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 [ Un chant venu d'ailleurs]

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Julia
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MessageSujet: [ Un chant venu d'ailleurs]   Sam 24 Fév - 17:58

Auteur: Julia
Genre: Univers alternatif
Résumé: A l'aube de sa vie, Dana Scully se souvient des 5 jours de bonheur qu'elle a vécut aux cotés de ce mystérieux inconnu, et elle se force aussi à parler de son passé, sombre et violent.



Un chant venu d'ailleurs


Au début, il n’y a rien. Puis il y a le langage. Compris par certains, rejeté par d’autres. Il y a des mots, des sonorités et des phrases. Complexes ou simples. Lui, il aimait m’écouter lorsque je contais au creux de ses bras des histoires venues d’ailleurs. Tel un chant poignant, parfois enivrant, j’inventais des fables fantasques et délicieuses pour pouvoir sentir, sur mon cou, son souffle chaud s’accélérait et ralentir au rythme des actions de mes héros et héroïnes imaginaires. Alors il me susurrait à l’oreille combien j’étais douée et combien mes histoires avaient un prix impensable et ce soir là, avant de m’abandonner pour la première fois à son étreinte passionnée, il me fit jurer de les écrire un jour afin de les publier. Mais là déjà je m’égare, rapportant les faits dans le désordre, omettant tous les jours qui précédèrent à cette nuit somptueuse et je sais qu’il m’en voudrait si je narrais cette histoire, notre histoire, avec aussi peu de respect. Insolence de l’écriture, défaillance de la mémoire, me voilà à l’aube de ma vie, au printemps de mon cœur, à l’automne de mon souffle devenu bien trop irrégulier. Alors que mes pas foulent le sentier couvert de feuilles roussies par le changement de climat, je chantonne des rythmes de blues qui ont bercé ces journées irréelles en me demandant si arrivée au déclin de ce cycle appelé la vie, j’ai le droit de partir, de quitter ce monde blessé et affaiblit en oubliant de narrer une histoire, vraie, belle, et non mielleuse et fausse, comme celles qui emplissent les vitrines du libraire de notre ville. La vieille balancelle du porche ne cesse d’émettre un grincement familier et je consens à laisser mon cœur battre à ce même rythme, calmant les palpitations qui viennent me secouer de temps à autres. Mon dieu que la vieillesse est une horrible chose que l’on ne peut contrôler, et n’est ce pas horrible de survivre à tous ceux que l’on a aimé et chéri? Amis, mari, enfant, tous sont partis et me voilà assise à même le plancher de bois rude et froid: enroulé dans ce plaid aux couleurs gaies, j’oublis l’espace d’un instant la douleur de mon dos pour me concentrer sur la beauté du paysage qui s’offre à moi. Le ciel se teinte d’un orangé sublime et je suis dans l’incapacité de pouvoir décrire cette couleur car les mots que je désire, les mots qui emplissent mon esprit, qui me torturent, qui me charrient, qui dansent et qui s’amusent de mon incompétence se refusent à se plier à la bienséance d’une simple phrase. Alors je laisse vagabonder mon regard par delà les champs, au loin la rivière déverse ses joyeux clapotis contre le ponton où la mousse et la végétation viennent s’y accrocher comme je me suis longtemps accrochée à mon passé. Peut être que des poissons scrutent le fond à la recherche d’une quelconque nourriture, peut être qu’un vieillard accompagné de ses petits enfants pêchent à la ligne, goûtant à la fraîcheur piquante de cette fin de journée, peut être qu’un jeune couple d’amoureux flânent le long de cette eau rendue impétueuse, sauvage, déchaînée depuis les dernières pluies ou peut être une femme, assise devant sa porte, veuve, attend que le froid l’engourdisse assez pour l’obliger à rentrer se blottir près du feu. Mon stylo tremble à peine lorsque je me mets à écrire mais les tressautements que je ressens sont ceux des angoisses de la vieille femme que je suis, mais incapable de dormir ou incapable d’être oisive dans ma paisible retraite, je préfère me rattacher à ce désir profond et tenace qui m’emprisonne, celui d’écrire, encore et toujours afin de ne pas disparaître sans laisser de trace. Toujours occuper mon être, pour ne pas penser, voilà à quoi j’ai voué les deux dernière décennies de mon existence. Ne pas penser à la mort des autres, ne pas penser à la solitude, ne pas penser à la peur. Une bûche vient de craquer dans l’âtre brûlant faisant sursauter ce corps encore vif et éveillé qu’est le mien. Une tasse de thé repose sur la table basse et je revois, je le revois, lui, poser son verre au même endroit et me prendre dans ses bras, me demandant de fuir avec lui. Là à nouveau je m’égare mais chaque e objet de cette maison semble encore respirer au souffle de ce parfait inconnu, de ce parfait amant. Il me faut le courage de commencer par le début, de commencer par moi, par eux, ces fantômes du passé, ces fantômes que je heurte jour après jour dans chaque pièce de cette immense demeure. Là où débute mon récit, débute une histoire peut être banale, mais ce fut la mienne, la notre et jamais je n’effacerai de mon cœur les heures de bonheur que dieu m’a accordé ce jour où, William Mulder pénétra par mégarde dans le domaine de Mr et Mme Richard Johnson.


Ce fut l’été le plus chaud et le plus aride que la Virginie ait connu depuis des années. Je parle bien sûr de l’été 1953. Alors que je tentais de préparer un dîner digne de ce nom, des milliers de pensées diverses et contradictoires se bousculaient en moi augmentant la température déjà élevée de mon corps. Cloîtrée dans cette cuisine où aucun courant d’air ne circulait, je maudissais ma condition de femme au foyer, rêvant d’un coup de ma belle et douce Italie, celle que j’avais quitté bien des années auparavant. Sous mes pieds nus, le carrelage n’apportait aucune fraîcheur et les fenêtres grandes ouvertes ne faisaient qu’entrer cet air chaud et poisseux de notre très chère Virginie du sud. Alors que je vérifiais que les haricots verts étaient cuits à point, mon cœur se serra lorsque notre vieille radio émit la dernière note de la Fuite de Bach. Mon dieu les cours de solfèges et de piano de ma prime jeunesse étaient bien loin. D’une voix claire je criais le prénom de mon mari afin qu’il vienne dîner. Encore occupé dans notre grange à dispenser je ne sais quel soin à ses animaux, je méditais sur le programme qu’allait être le mien pour les cinq jours à venir: Richard, mon époux, devait s’absenter pour un congrès à des centaines de kilomètres de notre marécageuse et torride ville de Duke. Cinq jours où je serai seule. Je ne savais vraiment pas comment j’allais remplir ces journées de solitude forcée, mais l’idée de savoir que Richard serait loin, sans épier le moindre de mes gestes était une bénédiction que je ne pouvais refuser. Son pas lourd se fit entendre sur le plancher de la véranda et avec cette force bestiale que pouvait être parfois la sienne, il poussa la fine porte vitrée qui claqua comme un coup de fouet d’une force inimaginable. Je sursautai tel un malade du cœur ou plutôt me dis je d’une voix intérieure, telle une personne qui n’a pas la conscience tranquille.


- « La porte Richard »,m’entendis-je lui dire d’une voix lasse.

« - Désolé je n’y penses jamais », me répondit il de sa voix caverneuse et infiniment envahit de cet accent sudiste hideux.

Il ne cessait de claquer cette porte, comme si la pousser tout en douceur était un acte aussi difficile que de se prendre d’amitié pour un habitant de la tour de Babel. Mon exaspération devait se lire sur mon visage car il n’hésita pas à venir se placer derrière moi afin de me prendre dans ses bras. Comme toujours je me sentais d’une attendrissante vulnérabilité au creux de ses bras et l’espace de quelques secondes, je consentis à me détendre et à rendre moins raides les différents muscles de mon corps. Il déposa un léger baiser dans mon cou, volatile comme les ailes d’un doux papillon et toute forme d’agressivité disparut, comme toujours. Je paraissais si petite à côté de lui que sa grandeur et sa force semblaient m’envelopper comme un voile informe et lourd. Une nouvelle vague de chaleur, dû à cette maudite canicule me força à me séparer de lui assez brutalement, posant sur son visage de fermier une expression naïve de surprise.

« - Excuse moi je….je souffre de cette chaleur moite et j’ai…, » commençai-je à bredouiller sans conviction.

Il émit un grognement de bête et je sus qu’il serait renfrogné durant tout le repas. Sa mauvaise humeur perdura jusqu’à notre entrée dans la chambre à coucher et sans demander mon reste, je me réfugiai dans la salle de bain, consciente de la suite des évènements. Avec gentillesse, je me soumettrai à lui, avant qu’il ne parte pour ses cinq jours de voyage. Je retardai comme je pouvais ce moment fatidique où je me mettrai à murmurer son prénom, alors qu’il essayerait, avec peine, de me soutirer une once de plaisir. Mes yeux écrasèrent de fines larmes, larmes que je n’aurai voulu sentir couler sur mes joues mais qui pourtant se frayaient un chemin, un fin sillon, sur le rosée de mes pommettes avant de se diluer, de disparaître je ne sais comment.
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Julia
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MessageSujet: Re: [ Un chant venu d'ailleurs]   Sam 24 Fév - 21:07

« - Dana…chérie….viens te coucher. »

Sa voix souleva en moi une nausée dévastatrice et je ne pus retenir ce flux de liquide nauséabond. Il serait horrible de penser que la simple écoute de sa voix de paysan du sud ait pu provoquer autant de dégoût mais pour le moment ce fut ma seule et unique explication avant que lui même, à l’aube, me gratifies d’une phrase qui soulèvera par la suite des soupçons terribles. Mais pour le moment, après m’être rafraîchie et avoir effacer toute trace de mal être, je rentrais avec assurance dans ce lieu si froid qu’était notre chambre. Il était là, couché, à m’attendre, une lueur de lubricité bien connue rongeant son regard de braise. Je ne sais pourquoi, à cet instant précis, je me mis à réciter un pater, priant pour que cet acte qui me révulsait se passe sans encombre.
L’aube venait à peine de pointer le bout de ses rayons d’acier splendide que déjà Richard s’affairait à s’habiller et à ranger dans un sac quelques chemises et pantalons pour la semaine. Encore endormie et me sentant réellement épuisée, je m’étirais avec grâce et volupté lui arrachant un sourire d’une tendresse absolue.


- « Dana chérie…es tu sûr de ne pas vouloir venir avec moi? », demanda t’il de sa voix rauque de fumeur. Que vas tu faire en femme désœuvrée durant cinq longs jours?, cette fois sa voix avait pris un ton ironique, plein de distance, presque froid.

Oh je connaissais ces phrases qui paraissaient anodines pour les étrangers mais qui voulaient tant dire pour moi. Et pour lui. Jamais je n’aurai dû lui parler de mon passé.

- « Je vais faire tout ce que je fais d’habitude: mes travaux à la ferme, en parfaite femme de Mr Richard Johnson » répondis je de mon ton chevrotant et hésitant.

Son visage sembla se radoucir sous cet éclair furtif de méchanceté qu’il venait d’avoir: le voile noir se désintégra et il finit par venir m’embrasser. Avec un soupir que je ne pouvais contenir, je me levais avec grande peine. Mon corps dénudé fut enveloppé de ce peignoir que j’adorais tant mais des picotement désagréables parcoururent le haut de ma nuque jusqu’à se fondre dans le bas de ma colonne vertébrale. Je me retournais vivement pour voir Richard qui m’observait à la dérobée et ce qu’il me dit resta à jamais gravé en moi.

« -Dana tu devrais faire attention…tu grossis à vue d’œil depuis que tu es ici…je sais que le médecin est heureux de te voir reprendre des forces à cette vitesse mais il serait…dommage que ton corps devienne moins….beau…tu vois ce que je veux te dire? »

Les mots me giflèrent et eurent l’effet d’une douche glacée. Comment ai-je pu me contenir pour m’empêcher de le frapper? Une envie soudaine de le griffer, de le brutaliser fit battre mon cœur un peu plus vite. Comment osait il? Après tout…tout ce que j’avais vécu? Si seulement il m’avait connu avant tout ça…à l’époque je n’aurai jamais hésiter à lui faire mal, mais maintenant, tout était différent. On ne se retourne jamais contre celui qui nous nourrit disait ma défunte mère, elle avait si raison. Esquissant un sourire de contrition très réussit, je lui promis de faire attention à mon poids. Après une dernière promesse qui m’humilia et que je rapporterai plus tard dans mon récit, il prit son sac de toile et disparut pour cinq jours. Alors que sa camionnette rutilante s’éloignait dans un nuage de poussière et parcourait la longue route de notre domaine, je le vis sortir et partir sur la droite. Cinq jours. Mon corps retomba sur l’immense lit, s’enfonçant dans le matelas de plume.

