir lui revint en mémoire, du jour où elle avait été convoquée sans lui dans le bureau de Kersh afin d’aller enquêter à New York et au passage, d’acquérir deux magnifiques cicatrices dans le bas ventre et le dos. Entrée et sortie. Aller et retour. Scully se tenait encore debout devant lui, pleine de vie et d’énergie, mais la volonté de réparer leur histoire se maintenait elle encore bien droite ?


« Bonjour. Je… Je sors de chez le médecin. » La renseigna-t-il, depuis quand ne parvenait-il plus à la regarder dans les yeux ?

« Je me suis permise d’appeler sa secrétaire pour savoir quand tu passerais le voir. Je voulais te raccompagner. » Se justifia-t-elle, de peur qu’il ne croit qu’elle l’espionnait ou usait de son rang pour obtenir des informations sur lui dont il ne souhaitait pas lui faire part.

« C’est gentil, merci. » Murmura-t-il se disant qu’il aimerait plutôt prendre l’air mais qu’il ne voulait pas manquer une chance d’améliorer les choses entre Scully et lui.

« Mais si tu préfères marcher… » Se risqua-t-elle en mordillant timidement sa lèvre inférieure.

« Oui, c’est une bonne idée. » La rassura-t-il en la rejoignant sur le trottoir, ils prirent une direction au hasard.

A priori, la communication se faisait toujours entre eux et c’était ce qui leur redonnait l’espoir. Scully avai tant d’interrogations, tant de questions à lui poser mais elle ne savait pas par quoi commencer. Le silence s’éternisa entre eux et ils atteignirent un banc avant qu’un mot de plus ne soit échangé.


« Mulder, je… J’aimerais comprendre. » Confia Scully, assise près de lui mais suffisamment loin pour ne pas le frôler.

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MessageSujet: Re: Eternel Passé   Mer 28 Mar - 1:32

« Que veux-tu que je te dise ? J’ai été tellement… Je n’arrive pas moi-même à croire que je t’ai trompée à ce point Scully, je m’en veux terriblement et je ne sais pas comment rectifier la situation. Je sais que mes excuses ne changeront rien mais sache que je regrette ce que j’ai fait et que si je pouvais revenir en arrière, je te parlerais au lieu de… » Sa voix tressaillit, il dissimula son visage dans ses mains pour respirer profondément.

« J’aurais pu t’être tellement plus utile. Ce n’étaient que des migraines Mulder, plus vite on aurait trouvé un traitement, plus vite les choses seraient rentrées dans l’ordre. » Le sermonna-t-elle en vain il était déjà désespérément conscient de ses erreurs.

« J’ai pris peur… J’ai cru que je pourrais calmer mes migraines et mes crises comme ça tu m’aurais fait confiance et j’aurais pu rester avec vous. » Expliqua-t-il en s’adossant au banc.

« Comment ça ? Ces crises, cette colère, tu pensais qu’un jour elles se retourneraient contre nous ? Contre William et moi ? C’est pour ça que tu as fait tout ça ? » Balbutia Scully en se tournant vers lui, se rapprochant imperceptiblement.

« Dans ces périodes je ne vois plus rien ! » S’écria-t-il en sursautant violement, il s’éloigna de Scully en fermant les yeux. « Bon sang, je n’étais même plus capable de faire la différence entre ton visage ou une porte ! J’aurais frappé sur n’importe quoi… N’importe qui ! » Hurlait-il de plus belle, attisant l’angoisse de Scully. « Quand… Quand je t’ai frappée je me suis senti tellement mal… et après quand je… Quand on… J’ai décidé d’agir, je ne pouvais plus te faire souffrir à ce point. » Avoua-t-il en se tournant vers elle encore une fois. « C’est une bonne chose que je ne porte plus d’arme. » Continua-t-il avec un triste sourire.

Celle-ci était restée assise, l’observant avec attention, l’envie irrépressible de l’entourer de ses bras lui étreignant le cœur. Elle n’avait pas soupçonné à quel point il avait pu souffrir, combien il avait pu lutter pour les protéger de lui-même. Et pourtant, savoir qu’il avait pu essayer de se soigner dans son dos, de fouiller son bureau pour lui voler des feuillets d’ordonnances vierges… Elle aurait aimé le haïr et se haïssait de l’aimer. Mulder se tenait là, devant elle, à quelques pas et elle ne pouvait se résoudre à s’avancer vers lui. Leur mentir les avait tout autant mis en danger, ne le saisissait-il pas ?


« Je croyais que si je ne réussissais pas à me maîtriser, tu me demanderais de partir, tu m’éloignerais de William, de toi, je ne pouvais pas vous perdre et regard où tout ça m’a amené. Je suis pathétique… » Se lamenta-t-il, la tête penchée en arrière pour contempler le ciel qui se couvait peu à peu.

« Mulder… » Soupira Scully, elle finit par le rejoindre, plaçant une main amicale sur son avant bras. « Je sais que tu ne pensais pas à mal mais ce n’est pas en testant notre confiance l’un en l’autre qu’on pourra accomplir un semblant de progrès. J’aimerais te pardonner, te dire que tout cela n’a pas d’importance et tout recommencer à zéro mais c’est impossible. Je peux concevoir à quel point tu souffres mais j’ai aussi besoin de temps. Tu dois d’abord te soigner, on verra ensuite si… Si on peut réparer les choses. » Souffla-t-elle en durcissant à la fois son ton et son regard, elle se devait d’être forte.

« Scully… » L’appela Mulder, s’emparant de sa main pour l’embrasser.

« Non. Non, Mulder, pour l’instant, c’est trop tard. » Affirma-t-elle en retirant son bras de son étreinte. « Je crois que tu en as fait assez. » Lui fit-elle remarquer, ses mots involontairement acerbes.

Si elle était prête à lui parler ou à essayer de l’aider, elle n’était pas encore disposée à retrouver un contact ou une intimité. S’il avait vécu un évènement traumatique, elle en avait également eu pour sa part, expérimentant sa violence dont elle ne s’était pas sortie indemne.

***


Avait-elle eu raison ? De lui demander de partir, de le perdre une fois de plus, de l’éloigner de William ? Ce dernier, même s’il s’efforçait de ne pas le mentionner, regrettait son geste. Auparavant il parlait à Scully pendant des heures, narrant ses aventures et ses histoires d’école, désormais ces instants complices s’effaçaient avec le temps. Lorsqu’il rentrait à la maison, c’était pour se réfugier dans le jardin, s’étalant de tout son long dans l’herbe et scrutant le ciel dans l’attente d’un hypothétique miracle.

