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 Terribilis est locus iste

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Polly

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MessageSujet: Terribilis est locus iste (en cours!)   Dim 13 Avr - 1:26

Auteur : Polly
Time Line : Univers Alternatif
Rating : Pour l'instant G
Résumé : Mulder est profiler, une victime lui rend visite suite à un coup de fil...
Disclaimers : Je ne fais qu'écrire pour le plaisir alors prêtez les moi s'il vous plaît!
Note : Le titre signifie soit "Des atrocités ont eu lieu ici" soit "L'horreur est en ce lieu". A choisir!




Sa vision se troubla encore une fois et Mulder déposa les armes. Il soupira longuement en écoutant les voix qui chuchotaient autour de lui dans cette grande salle. Aucune intimité, aucun endroit calme pour réfléchir et travailler en paix. Son dos le faisait souffrir à force de rester courbé sur sa chaise à lire des rapports d’enquêtes entre lesquelles il tentait d’établir des rapprochements. A quelques mètres de lui, deux agents bavardaient tranquillement, leur discussion entrecoupée d’éclats de rire. Ce genre d’instant rappelait à Mulder combien il se sentait seul. C’était aussi ce qui le poussait à venir travailler à toute heure du jour ou de la nuit. Pas de famille sur laquelle il vaut veiller, pas d’amis avec qui passer des soirées de détente. L’unique occupation qui remplissait sa vie à en déborder se trouvait sous ses yeux. Evaluations psychologiques. Illustrations de corps décharnés. Récits détaillés et morbides de victimes traumatisées. Un quotidien qui en révulserait plus d’un. *Son* quotidien quoi qu’il en soit. A défaut de l’apprécier, Mulder s’en était fort bien accommodé. C’était des brimades qui l’atteignaient parfois au plus profond de son être. Pas qu’il ne soit pas talentueux dans son art, au contraire. Mulder était l’un des meilleurs dans sa catégorie. C’était justement cette capacité surprenante à déceler le mal qui le rendait étrange ou même maléfique aux yeux des autres. Ceux qui ne trouvaient que l’attaque pour se défendre. Il avait passé le stade où il répliquait d’une manière tout aussi violente que ses opposants. Il avait également abandonné l’idée de leur expliquer, de justifier ses actes et ses paroles pour les rassurer. Le temps était trop précieux pour le gâcher à ces facéties. Désormais il tentait d’ignorer les remarques, les insultes gratuites. Ou plutôt, il montrait l’apparence d’un homme fort que rien n’ébranle, sur lequel les mots blessants glissent comme de l’eau sur la roche imperméable. Sauf que parfois, cette roche tend à se fissurer. Dès lors, Mulder prend quelques mesures pour combler ces crevasses douloureuses, sans jamais pouvoir en effacer les traces qui restent à tout jamais incarnées dans la pierre. Une cicatrice marquant sa peau. Une vague sur une mer d’huile. Un clou enfoncé dans un mur. De minuscules traces indéniablement présentes.

« Hey Spooky ! »

Exaspéré par ce surnom ridicule, Mulder leva néanmoins la tête de sa paperasse pour voir son collègue s’approcher. Ce dernier arborait un sourire qui ne lui était pas inconnu, celui du pêcheur ayant quelque chose au bout de sa ligne. Ou du chat près à bondir sur le bocal d’un misérable poisson rouge sans défense.

« Y’a un joli petit lot qui t’attend à l’accueil ! » Lança Stark avant de se pincer ses lèvres et de secouer sa main comme s’il s’était brûlé. « Je ne sais pas ce que tu as fait, mais elle a un de ces petits culs… » Continua-t-il, accompagné d’un rire rauque et désagréable.

S’il y avait une chose que Mulder détestait par-dessus tout, c’était le manque total de respect dont Stark faisait preuve à l’égal des femmes. Que pouvait-il attendre de plus d’un homme qui change de compagnie tous les soirs ?

Un regard sur sa montre indiqua à Mulder qu’il était dix-huit heures et que le service allait fermer. Qui avait pu venir lui rendre visite aussi tardivement ? Il ôta ses lunettes, replia les branches et les glissa dans sa poche de poitrine. Son bureau et ses dossiers patienteraient un peu plus longtemps avant d’être rangés. Le couloir grouillait de personnes se pressant de rentrer chez elles, de retrouver un semblant de vie normale. Mulder s’engouffra dans la cabine d’ascenseur qui regorgeait de monde et l’espace d’un instant il se sentit claustrophobe. Ou peut-être agoraphobe, pour être plus précis. Pas qu’il rejetait l’idée de vivre en société mais après voir vu de quoi elle était capable, un simple enfant avec un crayon gris à la main avait le don de le faire frissonner. Lorsque les portes se rouvrir et que la foule se déversa dans le hall principal, Mulder resta en retrait pour reprendre sa respiration.

Tout à coup sa vision s’éclaircit et ce fut comme un nuage disparaissant de son ciel orageux. Les gens sortaient en hâtant leurs pas et il l’aperçut enfin. De dos tout d’abord, tournée pour observer la vie extérieure à travers la fenêtre. Il commençait à faire sombre mais la lumière des néons capturaient la couleur auburn de ses cheveux dans un éclat presque angélique. La jeune femme portait une jupe noire arrivant en dessous de ses genoux et agrémentée d’une veste de la même nuance, ainsi qu’une paire de talons hauts. Malgré cet effort, elle restait si petite et menue. Toutefois, sa beauté était indéniable, aussi aérienne qu’authentique. Comme si elle s’était sentie espionnée, elle fit demi tour et le paralysa d’un regard azur et décidément très froid.


« Dana Scully ? » Fit-il d’une voix fragile.

« Agent Mulder, je présume ? » Répliqua-t-il après avoir hoché la tête pour valider sa question.

« Je vous remercie d’être venue, je ne vous attendais pas aujourd’hui. » Offrit-il en enfonçant ses mains dans ses poches.

« J’ai eu votre message ce midi sur mon répondeur. J’ai pris l’avion aussitôt. » Expliqua-t-elle, précise, elle allait droit au but sans prendre de détour.

Les traits sous ses yeux indiquaient qu’elle n’avait pas du avoir beaucoup de sommeils les jours précédents. Peut-être quelqu’un d’autre l’avait-il tenue au courant de la situation ? Cette nouvelle était difficile à assimiler, même dix ans après les faits il y avait de quoi déstabiliser la personne la plus insensible de la Terre.


« On pourrait aller en parler dans un endroit plus calme. » Proposa Mulder, guidant la jeune femme vers l’ascenseur.

Celle-ci acquiesça et se mit en route mais lorsqu’il posa sa main sur son dos, elle sursauta et s’éloigna brutalement de lui. Mulder aurait voulu que le sol s’ouvre sous ses pieds pour le happer dans ses abîmes. Bien sûr qu’elle n’appréciait pas le contact d’un inconnu après ce qu’elle avait vécu.


« Je m’excuse, c’est un reflexe. » S’excusa-t-il de la manière la plus pathétique qu’il soit.

Non, vraiment, lui et les relations sociales n’étaient pas faits pour s’entendre. Néanmoins, Dana Scully ravala sa salive et lui adressa un regard troublé mais elle n’avait plus l’air de lui en tenir rigueur. Ils se retrouvèrent bientôt seuls à l’étage de son service, composé d’une dizaine de bureau appartenant à la police criminel. Mulder constituait tout le personnel d’une seul unité étant donné qu’il étudiait les Sciences du Comportement et se trouvait être l’unique agent du bâtiment à posséder un diplôme en Psychologie.