Lorsque je me réveillais, une sensation agréable me parcourut : celle de la liberté. La moiteur des marécages voisins, la chaleur de ce début de matinée, la fatigue et l’exquise oisiveté me rendaient délicieusement sereine et heureuse. La fine robe que j’enfilais épousait mes nouvelles rondeurs avec perfection: certes j’avais pris du poids mais plus je me regardais et plus l’image de la jeune femme que je fus, squelettique à la peau livide, s’éloignait de moi. Il y a des mois de cela, j’avais contracté une forme dérivée de la leucémie et avec les remèdes de l’époque, je m’étais battue, beaucoup plus accrochée à la vie que je ne l’aurai pensé. Richard s’était montré affectueux et aimant, prenant soin de moi comme moi j’avais pris soin de lui des années auparavant mais ceci est aussi une autre histoire. Mes longs cheveux roux et bouclés étaient constamment relevés dans un chignon compliqué que je m’appliquais chaque matin a réalisé, consciente que mes travaux à la ferme empêchait le moindre accès de coquetterie. Ma peau d’une blancheur virginale s’était teintée depuis longtemps de ce hâle doré que le soleil brûlant de Virginie s’était évertué à tatouer sur moi comme un manteau de soie et de rayons solaires et même mon Italie natale n’avait pas réussit à me faire paraître aussi colorée.
Pieds nus et mèches rebelles virevoltants sous la quasi inexistante brise, je cueillais ça et là les fleurs qui me permettraient de constituer un bouquet qui échouerait dans ma chambre. Je me sentais véritablement fatiguée et la tasse de café que j’avais avalé quelques minutes auparavant menaçait de me rendre affreusement malade. J’eus à peine le temps de regagner ma salle de bain avant de me laisser choir devant la cuvette si peu avenante des W.C et je sentais au bord de mes lèvres les palpitations effrénées de mon cœur. Il ne me fallut pas de grands discours pour comprendre et interpréter la signification de ces symptômes, ma poitrine douloureuse devenue plus généreuse, ces nausées qui me tiraillaient et cette fatigue persistante n’était que le signe d’une grossesse déjà bien entamée. Comment avais-je fait pour ne pas m’en rendre compte plus tôt?
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Julia
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MessageSujet: Re: [ Un chant venu d'ailleurs]   Dim 25 Fév - 4:15

Moi qui avais suivit tant de grossesse, qui avait accouché tant de femmes de mon village natal, je n’avais pu déceler ce profond changement en moi. Me sentant soudain pousser des ailes, je ne pus contenir cette joie débordante qui par vagues successives s’étaient insinuées dans mon être: un enfant, j’allais avoir un enfant. J’avais renoncé à donner la vie, j’avais cru que mon âge m’empêcherait encore de procréer, et j’avais tant prié et tant pleuré mais maintenant je portais un petit être niché au creux de mon ventre. Me regardant dans le grand miroir je repensai aux paroles de Richard: il devrait s’y habitué, mon corps changerait, qu’il le veuille ou non. Un sourire radieux illuminait mon visage qui ces derniers temps avait perdu sa fraîcheur candide. Une onde triste sembla pourtant inonder mon corps: Richard. Comment allait il réagir? De douze ans mon aîné, était il encore prêt à avoir un enfant? De toute façon il ne pouvait rien me reprocher: il m’avait interdit d’utiliser un diaphragme car en catholique dévot qu’il était, il était sûr que je finirais en enfer si j’allais contre la volonté de Dieu. Une dispute était d’ailleurs survenue après cette discussion, car j’avais eu la mauvaise idée de lui répondre, d’un ton amusé, que si je me retrouvais en enfer, ce serait pour d’autres pêchés. Il avait été choqué de mon insolence et m’avait alors obligé à prier le soir même plusieurs pater les uns à la suite des autres. Je n’avais rien contre la religion, mes parents étaient de pieuses personnes, j’avais eu une éducation chez les bonnes sœurs à Naples mais devenue une jeune femme, j’avais commis tellement d’erreurs que je savais que je finirais plus par brûler dans les flammes que par dormir au Paradis. Richard avait aimé ma fougue mais une fois installé, au combien a t’il pu me haïr pour ma jeunesse et mon insolence impétueuse. Je ne devais donc pas m’inquiéter pour lui parler de la naissance de ce petit miracle mais je n’étais absolument pas pressée de lui annoncer, préférant jouir de mes journées de liberté pour apprécier ce secret qu’était le mien. J’avais été bête de ne pas me rendre compte de cette grossesse mais la maladie, cette maudite leucémie avait déréglé mon système hormonale, donc lorsqu’un retard était constaté, je ne m’en formalisais pas pour autant. Un mois? Deux mois? Comptant rapidement, tentant d’être la plus logique possible, j’en arrivais à la déduction que cela devait faire trois mois, les symptômes tardifs étant dû sûrement à la prise de cortisone. Un éclair de peur me foudroya: la cortisone, j’en prenais en dose massive afin de calmer les dernières douleurs que mon cops parvenait encore à soutirer à la défunte maladie qui m’avait laissé presque morte. Me remémorant tout ce que je savais, je sus que si j’arrêtais mon traitement dès maintenant, aucun risque ne pourrait engendrer une quelconque malformation à mon enfant.
Un bruit de voiture me sortit de ma rêverie: écartant le rideau qui barrait la fenêtre restée grande ouverte, je scrutais le chemin où une camionnette rouge vive avançait doucement, soulevant des nuages de poussière. Je me souviendrai à tout jamais de cette image: le rouge hideux du véhicule, la poussière, le ciel bleu, la chaleur suffocante et moi, enceinte, derrière la fenêtre. Avec rapidité, je descendais les escaliers et sortait sur le porche, foulant de mes pieds nus le plancher de bois peint, caressant d’une main un des grands piliers, repoussant de l’autre une mèche bouclée qui tombait avec obstination devant mes yeux. Je n’attendais personne dans ma quiétude et heureuse semaine de solitaire et je n’avais jamais vu auparavant cette voiture écarlate. Le soleil m’éblouissait et projetait sur le pare-brise un éclat si violent que je ne pus m’empêcher de me couvrir les yeux pour me protéger de cette meurtrissure désagréable. Lentement, l’inconnu sortit de son véhicule, claqua la portière et fit quelque pas timides en ma direction.


- « Bonjour je…excusez moi de vous déranger mais je crois que je suis perdu » ainsi il s’annonça d’une voix suave et masculine qui fit tressaillir les moindres parcelles de mon corps allant jusqu’à me faire frissonner sous la chaleur exubérante du mois d’août.

- « Êtes vous censé être en Virginie? » répondis je avec douceur et amusement.

- « Ma foi, oui. »

- « Alors vous n’êtes pas si perdu que cela! », telle fut ma réponse à ce parfait inconnu.

Il n’hésita pas à sourire et même à émettre un léger rire, doux et sensuel. Il paraissait heureux, du moins content de ne pas être tombé sur une de ces brutes de fermiers qui me servaient de voisins.

« - Je ne savais pas où m’adressait, même à qui! » me dit-il comme s’il avait lu dans mes pensées. Je suis à la recherche de…d’un de vos fameux marécage…celui où pousse… »

« -Oh je vois vous voulez parler du marécage Holly Springs, connu pour sa faune diverse et variée », dis-je d’un ton léger.

« - C’est ça oui…pourriez vous m’indiquer le chemin s’il vous plaît? »

« - Cela aurait été avec plaisir….mais les routes ne sont pas signalées ici et…il y a une chose que vous devez savoir. »

« - Laquelle? »

« - Comme beaucoup de marécages dans la région, aucun chemin ne dessert ces lieux non habités…alors c’est soit à pieds, soit à cheval. »

« - Mais…on ne m’avait pas prévenu » me dit il d’un air assez perturbé et d’une voix légèrement déformée par la surprise et la panique, « comment vais je faire pour boucler mon article? »

« - Eh bien je peux vous montrer où se trouve ce marécage…afin que seul, vous puissiez retrouver le chemin par la suite. »
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Julia
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MessageSujet: Re: [ Un chant venu d'ailleurs]   Dim 25 Fév - 17:00

Ma proposition était anodine et posée sur le ton le plus neutre et sympathique possible: j’étais une fermière, qui allait montrer les environs à un citadin, un Yankee comme nous aimions les appeler, qui devait sûrement débarquer de New York ou une autre grande ville. Me jaugeant d’un regard que je ne pus interpréter sur le moment, il accepta ma proposition. Le laissant seule quelques minutes, je me précipitais à l’étage afin d’enfiler un pantalon de lin écru que m’avait offert Richard: il détestait me voir monter à cheval dans n’importe quelle tenue, alors il m’avait fait ce cadeau. Attrapant mon large chapeau de paille entouré d’un ruban turquoise qui jurait parfaitement avec mes yeux, je fermais la porte d’entrée et le rejoignait. Je ne savais rien de lui mais en ces années d’après guerre, et dans cette partie du pays, l’hospitalité et la générosité étaient toujours débordantes, ce n’était pas la première fois que j’aidais des voyageurs perdus. Notre ferme était située solitaire au point sud de Duke, c’était souvent chez nous qu’on venait demander des informations. Toujours étourdi, l’inconnu me regardait fixement, cherchant à comprendre le pourquoi de cette situation. Il me raconta bien plus tard qu’il avait été si ému de ma gentillesse et de ma beauté qu’il n’avait pu réfléchir correctement pendant plus de dix minutes d’où cet état statique dans lequel il restait prostré.

« - Savez vous monter à cheval Mr? »

« - Je…il fut un temps j’en faisais mais depuis que j’habite en ville, j’ai abandonné cette activité….nous allons y aller à cheval alors? »

« Oui …je préfère parcourir sept kilomètres au galop plutôt qu’à pieds….mais maintenant si vous préférez la deuxième solution… »

« Vous êtes bien aimable de vous occuper d’un pauvre pèlerin perdu alors le cheval sera une des meilleure solutions ».

D’un léger signe de main je lui intimais de me suivre à l’entrée de notre immense grange: je sortis d’un box un pur sang à la robe noire et commença à lui parler avec douceur, cette bête était d’une beauté inimaginable, elle avait été un caprice de Richard qui aujourd’hui se refusait à la monter. Installant selle, mors et étriers, je le sortais au pas, le flattant de quelques caresses sur son dos soyeux.

« Je vous présente Alexandro….c’est le cheval de mon mari mais cela fait très longtemps qu’il n’est plus parti avec….il est très gentil, vous n’avez aucun souci à vous faire », je me souviens que je parlais avec lenteur, je n’avais jamais été aussi sereine.

Je le regardais s’avancer vers le cheval avec grâce et élégance mais je sentais pourtant sa nervosité se répercutait sur le cheval. Maladroitement, il s’installa sur la selle, prit les rênes en mains et tenta de garder je le sais une once de dignité très virile. Je ne pus m’empêcher de rire et sous ma propre joie il ne put retenir ses propres éclats.

« - D’accord vous pouvez vous moquer…je ne suis qu’un pauvre petit citadin mais que voulez vous il serait aussi facile de faire du cheval à New York que d’apprendre à parler russe dans les jours qui viennent ! ».

Ah les allusions sur les Russes après la guerre, combien de fois mon cœur s’était il serré à l’entente de toutes ces remarques contre les rouges? Je ne défendais personne, j’étais une citoyenne neutre mais en habitante des États Unis d’Amérique, on me mettait dans le même panier que tous les autres: nous étions le pays le plus fort, nous devions ressentir de la haine pour la Russie. Richard me poussait à cette politique terrible, oubliant toujours que j’étais non pas une américaine, mais une européenne, européenne qui avait souffert de la Seconde Guerre. Mon dieu me voilà à divaguer à la simple boutade de cet homme: d’un sourire entendu, je lui dis de m’attendre. Quelques minutes plus tard, je sortais au galop de la grange, montant comme à mon habitude, c’est dire à cru. Dans ma jeunesse, je m’étais abreuvée de lecture , grandissant dans une famille de grands littéraires ( entre autre mon cher père était un écrivain irlandais très connu et après avoir épousé ma mère, une cantatrice italienne, il avait fondé la société des Écrivains Libres d’Italie, mais c’était bien avant que la guerre éclate), donc j’avais grandi au milieu des romans et je rêvais toujours de ces héroïnes qui montaient à cru et dès le moment où je m’étais sentie à l’aise sur mes différentes montures j’avais adopté pour cette technique, non sans une certaine joie farouche. Je vis le regard de mon cher inconnu s’accrocher sur mon visage radieux: il se mit à me suivre, peinant à me rattraper. Il fallait quitter notre propriété, s’éloigner par un champ qui longeait la vieille route principale pour pénétrer dans la grande forêt qui entourait ce lieu indescriptible qu’était Duke. Tout se passait dans un silence réconfortant, ce silence qui précède les grandes aventures, c’était doux et violent, même excitant, j’aimais tant cette forêt mais Richard détestait y aller, paniqué que l’on se perde dans la multitude de marécages qui bordaient les arbres et la nature si dense. Si je connaissais les lieux avec autant d’exactitude, c’est parce que j’avais dévoré un roman qui décrivait au centimètre carré près cet endroit et lorsque je le visitais pour la première fois, je m’y étais repérée comme une native de Duke. Le silence était entrecoupé des hennissements des chevaux et du bruit que faisaient les sabots lorsqu’ils entraient dans l’eau.

« - Excusez moi, je viens d’y penser mais je ne me suis pas présenté…William Mulder. »

« - Dana Johnson. »

« - Dites moi Mrs Johnson…comment faites vous pour ne pas vous perdre dans un tel endroit? Je suis impressionné….toute cette végétation, cette humidité étouffante, toute cette eau que nous foulons…je n’avais jamais vu de tels endroits, j’ai le sentiment de repasser devant le même arbre, devant les mêmes fleurs…je n’arrive pas à différencier les différents décors que nous voyons…cela est presque angoissant. »

« Eh bien c’est parce que nos sommes perdus. »

Ma voix grave, presque dramatique lui fit stopper la marche et gonflé d’une panique presque risible il me gratifia d’un regard horriblement noir.

« - Comment avez vous pu nous perdre? Je pensais que vous connaissiez les lieux, vous aviez l’air si sûre de vous…c’est pas vrai! »

« - Je vous ai eu. »

« -Pardon? »

« - Nous ne sommes pas perdus.. je voulais juste vous.. taquiner Mr Mulder. »

Ses joues prirent une teinte rosée et je continuais d’avancer, pas peu fière d’avoir réussit à lui faire peur. Je l’entendais rire, d’un rire plutôt incrédule, et lorsque je me retournais et que je le regardais avec cette franche malice qui m’avait toujours caractérisé, je reçus de plates excuses quant à son énervement, excuses que je rejetai, car je savais que c’était de ma faute si la peur s’était infiltrée en lui. Il s’écoula pas mal de temps avant que nous arrivions au marécage de Holly Springs: chacun avait apprécier la nature dans un silence quasi religieux et je le remerciais intérieurement d’être aussi respectueux de ce lieu que j’aimais tant.


« - Voici le marécage tant attendu…nous devons juste passer cette étendue d’eau plus profonde pour arriver sur un terre plein où nous serons à sec pour observer les alentours. Nous pouvons rester sur les chevaux, ils vont se charger de nous faire passer ».

C'était le moment que j’aimais le plus:entrer dans l’eau tout en restant sur le dos de mon cheval. Si l’on a jamais connu cette expérience, on ne peut alors comprendre le sentiment de bien être et de magie qui s’emparent de nous à ce moment précis. Certes le marécage n’était pas un exemple de propreté et nous allions ressortir de là couvert de cette boue sèche marron, mais il est parfois impensable de refuser de vivre non pas dangereusement mais de vivre pour la vie elle même, je veux dire vivre pour apprécier des moments anodins, comme celui que nous nous apprêtions à avoir. Avec cette sensation de vertige et de flou, nous passâmes le marécage sans encombre pour arriver sur le terre plein qui dominait une bonne partie des eaux et une majeure partie de la forêt. Assise à même le sol, en proie à une rêverie propre à celle du flâneur de Baudelaire, je méditais sur ma grossesse et ses conséquences, non sans suivre, que dis je, non sans dévorer des yeux ce Mulder qui, carnet de note à la main, et pantalon de flanelle boueux virevoltait tout autour de moi, afin d’observer le paysage et de prendre le plus de note possible.
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MessageSujet: Re: [ Un chant venu d'ailleurs]   Lun 26 Fév - 14:48

- « Sur quoi précisément doit porter votre article? » questionnai-je d’un ton badin et intéressé.

- « Je dois faire un papier sur les marécages de la Virginie, haut lieu de culture ancestral mais c’est aussi une motivation personnelle qui me poussent à entreprendre ce voyage ».