Scully était emplie de doutes, tous plus pernicieux les uns que les autres, se répandant en elle comme une traînée de poudre. Ses mains tremblaient sur ses genoux, car autant Mulder éveillait la fébrilité en elle, qu’il était le seul à pouvoir y mettre un terme. Comme elle aurait aimé l’avoir auprès d’elle, sous son regard, au chaud ici et non blotti sous un monceau de couvertures afin d’échapper au froid d’une chambre d’hôtel miteuse.

Elle craignait sa présence tout autant qu’elle la désirait, mourant d’envie de le voir revenir mais se sentant tout à fait incapable d’effectuer un pas dans ce sens.

Assis en tailleur, William finissait de manger un yaourt en contemplant avidement l’écran de télévision. Un sourire orna les lèvres de Scully, il se situait dans son monde, à des milliers de kilomètres de la Terre. Quelques jours à vivre en compagnie de son père et il était flagrant à quel point ils avaient su s’influencer l’un l’autre.


« Il va revenir. » Lui parvint timidement la voix de William.

Scully redressa la tête, son sourcil droit atteignant une altitude impressionnante. Certaines habitudes avaient la vie dure.
Si tu savais, répondit sourdement Scully, n’osant même plus affronter le regard détourné de William, feignant une intense concentration envers son dessin animé.

« William, il est l’heure s’il te plaît. » L’appela-t-elle en se mettant de bout, tendant la main dans sa direction.

L’enfant l’empoigna solidement et tous les deux ils montèrent les escaliers sans un mot. Suivant un rituel préétabli, il se coucha après quelques nouveaux échanges plein d’amour.

De retour au salon, Scully reprit sa place sur le sofa, se couvrant d’un léger plaid et calant sa tête sur l’un des coussins. Au creux de sa main, elle tenait son téléphone, le besoin insensé d’entendre sa voix, de lui dire ce qu’elle avait sur le cœur. Au pire, s’il elle ne le lui confiait pas ce soir-là, il découvrirait cette information dès le lendemain, de la bouche d’un médecin qu’il ne connaissait pas, d’un homme étranger à sa vie qui ne lui serait d’aucun soutien particulier. Cela reviendrait à le trahir si elle l’abandonnait une fois de plus, le chasser de chez elle avait été un erreur suffisante, elle ne pouvait se permettre d’en commettre une autre.

Elle reposa le combiné sur son ventre, massant ses tempes du bout des doigts, à la recherche de la meilleure approche. Scully ne pourrait le laisser traverser une tel épreuve seul, elle avait donc deux objectifs bien définis : celui de lui transmettre un renseignement dont elle n’était pas sensée être en possession et amorcer un possible retour parmi sa famille. Appuyée sur un coude, elle composa le numéro, ravalant une salive devenue inexistante.


« Mulder. » Fit-il d’un air désabusé.

« C’est moi. Je… J’aimerais te parler mais je ne suis même pas sûre que le téléphone soit une bonne option. » Se confia-t-elle, l’échec la lorgnant de si près tout à coup.

« Est-ce que… Je peux passer ? Je ne resterai pas tard. » Promit-il instantanément, appréhendant sa réaction mais priant de toutes ses forces pour obtenir une réponse positive.

« S’il te plaît… Mulder, reviens… » Murmura-t-elle avant de raccrocher, manquant son soupir de soulagement.

Scully avait agi sous la pression trop effrayée pour entendre un refus ou une hésitation. Lui laisser un ultimatum revenait à lui imposer un choix, elle en avait bien le droit finalement. Exténuée et impatiente, elle dissimula sa tête sous le coussin, fermant les yeux et étouffant un grondement d’agacement envers elle-même. L’emprise de ses doigts s’allégea sur le téléphone qui s’échoua au sol dans un bruit sourd.

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MessageSujet: Re: Eternel Passé   Mer 28 Mar - 20:24

« Entre. » Souffla simplement Scully, s’effaçant devant lui ouvrir plus amplement la porte.

« William est couché ? » S’enquit-il en ôtant son manteau, il venait de poser son sac au sol.

« Oui, il a école demain. » Scully se sentait affreusement mal à l’aise, pourtant elle était l’auteur de cette décision. « Est-ce que tu veux quelque chose à boire ? A manger ? » Offrit-elle, son index désignait la cuisine, la lumière n’avait pas encore été éteinte.

« Non, merci ça ira. » Assura Mulder, ne sachant pas quoi faire de ses mains.

Son visage était pâle, sa peau ayant revêtu une apparence peu naturelle et ses yeux se creusant de cernes inquiétantes. Il ne fallait pas être devin pour comprendre qu’il ne se nourrissait pas et se laissait peut-être même dépérir. Bien qu’elle soit la vraie victime, Scully ne pu s’empêcher de se sentir coupable, si elle ne lui avait pas ordonné de quitter leur maison…


« Suis-moi. » Suggéra-t-elle, marchant d’un pas incertain en direction du salon.

Embarrassés, ils s’installèrent dans le sofa, chacun se trouvant à l’une des extrémités. Il aurait tant aimé s’approcher d’elle sans cette crainte d’un rejet qui sans aucun doute, ne ferait qu’ajouter à sa sensation d’insécurité et d’interrogation constante. Ses doigts se crispaient sur l’angle d’un coussin, son regard posé sur la jeune femme. Elle avait recourbé ses jambes de façon à s’asseoir sur ses pieds nus et l’un de ses bras était étendu sur le dossier, jouant avec les petites boules de laines qui recouvraient le plaid. Ses cheveux indomptés et légèrement ondulés brillaient sous la faible source de lumière et dissimulaient quelques peu la partie gauche son visage. Seul son œil droit lui était visible et il se retint de sourire quand il remarqua la hauteur de son sourcil. Un combat intérieur se menait en elle, éprise par l’envie insatiable de lui parler et celle dérangeant de l’ignorer. Mulder aurait su lire en elle comme dans un livre, bien que parfois la langue du récit y soit étrangère. Ses lèvres étaient entrouvertes comme elle le faisait souvent, révélant une fine dentition et les rondeurs d’une boucle délicieuse. Les traces de sa violence avaient disparut, laissant grande place à de abjectes cicatrices non décelables à l’œil nu. Savoir qu’il était le seul à connaître leur présence faisait naître en lui une rage incomparable qu’il méritait dans toute sa splendeur et plus encore. La silhouette frêle de Scully se révélait être une carapace redoutable, acculant l’ennemi d’un regard, le défiant de s’attaquer à une forteresse qu’il ne parviendrait jamais à posséder. Il avait eu sa part, hélas, et la contemplait désormais de loin, hésitant même à aborder les douves qui le maintenaient à distance. La conquête d’un territoire comme d’un cœur nécessitait parfois une patience exemplaire, progressant étape par étape, jaugeant les lieux, établissant des stratégies et préservant sa monture pour un effort prochain. Ayant ruiné ses chances, il s’avançait sans armes, dressant au dessus de sa tête un ridicule drapeau blanc en guise d’acte de paix. Distinguerait-elle ce geste ? Se rendrait-elle compte de ce morceau de tissu, apparaissant au loin dans une pleine abandonnée en jachère, prêt à se faire piétiner par des milliers soldats dans vergogne qui le menaçaient d’un terrible et interminable conflit ?