Il la mena jusqu’à son bureau et récupéra la chaise de l’un de ses collègues pour que sa visiteuse puisse s’asseoir en face de lui.


« Combien de temps restez-vous à Washington ? » Demanda Mulder en prenant place et faisant le vide sur son poste.

« Autant de temps qu’il le faudra pour remettre Donnie Pfaster derrière les barreaux. » Annonça-t-elle avec une détermination admirable.

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Dernière édition par Polly le Dim 21 Sep - 17:23, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Terribilis est locus iste   Jeu 17 Avr - 15:56

Mulder releva les yeux en entendant la force qui résonnait dans sa voix. Son teint de porcelaine, parsemé de tâches de rousseur, ses yeux bleus et sa chevelure flamboyante… De ses traits émanait quelque chose d’aérien et poétique, une sensation de vulnérabilité qu’elle ne pouvait nier. Cependant, le ton qu’elle employait et son allure générale dégageaient une impression contraire, retenue, détachée et surtout, terriblement méfiante. Dès son entrée dans la pièce, ses yeux avaient balayé chaque recoin s’offrant à elle, comme si elle anticipait une quelconque attaque surprise. Une fois assise, elle avait croisé les jambes et ses mains ne restèrent plus en place sur ses cuisses, jouant tour à tour avec une bague sur son majeur ou avec le revers de sa manche. Bien qu’elle dissimule sa nervosité et son abattement avec un réel talent, ils n’échappèrent pas au regard avisé de Mulder.

« Est-ce que c’est mon supérieur qui vous a mise au courant de son évasion ? » Se risqua-t-il pour l’aider à se concentrer sur l’affaire plutôt que ses inquiétudes.

« Non, c’est Mr Skinner qui m’a appelée. C’est lui qui a mené l’enquête la première fois, il n’est pas ici ? » Questionna-t-elle en se ressaisissant peu à peu.

« Je crains que non, Mr Skinner est devenu le Directeur Adjoint d’une section de recherche du FBI. » L’informa Mulder avec regret, il savait combien cet homme gâchait son talent derrière un bureau.

« Oh, c’est dommage. C’était la seule personne qui savait vraiment comment s’y prendre. Que ce soit pour retrouver la trace de Pfaster ou pour me parler. » Commenta Dana Scully en s’emparant d’une carte de visite trainant sur le bureau de Mulder. « Je suis contente qu’il m’ait appelé avant que je n’entende parler de cette affaire par les journalistes me harcelant de coups de fil. » Ajouta-t-elle ensuite avant de se mordre les lèvres comme si elle en avait trop dit.

« C’est normal, ce n’est pas le genre d’information qu’il est facile d’encaisser. » Confirma Mulder avec compréhension.

« Je ne sais pas si je vous serai d’une grande utilité, ça fait tellement longtemps. » Murmura-t-elle alors en baissant la tête.

« Mademoiselle Scully, je ne sais pas comment vous remercier d’être venue aussi vite. Beaucoup de victimes fuient ce genre de face à face, je suis impressionné que vous souhaitiez reparler de toute cette période. » Confia Mulder avec gratitude.

« Je sais que je suis la seule survivante. » Souffla-t-elle en plongeant ses yeux dans les siens.

La seule qui ait eu la force de se battre jusqu’au bout. Les deux autres femmes qui n’étaient pas mortes aux mains de Pfaster avaient eu cette chance car il n’était qu’au début de son carnage. Il s’était entraîné sur elles et n’avait pas eu l’intention de les tuer, uniquement de les faire souffrir le martyr. Dana Katherine Scully, quant à elle, avait vécu l’expérience la plus traumatisante que l’on puisse imaginer. Elle avait survécu, du moins physiquement tout d’abord. Puis elle avait reconstruit sa vie, petit à petit. Pierre après pierre.

A la regarder, Mulder savait qu’elle n’était plus la jeune fille de ces photos monstrueuse. En perdant son sang sous les actes impardonnables de Donnie Pfaster, elle avait également égaré la totalité de son innocence d’antan. Désormais elle était protégée par une épaisse carapace de suspicion, de réserve. Aussi droite qu’elle se tenait, Mulder devinait qu’à l’intérieur, son âme était toujours brisée en mille morceaux et qu’elle demeurerait ainsi jusqu’à la capture de ce bourreau.


« Est-ce que vous pouvez me raconter ce qui vous est arrivé ? » Osa Mulder, remarquant immédiatement sa posture raidie et contractée à la prononciation de ces mots. « J’ai lu tous les rapports et les témoignages, j’ai étudié les photos mais je voudrais entendre votre version sans qu’elle ne soit altérée par un quelconque point de vu complémentaire. » Se justifia-t-il rapidement en allumant sa lampe de bureau pour chasser la pénombre qui tombait peu à peu.

La jeune femme avait gardé sa veste malgré la chaleur accablante et Mulder se doutait qu’avec la nervosité, elle devait avoir chaud. Toutefois, il ne ferait pas l’erreur de lui proposer d’ôter son vêtement. Il devinait les cicatrices sur son corps et pour rien au monde il ne comptait la mettre mal à l’aise par sa faute. La dernière chose dont elle avait besoin était sa pitié ou se regard se posant sur ces traces indélébiles. Pour ça, il avait les photos du rapport, aussi révoltantes soient-elles.


« Est-ce que vous voulez la version courte ou la version longue ? » Répliqua-t-elle en tentant d’esquisser un sourire mais sa tentative déboucha sur un échec.

« Celle que vous préférez, il est déjà tard, vous n’avez pas à tout me dire ce soir. » L’encouragea-t-il gentiment.

Elle semblant tourner l’idée dans son esprit, pesant le pour et le contre. Tout en s’éclaircissant la gorge, il vit ses yeux vagabonder autour d’elle pour la énième fois, s’assurant qu’il n’y avait personne d’autre pour assister à son récit. Satisfaite, elle écorna les angles de la carte de visite qu’elle tenait du bout des doigts, froissant et défroissant le carton dans un geste incontrôlé.


« Est-ce que ça vous dérange ? » Fit Mulder en déposant un dictaphone entre eux, mieux valait avoir son accord et de ma la mettre plus mal à l’aise.

« Non, allez-y. » L’autorisa-t-elle, haussant les épaules.

Le silence envahit de nouveau les lieux et tous les deux réprimèrent un frisson venu de nulle part. Prête, Dana Scully ravala sa salive et humecta ses lèvre, sur le point de rouvrir cette vieille et terrible histoire.


« On était en janvier, c’était juste avant la période des examens. J’allais avoir vingt ans le mois suivant et j’étais en deuxième année de médecine. » Amorça-t-elle en mesurant son souffle.

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MessageSujet: Re: Terribilis est locus iste   Ven 18 Avr - 23:54

Mulder s’accouda à son bureau, croisant les bras pour lui accorder toute son attention. Ses manches étaient retroussées jusqu’aux coudes et sa cravate élargie à l’encolure pour lui offrir un peu de répit. En face de lui, Dana Scully le fixait avec une force qu’il n’aurait pu qualifier. Ses pupilles étaient dilatées, ses lèvres sèches, elle lui confierait tout sans retenue, il ne savait d’ors et déjà.