Je brûlais d’envie de le questionner, de lui demander quelle quête avait il entrepris dans ce lieu si perdu. As t’il vu que je me tortillais d’impatience, que je ne cessais de chercher mes mots pour lui poser cette question si indiscrète.


« - Je suis à la recherche de l’orchidée fantôme. C’est la raison sous-jacente pour mon patron mais c‘est la véritable motivation de ma venue dans…pardonnez moi l’expression, dans ce véritable trou paumé! »

« Ne vous gênez pas pour moi, je sais que c’est le bout du monde ici. Pardonnez peut être mon ignorance mais…l’orchidée fantôme ne pousse qu’en Floride, non? »

Ce fut notre premier sujet de discorde car alors que je me renseignais avec intérêt, il afficha une expression peu flatteuse de surprise et ma fougue d’antan sembla se dresser en moi tel un serpent prêt à mordre sa proie.

« - Mr Mulder je ne suis peut être qu’une paysanne de Duke pour vous mais veuillez enlever cette expression si blessante de votre visage. »

« Pardonnez moi je ne voulais pas vous…mais…personne ne connaît le fruit de mes recherches personne ne connaît l’histoire de l’orchidée fantôme alors lorsque vous m’avez posé cette question, de but en blanc, eh bien j’ai été surpris, c’est fort concevable non? »


Pour la forme ,je gardais une moue de mécontentement durant quelques minutes afin de montrer qu’il ne parlait pas à une vulgaire fermière sans cerveau. Il était déjà assez difficile pour moi de devoir vivre comme une femme au foyer, sans qu’un individu que je ne connaissais ni d’Ève ni d’Adam vienne me regarder comme si je tombais de la lune.


« - Pour répondre à votre question une étude a été réalisée et l’orchidée fantôme pousserait dans n’importe quel marécage du moment que celui ci soit très humide, et exposait au moins six heures par jour à la lumière du soleil. Ce qui correspond parfaitement à la description du lieu dans lequel nous baignons actuellement. Si je suis indiscret, arrêtez moi ,mais …..où avez vous entendu parler de cette fleur si envoûtante? »

« - C’est une longue histoire mais un jour j’ai rencontré un botaniste…je n’avais jamais vu un homme aussi passionné par son métier…il était très malade, il avait contracté une forme de fièvre très bizarre, on parlait du scorbut, du typhus mais jamais il ne retrouva le chemin de la guérison….et donc lors d’une de ses bouffées délirantes, il me raconta qu’il rêvait de voir en vrai une orchidée fantôme…de son vrai nom Polyradicion lindenii …de nature curieuse, je me précipitais après cet échange à la bibliothèque et je me m’y à lire tous les ouvrages qui s’intéressaient à cette fleur si rare… »

Je chassais une bête qui volait devant mes yeux mais je tentais aussi de chasser le voile du souvenir qui venait de se poser devant moi: vivre éternellement dans le passé n’apportait rien de bon mais lorsque votre passé pèse lourd sur vos épaules frêles, il vous est impossible d’avancer, il ne vous reste plus qu’à tituber puis reculer pour ne pas tomber. Et ces derniers temps mon fardeau se faisait de plus en plus lourd, je ne savais pas encore que bientôt, toute ma vie serait mise à nue.
Il se passa encore une bonne heure pendant laquelle W.Mulder griffonna sans relâche des lignes et des lignes indéchiffrables de là où j’étais placée. Lorsque nous regagnâmes le chemin de ma maison, je sentais une sorte de tension. Mettant pied à terre, je rentrais dans la grange afin de replacer dans leurs box les deux chevaux et lorsque pleine de boue et passablement épuisée je rejoignais celui qui était encore qu’un voyageur parmi tant d’autres, je sentis qu’un virage allait être pris mais je ne pouvais encore définir la nature de ce changement.


« - Mrs Johnson…je voulais vous remercier pour…pour ce que vous venez de faire. »

« - Merci à vous d’avoir égayé ma journée et si j’au pu me rendre utile pour un futur article prodigieux, eh bien je suis contente ».


J’avoue que j’étais réellement fatiguée et j’avais déjà fait demi tour, prête à rentrer chez moi lorsque je sentis une onde de honte se déversait en moi: je ne pouvais abandonner à son sort cet homme qui ne connaissait rien de la région. Alors que je me retournais pour lui faire face, je vis qu’il avait commencé à s’éloigner pour regagner sa voiture.


« - Mr Mulder…attendez! »

« - Oui? »

« - Vous allez devoir retourner au marécage je suppose.. pour vos recherches? »

« - J’en ai bien peur, oui ».

« - Je suppose que vous allez devoir avoir besoin de moi alors? »

« - Je ne voudrais pas abuser de votre temps Mrs Johnson »

« - Dana…appelez moi Dana. Vous êtes ici pour combien de temps? »

« - Cinq jours…une semaine tout au plus. »

« - Eh bien je serai votre guide pour ces jours à venir…je ne dérangerai en rien votre travail, une fois sur place je vous laisserai tranquille ».

« - Votre présence ne me dérange aucunement…Dana , c’est plutôt une chance rarissime pour moi ».

Mon dieu je me sentis frémir des pieds à la tête lorsqu’il prononça mon prénom, une vague déferlante de sensations inconnues me ravagea et je restai plantée comme un arbre déraciné en pleine campagne, c’est à dire flageolante et prête à m’effondrer rapidement. Me gratifiant d’un sourire exquis, il me demanda s’il pouvait passer demain très tôt afin d’aller sur place à la fraîcheur du matin et non sous l’aride canicule de l’après midi. Ma réponse fut positive, qu’avais je de mieux à faire que de me balader et de parler culture avec un homme magnifique dont je ne savais encore rien? Tu pourrais par exemple t’occuper de ton jardin et de ta maison, me dit une fluette voix intérieure, mais je n’en avais que faire, je m’occuperai de mes travaux dès mon retour dans l’après midi. Alors qu’il me saluait et qu’il entrait dans on véhicule, je pris une profonde respiration et je l’appelais.


« - Un thé glacé…ça vous dit? »
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MessageSujet: Re: [ Un chant venu d'ailleurs]   Sam 3 Mar - 16:09

« - Un thé glacé…ça vous dit? »

Il accepta. Il entra dans notre maison. Je venais de capituler avec la dernière promesse que j’avais faite à Richard « aucun homme ne t’approchera durant ces cinq jours, tu as bien compris? » oh que oui Richard, la leçon fut retenue jusqu’à ce que tu disparaisses de ma vue. Alors que je découpais avec soin des rondelles de citron, il s’assit et me regarda faire avec un sourire appuyé et bizarrement, à l’époque je pensais que c’était le sourire d’un petit garçon, d’un gamin qui aurait fait une grosse bêtise. Déposant un verre devant lui, je m’installais en face, un soupir de satisfaction troublant le calme. Comment expliquer ce qu’il se pensa à ce moment précis? Nous étions en train de nous observer mais…comment pourrai je retranscrire l’intensité de ces regards inchangés? Je pouvais à mon aise le dévorer des yeux: ses cheveux bruns en bataille, ses grandes mains puissantes et ses yeux, mon dieu des yeux à damner un saint. Je m’attardais dans l’éclat doré du cerclage de ces pupilles lorsqu’il rompit le silence et posa cette question certes anodine mais au combien non innocente.

« - Alors où est votre mari? »

« - A un congrès agricole…dans l’état voisin ».

Dans l’état voisin! Cette précision n’apportait rien à la conversion sinon le fait que je jouais à un jeu dangereux.

« - Vous n’avez pas peur de rester seule, dans une si grande propriété? »

« - Je suis habituée, vous savez ici nous sommes en…sécurité, il ne se passe jamais rien, il n’y a pas de point plus retiré en Virginie. Et vous? N’est ce pas embêtant de voyager seul? »

J’avalais une gorgée de thé et j’étouffais de plus en plus dans cette chaleur moite. A cette allure, je ne passerais pas l’été.

« - Être journaliste et être un…passionné m’oblige à être seul. Et puis avec une famille pourrai je faire ce que je fais en ce moment? »

« - Je suis certaine que les deux ne sont pas indissociables , être solitaire n’est pas toujours bon pour notre esprit et être entouré ne nous empêche pas d’avoir des passions. Je peux me tromper bien sûr. »

Interloqué, son verre se posa dans un léger choc sur la table: certes j’avais parlé violemment, peut être plus durement que je ne l’avais voulu, mais il ne sembla pas supporter mon ton obséquieux.

« - Mrs Johnson je ne voudrai pas vous froisser, surtout sous votre toit, mais que pouvez savoir des passions qui animent les gens comme moi, les gens du terrain? »

Oh comme je pus le maudire à cet instant précis: mon verre aurait pu atterrir directement sur son doux visage mais je me retenais, ce n’était pas le moment de paraître pour une sauvage hystérique, je laissais ce trait de mon caractère à Richard. Me contenant, j’affichais un sourire forcé.

« - Mr Mulder, je vous l’ai déjà dit, arrêtez de me prendre pour une vulgaire fermière de Duke, je pourrai bien vous surprendre, bien au delà de vos espérances ».

Que venais je de dire? Le recul des années me montre combien du haut de mes trente-cinq années j’étais encore bien fougueuse et sauvage par bien des côtés.

« - Je n’en doute pas…Dana. »

A nouveau le silence, mais pas un de ces silences gênants où jeune fille je tentais de chercher des sujets de conversations afin de combler les vides, non c’était des silences emplis de mystères .Et de flirt. Flirt? Quelle idiote de penser que cet homme, assis dans ma cuisine, puisse me trouver une seule minute intelligente, drôle, spirituelle ou belle: non il fréquentait des New-Yorkaises et qui sait des femmes du monde entier et moi dans ma robe de coton uni, si fine, si simple, je tentais de croire que ce William Mulder pouvait me trouver une once de charme. Détournant un instant les yeux, je regardais le ciel bleu magnifique, respirant doucement.

« - Et…vous avez des enfants Dana? »

« - Oh…non, je n’ai pas encore eu cette chance. »

Je ne voulais pas annoncer à un inconnu, de but en blanc « au fait je suis enceinte de trois mois, mon mari n’est pas encore au courant…vous reprendrez bien un peu de thé? » et puis c’était mon secret, peut être plus pour longtemps mais cet enfant qui grandissait en moi je le gardais comme une perle précieuse nichée dans le plus somptueux des écrins. Il continua à me poser des questions, de son air désinvolte et enjoué et ce que chez un autre j’aurai pris pour de l’indiscrétion, chez lui je le prenais pour une curiosité enfantine et un goût des autres très développé.


« - Je peux peut être me tromper mais…vous avez un accent différent que celui des gens d’ici, non? Je suis peut être trop curieux, veuillez m’excuser ».

« - Il n’y a aucun mal. Je…je suis née en Italie, à Naples mais je sais ce que vous allez dire… »

« - Vous n’avez pas le profil d’une italienne si je puis me le permettre ».

Je souriais car à chaque fois que j’avouais mon lieu de naissance on me regardait comme si je venais d’une autre planète.

« - Ma maman était italienne mais mon cher papa était irlandais, j’ai ses yeux clairs, il avait les mêmes vous savez. »

« - Et que s’est il passé entre Naples et…Duke? C’est l’autre bout du monde pour une européenne ».

« - Eh bien Richard faisait son service militaire en Italie, c’était la guerre et des américains on en voyait de plus en plus. Lorsqu’il a dû rentrer chez lui, il m’a demandé de venir à lui. Alors j’ai accepté. C’était…l’Amérique. Le rêve américain…et Richard. »

« - Vous êtes heureuse alors ici? »

J’hésitais à répondre: je ne voulais pas me montrer pathétique. Je voyais déjà le tableau de ce Mulder rentrant à son journal « les gars quand j’étais dans le sud, devinez quoi? J’ai rencontré une pauvre italienne échouée dans une ville aussi paumée qu’horrible nommée Duke…malheureuse comme les pierres, elle était pathétique, vous auriez du voir ça! ».Alors que j’esquissais un sourire digne d’une collégienne et que je riais tentant de faire diversion, il me sourit d’un air si sincère et si…avenant, que je ne pus m’empêcher de lui répondre avec franchise.

« - Je devrais répondre oui… »

« - Vous savez je n’irai rien répéter vous pouvez tout me dire ».

Je peux tout vous dire? Plus tard bel inconnu, plus tard.

« - Ici tout est….c’est calme, les gens sont gentils, il y a beaucoup d’entraide, nous sommes loin des sauvageries de la ville mais…vous devez savoir que la Virginie…enfin si je peux me permettre ce jeu de mot déplacé, ici tout n'est pas blanc. »

« - Bien sûr…le racisme. Le lynchage de la communauté noire est resté la marque de fabrique du sud. »

« - En tant qu’européenne…oui je ne me sens pas américaine car ce n’est pas l’image que j’avais de ce grand pays, eh bien en tant qu’européenne je ne peux avoir la même conception politique et sociale des choses mais…je n’ai pas mon mot à dire. C’est bien dommage. Oui mon rêve américain est loin derrière moi… ».

Le voilà à nouveau ce silence où doucement je sens s’entrelacer dans des palpitations incongrues chaque veine de mon corps, où je sens mon sang battre à mes tempes et où je sais que ces silences si profonds, si magiques, ne reviendront plus jamais car ils étaient uniques et associés à ce moment si indescriptible que peut être une rencontre entre deux âmes perdues. Il reprit la parole le premier et dit cette phrase peut être bête, ou peut être pas, que je me promis à retenir à tout jamais.

« - Lorsque je suis seul sur la route. J’écris beaucoup de choses…pour mes articles mais aussi pour mes archives personnelles, c’est une sorte d’exutoire pour moi, cela me permet de me vider de toute émotion. Un jour j’ai noté ceci: les vieux rêves sont de bons rêves, je ne les ai peut être pas réalisé, mais je suis heureux de les avoir imaginé. Je ne sais pas si cela veut dire beaucoup de chose, mais je savais qu‘un jour elle me servirait! »»

Il l’avait dit sa phrase. Et ce fut comme un électrochoc pour moi.

« - Voulez vous rester dîner? »

Il parut surpris, comme si ma demande était incongrue.

« - Je vais manger seule et je sais qu’en ville vous ne trouverez pas grand chose pour vous restaurer. »

Mes mains tremblaient sur mes jambes en attendant la réponse.

« - Ce serait un plaisir, cela fait des années que je n’ai plus mangé de cuisine maison. J’accepte cette invitation ».