« Est-ce que tu penses qu’on réussira à passer au-delà de tout ça Scully ? » Questionna Mulder, le cœur au bord des lèvres.

« Si chacun accorde le temps suffisant à l’autre pour s’en remettre, si l’on travaille en équipe comme on l’a toujours fait. J’ai envie d’y croire. » Affirma-t-elle en plongeant ses yeux dans les siens.

Allusion subtile à ce poster qu’il avait tant chéri. Curieusement, l’espace d’un instant, il se demanda ce qui lui était arrivé. S’était-elle débarrassée de tout ce qui avait autrefois orné son bureau ? Non, elle-même lui avait retrouvé cette affiche pour laquelle il avait passé des heures à errer au beau milieu de M Street pour y trouver une remplaçante. Scully lui avait fait un magnifique cadeau ce jour-là, lui rendant la once d’espoir qu’il avait perdue dans les flammes consumant leur lieu de travail.


« Mulder. » La prononciation de son nom l’extirpa en douceur de sa rêverie passagère. « Si je t’ai appelé, c’est parce que j’ai quelque chose de… surprenant à t’annoncer. » Amorça-t-elle avec de longues inspirations.

« Est-ce que c’est grave ? » Se soucia-t-il soudainement, remarquant l’expression tendue de Scully.

« Je ne sais pas réellement, ça l’a été pour moi il y a quelques années mais tout est rentré dans l’ordre. J’ose espérer. » Pria-t-elle implicitement.

Des frissons s’emparèrent vicieusement de Mulder qui continua néanmoins à l’écouter avec attention. Il tentait de déchiffrer son comportement, et bien qu’elle paraisse préoccupée, la peur ne semblait pas faire partie de ses émotions.


« Je… J’ai contacté Byers, Langley et Frohike hier soir. » Annonça-t-elle dans un souffle.

« Oh… Ils vont bien ? » S’étonna Mulder, il s’était attendu à tout sauf à cela.

« Oui, ils m’ont dit de te dire qu’ils pensaient à toi et te souhaitait un bon retour parmi nous. Ils n’ont pas encore pu quitter leur repaire mais le feront dès que possible. Enfin, c’est ce qu’ils m’ont promis. Mais le problème n’est pas là. » Expliqua-t-elle avec résolution, son visage trahissant son appréhension.

« Scully, tu peux tout me dire, ne t’inquiète pas s’il te plaît. Depuis que je prends la thorazine, mes crises ont presque totalement disparu. » Jura-t-il d’une voix pleine de conviction, Scully hocha positivement la tête.

Maintenant qu’elle avait commencé, elle ne pouvait plus s’arrêter à mi-chemin, ou cela reviendrait à sauter du remonte pente avant l’arrivée et à devoir endurer un trajet impossible. Pourquoi sa gorge lui paraissait-elle toujours aussi sèche et rugueuse ? Un coup d’œil à ses mains l’exaspéra, notant à quel point ses ongles se raccourcissaient de jour en jour. Ce n’était pas son habitude d’angoisser de la sorte mais lorsque les soucis concernaient Mulder, les lois et normes n’avaient plus d’emprise sur elle ou ses actions. Aussi inconsidérées soient-elles.


« Je leur ai demandé de s’introduire dans les systèmes de l’hôpital qui a effectué ton scanner. Tu comprends, je voulais être sure… » Avoua-t-elle en détournant son regard.

« Tu as… Mais pourquoi ? Tu avais des doutes sur eux ? Tu ne leurs fais pas confiance ? » L’interrogea Mulder, son ton était vide de colère mais sa surprise était évidente.

« J’ai pensé qu’ils ne rechercheraient pas ce qu’il fallait et qu’à cause de cela, ils passeraient peut-être à côté d’éléments significatifs. » Se justifia-t-elle, tout à coup moins sûre d’elle et du côté positif de cette révélation.

« D’accord… » Admit Mulder, tentant d’assimiler la nouvelle et ce qu’elle impliquait. « Et… Est-ce qu’ils ont décelé quelque chose d’anormal ? » Questionna-t-il avec méfiance, Dieu seul savait ce qu’il pouvait bien couver.

D’un mouvement lancinant, Scully se souleva et reposa les pieds au sol tout en restant confortablement assise dans l’angle du canapé. Il n’était pas utile d’être profiler pour comprendre que cette conversation ne la mettait pas des plus à l’aise. Scully remonta son menton et permit à Mulder de mieux l’admirer, sa lèvre supérieure humidifiée par sa salive et son grain de beauté mis en valeur par la blancheur de sa peau. Il lui aurait suffit de tendre le bras, de déplier ses doigts et de les entremêler dans les siens, comment un acte si innocent et tendre pouvait-il inspirer autant d’anxiété ?

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MessageSujet: Re: Eternel Passé   Lun 2 Avr - 1:06

« Ils m’ont envoyé les clichés et… J’ai aperçu une masse étrangement familière… Une masse pharynginéale… » Murmura-t-elle en levant les yeux sur lui, emplie d’une compassion à laquelle Scully avait dû elle-même faire fasse par le passé.

« Une masse… Quel genre ? Genre tumeur cancéreuse ? » Demanda-t-il avec un détachement qui faisait froid dans le dos.

« Je ne sais pas réellement… Frohike m’a proposé de passer demain avec le matériel nécessaire. Un… » Sa voix s’éteignit soudainement, prise par la crainte.

« Un détecteur de métaux, pourquoi changer une méthode qui fonctionne. » Remarqua-t-il, son sarcasme semblait si déplacé.

Scully ne pu répondre qu’en hochant la tête, elle quitta le sofa pour aller se poster devant la fenêtre, ses larmes dévalant ses joues aussi vite que les gouttes de pluie contre la vitre. Il ne fut pas difficile pour Mulder de deviner à quel point assimiler tous ces changements et cette nouvelle relation devenait une épreuve pour son amie. Instinctivement, il frotta son nez, recherchant inconsciemment la moindre la protrusion, sa peau était aussi lisse qu’à l’accoutumée. Il humecta ses lèvres et alla à la rencontre de Scully, prenant place sur le rebord de la fenêtre devant elle. Son regard était fixé sur l’extérieur, ses yeux humides retenaient des flots insatiables, entremêlés délicatement dans ses cils. Sa main vint à son contact sans même qu’il ne s’en rende compte et Scully cligna des paupières. Son chagrin fut trop insistant pour le contenir, les doigts de Mulder reposant amicalement sur son épaule. Elle esquiva. Trop. C’en était trop. Elle recula, un pas, puis deux, puis un mur s’érigea entre eux.