« Je revenais à ma chambre après avoir étudié à la bibliothèque, il faisait déjà noir et froid alors je me dépêchais. Arrivée à la porte du bâtiment, j’ai relâché ma vigilance, me croyant en sécurité. Tout à coup, j’ai senti un bras se glisser autour de ma gorge. Ma première réaction a été d’enfoncer mes ongles dans sa main mais une autre s’est rabattue immédiatement sur ma bouche et j’ai… » Sa voix tressaillit sur la fin de sa phrase, hésitant entre l’envie de dire ce qu’elle pensait et la peur de paraître ridicule.

« Vous avez ? Dîtes-moi ce qui vous passe par la tête, jamais je ne retiendrai quoi que ce soit contre vous, je sais trop le mal que ça peut faire. » Lui promit Mulder, espérant la rassurer de son mieux.

« Comme je l’ai dit, j’étais en médecin et lorsque j’ai senti qu’il me mettait un linge sur la bouche, je me suis demandé s’il s’agissait d’éther ou de penthotal. » Confia-t-elle avec une gêne non dissimulée. « C’est tellement idiot, au lieu de penser à ça j’aurais dû… je ne sais pas, j’aurais dû lui donner des coups de pieds mais non… En bonne petite étudiante, j’ai voulu… »

« C’était un réflexe, c’est votre instinct qui a pris le dessus. Vous avez l’habitude de tout analyser et d’agir en conséquence, si vous aviez eu ne serait-ce qu’une seule seconde de plus, je suis sûr que vous vous seriez débattue corps et âme. » Examina Mulder avec un sérieux déconcertant.

Pendant un instant, Dana Scully resta muette, cherchant sur son visage la moindre marque de moquerie mais elle n’en trouva pas. Le premier policier à qui elle avait parlé lui avait semblé tellement hautain et insensible qu’elle n’avait pas osé mentionner ce détail. Plus tard, lorsque l’Agent Spécial Skinner l’avait interrogé, il avait été si professionnel et si concentré qu’une fois de plus elle avait cru que cette information ne ferait que ce noyer dans la masse de renseignement qu’elle était sensée fournir aux autorités. C’est pourquoi dix ans plus tard, elle se trouvait soulagée de pouvoir se permettre de délivrer cette impression futile et sans importance. Elle avait davantage de temps pour se collecter et quelque chose lui disait que l’agent Mulder ne lui en voudrait pas d’apporter sa vision sur les faits qui la concernaient directement.


« Je sais mais je ne peux pas m’empêcher de m’en vouloir. » Dit-elle doucement. « Une fois que j’ai perdu conscience, je ne me suis réveillée qu’au moment où il m’a fait tomber parterre au fond d’un placard sans lumière. Il m’a bâillonnée, attaché les mains et les jambes et puis il a claqué la porte. Je n’avais jamais eu peur du noir jusqu’à ce jour. » Raconta-t-elle encore, la carte de visite de Mulder succomberait bientôt à ses assauts répétés.

« Vous ne vous souvenez pas du tout du trajet ? » Questionna-t-il, intrigué.

« Non, j’avais perdu connaissance. J’ai appris plus tard qu’il s’agissait bien d’éther. » Expliqua-t-elle, troublée par sa demande.

« Parfois les gens ayant inspiré cette substance ne se rendent pas compte qu’ils n’ont pas totalement perdu conscience, qu’ils sont dans un état second. L’esprit enregistre des informations mais il ne peut les cataloguer. C’est comme si vous aviez emmagasiné des souvenirs mais qu’ils restaient égarés dans votre mémoire sans que vous ne puissiez leur attribuer une place désignée. » Lui décrit Mulder avec une passion débordante, il semblait tellement éprit par ce qu’il disait que Dana Scully se surprit à y croire.

« Et comment remettre la main sur ces informations ? » S’enquit-elle, hésitante.

Peut-être que ses réticences n’étaient pas fondées mais elle avait le sentiment que cet agent n’était pas comme tous les autres. Son empathie était évidente mais sa manière de la regarder lui disait qu’il buvait ses paroles pour ensuite les modeler à son mode de pensée. Il jonglait probablement avec tous ces renseignements comme il le ferait avec les pièces d’un puzzle à peine entamé, essayant chaque position et n’abandonnant pas tant qu’il n’avait pas disposé de son morceau.


« Le moyen le plus efficace serait de sonder votre mémoire à l’aide de l’hypnothérapie. » Suggéra-t-il d’un ton posé et réfléchi.

« Vous… Vous plaisantez ? » L’interrogea la jeune femme en se levant précipitamment. « Je ne tiens pas à ce qu’on me manipule mentalement pour dire des choses dont je ne peux me souvenir et que je ne peux confirmer. » Affirma-t-elle de plus belle, avant de faire demi tour.

« Attendez, Mademoiselle Scully, s’il vous plaît. » L’interpella-t-il, Mulder se sentait coupable d’avoir émit cette idée si soudainement, sans avoir préparé le terrain au préalable.

Elle était médecin après tout, il était logique qu’elle ne croie pas à des pratiques si peu orthodoxes. De plus, la croix qu’elle portait du coup lui indiquait que ses idées les plus fantasques ne devaient pas aller plus loin que l’espoir d’un Paradis et d’un Enfer. Apparemment, dès que Mulder établissait le moindre contact avec cette femme, il avait le don de se mettre à commettre des fautes irrémissibles. Il les éviterait facilement s’il ne concentrait un minimum, ce qui se révélait être presque impossible lorsqu’il croisait son regard si intense. Il fallait absolument qu’il se reprenne, ce n’était ni une façon de se comporter, ni le meilleur moyen d’obtenir des éléments cruciaux pour l’enquête. Malheureusement, lorsqu’il atteint l’ascenseur, les portes se refermèrent devant lui avant que Mulder n’ai le temps de dire quoi que ce soit. La jeune femme lui parut secouée, blottie contre l’angle que formait la cabine, ses bras croisés sur sa poitrine comme pour se protéger de lui. En effectuant une telle proposition, Mulder avait obtenu le contraire de ce pourquoi il travaillait. En faisant appel à elle, il avait espéré recueillir quelques détails supplémentaires sur la personnalité de Donnie Pfaster. Le but était d’établir un profil conséquent, un rapport solide qui puisse mener le FBI au fugitif avant qu’il ne procède à un nouvel enlèvement. Au lieu de cela, il avait effrayé la seule personne qui connaissait Pfaster et ses agissements mieux que quiconque. Il l’avait aculée, poussée dans ses retranchements et ce si profondément qu’il avait peur d’avoir mis en danger l’équilibre si soigné et, en apparence, inébranlable qu’elle avait trouvé dans sa vie. Peut-être devrait-il l’appeler encore une fois, lui présenter ses excuses et lui montrer combien il avait été idiot de sous estimer l’impact de ses mots sur elle ? Se sentait-elle agressée par sa suggestion ? Ou avait-elle cru qu’il la rabaisserait en la soumettant à ce type de test ? Comment étudier objectivement l’attitude d’un témoin que l’on a apprise par cœur à travers d’innombrables récits ? Surtout lorsque ceux-ci finissent par vous noyer sous un flot de descriptions influencées plutôt que de vous éclairer sur la route à emprunter.