Il acceptait mon invitation. Il acceptait.
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MessageSujet: Re: [ Un chant venu d'ailleurs]   Dim 4 Mar - 2:49

Je regagnais ma chambre alors qu’il m’avait demandé s’il pouvait user du point à eau à l’extérieur. A pas de loup, alors que bien sûr personne ne pouvait m’entendre, je marchais sur le parquet, me déplaçant avec lenteur jusqu’à me poster près de la fenêtre afin de…. Oui afin de l’observer. Il venait de défaire un à un les boutons de sa chemise dans le but de se rafraîchir et d’enlever les taches de boue qui suintaient sur son corps. Alors qu’en rentrant, la première chose que j’avais fait c’était de me laver et de me changer, je n’avais pas pensé à lui demander s’il voulait aussi se débarrasser de l’horrible mélange de poussière aride et boue séchée de la Virginie. Je n’avais pensé à rien à ce moment là d’ailleurs. Je détournais mon regard de la fenêtre, rougissant malgré moi et marmonnant des phrases dénuées de sens comme « je ne peux pas faire ça…c’est impossible…je suis lamentable… ». Pourtant mon regard se porta sur le torse de William Mulder. Son torse. L’eau ruisselait sur un torse musclé et à peine hâlé, sculptant aux rayons du soleil des pectoraux et des abdominaux que mon esprit de jeune femme n’aurait pu imaginer dans les pires de ses fantasmes. Du haut du deuxième étage, ma fenêtre plongeait directement sur le socle de la pompe à eau, là où il se trouvait. Sa chemise gisait déjà au sol avec son maillot de corps et des pensées absolument délicieuses venaient envahir mon esprit bien trop inhibé par le catholicisme. Ses cheveux en bataille furent bientôt plaqués par l’eau qui jaillissait en cascades et à grands coups de savons et de jets, il finit par être aussi frais et magnifique qu’à son arrivée. Je le vis se diriger vers sa camionnette où il sortit un pantalon, un maillot et une chemise propre. Je ne pouvais continuer à regarder. Je peux dire aujourd’hui que ce jour là je me fis violence pour ne pas fondre près de la fenêtre devant tant de beauté, tant de sensualité: son corps, du moins ce que j’avais vu de son corps semblait sortir tout droit d’un atelier où un sculpteur l’aurait façonné de ses propres mains. Des légers frissons parcoururent ma colonne vertébrale et me ressaisissant je m’obligeais à penser à une seule personne: Richard. Devant mon grand miroir, je me contemplais à la recherche d’une réponse: étais je une belle femme? Chassant ces divagations, je me permis une fantaisie qui était bien trop rare: mettre des boucles d’oreilles. Richard détestait cela, mais il n’était pas là alors je pouvais le faire sans crainte. Je regagnais l’étage inférieur en pensant à mille et une choses, plus diverses les unes que les autres. Un courant d’air parcourait la cuisine et je remerciais le vent de s’être levé en cette fin d’après midi. William attendait devant la porte, il avait dû se changer quelque part derrière, en tout cas il était à nouveau ce parfait journaliste New Yorkais et je me rendais compte encore une fois combien je détonnais à ses cotés: une paysanne pure et dure, voilà ce que j’étais. Je le fis entrer et en profiter pour ouvrir portes et fenêtres en grand afin de rafraîchir au mieux cette pièce qui était toujours inondée de soleil.

« - Bien pendant que je prépare le repas vous pouvez…je ne sais pas en tout cas ne vous sentez pas obligé de rester dans cette pièce affreusement surchauffée. »

« - Puis je vous aider? »

« - A? Quoi? Pardon? »

« - Eh bien à cuisiner. Les hommes cuisinent, on est parfois obligé lorsque l’on vit seul. »

« - Les hommes par ici ne cuisinent pas, croyez moi. C’est d’accord, une aide si gentiment proposée ne peut être refusée! »


Il prit place à mes cotés et je lui montrai le tas de légumes à éplucher. Consciencieusement il écouta mes conseils et mes directives et se mit à éplucher avec soin mais lenteur: ses gestes restaient empruntés et gauches et j’avais envie de rire tant il mettait de bon cœur à vouloir s’appliquer. Alors que je passais mes mains sous l’eau de l’évier, il voulut attraper le torchon qui était sur ma droite: sans pouvoir esquiver quoique ce soit, il se pencha pour l’attraper me frôlant sans aucune gêne. Nouveau choc. Je n’avais ressenti cela une seule fois dans ma vie et c’était bien des années en arrière. Il se replaça et tout en s’essuyant les mains, il me regarda avec un sourire charmant.

« - Cela vous dit une bière? J’en ai dans ma voiture. »

« - Je…enfin…si vous en voulez une allez y, je ne suis pas sûre de vouloir boire. »

« - Je me félicite pour cette diversion: je vais chercher une bière et j’évite ainsi la corvée épluchage! »


Je ne pus me retenir de rire: il était si sincère, si…lui? Il ouvrit la porte arrière et mes muscles se crispèrent: elle allait claquer, tout comme Richard la claquait inlassablement et violemment depuis des années. Mais il ne se passa rien: il garda la poignée en main, et poussa en douceur et avec civilité la porte. Elle ne claqua pas. Mon dos se décontracta et le couteau que je tenais fermement en mains fut relâché lentement et je me souviens avoir murmurer à cet instant « comme c’est gentil »…c’était un geste banal pour certain mais mon mariage était basé sur des portes qui ne cessaient et qui ne cesseraient de claquer, alors cet instant je ne pouvais omettre de le raconter tel quel, tel que je l’ai vécu, tel que je l’ai aimé….ce simple moment d’infini douceur, celui d’une porte qui se referme doucement.
Il revint avec quelques bières et une bouteille de vin.

« - J’ai pensé qu’une bouteille de vin français ferait plaisir à mon hôtesse européenne. »

« - Quel délicate attention! Ce n’était pas obligé, vous êtes mon invité et…ce n’était réellement pas la peine mais…merci. »



La nuit était déjà bien tombée et mes éclats de rire devaient s’entendre jusqu’aux confins de la Virginie.

« - Vous imaginez Dana? Me voilà dans ce lieu sordide, avec mon calepin, mon appareil photos et cet homme qui…qui attend … »

« - Oh mon dieu mais vous rougissez! »


Je hurlais de rire, je n’en pouvais plus.

« - Alors? Après qu’il ait enlevé sa perruque vous avez fait quoi? »

« - Je me suis sauvé en promettant d’étriper mes collègues dès le lendemain »

« - Mais quel horrible bizutage pour le jeune journaliste que vous étiez! C’est terrible mais….c’est risible à souhait! Vous savez vous devriez écrire tout ça….pour vos mémoires ou vos chroniques. »

« - Je consigne certaines de mes histoires…mais depuis longtemps j’ai perdu le coup de crayon disons plus littéraire que j’avais dans ma prime jeunesse…j’écrivais des petites histoires, des nouvelles de science fiction mais le jour où…enfin…un événement a coupé à tout jamais cet amour des lettres à l’état pur, ma plume n’a plus voulu jamais écrire de la même façon, je ne sais plus qu’écrire de façon objective, comme un journaliste, sans imagination, sans fioritures, sans vie parfois je l’avoue. »

« - Quel événement a bien pu vous détruire de cette façon? Je suis peut être trop curieuse, je dois vous ennuyer avec mes questions… »

« - Dana si vous pensez qu’un homme s’ennuie alors qu’il parle de lui, c’est que vous n’êtes pas beaucoup sortie de chez vous!. »


Il se mordit les lèvres au moment même où il prononça sa phrase: comment ai je fait pour me contrôler? J’avais encore mes couverts près de moi, je pouvais lui planter une fourchette dans l’œil: ce fut l’image que j’eus le soir là et c’était pour moi une douleur assez équivalente à celle qui me faisait à chaque fois qu’il dérapait avec ce genre de commentaire.

« - Je sais que je ne suis qu’une femme au foyer qui vous questionne idiotement. »

« - Vos questions ne sont pas idiotes, au contraire, je suis désolé je ne voulais pas vous blesser. »


Il venait de s’excuser ou avais je eu une hallucination auditive? Un homme s’excuser devant une femme? Je venais de refaire un bond dans mon Italie natale où la femme avait une réelle place dans la société, pas comme ici. Sous me regard surpris mais tout à coup assagit, il reprit son récit.

« - A quinze ans j’ai pris la décision de quitter la petite ville où j’habitais pour aller faire mes études à New York, mes professeurs avaient fondé de grands espoirs sur moi, mes écrits plaisaient et je sentais en moi un génie que je devais instruire. La veille de mon départ ma jeune sœur…Samantha fut renversé par un véhicule alors qu’elle rentrait de l’école. Un drame incomparable, quelque chose en moi est mort en même temps qu’elle. Ce fut la période la plus sombre et la plus douloureuse de toute ma vie. »

« - Je suis désolée…cela doit être horrible de perdre un jeune enfant de son entourage, qui plus est une sœur. »

« - Je présume que la guerre en Europe a du laissé son lot de blessure sur vous, non? »

« - Vous reprendrez bien un peu de tarte au citron? ».


Je l’avais déstabilisé mais il était beaucoup trop tôt pour ouvrir mon cœur.
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MessageSujet: Re: [ Un chant venu d'ailleurs]   Jeu 8 Mar - 17:38

Il reprit en silence de la tarte. Dans ma gêne et ma hâte, je maniais la bouilloire avec une gaucherie exemplaire. Je savais qu’il me regardait mais j’évitais à tout prix de croiser ses yeux noisettes si brillants. Je buvais ma tisane à petites gorgées, perdue dans un monde aussi brûlant que le liquide ambrée de ma tasse.

« - Dana…vous n’avez pas aimé le vin? Vous avez à peine touché à votre verre et maintenant vous buvez un thé…en plein été. »

« - Je suis désolée je ne bois pas beaucoup d’alcool et…enfin j’évite de boire du vin en ce moment. »

« - Vous semblez contrariée, je ne voulais pas me montrer curieux avant mais comme vous m’aviez posé ces questions, je pensais pouvoir en faire de même. »

« - Il y a des parcelles de ma vie qu’il vaut mieux laisser en friche, ma vie en Europe durant la guerre fait partie de ces terrains vagues que je refuse de toucher pour la simple et bonne raison que certains souvenirs sont encore à vif. »


« - Je comprends tout à fait. »

On se regardait. On se dévorait du regard. Mes yeux se posèrent sur son cou alors qu’il tournait la tête pour regarder par la fenêtre. Une plaie d’un rouge vif suintait et je ne l’avais même pas vu auparavant…peut être bien trop occupée à scruter les moindres rides et expressions de son visage de dieu.

« - William? Qu’avez vous fait à votre cou? »

« - Oh ce n’est rien…c’est même très bête…j’ai du me faire ça dans le marécage lorsque nous sommes passés entre tous ces arbres et ces feuillages si dense. »

« - Ce n’est rien sauf que c’est en train de s’affecter. Suivez moi. »



J’étais déjà debout et je l’invitais à me suivre à la salle de bain. A l’étage. Je venais de violer de plein fouet le sanctuaire de Richard. Je le revois encore derrière moi, partagé entre la surprise et l’impatience. En passant devant ma chambre à coucher, je fermais la porte comme pour enfermer des souvenirs que je ne voulais voir et je continuais à marcher, un peu comme étrangère à ces lieux. Je lui montrais le tabouret près de la baignoire, l’incitant à prendre place. Me hissant sur la pointe des pieds, j’ouvrais notre immense armoire à pharmacie. Derrière moi, je l’entendis pousser un cri d’étonnement et de stupeur.

« - Mon dieu mais que faites vous avec tout ça? Vous soignez tous les malades de la région? »

« - Je…j’ai eu une leucémie il y a quelques mois, le traitement a été radical et très fort mais il comprenait une prise de médicaments très importante, d’où l’abondance de soins dans cette armoire. Puis mon…ancien métier m’a laissé du matériel en surplus. »

« - Je suis désolé pour votre leucémie…et vous étiez infirmière? »

« - Médecin. »

« - Médecin? »



1953. Nous étions en 1953 et les hommes n’étaient toujours pas au courant que les femmes pouvaient être autre chose que mère au foyer ou institutrice.

« - Oui docteur en médecine, mais je n’ai jamais pu exercer en tant que tel….lorsque j’ai décroché mon diplôme, la guerre a éclaté et ce n’était pas le moment pour moi de faire une sorte de révolution sur la condition féminine, alors j’ai été prise comme infirmière, il en fallait tellement dans les hôpitaux, les blessés nous arrivaient en masse incroyable sans compter tous les civils…vous savez le fascisme italien a arrivé à affaiblir la population… »

« - Et pourquoi vous n’ouvrez pas votre cabinet ici? »

« - Ici? Dans la partie la plus conservatrice du pays? Où mon sang italien fait encore de moi une exclue? Autant courir nue en plein centre ville! »


Bien sûr le rire est une thérapie et une forme d’éloignement à tout ce qui nous touche, mais dans éclat de rire frais comme l’eau claire du ruisseau, il avait bien perçu la pointe d’amertume qui me remplissait de nostalgie.

« - Et puis de toute façon Richard ne veut pas que je travaille, il déteste ça, il m’a connut à Naples, il sait que je suis capable de faire des choses…disons des choses qui ne sont pas toujours en accord avec l’œuvre et le message de Dieu. Et il y a la ferme, j’ai déjà bien assez de travail ici. »

Tout en continuant à parler, je désinfectais la plaie avec douceur, retrouvant les gestes d’autrefois, ces gestes que je chérissais plus que tout au monde. Être capable de faire du bien aux autres, de calmer leurs douleurs, de leur sauver la vie avait été ma seule motivation durant la guerre.

« - Si je vous fais mal, dites le moi. »

« - C’est parfait, il n’y a rien de désagréable dans ce que vous êtes en train de me faire. »


Pencher vers lui, oui là tout contre lui je pansais l’éraflure un rien profonde avec autant de patience qu’une jeune mère donnant le sein à son enfant. Un délicieux parfum émanait de lui et m’envoûtait avec ardeur. Je me mis à ranger les différentes affaires et je le vis, debout derrière moi, mon reflet dans le miroir et son reflet, deux êtres, deux images qui se superposaient et se fondaient dans une valse sublime.

« - Merci Dana ».

Un simple merci qui fit chavirer mon cœur, jamais Richard ne me remerciait pour quoique ce soit, c’était à moi en permanence de montrer ma gratitude.

« - La nuit semble sublime William, une promenade au clair de lune vous tente t’elle? »

« - J’allais vous le proposer. »


Dans notre jardin les fleurs embaumaient l’air de leurs senteurs enivrants, je flânais le nez en l’air, sentant la présence rassurante de cet homme, de ce Mulder. Nous parlions de tout et de rien, jamais je n’aurai voulu que se finisse cette nuit si singulière. Pourtant nous fumes bientôt près de sa camionnette il était tard, il devait regagner sa chambre d‘hôtel. Je lui posais une certaine question anodine dans le fond.