« A demain. » Chuchota Scully entre ses lèvres frémissantes.

Toujours au même endroit, Mulder ne pu que l’observer alors qu’elle s’éloignait de lui, distance, sentiments, ces émotions ne formaient qu’un tout indélébile. Un long chemin restait encore à parcourir.


***


« Papa ? »

Son sursaut le fit presque tomber du canapé. La veille, il n’avait pas eu la force ni le courage de rejoindre la chambre d’amis qu’il avait occupée auparavant. Mulder s’assit tant bien que mal, frottant ses yeux, ses cheveux, son visage, il avait la sensation d’être enrobé d’un épais manteau de coton qui l’étouffait peu à peu. Devant lui se tenait William, le regarde lumineux, sa chemise était fermée mais deux boutons étaient décalés. Son père lui fit signe d’approcher et rectifia cette erreur attendrissante.

« Tu vas rester cette fois ? » Demanda William, mordillant le bout de son index.

« Normalement, je ne sais pas encore très bien. » Répondit posément Mulder, tournant la tête quand il décela les pas de Scully dans les escaliers.

La jeune femme était vêtue d’un simple pyjama de soie, bordeaux foncé, la couleur amplifiait le bleu de ses yeux. Même à peine réveillée, elle était renversante. Son humeur l’était tout autant mais dans un sens bien moins positif.


« Café ? » Emit-elle brusquement, Mulder ne pu deviner si sa voix était rendue rauque par le sommeil ou par son état d’esprit.

Il acquiesça sans un mot, adressant une grimace complice à William, peut-être aurait-il allié de son côté ce jour-là ? L’enfant sourit brièvement avant d’emboîter le pas de sa mère, bondissant souplement sur l’un des tabourets de la cuisine.

Suivant son rituel, Scully lui prépara son petit déjeuner en attendant que son café se fasse. Elle sortit ensuite deux tasses et ils prirent tous les trois place autour de la table pour savourer ces premières minutes en silence.


« Frohike, Byers et Langley ne devraient plus tarder. Ils avaient hâte de te voir. » Amorça Scully, sa gorgée de café lui brûla le palais alors elle reposa son mug.

« Est-ce que je dois aller à l’école aujourd’hui ? » Questionna William, sans décrocher le regard de son paquet de céréales.

« J’irai te déposer. » Répondit Scully, tournant sa cuiller sans trop se rendre compte de ses gestes. « En revanche, ce sera peut-être ta grand-mère qui viendra te récupérer. » Expliqua-t-elle en inclinant la tête dans sa direction, n’admettant aucun refus.

L’échange ne s’étendit pas plus longtemps. Ils terminèrent sans discuter et Scully remonta se préparer en compagnie de William, quand ils redescendirent, elle salua furtivement Mulder de la main et referma la porte à clé derrière elle. Son absence ne dura que très peu de temps et quand elle fut de retour, Mulder n’avait pas quitté sa place sur le canapé, télécommande en main. Cependant, ses yeux étaient fermés et Scully s’avança à pas de loup. Son visage apparaissait comme détendu, les traits néanmoins creusés par ses angoisses passagères mais son teint reprenait progressivement des couleurs. Sa lèvre inférieure semblait plus recourbée qu’à l’habitude, comme s’il avait passé trop de temps la bouche ouverte à crier ou à se demander ce qu’il avait bien pu faire de si terrible dans une vie antérieure pour mériter une existence aussi torturée. Il ne s’était pas rasé depuis la veille, laissant doucement repousser un voile sombre qui recouvrait le bas de sa mâchoire et de son menton, cela lui donnait une allure plus décontractée et sauvage. Scully aimait ce qu’elle contemplait, il reprenait ses forces, se nourrissait enfin d’une énergie qu’il conservait pour se mouvoir vers l’avant et non pour intensifier ses crises de colère. Ou de panique. Comment savoir ce qui s’emparait de lui étant donné qu’il n’avait encore consulté aucun professionnel ? Et qui pourrait mettre un nom sur sa maladie sans souffrir de préjugés justifiables ? Les extraterrestres n’étaient qu’utopie, le gouvernement ne se privait pas pour le rappeler. Scully devenait son unique pilier, sa seule bouée de secours et en lui jetant hors de chez elle, Mulder aurait pu s’engouffrer dans un abîme insondable. Une nouvelle vague de culpabilité la submergea mais Scully résista à sa vigueur, ne pas perdre pied était son let motive désormais, qu’il s’agisse d’elle ou de Mulder.


« Qu’est-ce qu’on fait s’il s’agit d’une tumeur ? »

Scully ferma les yeux un instant, s’installa près de lui sur le sofa. Que feraient-ils ? A cet endroit, ils n’avaient aucune chance de l’opérer. Retrouver l’un des disciples de l’Homme à la Cigarette pour lui soutirer une nouvelle puce ? Les résultats ne seraient probablement pas plus fructueux.

« Je ne sais pas encore. » Murmura-t-elle, appuyée contre le dossier, la tête pratiquement renversée en arrière.

« Je ne sais pas si… » Mulder fut interrompu dans sa phrase par un coup de sonnette.

Avant qu’il ne puisse y réagir, Scully marchait déjà en direction de la porte. Leurs trois amis la prirent chacun à leur tour dans leurs bras, cette amitié était un souvenir stable, une vision directe sur un passé qu’ils avaient eu d’uni. Autrefois. Un autrefois si enviable et à présent, inaccessible.


« Hey ! Mulder ! Ca va vieux ?! » S’exclama joyeusement Frohike, l’étouffant gentiment dans une étreinte bienfaisante.

S’en suivirent Byers et Langley, plus calmes, moins démonstratifs. Byers gardait son regard figé sur Scully qui s’absenta bien vite pour aller faire du café. Les quatre compères prirent place dans le salon sans échanger beaucoup de mots.


« Est-ce que vous tenez le coup ? » S’inquiéta Byers, scrutant avec attention le corps amaigris de Mulder.

« Ca peut aller, quand je ne fais pas d’erreurs plus énormes que moi. » Répondit Mulder en haussant les épaules. « J’ai… J’ai menti à Scully et… Je m’en veux pour ça, je pensais les protéger mais je ne faisais que me mettre le doigt dans l’œil. » Continua-t-il quand il comprit que ses amis souhaitaient plus d’informations.