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MessageSujet: Re: Terribilis est locus iste   Sam 19 Avr - 15:40

Le vacarme qui régnait dans les couloirs du J. Edgar Hoover Building n’était pas sans rappeler celui qui régnait dans ceux de la police du district. Mulder trouva cette atmosphère familière mais quelque peu dérangeante. En effet, il avait la désagréable impression qu’il ne s’agissait pas de bavardages anodins. Comme toujours, certaines personnes l’avaient reconnu et se faisaient un plaisir de le présenter à leurs collègues. Son souci était que les commentaires n’étaient, comme à l’accoutumée, par très amicaux, voire carrément agressifs. Il cessa d’y porter attention, car quoi qu’il fasse, rien ne les empêcherait de gausser.

« Bonjour, j’ai rendez-vous avec l’assistant directeur Skinner, s’il vous plaît. » S’annonça-t-il à la secrétaire.

La jeune femme blonde leva les yeux sur lui, à travers ses petites lunettes arrondies. Ses lèvres étaient peintes d’un rouge pâle qui en épousait parfaitement le contour mais accentuait également son air hautain.


« Agent Mulder ? » Vérifia-t-elle avant de dérocher son téléphone.

Il hocha la tête puis recula d’un pas pour ne pas s’imposer davantage. Il fit mine de s’intéresser aux peintures qui ornaient le mur lorsque Walter Skinner lui ouvrit la porte et s’effaça pour le laisser entrer.


« Agent Mulder, je suis content de voir que c’est vous qui reprenez l’affaire. » Commença directement Skinner en lui indiquant un siège.

« Merci Monsieur. Je vois que vous avez entendu parler de moi. » Remarqua Mulder, devait-il s’inquiéter ?

« Pas toujours en bien je dois l’avouer mais je ne suis pas du genre à baser mon opinion sur celle des autres. » Le rassura-t-il avec un sourire énigmatique. « Est-ce que vous avez parlé à Dana Scully ? » S’enquit-il ensuite, sans perdre de temps.

« Oui, elle est venue hier soir à mon bureau. » L’informa Mulder, discernant dans la question de cet homme une réelle préoccupation.

« Si vite ? Elle est donc toujours aussi déterminée. » Se réjouit-il en hochant la tête d’un air satisfait.

« Oui, elle est… Elle me semble déterminée à le retrouver tout en préservant son passé du mieux qu’elle le peut. » Confia Mulder, sachant qu’il pouvait parler honnêtement.

« Je l’ai connue il y a 10 ans, c’est la jeune femme la plus forte qu’il m’ait été donné de rencontrer mais elle a besoin d’une personne pour extérioriser ce qu’elle a vécu. Elle avait tendance à garder le pire pour elle, jusqu’à s’en rendre malade. Dana ne nous offrait que ce qu’elle nous pensait capable de supporter. Qui sait les horreurs auxquelles elle a survécues sans jamais les évoquer à qui que ce soit. » Décrivit Skinner, son regard pensif et mélancolique.

« Vous semblez bien la connaître. » Se risqua Mulder, peut-être en saurait-il plus à travers une tierce personne.

« J’ai fait tout ce que j’ai pu pour a soutenir, pour être la personne à qui elle pouvait confier son histoire sans aucune crainte. Le jour où Pfaster a attaqué une femme en pleine rue et que deux officiers nous l’ont amené, c’est moi qui ait appelé Dana pour qu’elle vienne l’identifier formellement. Je n’oublierai jamais son regard quand elle l’a aperçu de l’autre côté de la vitre. Je n’oublierai pas non plus les sanglots et le vide total qui s’est infiltré en elle lorsqu’elle a fondu en larmes dans mes bras en me disant qu’enfin, elle aurait le droit de vivre. » Raconta-t-il en serrant sa gorge pour contenir l’émotion dans sa voix.

« Est-ce qu’elle a assisté au procès ? » Demanda Mulder, tentant d’imaginer le calvaire que cela avait dû être pour la jeune femme.

« Oui, jusqu’au bout, je ne l’ai vue pleurer que le jour de l’identification. Elle est restée froide et insensible durant les deux mois qu’a duré le procès. Ses témoignages étaient les plus précis que je n’avais jamais entendus, les jurés étaient à la limite de l’évanouissement lorsque les médecins ou les psychologues expliquaient le mode opératoire de Pfaster. Dana, quant à elle, est restée de marbre du début à la fin. » Expliqua Skinner, toujours aussi impressionné par cette femme.

« Je n’ai pas trouvé de photos des lieux du crimes dans le dossier. » Questionna le jeune agent, il préférait changer de sujet, ne souhaitant pas de laisser influencer de manière involontaire.

« Vous n’en trouverez pas pour la bonne raison qu’il n’y en a pas. » Répliqua Skinner d’un rire cynique.

« Comment ça ? La victime n’a jamais pu vous y conduire ? Vos informations sur Pfaster, il doit bien y avoir quelque chose… » S’étonna Mulder, décontenancé.

« Dana était bien trop bouleversée, elle vous le racontera. Elle ne savait pas où elle était. Et nous avons eu beau utiliser toutes les pistes possibles et imaginables, tous les recours en face du juge pour demander des fouilles dans les propriétés alentours… Nous n’avons jamais retrouvé le lieu de leurs séquestrations. Certains voisins ont accepté de nous ouvrir leurs portes mais d’autres ont refusé catégoriquement. Sans mandat, nous ne pouvions rien. » Se lamenta Skinner, regrettant de ne pas avoir les mêmes ressources qu’à présent.

« Je suis sûr que Dana Scully détient la clé de l’affaire. Si on retrouvait son véhicule ou ce lieu, peut-être que l’on pourrait prévoir son prochain coup. » Supposa Mulder, décidé à boucler cette enquête au plus vite.

« Alors parlez-lui mais allez-y progressivement, montrez-lui qu’elle peut vous confier des détails et que vous n’en ferez part à personne d’autre. Anticipez ses besoins, n’attendez pas qu’elle vienne vous chercher. Et surtout, ne sous estimez pas sa capacité à dissimuler ses émotions, arrêtez-la à temps. » Lui conseilla Skinner, listant chaque recommandation d’une façon claire et concise.

« Je vous promets de prendre soin d’elle. » Lui jura Mulder avec conviction.

A chaque mise en garde, il avait hoché la tête, mémorisant ses mots pour ne pas fauter de plus belle. Leur conversation parvenant à son terme, les deux hommes se levèrent pour se serrer la main. Skinner marcha avec lui jusqu’à la porte qu’il ouvrit en gardant les doigts autour de la poignée.


« Si vous avez besoin de quoi que ce soit, le moindre renseignement ou un simple avis, n’hésitez pas à m’appeler. Je sais que vous ferez de votre mieux pour aider Dana. » Affirma Skinner en massant son crâne dégarni.

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MessageSujet: Re: Terribilis est locus iste   Lun 21 Avr - 14:11

« Est-ce qu’elle a toujours de la famille à Washington ou un hôtel quand lequel elle aimait descendre ? » Se risqua finalement Mulder, il fallait bien qu’il trouve le moyen de la joindre, autre que par téléphone portable interposé.

« Ils ont vendu leur maison de famille pour déménager sur la côte ouest juste après le drame. Lorsqu’elle est revenue pour le procès, je uis passé la chercher plusieurs fois à l’hôtel Finnigan. » Le renseigna Skinner avec bienveillance.