« - La solitude ne vous fait pas peur William? Vous voyagez en permanence, mais vous n’avez pas de véritable point de chute…ce n’est pas difficile? »

« - Je ne suis pas seul, je rencontre des personnes formidables lors de mes voyages, à New York j’ai beaucoup d’amis…ce n’est pas parce que je n’ai pas de famille que je suis u marginal pour autant, c’est juste que je ne crois pas en cette idée de la famille américaine parfaite, avec femme, enfants et Cadillac dans la cour. Et puis regardez vous Dana…vous semblez beaucoup plus seule que moi. »

« - Pardon? C’est faux j’ai…Richard. »

« - Voulez vous divorcer? »

« - Ai je bien entendu? Comment pouvez vous me demander une chose pareille? Jamais je n’ai parlé d’en telle aberration. Mais c‘est peut être ma pauvre condition de fermière simple d‘esprit qui vous fait penser que….»

« - C’est vous qui peignait votre vie de façon aussi pessimiste et noire…j’ai peut être mal compris, veuillez m’excuser. Eh bien c’est le moment pour moi de vous remercier pour ce délicieux repas. »

« - Je me suis emportée William je ne voulais pas… »

« - N’en parlons plus, je dois y aller. Il est préférable pour moi d’aller au marécage seul demain matin. Merci pour tout. »

« - Vous n’allez pas retrouver votre chemin, ce n’est pas pour une petite altercation de rien de tout que nous allons.. »

« - Bonsoir Dana. Au fait, vous êtes loin d’être une femme simple.
»


Le véhicule s’éloigna dans la nuit, me laissant seule, encore.
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MessageSujet: Re: [ Un chant venu d'ailleurs]   Dim 11 Mar - 1:18

La solitude pesait sur mes épaules comme le plus lourd de tous les fardeaux, pourtant je me sentais libre, libre d’agir comme bon me l’entendait, je pouvais partir, rester, vivre ou mourir sans que Richard ou un parfait inconnu m’arrête en pleine action pour me dire quoique ce soit. Oui ce soir là j’étais la femme la plus libre mais la plus malheureuse du monde. William Mulder. Je m’habituais déjà au fait que plus jamais je ne le reverrai, plus jamais il ne me frôlerai innocemment, plus jamais il remplirait un verre de vin devant moi, plus jamais je ne le verrai prendre des notes, parlant avec emphase de cette orchidée, plus jamais je ne poserai mes yeux sur lui, lui l’inconnu désiré, lui, curieux, passionné, franc et absolument magnifique. Plus jamais.
J’accueillais avec plaisir une douche glacée qui décida d’emporter avec elle et ses flots d’eau mes derniers désirs. M’installant à l’extérieur , sur la balancelle du porche, je lisais les poésies qui avaient rythmées ma jeunesse. Emily Dickinson. Une femme qui traitait de sujet divers avec une distance et une ironie que je ne pouvais avoir. Le recueil était vieux et parsemé de taches d’encre, des fleurs séchées étaient éparpillées ça et là entre les pages, conférant à ce livre plus de souvenirs que je ne l’aurai voulu. La chaleur était encore écrasante bien que la nuit se fut installée depuis des heures, les rayons d’aciers de la lune paraissait gris et froid, pourtant c’était bel et bien la moiteur qui nous entourait tous dans cette région si désertique. Tel un miracle, comme si Dieu avait voulu répondre à une de mes prières, un coup de vent souleva encore et encore des nuages de poussière, puis les arbres commencèrent à se mouvoir dans un bal quasi silencieux. J’étais seule. Mue par je ne sais quelle envie, je me levais et sentais en moi une satisfaction délicieuse: le vent s’engouffrait dans mon peignoir et j’appréciais ce rafraîchissement divin. Jetant un coup d’œil inutile, je vérifiais que personne n’était là puis me sentant étrangère à mon être, j’ouvrais mon peignoir face à ces légères bourrasques de vent, offrant mon corps à la nuit étoilée, à la nature verdoyante et aux chants des feuillages secoués avec force. Quel sentiment étrange que celui de la nudité affirmée et dévoilée. Ceci ne dura que quelques secondes, un moustique se posant sur mon bras vint gâcher cet instant magique. Je refermais mon peignoir, rougissant tout d’un coup de cette situation, mais je rougissais comme une enfant venant de fauter devant ses parents, je rougissais peut être de plaisir, je rougissais tout simplement comme la jeune femme que j’étais. Je reprenais mon livre, récitant quelques morceaux de poèmes que je vénérais, et je regagnais ma chambre. J’allumais ma radio afin de mettre la station de musique classique. Je me laissais envoûter par la violence inouïe des notes et bercée par des accords inconnus, je me mettais devant mon miroir, appliquant ma crème et une lotion apaisante sur la piqûre faite l’instant d’avant. Je ne pus m’empêcher de regarder ce corps qui était le mien: ma main glissa de ma poitrine jusqu’à mon ventre lisse, du moins lisse pour l’instant et j’eus un choc. J’étais encore jeune. Et désirable. Je n’avais rien de moins qu’une autre femme. Rien de moins.

Je ne pourrai expliquer ce qui me poussa cette nuit là. Enfilant une robe en toute hâte, je me précipitais à l’extérieur et montant dans notre voiture, je pris une décision, peut être folle, peut être insensée mais je n’avais que quelque jours pour le faire. Je parcourais les cinq kilomètres qui me séparaient du centre ville avec rapidité, ne rencontrant personne à cette heure tardive. Arrivée au seul hôtel de la ville, je tentais de me donner bonne conscience, si conscience j’avais. Je me présentais à la réception vétuste où je reconnus de suite un ami de Richard. Un mensonge, il me fallait un mensonge.

« - Oh Dana! Bonsoir! Mais que fais tu là à cette heure ci? Richard va bien? Toi aussi? »

« - Bonsoir Gary, ne t’inquiètes, tout le monde va bien. Je ne savais pas que tu remplaçais Charles à la réception. »

« - Bah Charles est malade, alors je peux bien faire ça pour lui. Je peux t’aider en quelque chose? »

« - J’aurai besoin que tu me dises quelle est la chambre d’un de ces Yankees de passage…un satané journaliste est encore venu se perdre du côté de notre ferme, et comme d’habitude j’ai dû jouer le rôle de la bonne samaritaine pour lui indiquer le chemin de ton hôtel…sauf qu’il a oublié de me rendre notre vieux plan et…comme Richard doit partir tôt demain matin pour le congrès et comme il a dû se coucher pour emmagasiner le plus d’heure de sommeil avant de se mettre en route eh bien je me suis proposée pour venir récupérer notre plan… »



Mon mensonge ne tenait pas debout, je sentais des suées me couler le long du dos mais j’avais mal jugé la naïveté nationale de notre cher pays.

« - Dana ta gentillesse te perdra, j’ai déjà dit à Richard de ne pas se décharger sur toi, il faut qu’il arrête de te donner autant de choses à faire. Tu sais que peu de femmes feraient ce que tu fais pour ton mari? Partir comme ça en pleine nuit. Il a de la chance de t’avoir, crois moi. Il est dans la chambre 18 le gringo de New York, un vrai touriste, lorsqu’il est arrivé plus tôt, il semblait complètement déstabilisé et aussi perdu que si la plus jolie fille du conté lui avait annoncé qu’en fait elle voulait se marier avec un autre! »

« - Merci pour tout ça Gary…par contre tout ce que tu m’as dit, ne le dis pas à Richard, je compte sur toi. »

« - Ne t’inquiètes pas pour ça, Richard ne vient plus me voir depuis le jour où je lui ai dit qu’un jour sa femme se sauverait tant il est rude! Bonne nuit et fais attention à toi sur la route. »

« - Merci. »


Je sortais afin de regagner ma voiture: j’y attrapais le mot que j’avais écris avant de partir puis, longeant les différentes chambres extérieures, je cherchais le numéro 18. Aucune lumière ne filtrait de sous la porte et la fenêtre ouverte ne laissait entrevoir que l’obscurité la plus profonde. Silencieusement je glissais le mot sous la porte et me sauvais aussi vite que possible.

Revenue chez moi je me couchais, mélangée entre excitation et désappointement, me demandant ce que le lendemain allait me réserver.
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MessageSujet: Re: [ Un chant venu d'ailleurs]   Dim 11 Mar - 16:45

Il ne devait être que sept heures du matin lorsque je m’éveillais, le lit déjà bordé de magnifiques rayons du soleil. Pas de nausées. Pas de maux de ventre ou de tête, pas de vertige. Quelle sublime journée s’offrait alors à moi. En toute hâte j’effectuais divers travaux ménagers, mon esprit occupait à bien trop de choses. A neuf heures je délaissais notre ferme et partais à cheval rejoindre la grande route. La chaleur était déjà présente, ravageant ma peau déjà bien trop hâlée. Je galopais encore et encore, savourant le délicieux courant d’air qui m’entourait comme un halo bienfaisant. A la lisière de la forêt, je le vis. Cela ne pouvait être que lui. Avait il lu mon mot? L’avait il jeté, froissé, oublié? Je fis ralentir mon cheval et je m'arrêtais à sa hauteur. Il ne prononça pas un mot. Et moi non plus. D’un geste décidé, je lui tendis la main droite. Il effleura mes doigts puis attrapa enfin ma main. Avec une souplesse divine, il suivit l’impulsion de mon bras et monta derrière moi.

« - Bonjour Dana ».

Il souffla ces deux mots à mon oreille et je crus défaillir.

« - Je ne pensais pas que vous voudriez me revoir … »

« - Vous aviez mal pensé alors…merci pour ce charmant mot glissé sous ma porte… »


Je sentais le long de ma colonne vertébrale des picotements de plus en plus violent. Je remis le cheval au trot puis au galop. Je remercie Dieu qu’à cet instant je fus bien accrochée aux rênes: afin de ne pas glisser William venait de passer ses bras autour de ma taille, ses mains reposant sur mon ventre. Rien ne se passait comme dans la réalité, je vivais un rêve éveillé. Une main tenant les rênes et l’autre reposant sur les mains de Mulder, je nous guidais à travers la forêt puis les marécages. Il faisait une chaleur terrible mais nos deux corps presque enlacés ne semblaient pas se formaliser de cet état caniculaire, aucun de nous deux aurait brisé cet étreinte dissimulée. Il nous fallut une bonne heure avant d’atteindre le cœur du marécage, là où le soleil pénétrait en permanence à travers les feuillages denses. Assise sur la même butte que la première fois, je le regardais écrire, pensant moi même à cette envie fulgurante qui m’avait toujours dévoré, celle de coucher sur le papier tous les mots et toutes les histoires qui vivaient en moi. Intriguée par le bruit, je sortis aussitôt de ma rêverie: immergé jusqu’à la taille, Mulder avançait dans l’eau boueuse, soulevant les plantes qui bordaient les contours du marécage, cherchant sûrement la fameuse fleur. Nous restâmes ainsi plus de cinq heures, lui fouillant sans relâche, moi rêvassant avec sagesse. Dépité, il s’effondra à mes côtés assis en tailleur, en sueur et plein de boue.

« - Je ne comprends pas…elle devrait être là…c’est l’endroit idéal. »

« - Êtes vous sûr? N’y a t’il pas d’autres endroits où elle pourrait pousser? Peut être dans un lieu encore plus ensoleillé ou au contraire plus ombragé? »

« - Je ne sais pas…je ne sais plus. »

« - Nous pouvons toujours revenir demain et chercher plus loin dans les marécages, ici nous sommes au cœur mais si on avance encore, il existe un marécage encore plus baigné de soleil mais… »

« - Mais? »

« - Il est réputé dangereux, je n’y ai jamais mis les pieds, à ce qu’il paraît il est très profond, on peut y rester coincé, il y a des endroits où l’on peut passer à pieds puis tout d’un coup tout est profond et on s’y enlise…la légende veut que des dizaines et des dizaines de personnes soient mortes là bas…enfin ce ne sont que des racontars des gens du coin mais par prudence je n’ai jamais testé ma bravoure. »

« - De toute façon je cherche cette fleur depuis tellement de temps que je ne suis plus à un échec près. Ce n’est pas grave. Rentrons, vous devez avoir des occupations à remplir, je prends tout votre temps. »


Il paraissait sincèrement désolé et il me fit de la peine: cette fleur le préoccupait et comme toute passion et comme tout rêve, il voulait atteindre ce but si précieux et si sublime. Je le comprenais et je me prenais d’une affection toute particulière pour lui: il y avait en cet homme un souffle de vie hallucinant, et petit à petit, il me donnait des forces, mais cela je ne le savais pas encore.
Nous rentrâmes dans un silence charmant, cette fois ci je lui laissé les rênes, j’étais fatiguée même si j’avais prétexté que j’avais envie de lui laisser le cheval pour qu’il puisse profiter lui aussi de cette sensation incroyable. Je passais mes bras fins autour de sa taille, sentant sous son t-shirt saillir les abdominaux que j’avais eu tout à loisir d’observer la veille. Nous étions en train de longer la grande route lorsque des amis à Richard nous firent des signes de la main, marmonnant un bonjour peu sympathique. En les voyant au loin j’avais eu le réflexe de me détacher de William, laissant entre lui et moi une place considérable, comme si à son contact j’aurai pu attraper une quelconque maladie. Encore aujourd’hui je me souviens de leurs regards suspicieux: ils jetaient sur moi le doute et le blâme, mais dans le tourbillon de ces jours, je ne pus leur accorder le moindre instant, ne pensant pas qu’ils étaient en train de me juger.
Arrivés chez moi, je lui proposais de le reconduire en voiture en ville, mais il refusa, conscient que la scène de rencontre quelques minutes plus tôt avait laissé une trace, certes infime, de panique en moi. Il m’assura qu’il voulait marcher et profiter du grand air et qu’il prendrait le temps de mettre en forme son article tout en savourant le plaisir de flâner le long des routes. Alors qu’il s’éloignait, me remerciant encore pour la matinée, je m’élançais à sa rencontre, ne pouvait le laisser partir.

« - William, attendez! »

« - Oui? »

« - Restez…je vais nous préparer un bon dîner pour ce soir, vous pouvez profiter du calme de la ferme pour travailler cette après midi, je vous laisserai tranquille…. »

« - Dana je n’ai pas d’affaire de rechange, je suis couvert de boue et… »

« - Utilisez ma salle de bain et je peux toujours vous prêter quelques affaires de Richard…il est aussi grand que vous. »

« - Les gens…vont jaser. Je ne veux pas vous causer d’ennuis. »


Des larmes naissaient aux coins de mes yeux, j’étais désarmée, je ne savais pourquoi, mais je ne voulais pas qu’il parte, de lui je ne savais presque rien mais au fond de moi j’étais certaine que nous nous connaissions depuis toujours. Son visage changea lorsqu’il vit mes larmes couler.