« Il faut la préserver, elle a surmonté tant d’épreuves pendant son enlèvement. Est-ce que… Est-ce qu’elle mange suffisamment ? » Demanda Frohike en baissant d’un ton pour échapper au radar de la jeune femme.

« Je… Je ne sais pas, pourquoi ? » Balbutia Mulder, ne saisissant pas l’allusion qui gisait sous ce commentaire.

« Mulder, la dernière fois qu’on l’a vue, elle était déjà bien mince et avec ton retour on s’est dit que ça s’améliorerait. Maintenant elle ferait presque de la concurrence à Kate Moss… » Souffla le petit homme dégarni avec une préoccupation qu’on ne pouvait dissimuler.

« Kate qui ? »

« Laisse tomber. » Conseilla Langley, Scully s’approchait avec un plateau.

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MessageSujet: Re: Eternel Passé   Mer 4 Avr - 16:42

La jeune femme sentit immédiatement qu’elle n’arrivait pas à un moment opportun, mais encore une fois, existait-il une méthode pour ce genre de réunion ? Plaçant les cafés sur la table elle laissa chacun se servir et s’installa en face de Mulder dans un fauteuil. Les trois autre compères s’échangeaient des regards en coin, mal à l’aise mais également abasourdi de voir à quel point la relation de leurs amis avait évolué. Leur communication innée semblait s’être envenimée, si bien que leurs contacts étaient réduits au minimum, ne s’offrant que quelques coups d’œil gênés et interrogateurs. L’appréhension et l’embarras avaient peu à peu remplacé cette lecture impeccable et mutuelle de leurs esprits.

« Bon, si on mettait un terme à tout ça ? » Suggéra Mulder, prenant appui sur les accoudoirs pour se mettre debout.

Frohike se pencha pour attraper la mallette qui gisait à ses pieds, la posa à sa place et l’ouvrit d’un geste expert. A l’intérieur se trouvait un appareil de couleur noir, relativement long et contendant. Il l’extirpa et pianota sur quelques boutons, allumant l’écran et l’empoignant habilement. Ensuite, Frohike s’avança vers Mulder qui ferma les yeux et inspira profondément.

De son côté, Scully resta impassible, le regard posé sur ses deux amis, scrutant, examinant leur petit manège d’un œil critique. D’une main, elle tenait sa tasse de café, de l’autre, elle tournait sa cuiller, tel un automate, sans la moindre conscience de ce qui l’entourait. Son seul intérêt résidait dans ce gadget qui, plus de dix ans auparavant, lui avait révélé une terrible nouvelle. A l’époque, elle n’avait pu réaliser ce que la présence de cette puce dans sa nuque signifiait, désormais la crainte était d’autant plus terrible qu’elle devinerait instantanément l’avenir qui s’ouvrirait à eux.


« Okay, tu es prêt ? » Se lança Frohike, l’angoisse parfaitement décelable dans sa question.

« Je ne le serai jamais plus. Finissons-en. » Assura Mulder en s’humectant les lèvres.

Finissons-en… Oh, Mulder, cela représentait davantage un début qu’une fin. Quoi qu’il en advienne. Ils se retrouvaient dans une vie qu’ils avaient perdue cinq ans plus tôt. Elle redevenait l’Agent Dana Scully, médecin légiste, survivante d’un pernicieux cancer, restée stérile à la suite de cette épreuve écrasante. Il retrouvait son identité première, Agent Fox Mulder, bardé d’un diplôme de psychologie, profiler de renom… Tout lui filait entre les doigts et Scully observait cette vie présente lui échapper inéluctablement.

Un petit bip strident la rappela à la réalité et elle dressa la tête dans leur direction. Le son redoubla d’intensité son bleu azur croisa un brun perturbé et anxieux. Tout ce qu’ils avaient redouté revenait les frapper en pleine face. Aucune pitié. Aucun scrupule. Les jambes de Mulder faillirent sous son poids et il s’effondra dans le fauteuil, son visage caché dans ses mains tremblantes.


« C’est peu être juste un éclat ? » Proposa innocemment Langley.

C’en fut trop. Scully alla se poster devant la baie vitrée, son café oublié sur la table. Un éclat. C’était aussi ce qu’on lui avait dit. Un éclat un peu trop étrange, un peu trop électronique pour être inoffensif. Non, elle ne devait pas faiblir, ne pas céder sous la force d’une rage insensée qui menaçait de l’envahir.


« Scully, je suis désolé. » Entendit-elle dans son dos et elle ne pu se contenir plus longtemps.

« Désolé ? Mulder ! Comme si c’était de ta faute ! » Rétorqua-t-elle en partant avec fracas, claquant la porte derrière elle.

Les quatre amis se fixèrent un instant, ne saisissant pas réellement ce qui venait de se produire. Puis Mulder fut le premier à réagir, accourant à la suite de Scully. Une fois à l’extérieur de la maison, seule la route s’offrait à lui, la ville d’un côté, la forêt de l’autre. Inutile de réfléchir plus longtemps, il emprunta le chemin qui le mènerait vers les bois. La rosée couvrait encore le mince bitume craquelé de part et d’autre. Les plantes brillaient de cette pellicule matinale qui refusait se sécher tant que le soleil ne viendrait pas à leur rencontre. Autour de lui, le silence régnait d’un pouvoir assourdissant, l’omettant que quelques cris d’oiseaux ça et là, indiquant à peine l’existence de milliards de vie à travers ces arbres centenaires. L’endroit était tout simplement à couper le souffle, opposé à une ville qui se propageait à la vitesse de la lumière. Il était heureux de constater qu’un tel lieu de paix avait encore sa place, si près de là où résidaient Scully et William.

Ne l’apercevant toujours pas, Mulder accentua sa cadence, tendant bientôt les bras devant lui pour écarter les branchages intempestifs, se griffant les paumes sur des ronces et chardons acérées. Il atteignit une barrière qui consistait en un rondin de bois posé sur des tréteaux. Dans un mouvement assuré, il se baissa et dépassa cette frontière qui le séparait d’une zone plus dégagée. De nouveau, il dû faire un choix, continuer à marcher parmi les fougères qui inondaient les lieux ou s’approcher du lac ?

Son instinct le poussa vers l’étendue d’eau et il sourit en comprenant qu’il avait eu raison de le suivre. Là, devant lui, elle était assise à même le sol, les genoux contre sa poitrine et le regard perdu vers les flots. Elle n’était pas fille de marin pour rien.

Elle sentit sa présence avant même qu’il n’effectue un pas supplémentaire. Se tenant immobile, seules ses lèvres se meuvent.


« Un éclat… » Répéta la jeune femme, n’autorisant toujours pas ses larmes à chuter.