Mulder acquiesça encore puis emprunta le couloir sans accorder la moindre attention à la secrétaire qui les avait écoutés dans l’entrée. Cette Dana Scully serait à prendre avec des pincettes mais cette dernière rencontre l’avait réconforté dans son idée. Sa carapace se révèlerait difficile à percer mais en dessous, Mulder y découvrirait une véritable pépite à l’état brute. L’adjoint Skinner lui avait accordé sa confiance, à lui d’obtenir celle de la jeune femme et pour cela, il se montrerait le plus patient et le plus disponible possible.


***


L’affaire Pfaster n’était pas du genre à faire frétiller les policiers de sa section. Ce meurtrier avait pourtant commis trois assassinats des plus sordides. Cependant, Donnie Pfaster était un vétéran, c’était un retraité du crime face aux prédateurs qui menaçaient désormais la société. Il n’était qu’un requin de plus à se faufiler à travers le banc de poissons. Immense et insaisissable mais tout sauf unique. Mulder croulait sous les demandes de profiles dus aux demandes de réouvertures d’affaires classées, aux révisions de procès… Pfaster devait passer au second plan aux yeux de tous mais pas aux siens. Pas après avoir croisé la route de Dana Scully et de son histoire tourmentée. C’était pourquoi le lendemain de leur rencontre, il se trouvait au pied de son hôtel, la nuit tombant sur ses épaules comme un fardeau insurmontable. Son poids enracinait ses pieds au sol, lui rendant toute mobilité impossible. La journée était passée avec une vitesse affolante et l’avait laissé mentalement exténué ainsi qu’en proie à une migraine incessante. Pour le moment, il devait se racheter une conduite. Mulder inspira puis expira longuement, s’armant de courage non pas pour lui faire faire face mais pour avoir la force d’écouter son récit sans fléchir. Il avait l’habitude d’entendre d’affreux témoignages mais l’habitude ne signifiait pas qu’il revêtait une camisole d’immunité. Les peurs et les préoccupations de ses victimes l’atteignaient lui aussi, plus autant qu’à ses débuts, mais l’accumulation des dépositions le faisait crouler sous la pression de cette douleur incommensurable.

« Bonjour, je souhaiterais rendre visite à Mlle Scully s’il vous plaît. » Se présenta Mulder, une fois à l’intérieur de l’hôtel.

« Et vous êtes ? » Demanda le vieil homme en fronçant les sourcils et posant les mains à plat sur le comptoir.

« Agent Mulder, Sciences du comportement. » S’identifia Mulder, intrigué par le comportement du réceptionniste, il lui montra tout de même son badge pour valider ses dires.

Quand l’homme eut hoché de la tête et donné le numéro de chambre, Mulder se permit de reculer en direction du couloir avant d’être de nouveau interpellé.


« Vous prenez soin d’elle monsieur Mulder. » Lui demanda-t-il d’un air préoccupé. « Vous savez j’étais là il y a 7 ans, j’ai vu cette petite jeune femme rentrer du tribunal ou du commissariat, tous les jours, pendant des semaines. Harcelée par les journalistes, les policiers ou les curieux. Je ne sais pas comment elle a fait pour tenir le coup, j’ai essayé de l’aider, de la protéger de tous ces rapaces. Vous le retrouverez ce monstre n’est-ce pas ? Elle ne mérite pas de revivre ce cauchemar. » Se remémora le vieil homme avec une bienveillance plus que touchante.

Mulder ne trouva rien à répondre alors il acquiesça en silence, son expression triste et mélancolique. Il grimpa les marches quatre à quatre. Les portes défilèrent sous ses yeux jusqu’à ce qu’il s’arrête devant celle qui l’intéressait. Autant de pas perdre de temps en s’offrant de détour inutile, il frappa immédiatement. L’heure était tardive mais il avait aperçu un filet de lumière entre les gongs, restait à espérer qu’elle ne dorme pas avec toutes les lampes allumées depuis son agression.


« Qui est-ce ? » Fit une voix fragile qui donna des frissons à Mulder.

« L’Agent Mulder, est-ce que je peux vous parler ? » Se risqua-t-il tout de même, en proie au doute.

La poignée tourna et elle se tenait là, vêtue d’un pyjama et enroulée dans une robe de chambre épaisse. Entièrement habillée de blanc. Seuls ses cheveux roux marquaient un contraste rigoureux.


« Agent Mulder ? » Questionna-t-elle, s’effaçant pour le laisser entrer et refermer la porte à clé derrière lui.

« Je voulais m’excuser pour la manière dont notre entretien a pris fin. » S’expliqua Mulder en la regardant droit dans les yeux pour lui montrer qu’il ne mentait pas sur ses remords.

« Je… J’allais vous appeler, je crois que je me suis un peu emportée. J’ai vu tellement de soi-disant professionnels, des psychologues qui se vantaient de pouvoir m’aider à recouvrer la mémoire et à accepter mes peurs… Chaque fois que l’on me parle d’hypnose, de méditation ou autre, je pense que j’ai tendance à prendre la fuite. Littéralement. » Se justifia-t-elle à son tour, esquissant un faible sourire, embarrassée de s’être montrée si fébrile devant lui.

« Je craignais que vous ayez quitté la ville. » Admit Mulder, ses yeux vagabondant sur les possessions de la jeune femme.

« Non, je comptais le faire mais j’ai voulu revoir une ou deux personnes avant de repartir. D’ailleurs, comment avez-vous fait pour retrouver ma trace ? » Demanda-t-elle, désormais intriguée.

Avant qu’il n’ait le temps de répondre, elle lui indiqua un fauteuil et prit elle-même place sur le bord du lit. Mulder discerna la poignée de sa valise qui brillait sous le lit et une bible gisait sur la table de chevet. Pas une affaire ne traînait dans la pièce, le lit était encore fait. Peut-être se trouvait-elle encore dans la salle de bain lorsqu’il avait frappé ?


« Walter Skinner. » Répliqua-t-il simplement, remarquant que ses traits s’étaient adoucis à la prononciation de ce nom.

« Je lui ai parlé au téléphone avant de venir. On doit se voir demain, il… Je crois qu’il veut me mettre sous protection policière. » Se confia la jeune femme, pas très convaincue.

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MessageSujet: Re: Terribilis est locus iste   Mer 23 Avr - 14:08

« Il n’a pas tort, je suis persuadé que si Pfaster en avait l’occasion, il aimerait terminer le travail. » Confirma Mulder avant de s’en mordre la lèvre. « Je ne voulais pas le dire de cette façon. » Grimaça-t-il en se maudissant intérieurement.

Comment se faisait-il qu’en sa présence il se retrouve à l’état d’un gamin de 14 ans balbutiant à la moindre phrase ? Pourquoi ce regard azur troublait-il autant son mode de pensée et d’expression. Elle se tenait juste sous ses yeux, les poings nichés dans ses manches pour les garder au chaud. Au sol, ses pieds nus étaient quelque peu recroquevillés, leur donnant une taille encore plus minuscule. La chambre était entièrement éclairée, que ce soit par le plafonnier ou les lampes de chevet. Les lumières extérieures s’ajoutaient en nuances jaunes et rouges provenant du panneau électrique qui représentait le nom de l’hôtel.


« Il n’y a pas de mal, je crois que j’ai dû tout entendre au temps du procès, plus rien ne m’affecte réellement. » Le soulagea-t-elle en effectuant un geste de la main devant son visage pour lui montrer que son vocabulaire lui importait peu.