« - William…je m’en fiche de ce que pense les gens…restez, je vous en prie. C'est juste..un dîner.»

Il accepta. Il accepta. Mon être hurlait de joie. Il restait auprès de moi, pour quelques heures encore.
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MessageSujet: Re: [ Un chant venu d'ailleurs]   Jeu 22 Mar - 2:19

Il venait d’accepter mon invitation. Je me contenais, affichant un de ses sourires mystérieux qui veulent dire à la fois « mais quel plaisir de vous recevoir à ma table » mais aussi « mon dieu puis je me retenir de vous embrasser et de mettre à nu votre âme si charismatique? », oh oui dans ce sourire énigmatique regorgeait mille et une pensées les plus improbables les unes que les autres et je savais que dans mes yeux se noyaient des étoiles brillantes et splendides, oui je sentais au plus profond de mon être cette petite voix, cette musique magique qui me chantait, ou plutôt me susurrait ce leitmotiv surprenant et captivant qu’était celui du coup de foudre, ou du coup de cœur, à l’époque je n’avais pas les mots pour décrire ce que je pouvais ressentir. Il semblait tout aussi heureux que moi, peut être même surpris de ma propre joie et de ma demande si désespérée et si inattendue. Avec une légère gêne qui passa bien vite, il me demanda s’il pouvait utiliser ma salle de bain.
Alors que je lui indiquais la salle d’eau, j’allais chercher dans ma chambre des affaires à Richard que je pourrai lui prêter, mon choix s’arrêta sur une chemise et un simple pantalon, mon époux n’étant pas un modèle de beauté, préférant les bottes et les bretelles, plutôt que les souliers cirés et les belles cravates. Je lui tendais les vêtements et le rassurait une dernière fois, lui disant que cela me dérangeait vraiment pas. Après un dernier regard entendu, je regagnais le rez de chaussée, lui laissant toute l’intimité qu’il désirait. J’étais moi même encore recouverte de boue, mon corsage d’un blanc virginal parsemé de taches de boue séchée depuis des heures. Une violente douleur me secoua de la tête aux pieds mais je n’y prêtais point attention: j’étais debout depuis longtemps et je n’avais rien manger depuis notre expédition, de plus le soleil ne cessait de cogner avec violence sur les terres et les toits, rendant les hommes et les animaux encore plus fatigués et déshydratés. Les animaux. Je les avais oublié. M’armant de courage, je remplissais les grands seaux grâce à la pompe dans notre jardin et je versais avec douceur et délicatesse le précieux liquide dans les écuelles et autres récipients, soulageant la soif qui les habitait. Les seaux étaient lourds et bientôt de lourdes gouttes de sueur se mirent à perler mon front, tandis que mon dos se transformait en rivière indomptable. Je maudissais intérieurement Richard qui, en plus de ne pas donner de nouvelles, m’avait laissé cette ferme sur les bras, sachant pertinemment que je ne serai pas apte à la tenir toute seule. Ce n’était d’ailleurs peut être qu’un vulgaire piège pour voir si je pourrai me débrouiller sans lui. Mon dieu Richard étais tu si perfide que cela ou la venue de ce William Mulder avait elle changé mes propres convictions? En Terre sainte, je n’étais qu’une prophète de la paix, mais ici, loin de mon mari, n’étais je pas une bombe en plein Jérusalem? Je finissais de m’occuper des bêtes et décidais de terminer de retourner la terre dans mon potager mais il me fallait mon chapeau, sans quoi je finirai pas succomber aux rayons meurtriers de l’astre brûlant. Je montais à pas de loup les marches, j’attrapais mon chapeau resté sur mon lit et lorsque je passais devant la salle de bain je ne pus me contenir, il fallait que je regarde, que je sache. Quoi? Je n’en savais rien. La porte était restée telle que j’avais laissé, c’est à dire entrouverte. Le rideau de douche était tiré mais sa grande taille et sa carrure laissait voir le haut de son dos: l’eau dégringolait le long de ses omoplates, ses mains frottèrent ses cheveux toujours en bataille et je crus me liquéfier jusqu’à former moi même plus qu’une goutte d’eau glacée. Ou brûlante.
Ses affaires sales jonchaient au sol et avec discrétion je rentrais, le bruit en cascade de l’eau couvrant ma respiration que je qualifiais de bien trop forte pour la petite personne que j’étais. Je redescendais aussi vite que j’étais montée et je ne pus m’empêcher de plonger mon visage dans sa chemise et je respirais comme un noyé qui retrouver l’air libre son odeur si masculine et si attirante, gardant au fond de moi une trace à tout jamais de ces senteurs et de ces notes qui lui appartenaient, un mélange de musc et d’herbe coupée. Je repasserai ses affaires plus tard dans la soirée, ainsi demain je pourrai les lui rendre aussi fraîches que lorsque je l’avais rejoint ce matin. Après avoir mis en route la machine à laver( Richard avec fierté me l’avait offert, car elle était de marque européenne, bien sûr pour lui c’était une révolution mais pour moi qu’était ce à part un autre instrument permettant d’enchaîner encore plus solidement les femmes à leur foyer?), je regagnais le jardin, me laissant envahir par les odeurs de romarin et les effluves de roses et de jacinthes.
Je ne sais combien de temps s’était écoulé, mais lorsqu’il réapparut dans mon champ de vision, je n’étais plus en sueur, mais bel et bien trempée, le soleil de 14 heures avait eu raison de moi et je sais que je ne devais plus rassembler à grand chose, debout dans le terreau, mes vêtements tachés et mes cheveux complètement défaits sous le grand chapeau de paille. Il vint jusqu’à moi et me remercia pour cette douche bienfaitrice pour les affaires qui lui convenait tout à fait et surtout pour avoir veillé à prendre ses affaires sales, chose que je ne n’aurai pas dû faire d’après lui car ce n’était pas mission. Il était attentionné et prévenant, cela faisait tellement longtemps qu’un être humain ne s’était plus soucié de moi de la sorte. Carnet et livres à la main, il était prêt à travailler mais d’abord il me demanda si j’avais besoin d’une main masculine pour les travaux de la ferme. Je me souviens de mes attitudes niaises à son égard, j’étais tellement étonnée de découvrir une personne aussi gentille que j’en perdais l’usage de la parole. A mon tour je le remerciais, lui assurant que je m’en sortais très bien toute seule. J’avais des choses à faire et lui aussi, j’avais besoin de ma liberté, celle de m’enraciner dans cette nature parfaite qu’était notre jardin, il ne devait donc intervenir à aucun moment. Je lui montrais le salon extérieur, un ensemble de fauteuils ainsi qu’une table en fer forgé blanc que j’avais expressément fait venir d’Italie afin d’égayer encore plus ce lieu de verdure magnifique. J’avais bien sûr déplié le grand parasol pour qu’il puisse jouir de la beauté du temps tout en ne souffrant pas du soleil. Sur la table j’avais déposé du thé frais et quelques sandwichs. Lorsqu’il vit ceci, les plantes, les fauteuils, le thé, et le reste, il se retourna vers moi et je sus à cet instant que j’avais touché une corde sensible, peut être un besoin non pas d’être materné, mais seulement d’être la proie d’une attention polie. Il se retourna et revint sur ses pas et lorsqu’il se posta face à moi, je restais bouche bée, autant pour son geste que pour l’expression qui illuminait son visage. Avec lenteur, tel un gentleman, il prit ma main droite et y déposa un furtif et pourtant très sensuel baiser. Je suis certaine que mes joues prirent la teinte de mes cheveux tant je me mis à rougir comme une enfant.

« - Dana….puis je vous appeler Dana? »

« - Bien sûr que vous le pouvez. »

« - Vous n’avez pas à faire tout ça…je me sens horriblement gêné. Je veux dire, vous sacrifiez déjà vos matinées à mes recherches infructueuses et en plus vous m’ouvrez les portes de votre demeure où je suis choyé comme un roi. Cela fait tellement longtemps que…enfin bref merci pour tout ça. »

« - Je le fais parce que j’en ai envie, en ville vous seriez moins bien et comme je vous l’ai déjà dit, nous sommes seuls alors autant partager nos goûts communs autour d’un bon repas…enfin j’espère que ma cuisine est bonne. »

« - Je suis encore vivant, donc c’est que ça va! »


Oui nos éclats de rires se mélangèrent avant de sceller dans un silence pieux un accord saint, celui de vivre pleinement les prochaines minutes et heures car tous deux nous sentions que ce qui se passait n’était pas normal. Agenouillée à même la terre, je m’occupais de mes légumes, soignant ceux qui avaient survécu à la sécheresse et à l’aridité, arrachant et jetant ceux qui n’avaient pu grandir correctement. De temps à temps je jetais un coup d’œil à William, que je trouvais perdu en pleine réflexion ou plongé dans un de ses livres.
Le soleil avait changé maintes fois de place lorsque je me relevais avec difficulté. Je me mis à me blâmer et à prendre peur: je n’avais rien bu et manger depuis des heures, j’étais restée courbée sous le soleil durant de bonnes heures et je mourais de fatigue. Pieds nus dans l’herbe épaisse, mon chapeau à la main, je fis quelque pas avant de m’effondrer au sol, me laissant m’enfoncer dans une inertie reposante et dévastatrice.

Le ciel bleu au dessus de moi, le sol vert et doux sous moi et la vie, en moi.
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MessageSujet: Re: [ Un chant venu d'ailleurs]   Jeu 22 Mar - 16:46

Son visage apparut au dessus du mien et bientôt je fus soulevée dans les airs. Je repris mes esprits très vite, sentant une violente douleur au creux de mon ventre.

« - Mr Mulder je peux très bien marcher…reposez moi s’il vous plait. »

« - Mr Mulder? Le choc vous a t’il fait oublié de m’appeler William? »

« - William je peux marcher, je vous assure. »


Il consentit à ma requête et me remettant sur mes pieds, je sentis encore des vagues de vertiges incessants m’envahir. Il s’en fallut de peu pour que je parte m’échoir face contre terre, mais ses bras incroyablement forts m’enserrèrent et il me transporta avec délicatesse jusque sous le porche, m’installant avec précaution sur la balancelle. Je me sentais affreusement honteuse et surtout très bête de ne pas avoir pris soin de moi, bien trop distraite par je ne sais quel sentiment frivole.

« - Dana? Vous allez bien? Vous voulez que j’aille chercher un médecin? »

« - Je vais bien…ce n’est rien…je…il me faudrait juste un verre d’eau s’il vous plait… »


Il me regarda, posa sa main sur mon front brûlant et me quitta, son visage emprunt d’une attitude soucieuse que je trouvais charmante. Il revint avec un verre d’eau fraîche qu’il me tendit, tout en continuant à me scruter comme si j’étais au seuil de la mort.

« - Ce n’est pas votre leucémie? Ce n’est pas une rechute? »

« - Je suis juste fatiguée et sûrement déshydratée… je vais déjà mieux, c’est….rien. Je m’excuse. »

« - Vous vous excusez alors qu je suis assez bête pour vous laisser travailler sans relâche alors que je tente d’écrire un article minable? Maintenant vous allez vous reposer, l’heure du dîner est encore très loin, vous allez vous relaxer, prendre un bon bain et tout à l’heure si vous me laissez utiliser votre cuisine, je nous préparerai une recette dont j’ai le secret. »

« - Vous n’avez pas à faire tout ça William, donnez moi quelques minutes et je suis de nouveau sur pieds! »

« - Vous êtes sacrément têtue pas vrai? »

« - Juste une femme avec beaucoup de caractère. »

« - J’aime ça. »


Des frissons vinrent faire descendre ma température corporelle, il était simplement incroyable. Il m’aida à me relever, s’assura que mes vertiges avaient cessé et lorsqu’il vit que je ramassais avec facilité mon chapeau et que je pouvais à nouveau me déplacer sans risque, il retourna travailler, un sourire radieux illuminant son visage, donnant à sa bouche un air encore plus attractif. Pourquoi étais je en train de cogiter sur sa splendide lèvre inférieure, aussi ronde et charnue qu’un fruit attendant d’être cueillit d’une main douce et délicate? Chassant ces idées comme on chasse un insecte dérangeant, je rentrais avec assurance , montais les escaliers et finissais par m’écrouler dans la salle de bain à même le sol, mes joues rencontrant le carrelage dur et froid. Me tordant de douleur, je tenais mon ventre, un poing dans ma bouche pour m’empêcher de hurler. La souffrance. Je me traînais littéralement jusqu’à ma chambre à coucher, et me mit à fouiller avec frénésie dans ma grande malle. Sous mes lettres et mes livres de médecine, sous ma robe de mariée, sous ma robe de bal que j’avais reçu lors de mon quinzième anniversaire et sous les rubans je la trouvais enfin. Ma bible. A genoux, suant de plus en plus sous cet assaillant invisible qui me causait tant de souffrance, je me mis à prier. Combien de fois en Italie j’avais assisté impuissante aux fausses couches de mes amies ou de mes voisines? Je ne pouvais perdre cet enfant, il était mon miracle. J’enchaînais les pater et les prières à la Vierge Marie lorsqu’une sensation désagréable vint me déranger. Me retournant vivement, le visage inondé de larmes, je le vis, là, près du seuil, paraissant aussi horrifié qu’inquiet et je voulus rentrer sous terre tant ce moment d’intimité et de torture que j’étais en train de vivre était affligeant je le sais pour un regard extérieur. Je restais là, au sol prostrée comme une martyre que l’on vient de condamner à mort et comme une pécheresse que l’on vient de surprendre en pleine faute je restais sans voix, à la fois honteuse et malade, prête à hurler ou à me laisser mourir. Il s’agenouilla à mes côtés, ne prononça aucun mot, posa ses mains sur mes épaules et m’obligea à me rapprocher de lui jusqu’à ce que ma tête, un peu peut être contre mon gré, vint s’échouer sur son torse, là où mes larmes, telles des gouttes de rosée d’une pureté éclatante vinrent se poser, une à une, tantôt avec violence, tantôt avec douceur, et lorsque le fleuve de souffrance se fut tari, il déposa un baiser sur mon front, furtif et volatile, y laissant une empreinte semblable à la légèreté des ailes d’un papillon puis s’en alla, aussi vite qu’il était venu, comprenant que je devais rester seule, sachant pertinemment que je n’étais pas prête à parler. Ce moment ne dura sûrement que quelques minutes mais dans mon imaginaire romanesque, je crus que j’étais restée contre lui durant des heures. Je me relevai, me sentant bizarrement mieux, et lorsque je prix place sur le rebord de la fenêtre, je le vis assis dans un des fauteuils et alors que j’allais me retourner, sa main chassa une unique larme à peine visible de là où j’étais. Il enfuit son visage dans ses mains ,puis ébouriffa ses cheveux déjà si en bataille, avant de reprendre son crayon et de griffonner, avec une facilité merveilleuse, une orchidée fantôme.
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MessageSujet: Re: [ Un chant venu d'ailleurs]   Dim 25 Mar - 5:07