« Scully… Quoi que tu en penses, ce n’est pas de ta faute non plus. » Lui affirma Mulder, s’asseyant auprès d’elle sur le sable assombri par l’eau.

Le vent à peine levé soulevait déjà ses cheveux qui frisaient légèrement et la température ambiante devait tout bonnement la frigorifiée. Elle n’était vêtue que d’un pantalon noir et d’une chemise blanche en coton. Quelque part, il était rassurant de voir que tout n’avait pas changé en son absence.


« J’aurais dû venir avec toi Mulder. Rien de ce que tu me diras ne me fera croire le contraire. Skinner ne savait pas à quoi s’attendre, il ne connaissait pas la réalité de notre travail… Comment ai-je pu être assez bête pour te laisser partir sans moi ! » S’accusa-t-elle d’un ton qui ne laissait aucune place à l’indulgence.

« Scully tu ne… » Murmura Mulder avant de s’interrompre subitement.

Après ses paroles, il venait de se rendre compte d’un détail d’importance. Refaisant le puzzle, il parvenait chaque fois à la même conclusion. Jamais il n’avait pensé à lui poser la question.


« Est-ce que tu le savais déjà ? » Balbutia-t-il doucement, priant de tout son être pour qu’elle devine à quoi il faisait allusion.

Son regard planté droit devant elle, Scully ne flancha pas et refusa obstinément de répondre. Si elle s’y résolvait, rien au monde ne lui permettrait de retenir les pleurs qu’elle gardait en elle avec une ardeur admirable depuis plusieurs longues minutes. Elle en avait assez de craquer devant lui, d’apparaître come une femme faible et uniquement capable de s’apitoyer sur son propre sort.


« Oh mo Dieu Scully… C’est pour ça ? C’est pour ça que tu as cédé si facilement, que tu as accepté de rester à Washington, Parce que tu voulais préserver cette vie qui grandissait déjà en toi ? » L’interrogea Mulder, se déplaçant pour s’agenouiller face à elle, affrontant son regard étonnement fuyant soudainement.

« Que veux-tu que je te dise ? Je… Cela faisait trois ans que je croyais être stérile, que j’étais persuadée que jamais je ne pourrais porter un enfant en moi ! » S’écria-t-elle en se mettant debout. « Et tout à coup, on franchit enfin ce pas qui nous éloignait depuis des années, je trouve enfin une partie du bonheur que je me désespérais de connaître un jour dans ma vie… Et puis, j’ai ces malaises, cette nausée qui ne me lâche pas… Je n’ai pas mis longtemps à assembler les pièces… » Continua Scully, ses doigts entrelacés sous son menton et ses yeux hermétiquement clos pour lutter contre le chagrin qui la submergeait. « Je ne pouvais pas mettre cela en danger mais tu avais tellement besoin de découvrir cette vérité, je ne pouvais pas non plus t’en priver… J’ai essayé… J’ai tellement essayé de me persuader que rien ne t’arriverait, que Skinner serait là pour toi et comme si tout était trop beau pour être vrai, on m’offre un miracle, cet enfant, mais en échange on me retire l’homme qui représente tout dans ma vie… J’ai cru que je l’avais mérité, que j’avais été trop gourmande, trop avide… » Vidée de toute énergie, Scully s’échoua sur le sable, les genoux bientôt trempés par la proximité de l’eau.

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MessageSujet: Re: Eternel Passé   Lun 9 Avr - 3:36

« Tu savais… comment ai-je pu être aussi aveugle… » Soupira Mulder en se plaçant dans son dos, les mains caressant délicatement les épaules tremblantes de Scully.

Il l’attira à lui et la jeune femme se laissa aller contre son torse, la tête à peine penchée en arrière pour scruter le ciel. Mulder glissa ses bras autour de sa taille, la serrant de toutes ses forces, l’étouffant presque par son désir incontrôlable de la réconforter. Il avait l’impression qu’une éternité les séparait de la dernière fois où ils s’étaient trouvés si proches l’un de l’autre. Ses yeux étaient arrimés au visage impassible de Scully, vivant à son rythme, clignant des paupières au même instant, respirant à son gré… Sur ses joues les traînées de ses larmes persistaient, slalomant entre les tâches de rousseur, comme pour lui ancrer l’image d’un chagrin que rien ne peut atténuer. D’instinct, l’une de ses mains se perdit dans ses cheveux jusqu’à découvrir sa peau, insufflant calme et sérénité.


« Je veux que tu restes Mulder… Te savoir loin de moi me fait davantage de mal que ce mensonge que tu avais concocté. » Confia-t-elle d’une voix presque inaudible, quand Mulder voulut répondre, elle continua du même ton. « Je sais que tu voulais nous protéger mais me trahir fait partie des deux erreurs que jamais je ne pourrai te pardonner totalement. » Ajouta Scully, elle se détacha de lui et pivota pour lui faire face.

« La deuxième erreur étant… » Murmura-t-il, capturant ses mains dans les siennes, leurs regards étaient fixés l’un sur l’autre.

« Te trahir, toi et tes idéaux, tes valeurs. C’est pour cela que j’accepte de passer au dessus de ce faux pas. Je sais que j’ai la chance d’être la personne que ton cœur à choisi et me faire du mal, tu ne supportes pas. Tu as voulu respecter ce point et je le comprends désormais, j’ai un peu de difficulté à l’accepter, c’est tout. » Expliqua-t-elle tout en restant concentrée et totalement focalisée sur ses réactions.

« Oh, Scully, j’ai dû être un saint dans une vie antérieure pour te mériter… » Chuchota-t-il dans sa chevelure après l’avoir attirée contre lui une nouvelle fois.

Camouflée dans ses bras, à l’abri du vent et du froid, Scully se sentit enfin en sécurité, blottie contre le seul être qui pouvait lui procurer ce sentiment et son contraire en un lapse de temps minime.


« Au fait Mulder. » L’interpella Scully sans desserrer son étreinte.

« Hum… »

« Bienvenue au club. » Répliqua-t-elle en souriant tristement.

« Au club ? » Répéta Mulder, ne saisissant pas le sous entendu.

« Maintenant on est sur un pied d’égalité pour passer les portiques d’aéroport. » Répondit Scully le plus sérieusement du monde.

« Je ne l’enlèverai pas, je préfère risquer d’être leur pion plutôt que de lutter contre une maladie aussi perverse que le cancer Scully. Tu en as eu la force mais je n’ai pas ton courage. » Mit-il au clair immédiatement, tant qu’il n’affrontait pas son regard, il était empli d’audace.

« Je crois que vivre dans un dénie perpétuel ne sera qu’un détail à ajouter à une longue liste. » Acquiesça Scully, encadrant son visage de ses mains pour venir déposer un baiser sur son front.