« J’ai fait circuler le portrait robot de Pfaster dans toute la région, s’il se fait prendre pour le moindre délit, l’inspecteur qui l’aura arrêté sera forcé de tomber sur mes recommandations. » L’informa Mulder en appuyant ses coudes sur ses genoux.

« Bien, j’espère que nous aurons cette chance. » Dit-elle tout bonnement, son commentaire accompagné d’un haussement d’épaule peu déterminé.

« Est-ce que je peux vous poser une question ? » S’aventura Mulder, curieux de la connaître davantage.

« Oui. » Emit-elle sans flancher.

« L’avez-vous jamais oublié ? »

« Donnie Pfaster ? » Voulut-elle préciser, en vain.

« L’agression, Pfaster, toute l’affaire, avez-vous réussi à vous reconstruire ? »

Dépassait-il les limites ? Il ne le saurait qu’en la poussant dans ses retranchements, en l’invitant à empruntant cette pente glissante. Au fond de lui, Mulder avait déjà une hypothèse, une théorie. Il se doutait que la vraie réponse était non mais Dana Scully oserait-elle se l’avouer ? Comment aborderait-elle la chose ?


« Je ne pense pas. Je ne pense pas avoir oublié quoi que ce soit et je ne pense pas non que la solution soit de refouler ses souvenirs Agent Mulder. » Exposa-t-elle, point de vue légitime. « Un cancéreux apprend à vivre avec sa maladie jusqu’à la fin. J’apprends à vivre avec mes cauchemars. » Résuma-t-elle, clairvoyante et résolue.

A cet instant, elle voulut se lever mais pour une raison inconnue, elle vacilla et dû reposer la main sur le matelas pour garder l’équilibre. Un détail peu anodin sauta aux yeux de Mulder. Au lieu de se rattraper sur la paume, elle avait maintenu ses doigts repliés, se retenant ainsi sur les articulations. Il fronça les sourcils en remarquant son geste et Dana Scully se ressaisit en un éclair.


« J’ai pris quelque chose pour m’aider à dormir, je ne m’attendais pas à avoir de la compagnie. » Souffla-t-elle en se rendant à la salle de bain pour se servir un verre d’eau.

Mulder ne pu résister plus longtemps et alla se poster dans son dos, le regard perçant. Il suivait ses mouvements et discerna la peau de sa main à travers le gobelet transparent, l’eau avait un effet grossissant et déformant mais ce qu’il voyait était bien réel.


« J’ai vu vos blessures sur les photos, je ne pensais pas que les cicatrices seraient encore aussi apparentes. » Murmura-t-il en avançant lentement vers elle.

Quelque peu impressionnée, la jeune femme recula jusqu’à ce que ses reins entrent en contact avec le rebord des lavabos. Un bras le long de son corps, l’autre contre son ventre, tenant ce verre d’eau comme une arme pouvant la protéger.


« Les… Les lacérations étaient profondes et puis il est difficile de procéder à une greffe de peau sur le creux de la paume. » Le renseigna-t-elle, fébrile.

« Est-ce que je peux voir ? »

« Je… Je n’aime pas me montrer en spectacle Agent Mulder. » Rétorqua-t-elle, s’échappant vers la chambre.

« S’il vous plaît. »

Ses mots suffirent à la paralyser sur place. Il semblait différent, sa façon de parler, de la regarder, il n’avait pas pitié pour elle comme beaucoup essayaient de le dissimuler. La situation s’inversait avec lui, les gens qu’elle rencontrait dans son travail la connaissaient d’abord en tant que médecins et bien vite la rumeur arrivait jusqu’à eux et tout ce qui les importait était de savoir qu’ils avaient affaire à la victime d’une tentative de meurtre. A celle qui avait réussi à fuir avant de se faire entièrement vider de son sang. Ils cherchaient à voir ses cicatrices pour l’image qu’elles offraient et non pas pour ce qu’elles signifiaient. L’Agent Mulder quant à lui l’avait rencontrée suite à cette enquête mais il ne recherchait pas la victime en elle, il voulait parler à la femme qu’elle était véritablement. Il marchait dans le sens contraire et elle avait envie de croire que peut-être, la pitié qui se reflétait chez les autres prenait en lui une forme de respect, voire même une sorte d’admiration réconfortante.
Elle s’immobilisa au beau milieu de la pièce, son souffle haletant comme si elle venait de courir. Baissant la tête, elle vit ses mains recourbées, le gobelet d’eau échoué au sol dans une flaque sombre sur la moquette écrue. Derrière elle, Dana Scully sentit l’Agent qui marchait lentement, évitait la tache d’eau et se tenait enfin face à elle. Ses yeux refusaient de fixer autre chose que ses orteils frigorifiés.
Il s’empara de ses poignets, doux et révérend, puis les souleva à mi-hauteur. Tous les deux observèrent en silence alors qu’il dépliait ses doigts un à un, progressivement jusqu’à découvrir ses paumes décharnées. Comme si elle effectuait une offrande à un Dieu invisible, elle restait là, prostrée, les mains exposées à leurs regards. Au bout d’un interminable mutisme, elle osa étudier sa réaction, son visage était penché pour mieux examiner ses stigmates d’un autre temps. Sas peau était irrégulière mais elle avait peu à peu retrouvé une teinte proche de celle d’origine quoique toujours sombre. Les lignes que l’on dit de vie ou d’espoir avaient emprunté des routes divergentes, ne représentant plus rien de concret. Ses veines n’étaient quant à elles plus discernables, cachées sous un épiderme étrangement lisse.

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MessageSujet: Re: Terribilis est locus iste   Ven 25 Avr - 17:37

Mulder ne pu s’empêcher d’imaginer la scène, Pfaster se tenant au dessus d’elle, la menaçant de son couteau. Elle, projetant ses mains devant elle pour se défendre et recevant dans les yeux le sang de ses propres paumes tailladées, déchirées comme de la viande sans nom. De la charpie. Il ne pouvait concevoir la douleur qui avait dû vriller son corps et lui donner néanmoins le courage de se battre et de vaincre.

« Agent Mulder ? »

« Merci. » Fit-il en revenant à la réalité. « De m’avoir fait confiance. » Eclaircit-il quand il comprit qu’elle n’avait pas saisi l’allusion.

« Les gens m’espionnent. A San Diego, ils savent d’où je viens alors ils essaient de voir mes paumes… J’ai pris l’habitude de fermer mes poings, de toujours garder mes mains dans mes poches. Vous êtes la seule personne à me l’avoir demandé directement, sans faux semblant, en me regardant droit dans les yeux. » Ajouta la jeune femme, toujours secouée par l’honnêteté qui se dégageait de cet agent.

« Je vais vous laisser vous reposer. Je voulais m’assurer que vous ne repartiez pas, nous avons besoin de vous pour retrouver Pfaster. » Répéta Mulder en posant la main sur la poignée. « J’ai besoin de vous pour le retrouver. » Précisa-t-il enfin, juste avant de disparaître derrière la porte.