Il se passa quelques minutes avant que je réalise que mes larmes n’étaient plus qu’un mauvais souvenir. Je ne ressentais plus qu’une vague douleur au niveau de mon bas ventre, mais je n’avais pas perdu de sang, mes contractions étaient normales, quoique très violentes. Je tentais de me souvenir de mes cours de médecine, de cet amphithéâtre plein de garçons, de ma solitude durant ces années et surtout de ma fierté d’être la seule jeune femme de la promotion….pourquoi étais je en train de penser à tout cela? Ah oui mes contractions. Un de nos professeurs nous avait parlé des contractions dites « Braxton-Hicks », c’étaient celles que l’on pouvait ressentir à tout stade de la grossesse, de dix à vingt fois par jour. Sauf ce que je venais de vivre devait être plus important, le stress, la déshydratation avaient joué contre moi et j’avais mis en péril la vie de mon enfant, je me blâmais mais en même temps je ressentais d’un coup un grand vide, comme si rien au monde aurait pu plus m’importer que cet été, celui que j’étais en train de vivre à cet instant précis. Je divaguais, je riais et j’angoissais, j’étais fatiguée. Me ressaisissant, j’attrapais un livre dans ma bibliothèque et je rejoignis William à l’ombre du grand parasol et des feuillages odorants. Je m’installais en silence, cherchant encore les mots adéquats. « William excusez moi pour avant, j’étais malheureuse et très mal, j’ai paniqué, j’ai crû faire une fausse couche en pleine campagne loin de tout vrai médecin, loin de tout matériel, oui parce que j’ai dû omettre de vous le dire, entre deux ballades à cheval et quelques gloussements dans le marécage, mais je suis enceinte de Richard, mon mari, qui est loin d’ici et donc pour ne pas vous faire peur je me suis réfugiée dans ma chambre, j’ai attrapé ma Bible et j’ai prié Dieu, non pas que je sois une fidèle croyante, puisque vous n’êtes pas sensé savoir que mon passé est aussi sale et terrible que celui de Satan en personne. Je vous sers encore un peu de thé avant le dîner? » C’était peut être violent comme approche, mais ma propre ironie me fit sourire, j’étais encore capable d’avoir du recul sur les choses. Alors que j’allais entamé une phrase beaucoup plus douce, il posa ses yeux sur moi et me regarda, cherchant sûrement une réponse que j’étais incapable de formuler. Que devais je lui dire à cet inconnu beau comme un Dieu? Je cherchais à tâtons mes propres limites mais j’étais dans un no man’s land terrible où les frontières n’étaient pas présentes, j’étais libre, libre d’aimer, libre de fauter, libre d’être moi même. Mais qui étais je réellement? Une européenne échouée quelque part en Virginie, la copie parfaite de la ménagère des années cinquante, l’épouse tendre et soumise, la future mère dévouée et aimante. Quel tableau de ma vie allais je peindre lorsque je serai vieille?Telle était la question que je me posais, aujourd’hui je suis assez vieille pour dire combien j’ai été assez bête pour ne pas croiser plus tôt la route de ce Mulder. La croisée des destins et des chemins. Nous nous étions sûrement rencontrés dans une autre vie pour ressentir aussi rapidement ces sentiments dont aucun nom ne pouvait les définir. Sous mes pieds brûlaient les flammes de l’enfer, mais au dessus moi je sentais briller une étoile, une bonne étoile qui me porterait encore un peu chance pour les heures et les jours à venir. Je me mis à bafouiller quelques mots intelligibles. Il frôla ma main et peut être mon épaule, je ne me souviens plus très bien. Je m’excusais de lui avoir causé autant de dérangement, je m’excusais d’être aussi faible, d’avoir pris peur. Il caressa ma main droite avec lenteur, faisant naître des frissons au creux de mon ventre. Ce n’était peut être pas des frissons. J’avais l’impression que des dizaines et des dizaines de papillons virevoltaient en moi en un ballet frénétique et féerique. Nous échangeâmes encore quelques mots, il s’assura que j’allais bien, que j’avais repris mes forces.

« - Merci William de vous…préoccuper de moi. J’ai tellement honte, je suis une mauvaise hôtesse, je vous néglige au détriment de mes soucis, soucis que je me cause à moi même en étant une pauvre idiote. Je n’aurais pas dû rester autant de temps sous ce soleil… »

« - Dana cessez de vous vitupérer de la sorte, vous n’avez pas commis de faute grave, vous avez certes joué avec votre santé mais heureusement tout va bien! Ne vous souciez pas de moi, vous ne pouvez pas savoir comme cela me fait du bien d’être au cœur de la nature, au berceau de la vie, en votre…compagnie. Je n’ai jamais autant travaillé, je suis au calme pour écrire, pour réfléchir et en plus je suis choyé comme jamais je ne l’ai été! Alors arrêtez de vous blâmer et montrez plutôt le livre que vous avez ramené avec vous. »


Mon vieil exemplaire d’Une âme en incandescence d’Emily Dickinson semblait aussi usé et chiffonné que ma propre âme L’air embaumait de ses senteurs étranges et envoûtants nos cœurs qui se mirent à battre à l’unisson au moment où j’entamais la lecture d’un de mes poèmes favoris:


J’essayais d’imaginer Solitude pire
Qu’aucune jamais vue –
Une Expiation Polaire – un Présage dans l’Os
De l’atrocement proche Mort –


Ma voix était étonnamment maîtresse d’elle même, très sereine. Je serrai fort le livre entre mes mains et la vacuité versatile de mon être semblait se remplir d’une mélodie charmante, enchanteresse, mélodie que je tentais d’insuffler à William.



Je fouillais l’Irrécupérable
Pour emprunter – mon Double –
Un Réconfort Éperdu sourd

De l’idée que Quelque Part –
À Portée de Pensée –
Demeure une autre Créature
De l’Amour Céleste – oubliée


Mon être chavire, il vient de poser sa main sur ma cuisse, la pression est légère, presque inexistante et pourtant je la sens, elle est là bien présente et le rythme de mon cœur s’accélère, encore et encore pour atteindre un point de non retour que je prévois délicieusement mortel.



Je grattais à notre Paroi
Comme On doit scruter les Murs –
Entre un Jumeau de l’Horreur –et Soi –
Dans des Cellules Contiguës –

Je parvins presque à étreindre sa Main,
Ce devint – une telle Volupté –
Que tout comme de Lui – j’avais pitié –
Peut-être avait-il – pitié de moi .




Peut être avait il pitié de moi, tout comme moi j’avais pitié de lui. Ces mots j’aurai voulu les écrire, j’aurai voulu les susurrer tout près de son oreille, j’aurai voulu les lui dire dans un murmure essoufflé mais dans un trémolo presque dramatique, je terminais de lire ce poème, une main sur le cœur, afin de sentir le cognement excessif de ce dernier. Sa main demeura sur ma jambe inerte, je n’osais à peine respirer de peur qu’il se détache de moi et pourtant, oh oui pourtant j’avais envie de fuir, de le fuir, de m’éloigner de lui pour ne plus sentir cette effroyable douleur et cette incroyable bonheur que je pouvais ressentir au moment même où ses doigts parcouraient avec subtilité et galanterie ma cuisse presque mise à nue par ma simple robe d’été. Que Dieu en soit témoin, jamais je ne puis retrouver cette alacrité merveilleuse que j’ai pu avoir durant cette semaine sans Richard, non jamais plus je n’eus cet entrain bienfaiteur, celui qui le matin nous pousse à nous lever car nous savons qu’une chose importante doit se passer. Je repoussais gentiment sa main, en montrant d’abord combien j’avais apprécié ce geste, le gratifiant d’un sourire sincère.

« - Ce poème est magnifique Dana…lu par vous, la satisfaction fut complète. »

« - Si vous êtes sage, je vous en lirai d’autres après le dîner. D’ailleurs il est grand temps que je m’y mette. Voulez vous quelque chose pendant que je suis dans la cuisine? »

« - J’ai tout ce qu’il me faut, merci. Si vous n’avez pas besoin de moi, je serai là à travailler. »

« - Alors bon travail… ».



Faisant un détour par le jardin, je cueillais quelques fleurs afin de faire un bouquet frais que je disposerai sur notre table. De ramasser ces quelques roses et œillets eut un effet cathartique sur moi: je me sentais d’un coup plus légère, plus en accord avec ce qui m’entourait. Cela ne provenait pas des fleurs bien sûr, ni de l’acte en lui même, non cela provenait du fait que je vivais un de mes rêves, une de ces visions nocturnes qui nous assaillent sans relâche, cette image dévastatrice du bonheur à son apogée. J’étais là, sous le soleil en plein déclin, en train de sentir mes roses pendant qu’un homme gentil, passionné, cultivé, sincère et aimable me regardait ou plutôt me dévorait des yeux. J’avais l’impression que chacune de mes courbes étaient passées aux rayons X, chacune de mes mèches de cheveux qui s’échappaient de mon chignon étaient vouées à être observées par cet œil aiguisé et inquisiteur mais aussi flatteur car ce n’était pas un regard de dégoût, je l’aurai juré c’était un œil admirateur qui scrutait chacun de mes pas, caché derrière un calepin et un livre de botanique. La chaleur me poussa à ne préparer que des plats frais, seule la viande aurait besoin d’être cuite. Mon choix s’arrêta sur un rôti, que je servirai avec différentes salades et par amour pour ma réelle patrie, je me fis un petit plaisir, celui d’accompagner les tomates de mozzarella, ce que Richard haïssait par dessus tout. Lorsque la viande fut mise dans le four et que les différents plats furent disposés sur la table, je regardais l’heure: il était plus de 19 heures, la journée était passée à une vitesse fulgurante. J’avais avec le temps de la cuisson, une bonne demi heure pour me consacrer à un éventuel repos. Par la fenêtre, je hélais William qui était en train d’observer le chêne centenaire et solitaire qui avait été planté par un prédécesseur farfelu et amoureux des arbres.

« - William? »

A peine avais je prononcé son nom qu’il se retourna et vint à ma rencontre.

« - J’ai mis un plat au four…il y en a pour environ trente minutes de cuisson donc je pensais prendre un bain et vous charger de le surveiller, au cas où je serai plus longue et que je ne revenais pas tout de suite. »

« - Il n’y a aucun problème. Voulez vous que je mette la table? »

« - Eh bien si vous le désirez, vous pouvez le faire…merci à vous. Je suis à l’étage, si vous avez besoin de quelque chose, servez vous. »


L’eau tiède et la mousse abondante de mon bain vinrent me relaxer au point que j’arrivais enfin à ne plus être crispée. Il faisait encore une chaleur étouffante et je savais que la nuit noire n’apporterait qu’un mince filet d’air, presque insuffisant. L’eau gouttait du robinet et je laissais tomber ces perles sur mes doigts, me rappelant qu’à peine quelques heures auparavant William avait pris sa douche ici même, de l’eau avait coulé sur son corps et c’était cette même eau, ce même environnement qui étaient en train de me bercer et je trouvais cela incroyablement érotique.
D’ailleurs, tout ce qui concernait William Mulder semblait intensément érotique.
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MessageSujet: Re: [ Un chant venu d'ailleurs]   Dim 25 Mar - 20:37

Debout devant le grand miroir de ma chambre, je cherchais désespérément à interpréter la moindre de mes émotions. Je n’étais pas dupe et j’étais consciente que lui et moi désirions la même chose. Notre attirance était elle uniquement physique? Après avoir consommé l’acte dit d’amour, pourrions nous nous regarder en face et reprendre une vie tout à fait normale? Etais je amoureuse? Ou étais je seulement attirée par sa perfection incroyable? Il était certain que si nous n’avions pas eu de coup de foudre, après avoir fait l’amour il n’y aurait plus rien entre nous, plus de sensations, plus de désirs, plus de charme puisque l’acte en lui même, lorsqu’il est épuré de toutes émotions ne représente plus rien aux yeux des amants, combien de fois me suis je réveillée aux cotés de Richard ou d’un autre homme, me disant seulement que maintenant, leur ayant donné ce qu’ils voulaient, il n’y aurait plus rien à offrir, l’avenir ne serait plus que sombre et triste, sans vie, sans amour, sans désir. Oui il n’y a rien de pire que de passer la nuit avec un homme lorsque l’on sait que celui ci ne vous aime pas comme vous l’aimez, ou même quand il vous aime et que vous ne l’aimez pas, le plaisir ne dure qu’une courte nuit, ce n’est qu’une étreinte, des soupirs étouffés au creux des draps, des hurlements retenus au fond de notre gorge et après il y a le réveil, un dernier baiser avant de se regarder et de se dire pardon, pardon d’avoir osé vénéré ce corps alors que l’esprit était à des milliers de kilomètres d’ici. L’acte d’amour gratuit, est un meurtre. J’avais déjà tué. Et on m’avait trop de fois assassiné.

Ce soir je ne serai pas perdante, William devait repartir en fin de semaine, Richard allait bientôt rentrer et de toute façon que voulais je après tout? Que William m’enlève sur son cheval blanc pour que l’on finisse notre vie ensemble dans un grand château magique à l’écart du monde? Je me fustigeais d’être aussi naïve et surtout je me détestais car sous mes grands airs de jeune femme libérée prête à perdre une nuit avec un homme qui n’était pas son mari, je savais que j’étais tombée amoureuse de William. Pauvre idiote. Oui je l’aimais depuis le premier regard, depuis qu’il s’était perdu devant notre ferme, depuis qu’il m’avait frôlé et depuis qu’il avait posé ses mains sur mon ventre, comme si de rien n’était, ne pouvant imaginer qu’à l’intérieur de ce cocon, il y avait une vie en sommeil. Mon Dieu j’avais envie de pleurer. Je savais qu’en sortant de cette pièce, j’allais m’exposer à une souffrance sans nom: celle de connaître le véritable amour. C’est fou comme je fus clairvoyante.

Alors que je rentrais dans la cuisine, je fus surprise et adorablement touchée: la lumière était tamisée, et des dizaines de bougies étaient allumées, dispersées aux quatre coins de la pièce. La table avait été mise et la radio était sur la chaîne de blues. Je n’arrive plus à me rappeler quel était le titre de la chanson qui était en train de passer à ce moment là, je me souviens juste d’un rythme lent et réconfortant, d’une voix feutrée et d’accords suaves. Je portais une robe que je n’avais encore jamais mise. Elle n’avait rien de spécial mais je l’aimais. Blanche, les épaules à nues, elle était divinement osée pour l’époque, mais mes nouvelles rondeurs, certes légères, étaient mises en avant avec grâce. Mes cheveux étaient remontés en un chignon parfait, seules quelques boucles vers l’avant étaient retenues par une fleur. Il resta devant moi à me dévisager, me regardant comme jamais personne ne l’avait fait avant lui.