Mulder se releva et aida son amie à en faire autant, une fois côte à côte, il ôta son pull et l’enfila à Scully qui accueillit sa chaleur avec grand plaisir. Elle alla ensuite se réfugier contre lui afin de combattre le froid à deux. D’un pas rapide, ils se retrouvèrent dans les bois, évitant branchages et racines jusqu’à rejoindre la route. Un silence agréable se déposa sur eux, rappelant ces longs trajets qu’ils avaient parcourus au cours de leur carrière au FBI, appréciant un calme qui les détendait tous les deux. Jamais ils ne s’étaient sentis obligés de le combler avec une quelconque discussion sans intérêt, ne menant qu’à des sujets qui ne les importaient pas le moins du monde. Sans un mot ils appréciaient la présence discrète de leur collègue, confiance, respect, assurance formant un tout qui s’additionnait à leur simple existence.


***


« Navrée de vous avoir laissés seuls… » S’excusa Scully quand Mulder et elle passèrent le pas de la porte pour trouver leurs trois amis installés dans le salon.

« Il n’y a aucun souci, c’est parfaitement compréhensible » Leur assura Byers, se levant pour venir à leur rencontre.

« Je crois que je vais aller chercher ma thorazine, avec toutes ces émotions. » Sourit Mulder, recherchant son sac des yeux.

« Merci d’avoir fait aussi vite. » Combla Scully, ne sachant pas réellement quel comportement adopter en leur présence.

« Dana, nous sommes vos amis, on ne pouvait pas rester les bras ballants. Vous… Vous êtes en vacances ? » Questionna-t-il en réalisant qu’étant mardi, elle ne devrait pas se trouver là.

« J’ai pris 4 jours, je veux avoir le reste de la semaine avec Mulder… pour… clarifier les choses. Et pour que ce week-end, on soit tous les trois. » Expliqua-t-elle brièvement, ses trois compères n’étaient pas dupe du petit manège qu’elle jouait.

Certes, ses gestes étaient discrets mais elle ne pouvait nier qu’elle recherchait dans son champ de vision. Même si les mouvements étaient à la limite de l’imperceptible. Quand enfin il pénétra de nouveau la pièce un verre en main pour avaler ses gélules, son visage et sa posture se détendirent automatiquement.


« Hey, les gars, tant que vous êtes là, j’aurais un petite question à vous poser. » Commença Mulder, prenant place sur l’accoudoir du fauteuil où se trouvait déjà Scully. « Je me demandais, depuis mon retour, est-ce que beaucoup de gens… du "milieu" sont au courant de mon retour ? » Demanda-t-il avec un sérieux et une innocence déconcertants.

« Et bien, je crois qu’au FBI, seuls Skinner et Kersh ont été mis au fait. Maintenant, pour ce qui est d’autres contacts, il est impossible de le savoir avec certitude. » Offrit Langley, il redressa ses lunettes à l’aide de son index et renifla en haussant les épaules.

« Bien… Est-ce que nous avons des nouvelles de Spender ? » S’enquit-il encore, désormais davantage en mode professionnel qu’autre chose.

« Pas que je sache, des sources nous auraient soufflé sa mort mais on sait bien que ce gars là a la fâcheuse tendance à renaître de ses cendres. » L’informa cette fois Frohike qui était resté plus silencieux qu’à l’accoutumée au cours de la conversation.

« Merci… Je pense qu’on va aviser, je ne sais plus trop où j’en suis de toute façon. Je ne sais même pas si j’ai la force de remettre le nez dans les affaires non classées… » Tout en se confiant, Mulder s’était tourné vers Scully qui hochait doucement de la tête, il n’était pas difficile de se mettre à sa place et de comprendre ses réticences.

« Alors on va peut-être vous laisser, on a une affaire sur le feu là. » Suggéra Langley, se levant pour presser les choses.

« D’accord, merci pour tout les gars, on vous tient au courant concernant mon problème, je pense que l’on saura aviser. » Les rassura Mulder avec un léger sourire.

Tous les deux, ils raccompagnèrent leurs amis jusqu’à la porte, les enlaçant chacun un instant et s’échangeant quelques derniers mots de soutien. Quand la maison fut de nouveau vidée de ses visiteurs, Mulder et Scully s’observèrent avec hésitation. Quelle était désormais la marche à suivre lorsque deux personnes deviennent de véritables pions sur un échiquier ? Ils étaient totalement dépendants de ces puces qui leurs pourrissaient la vie, les plongeant dans un doute constant, une appréhension de chaque instant. Ils se demanderaient sans cesse s’ils se réveilleraient bien le lendemain dans leur lit ou au beau milieu d’un pont en compagnie d’autre gens sans visage qui menaceraient leur existence. Quelle échappatoire était la plus avantageuse ? Celle-ci ou devoir affronter une maladie qui dans tous les cas leur viendraient à bout dans une souffrance intolérable ? ils n’avaient pas spécialement d’objections à émettre ou de choix à effectuer, ces autres avaient pris la décision pour eux, à leur grand dam.

Mulder se retourna pour se rendre au salon quand la porte valsa avec fracas, venant heurter le mur avec un bruit assourdissant. Quand il fit demi-tour, ce fut pour constater avec effroi qu’un homme encerclait la taille de Scully, pointant un révolver contre sa tempe.

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MessageSujet: Re: Eternel Passé   Mer 11 Avr - 21:55

« Comme on se retrouve ? » Lança une voix familière en pénétrant les lieux d’un pas tranquille.

« Krycek ? » S’exclama Mulder, les mots ne s’échappant de sa gorge que par pur miracle.

« Surprise ! » Se moqua ce dernier, se retournant brusquement en direction de son complice.

Celui-ci avait augmenté la pression de son arme contre Scully, ce qui la fit inspirer nerveusement. Son bras gauche était plaqué dans son dos et l’homme se collait lubriquement à elle, l’acculant totalement. Si elle tentait de s’écarter, la douleur devenait insupportable au niveau de son épaule, forçant la sueur à perler sur son front. Elle se mordait les lèvres pour s’empêcher de prononcer des mots qu’elle regretterait. A quelques mètres d’eux, Mulder déglutissait avec inquiétude, assistant impuissant à la scène qui se déroulait devant ses yeux.


« Cinq ans et tu reviens parmi nous, on te manquait tant que ça ? » Continua Krycek, avançant doucement vers le salon.

« Krycek, comment nous as-tu retrouvés ? » Demanda Mulder, fixant son regard sur celui de Scully et effectuant la promesse invisible de tout faire en son pouvoir pour l’aider.