Lorsqu’il ne fut plus dans son champ de vision Dana Scully perdit come une force qui la soutenait, un pilier qui la maintenait debout. Sans un bruit, elle s’effondra sur le lit. Allongée de tout son long, sur le dos, elle scrutait le plafond. La chambre était la même que celle dans laquelle elle avait séjourné des années plus tôt. Les murs avaient été repeints, la moquette remplacée. Qu’importe, la sensation était la même. Un cocon différent de la maison familiale, un lieu qui demeurait néanmoins réconfortant et isolé. Le propriétaire était le même, toujours un sourire pour elle, un mot gentil et cette envie de bien faire. Et désormais cet homme, mystérieux et compatissant, admiratif et non apitoyé, elle lui apporterait son aide. Autant qu’elle le pourrait. Autant qu’elle le supporterait sans partir à la dérive.

***


Une énième journée contreproductive. Une de plus et Mulder exploserait, à savoir s’il piquerait une crise de nerf au beau milieu du service ou s’il se tirerait une balle en pleine tête… il restait indécis. Le choix s’avérait Cornélien, surtout lorsque l’on passe des heures à méditer sur des dizaines de dossiers tout en analysant celui qui nous tient vraiment à cœur. Mulder recula sa chaise, posa ses pieds sur son bureau et ôta ses lunettes pour se masser le haut du nez. Ses neurones semblaient s’être tous réunis au même endroit et créé toutes sortes d’impulsion électriques jusqu’à provoquer en lui une migraine magistrale. A en voir ses collègues de l’étage supérieur, la police criminelle, il ferait mieux de planquer une bonne vieille bouteille de whisky dans l’un de ses tiroirs. L’alcool avait l’air d’être la solution à la mode, le remède à tous les soucis, qu’il s’agisse de maux de tête, de fatigue ou de surmonter l’épreuve d’un divorce. Mulder, malheureusement ou heureusement pour lui selon les perspectives, ne faisait pas partie de la troisième catégorie. Il n’avait donc pas de prétexte valable pour s’adonner aux joies de ce liquide ambré dont certains de ses collègues étaient si friands.


« Ta copine est encore là Spooky, je savais pas que t’avais si bon goût. Tu partages ? » Se moqua Stark en apercevant Mulder avachi dans sa chaise.

« Tu ne lui as pas parlé j’espère ? » S’inquiéta Mulder en bondissant de son bureau, veste en main.

« Juste un mot, je sais reconnaître quand je n’ai pas une chance ! » Plaisanta l’agent avec un sourire agaçant.

Mulder ne savait jamais comment se comporter avec lui. Il pouvait être très sympathique lorsqu’il le voulait mais la plupart du temps, ses remarques sexistes et acerbes donnaient la nausée à Mulder. Pas que Stark soit repoussant, il ne devait pas l’être au regard des femmes qui défilaient chaque semaine à son bras, mais son vocabulaire était des plus écœurants. Cela ne faisait pas de doute que Stark entretenait son corps, cependant, porter des chemises une taille en dessous de celle qui lui correspondait avait le don de donner le sourire aux hommes du service. Il n’en manquait pas une. L’espace d’un instant, Mulder se demanda si Dana Scully serait susceptible de tomber sous le charme de son collègue. Rien que d’y penser, un désagréable goût de bile remonta dans sa gorge. Il croisait les doigts pour que l’œil connaisseur de Stark tourne la situation à son avantage. Il n’était pas interdit de rêver après tout ?

Mulder n’avait pas atteint le couloir que déjà les portes de l’ascenseur s’ouvraient sur elle, toujours aussi ravissante que dans ses souvenirs.


« Bonsoir Mademoiselle Scully. » La salua-t-il en tendant sa main.

La jeune femme observa son geste avec un moment d’arrêt. En temps normal, elle n’aurait pas répondu à son mouvement de peur de dévoiler ses cicatrices mais maintenant qu’il les avait observées de si près, elle s’exécuta presque volontiers.


« Peut-être pourriez-vous m’appeler Dana, je pense que ce serait plus simple. » Suggéra-t-elle en levant la tête vers lui.

« Alors appelez-moi Mulder. » Répliqua-t-il avec plaisir.

« Mulder ? Vous n’avez pas de prénom ? » Questionna-t-elle, curieuse.

« Si mais je crois que mes parents avaient bu le jour de l’accouchement. » Expliqua Mulder en riant ouvertement sur son pauvre sort.

« Oh, très bien… Mulder. » Acquiesça Dana en se pinçant les lèvres pour ne pas sourire davantage. « Je me disais que l’on pourrait aller parler ailleurs ? Ce commissariat ne me rappelle pas de très bons souvenirs. » Admit-elle, toujours sur ce même ton relaxé.

« Très bonne idée. » Lui accorda Mulder en enfilant sa veste.

Ils firent demi-tour en direction de l’ascenseur et comme la première fois, Mulder eut le réflexe de la guider d’une main entre les reins. A sa surprise et à son plus grand soulagement, elle ne s’éloigna pas de lui mais partagea un regard entendu, à la limite de la complicité. Comme elle était venue en taxi, il se proposa de la conduire pour rejoindre un petit bar restaurant situé non loin de là. Il s’agissait d’un lieu calme et reposant, rien de très fantaisiste, juste un endroit où l’on se sentait suffisamment à l’aise pour discuter et manger dans la tranquillité.

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MessageSujet: Re: Terribilis est locus iste   Dim 27 Avr - 23:00

Tous les deux s’installèrent et un serveur vint immédiatement prendre leur commande. Leur conversation ne fut pas de prime abord très élaborée et ils ne purent s’empêcher de s’interrompre lorsque le jeune homme réapparut pour leur verser du vin.

« Est-ce que vous avez vu Skinner ? » Questionna Mulder, observant les gestes maîtrisés du garçon.

« Ce matin, entre deux rendez-vous. Il m’a semblé plus fatigué que lorsqu’il travaillait sur le terrain. » Remarqua-t-elle avec ironie.

« Oui, remplir la paperasse a le don de vous endormir. » Confirma Mulder, lui-même irrité quand il doit se coltiner la rédaction de ses propres rapports.

Dana sourit timidement, détournant les yeux vers la fenêtre à l’instant où une voiture passait dans la rue. Les phares capturèrent brièvement le regard songeur de la jeune femme avant de se perdre dans l’obscurité de la nuit. Le restaurant était uniquement éclairé grâce à quelques petites lampes dispersées ça et là, soudées aux murs ou disposées sur les tables à intervalles irréguliers. Sur la leur de trouvait un ordinaire photophore qui ne projetait qu’une mince lueur orangée. Autour d’eux dansaient des ombres lancinantes le long des allées, des silhouettes plus ou moins définies, plongées dans une intimité bienvenue. Ils percevaient leurs mouvements sans mal, juste assez pour manger, suffisamment pour distinguer les émotions se dessiner sur le visage de leur interlocuteur respectif.


« Est-ce que vous avez du nouveau sur Pfaster ? » Céda la jeune femme, incapable de se contenir plus longtemps bien qu’ils soient sur le point de manger, il n’y avait plus grand-chose qui puisse l’écœurer depuis son agression.

« Il aurait été aperçu dans le quartier de Georgetown il y a deux nuits mais le témoin n’a pas pu certifier sa déclaration. » La renseigna Mulder, dépliant sa serviette pour l’étendre sur ses cuisses.

« Alors monsieur Skinner a peut-être eu raison de me mettre sous surveillance policière. » Pensa Dana à haute voix.

« Il l’a fait ? » S’enquit Mulder, étonné qu’elle ait accepté et qu’il n’ait pas vu qu’ils étaient suivis.

« Oui, depuis ce midi. Il ne m’a pas laissé en placer une. » Répliqua-t-elle, faussement agacée.