« - Vous êtes…ravissante. »

La musique envahissait mon être et je ne voulais que me réfugier dans ses bras, pour danser jusqu’aux premières lueurs du jour. Ma main était déjà dans la sienne et il déposa un tendre baiser sur mon front. Alors que j’étais tout contre lui et que nos deux corps se laissaient aller à une danse romantique et sensuelle, le téléphone sonna, me faisant sursauter. Je repoussais William avec violence, et je m’en voulus de suite mais le retour à la réalité avec cette maudite sonnerie m’avait fait l’effet d’une électrocution fatale. J’hésitais à décrocher, j’étais incapable de bouger, tout comme William d’ailleurs. Il me regardait avec ce mélange d’effroi et d’étonnement, il avait senti mon corps se crisper dès l’entente de ce coup de fil inattendu. Nous étions à la sixième sonnerie. Mes jambes refusaient de me porter jusqu’au combiné, pourtant il le fallait, à cette heure là seul Richard aurait osé appeler. Je décrochais je ne sais comment, je prononçais mon nom et j’attendais. J’étais appuyée contre le meuble de la cuisine, Mulder s’assit à table, juste devant moi, me tournant le dos mais écoutant avec intérêt ma voix qui se voulait forte et sereine.

« - Richard…..je… oui, non, j’étais dans la grange en train de vérifier si tout était bien fermé pour la nuit et j’ai entendu le téléphone sonner au dernier moment mais je suis là maintenant…tu ne m’as même pas donné de nouvelles… »


Je parlais de mon mari devant celui qui serait peut être mon futur amant. La vie peut être parfois ironique.

« - Je me doute bien que tu étais occupé à ton congrès, oui ici tout se passe bien…oui les animaux n’ont aucun problème…et je vais bien aussi, merci…est ce que je suis sortie ces derniers jours? Eh bien…euh…quelques courses en ville et une ou deux promenades à cheval….seule? Oui pourquoi cette question? Oh tu as eu Peterson au téléphone….il m’aurait vu en compagnie d’un New Yorkais? J’ai certes indiqué la route à un journaliste mais…non je ne sais rien à propos de cet étranger… »


J’étendais la main afin de caresser la nuque de William qui s’offrait à moi, je ne pouvais résister à ce geste défendu.

« - Tu crois que c’est un espion? Allons donc Richard, Peterson t’as encore mis des idées dans la tête, tu sais que c’est un vieux fou alcoolique qui n’arrive même pas à faire la différence entre sa femme et son bétail… »


Un peu comme toi mon cher Richard.

« - Bien sûr que je pense à retourner la terre du potager et à arroser les fleurs….je t’assure que tout se passe bien…oui promis je vais éviter de sortir toute seule….je sais que tu reviens bientôt….. »



Il raccrocha. Rassuré? Je pense oui. J’avais ri, j’avais menti, j’étais donc moi même. En reposant le combiné du téléphone, je ne sus de quoi allait être fait les prochaines heures mais peu m’importait de souffrir, désormais j’étais prête. Ma main s’attarda encore le long de sa nuque puis je vins lui faire face, tendant ma main d’un geste décidé, désireuse de reprendre notre danse là où nous l’avions laissé.
Cette étreinte langoureuse dura sûrement des heures, en tout cas j’aime à penser que nous avons dansé pendant des heures, comme dans notre prime jeunesse, au temps des premiers bals et des premiers flirts, où les grillons accompagnent de leurs facéties nocturnes les accords des violons et des guitares , sons éclectiques mais si envoûtants. Nous ne pouvions nous dérober l’un à l’autre, nos regards décidèrent de ne plus jamais se quitter et avec un respect que je ne pouvais concevoir, il m’embrassa. Comment décrire ce premier baiser, notre premier baiser? J’avais peur, peur de trahir Richard car même si je ne l’aimais pas, ou plus du moins, j’étais sa femme, j’avais scellé un accord devant Dieu en l’épousant mais je n’étais plus à une bassesse près et j’avais peur de ne pas être à la hauteur, de pas arriver à répondre aux attentes de William et de me montrer stupidement gauche et niaise. Mais ce premier baiser eut un effet décisif sur moi: je n’avais jamais été aussi vivante et aussi femme. Ce premier échange fut timide, chacun voulant être sûr que l’autre ne reculerait pas devant le fait accompli. Il me regardait avec tant de dévotion, tant d’admiration et tant d’amour que j’aurai voulu mourir sur place, mourir pour avoir comme dernière image ce regard que je me promis de chérir tant que ma mémoire ne me ferait pas défaut. Nous gagnâmes le salon et nos paroles se firent de moins en moins intelligible, nos respirations saccadées s’entremêlaient dans de longs baisers passionnés, et l’audace dont j’ai pu faire cette nuit là me fait encore sourire aujourd’hui. Alors qu’il s’appliquait à parsemer mes épaules et mon cou de baisers sucrés, il murmura près de mon oreille une phrase dont je lui fus totalement reconnaissante.

« - Dana…si vous voulez tout arrêter, si vous voulez m’arrêter, faites le maintenant car je ne m’excuserai pas pour tout ce qu’il va se passer… »

Ne t’excuses pas William, j’étais prête à tout pour te conquérir alors je n’allais pas reculer en si bon chemin. Il déboutonna avec lenteur un à un les boutons de ma robe et je sentais monter en moi un plaisir inégalable, et le désir qui m’enflammait n’avait jamais atteint un tel paroxysme, même lorsque j’avais cru trouver l’amour de ma vie en Italie. Le tissu s’échoua bientôt au sol tout comme la chemise de William. Chacun de nos gestes n’étaient pas calculés, tout venait avec la monté du désir, nous effectuions une autre danse mais dont nous connaissions la chorégraphie mieux que quiconque. Nous nous échouâmes au sol sur une simple couverture, et je ne pouvais retenir ces murmures incontrôlables que ses baisers brûlants provoquaient inlassablement. Chacun partait à la découverte de ce corps nouveau, de ce corps désiré , de ce corps qui sous la lumière des bougies semblait tout droit sortir des plus tableaux jamais vus. Avec Richard, faire l’amour était un devoir, une obligation voire une punition, avec William, l’acte prenait tout son sens et ce soir là il m’apprit plus de choses sur mon propre corps et sur mes propres envies que n’importe qui. Je renaissais sous ses caresses, il était insatiable et il semblait s’émouvoir à chacune de mes courbes, tout comme moi j’étais emprise d’émotions fulgurantes lorsque je parcourais chaque ligne de ses muscles saillants. Dans ses bras j’étais à la fois forte et fragile, forte car je sentais les moindres crispations de mes articulations et fragile car j’étais aussi légère comme une plume et sous ses gestes habiles et avides je me mouvais avec aisance et grâce. J’étais une autre. Je n’étais ni la mère ni l’épouse, j’étais l’amante, j’étais l’être désiré. Dans toute cette volupté, je redoutais le moment où William deviendrait encore plus entreprenant et sûrement plus violent. J’eus tord d’avoir peur. Là aussi mes barrières tombèrent et je me fis autre, lui procurant autant de plaisir que lui pouvait m’en procurer. Sa virilité me rendait de plus en plus sauvage, nous n’étions plus dans mon salon mais en pleine jungle, je n’étais qu’une tigresse dont les griffes s’enfonçaient sans remord dans le dos de son partenaire, j’étais autre, j’étais moi. Lorsqu’il pénétra en moi, ce ne fut pas l’intense douleur que me causait Richard mais bel et bien une fulgurante ascension vers un sommet de désir qui ne portait pas encore de nom, ou du moins il avait un nom que je n’avais jamais atteint. Nos corps communièrent en une prière aux dieux païens, les saints devaient s’offusquer de cet ébat à mis chemin entre la sauvagerie bestiale et la douceur câline, c’était le jour et la nuit, la brutalité et la sincérité, c’était la vérité à l’état pur, l’amour en faits et gestes. Les va et vient répétitifs provoquèrent en moi une succession de vagues indescriptibles, nos êtres en sueurs ne cessaient de se murmurer des paroles incohérentes lorsque tout d’un coup mon corps se cambra et une décharge d’une violence inouïe me secoua , me conduisant au paradis charnel. Nos cris se mêlèrent et nous retombâmes enlacés, en sueur, pantelants, excités et fatigués, heureux.
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MessageSujet: Re: [ Un chant venu d'ailleurs]   Lun 9 Avr - 1:58

« - Emmène moi loin d’ici… »

Je venais de briser le silence après cet ébat magnifique, sentant couler le long de mes joues des larmes brûlantes , oubliant que ma peau encore si jeune ne devait connaître tel affront. Je venais de le tutoyer pour la première fois, plus aucune barrière n’existait entre nous. Comment pourrai je relater avec précision le changement qui avait transformé tout mon être à l’instant même? J’étais une autre femme, ou peut être tout simplement moi, comme je ne l’avais été auparavant, et je venais de découvrir la passion et l’amour à l’état pur.

« - Laisse moi repartir avec toi… »

Je ne cessais de répéter des mots insensés plongée au creux de ses bras, mon dos contre son torse si fort. Il me serrait à m’en étouffer mais aucune douleur ne pouvait être plus grande que celle de la déchirure de son prochain départ. Je ne pouvais le laisser fuir, je ne pouvais abandonner ce bonheur si neuf et parfait, je ne devais me laisser entraver par aucun détail malfaisant. Une légère contraction vint redoubler mon angoisse: je ne pouvais partir. Carthage s’effondra, j’avais à nouveau perdu une bataille. Il fallait que je me concentre sur le moment présent, que j’oublis son imminent départ et que je profite de cet amour savamment donné par cet homme, par ce William qui, du jour au lendemain, avait donné un sens à ma vie.
Il me susurrait des mots doux à l’oreille et m’enserrait encore et encore. Cette première nuit passée avec lui fut sans conteste la plus belle de toute ma vie, chaque instant semble gravé dans ma mémoire et les émotions renaissent encore aujourd’hui, je peux ressentir la moindre caresse, le moindre baiser et la plus infime de ses paroles, tout est là, tout cet amour immuable qui, jusqu’à ma vieillesse, a réussit à me hanter.
William semblait lire dans mes pensées, il répondait à chacun de mes désirs et à chacune de mes envies avant que je puisse les formuler, prévenant, il l’était, attentionné, encore plus. L’été caniculaire continuait de nous assaillir et j’eus une idée enfantine que je lui proposais avec malice. Il nous fallut quelques minutes pour retrouver nos habits éparpillés dans tout le salon, et cette chasse au trésor fut ponctuée de rires insouciants, tous deux prenant conscience de la bestialité de notre acte, sans oublier la douceur qui l’avait accompagnée.
L’air de la nuit portait des ondes de jasmin en fleurs et de romarin et je me surpris de me sentir plus légère qu’une aile d’un oiseau. Main dans la main, nous gagnâmes le ruisseau puissamment éclairé par le clair de lune. Accrochée à son cou, je me laissais entrer dans l’eau en même temps que lui, ne pouvant retenir un hoquet de surprise tant l’eau était fraîche sur nos peaux brûlantes. Il se passa de longues minutes avant qu’il s’amuse à me couler avec innocence , secoué d’un fou rire communicatif et charmant. Nous cessâmes de rire juste pour nous embrasser et là le sérieux de la situation vint nous faire frissonner: nous étions deux âmes à la dérive et en pleine perdition, mais dans la solitude de cette eau impétueuse et glaciale, nous étions les maîtres de ce destin prêt à couler et à nous emporter loin dans les abysses noires et effrayants. Je ne pouvais ne pas l’embrasser, ne pas le toucher, je devais garder un contact charnel avec cet homme qui semblait être le seul à pouvoir m’aimer tel que j’entendais le chant de l’amour.

L’amour…l’amour n’est qu’un chant venu d’ailleurs. La mélodie enserre votre cœur, trotte dans votre tête, chatouille vos oreilles et vous enlace, vous enserre jusqu’à ce que la victime de ce sentiment, tel le malheureux piégé dans l’étreinte de l’anaconda terrible, étouffe, étouffe d’amour et de passion, mourant éreinté mais heureux. Oui l’amour est un chant venu d’ailleurs, un étranger que l’on a envie de connaître afin de le fredonner du bout des lèvres, ce sont des paroles compréhensibles et confuses, où le par cœur ne devient plus une métaphore mais une réalité. Mon cœur battait pour une symphonie sublime et en équilibre sur un vibrato inconnu, je savourais ces moments avec emphase et crainte.

Nous avions déjà regagner la maison lorsque je l’entendis dire dans mon dos « parle moi de toi, je veux tout savoir ». Il n’y avait à priori rien de mal dans sa question, nous avions franchi un cap lui et moi, nous étions plus que des amants: faire l’amour avec lui ne m’avait pas rebuté, au contraire il avait su ouvrir des portes qui jusqu’à maintenant étaient restées closes. Amants, amis, il y avait bien plus. Durant cette nuit où les heures semblaient s’égrener avec lenteur, un lien s’était créé entre lui et moi, nous ne formions plus qu’une seule entité qui désirait apprendre à se connaître elle même. Je voulais tout savoir de lui et de même des questions brûlaient ses lèvres si splendides. Devais je répondre et étaler ma vie? Mon passé représentait un pan de mon existence que je refoulais au plus profond de mon inconscient, en parler, mais après? Aurait il encore cet amour si frais et si innocent pour moi? Pourrait il comprendre mes actes, mes faits et mes gestes? Prendrait il la fuite en apprenant que la jeune Dana, avait été une actrice d’évènements épouvantables durant la Seconde Guerre Mondiale? Contre mon gré, bien sûr, mais je n’avais rien fait pourtant pour empêcher le monde de basculer autour de moi. Pourrait il admettre cette innocence que je tentais de me donner? Sous ma robe blanche de jeune vierge, Richard avait su déjoué un à un les pièges afin d’aller chercher dans les moindres recoins de mon esprit les pires tortures que j’avais su infliger à ceux qui avaient croisé mon chemin. Je n’avais pas été un bourreau comme ceux de ma patrie, loin de là, la première partie de mon plan avait été sublime mais la seconde…comment expliquer ce périple que j’avais entrepris pour suivre cet homme vil et menteur? Par où pouvais je commencer mon récit sans lui montrer le monstre, objet insignifiant d’une machine de la mort, que j’avais été durant cette guerre inhumaine et sanglante?

Mon cœur était en cendres. Comme les corps de millions d’autres.
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