Dans son dos, Scully pouvait sentir le parfum familier de son assaillant, un mélange de transpiration et de cuir usé. Son bras lui faisait atrocement mal mais elle refusait de se plaindre, il était hors de question de leur offrir un tel plaisir.


« Oh, rien de bien compliqué… Vos trois amis commettent des erreurs eux aussi… » Soupira-t-il, feignant avec talent une expression odieusement désabusée.

« Qu’est-ce que vous leurs avez fait ? » S’indigna Mulder, il fit un pas dans leur direction mais Krycek pointa son neuf millimètres dans la cuisse de Scully et ce geste le dissuada d’aller plus loin.

« Restons calmes, il serait malheureux que notre chère Scully perde une quantité de sang non négligeable avant notre départ. » Remarqua Krycek, un sourire accroché à ses lèvres charnues et effrontées. « Vos amis vont bien, les filer a été d’une facilité déconcertante. Ils feraient mieux de rester dans leur trou à l’avenir. » Conseilla-t-il, prenant place dans l’un des fauteuils.

Il fit signe à Mulder d’en faire autant et il ne pu que s’exécuter sachant d’ors et déjà que s’il émettait la moindre objection, Scully le paierait trop cher. Maladroitement, il s’installa en face de Krycek, les bras étendus sur les accoudoirs, ses doigts ne tenant pas en place tant ils étaient les témoins de la tension les animait.


« Abrège Krycek, si vous êtes ici tous les deux c’est pour quelque chose et je veux savoir quoi ! » S’impatienta Mulder.

« Hum… Oui, je crois que c’est le cas… » Acquiesça l’homme en se grattant le dessous de la mâchoire.

A cet instant, celui qui retenait Scully laissa ses mains se balader, celle tenant l’arme remontant honteusement le long de son ventre pour venir caresser le côté de sa poitrine. Scully retint son souffle et serra les dents en fermant les yeux, cette vie était si loin et tout leur revenait violement à la figure.


« Hey ! Dis-lui de se tenir tranquille ! » Intima Mulder à l’attention de Krycek, la bile lui remontant dans la bouche quand il aperçut le geste de son complice.

« Mais tout ça dépend de toi Mulder. » Affirma Krycek, haussant innocemment les épaules.

« Alors crache le morceau bon sang ?! » S’emporta Mulder, bondissant sur ses pieds quand l’inconnu attrapa le sein de Scully à pleine main.

« Je ne sais pas… James a l’air de prendre sa mission très à cœur tu sais… » Lui confia Krycek, sa voix était plus que démoniaque et Scully venait de gémir sous la pression douloureuse qu’exerçait sur elle son agresseur.

« Krycek… » Grogna Mulder, désormais hors de lui et à deux doigts de commettre l’irréparable.

Ses bras tombaient le long de son corps mais ses poings étaient fermement serrés, ses articulations blanchies par la rage qui bouillonnait en lui. De son côté, Scully tentait de retenir le poignet sans pitié de ce James mais lorsqu’elle éloignait sa main, il enfonçait son arme dans sa tempe et là encore, elle souffrait le martyre.


« Une puce. Je veux l’une de vos puces, je veux posséder cette technologie. » Annonça Krycek sans ciller.

Mulder et Scully restèrent tous deux béats, avaient-ils bien entendu ? Est-ce qu’il demandait réellement à l’un d’entre eux de sacrifier sa vie ? Que savait-il vraiment de cet implant et des conséquences que son retrait entraînait ? Les jambes de Scully faiblirent sous elle et l’homme dû la maintenir contre lui, un bras autour de sa taille lui empêchant de respirer convenablement. Toutes ces années de silence et d’oubli pour en arriver à ce jour, affrontant le regard de cet espion sans vergogne qui tuerait père et mère pour parvenir à ses fins. Krycek restait parfaitement immobile, appréciant l’effet que sa révélation produisait sur ses deux opposants, se délectant également du niveau d’inoffensivité auquel il les avait réduits. Entre ses doigts habiles, il jouait passivement avec son arme, la faisant tourner sur elle-même, gardant son regard posé sur les réactions de Mulder.


« Nous ne pouvons pas vous donner de puce… Si l’un de nous le faisait, il mourrait ensuite. » Expliqua Mulder sans trop savoir pourquoi il s’en donnait la peine, il était évident que Krycek n’en avait que faire.

« Cinq ans… Comme c’est long, il s’en passent des choses. J’ai acquis des tas de connaissances, des informations que vous ne soupçonnez même pas. Je sais ce que je veux et comment l’obtenir. » Leur assura Krycek en se levant.

Il marcha jusqu’à l’endroit où Scully était retenue contre son gré et caressa sa joue d’un revers de main, hérissant encore une fois les cheveux de Mulder. Avant qu’il ne puisse dire quoi que ce soit, l’homme fit volte face.


« Il y a un moyen de prélever cet implant sans causer la mort du patient. » Révéla-t-il, il semblait sérieux, sûr de lui.

« Et tu crois que je vais te croire ? » S’esclaffa Mulder, il plaisantait n’est-ce pas ?

« Ah… Mulder, nous en revenons à cette douce notion qu’est la confiance… » Souligna son ennemi, il inclinait dangereusement la tête.

« Jamais je n’aurai confiance en toi Krycek, surtout pas quand cela concerne Scully alors tu peux déjà chercher un autre plan. » Le menaça Mulder, s’attirant les foudres de la jeune femme.

« Mulder… » Le réprimanda Scully, ils n’étaient pas en position pour adopter ce genre de discours.

« Oh mais Mulder, tu me prends pour plus bête que je ne suis. A l’heure qu’il est, deux de mes hommes se font passer pour des policiers, demandant à emmener William à l’hôpital le plus proche car sa mère a eu un accident de voiture... » Signala-t-il, fier d’avoir mis au point une plan sans faille.

« William… Oh mon Dieu, si vous lui faîtes le moindre mal… » Commença Scully avant de recevoir un coup dans l’estomac, ce qui eut le mérite de la faire taire immédiatement.

Mulder ferma les yeux et frotta son visage à l’aide de ses paumes, ils étaient dans un pétrin impossible. Aucune alternative ne se présentai à lui car dans tous les cas, ils se retrouvaient tous les trois perdants. Il n’était même pas concevable de leur refuser quoi que ce soit au risque de perdre William. Quel autre choix avait-il que d’accepter cette proposition injuste et inégale que lui faisait Krycek ? Il se mordait l’intérieur de la joue, ce cap serait difficile à passer mais après tout le mal que sa simple existence avait causé à Scully, il se devait bien de préserver leur vie, la sienne et celle de William.


« Prenez ma puce. » Déclara-t-il sans laisser transparaître son doute.

« Mulder ! » L’interpella Scully.

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