« Mais je n’ai vu personne… » Commença Mulder en surveillant les alentours d’un air suspicieux, avant qu’elle ne lui coupe la parole.

« Ils m’ont conduite au commissariat et je leur ai dit que vous preniez la relève. » Le rassura-t-elle, touchée qu’il s’inquiète pour elle.

Un soupir échappa presque involontairement à Mulder. La décision de Skinner était la bonne, cette jeune femme ne pouvait se promener comme si de rien n’était dans les rues de la ville alors que Pfaster rôdait non loin de là. Surtout si l’on considérait les informations qu’elle possédait encore en elle, niché au plus profond de sa mémoire. Leur souci était qu’ils savaient tous les deux qu’elle n’avait pas encore accès à ses éléments refoulés mais leur homme, quant à lui, ignorait que pour le moment il était en sécurité.

D’un commun accord, ils s’étaient fixés sur un verre de vin, préférant reculer leur repas à plus tard. En effet, la nature que revêtirait bientôt leur conversation n’était pas des plus adéquat lorsqu’il s’agit de manger de bonne cuisine.


« J’aimerais vraiment que vous me parliez Dana, des détails les plus anodins aux plus étranges à vos yeux. Tout ce qui vous passe par la tête, peut-être qu’au fur et à mesure je parviendrai à préciser mon profile. » S’élança Mulder, se préparant mentalement aux révélations qui suivraient.

« Vous avez abandonné l’idée de l’hypnose ? » Le reprit Dana, surprise qu’il n’insiste pas sur ce point.

« Pour le moment vous ne me semblez pas prête. » Admit Mulder, quelque part ravi qu’elle y fasse allusion, cela voulait dire que l’idée faisait son chemin.

« Alors ça veut dire que vous m’y soumettrez un jour ou l’autre. » Conclut-elle sans que son ton ne trahisse sa position, pour ou contre, elle restait mystérieuse.

« Nous verrons ça en temps voulu mais je pense sérieusement que l’expérience pourrait porter ses fruits. » Confia l’agent en la fixant droit dans les yeux, il avait pris ses marques face à elle pour ne plus se laisser déstabiliser.

« Je… Je ne suis pas contre. » Avoua finalement Dana, sa voix très basse. « Je crois que j’ai juste pris peur lorsque vous avez mentionné l’hypnose, toutes ces choses là m’effraient un peu. » Fit-elle encore, redressant le menton.

« Quand vous dites « toutes ces choses là », vous voulez dire la perte de contrôle. Lorsque vous ne pouvez gérer vos émotions ou ce qui vous entoure, vous semblez perdre pied. » L’analysa ouvertement Mulder, il ne se rendait pas compte de l’impacte que ses mots avaient sur la jeune femme.

Seul le silence lui répondit, trop gênée pour se défendre, Dana ne s’opposa pas à la vision qu’il avait d’elle. Bien sûr, elle aurait voulu affirmer qu’il se trompait, que sa perception de lui était plus qu’erronée. Son souci était que le simple fait de le contredire se réduirait à un gaspillage de salive, son regard l’avait probablement déjà trahie.


« Ce n’est pas une faiblesse Dana, je veux dire, de se mettre en retrait pour observer la vie s’écouler. Ce n’est pas parce que vous n’intervenez pas ou effectuez les mauvais choix que vous êtes coupable de quoi que ce soit. Les gens ne penseront pas moins de vous si vous craquez ou si vous faites appel à des méthodes peu orthodoxes pour venir à bout de vos cauchemars. » Continua Mulder, déterminé à la convaincre de s’ouvrir aux autres.

« Je n’ai pas l’habitude de demander de l’aide aux gens, j’ai été indépendante très jeune et mon père me poussait dans cette direction. Mais depuis… l’agression, une partie de moi veut conserver ce mode de vie, une autre… » Dana se tut pour trouver la formulation la plus explicite. « Une autre me fait sentir que je suis incapable de gérer tout ce qui arrive, de me défendre, je me retrouve noyée sous la pression. » Décrivit Dana avec honnêteté, soulagée de pouvoir s’exprimer ainsi sans craindre que son interlocuteur n’utilise ses failles à ses dépends.

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MessageSujet: Re: Terribilis est locus iste   Mar 29 Avr - 22:58

« Si je peux vous rassurer, vous avez parfaitement préservé les apparences. » La taquina Mulder en espérant lui arracher un sourire, même minuscule.

Le résultat qu’il obtint lui parut relativement acceptable alors Mulder ne s’engagea pas dans cette pente dangereuse.


« Vous voulez savoir ce dont je me souviens le plus ? » Proposa Dana pour recentrer le sujet.

« Allez-y. » L’encouragea Mulder, content de voir qu’elle prenait l’initiative de lui parler.

« C’est sa silhouette. » Fit-elle tout d’abord, revoyant les images devant ses yeux grands ouverts. « Lorsqu’ils m’a laissée dans ce placard, il était agenouillé devant moi et la lumière provenait de l’extérieur. J’avais les pieds et poings liés, il m’avait bâillonnée… » Expliqua Dana comme elle l’avait fait quelques jours plus tôt. « Sa silhouette était penchée sur moi et je ne pouvais pas voir son visage dans le contrejour mais j’ai eu une sorte de vision… »

Mulder inclina la tête pour tenter de suivre son regard qui cherchait à fuir le sien. Poussé par un instinct qui lui était inconnu, il avança sa main pour la poser sur celle de la jeune femme. Surprise de sa réaction, elle sursauta légèrement mais n’évita pas son contact. Son but n’était pas de la mettre mal à l’aise, bien au contraire, il souhaitait juste lui apporter son soutien et lui montrer qu’elle pouvait s’exprimer librement.

« J’ai cru que c’était le Diable en personne… » Esquissa-t-elle comme par inadvertance, elle se mordillait la lèvre avec nervosité. « Evidement, je m’en suis rendue compte quelques heures plus tard. » Ironisa-t-elle, capable de transmettre tristesse et sarcasme en un clin d’œil.

Ce genre d’hallucination spectrale n’était pas fréquente mais Mulder avait déjà été confronté à plusieurs témoignages pour le moins étranges. Voir la mort avant d’y faire face ou discerner une faux là où il n’y en a pas, les proches des victimes rapportaient parfois ce type de déclaration à Mulder. Les pauvres malheureux n’osaient pas se confier alors Mulder devait souvent faire preuve de patience pour les amener à raconter ce dont leurs amis leur avaient fait part. Ce, juste avant de rencontrer la perverse Faucheuse. Mulder se garderait de donner des détails mais Dana Scully méritait de mieux comprendre sa situation et surtout, de savoir qu’elle n’est pas la seul dans ce cas hors du commun.


« Vous n’êtes pas la première à me dire que vous avez vu ce qui représente la mort ou l’un de ses sujets. » La rassura Mulder, caressant le dessus de sa main avec le bout de ses doigts.

« Et c’est là que vous m’avouez que toutes ces personnes sont internées à l’hôpital psychiatrique le plus proche ? » Plaisanta-t-elle sans humour.

« Non, pas du tout. » Sourit Mulder. « Ce sont des personnes bien sous tout rapport. Le souci, c’est que ces gens ne sont pas ceux qui ont vécu ces visions, elles faisaient partie de l’entourage des victimes. Ce qui est nouveau en revanche dans votre histoire… »

« C’est que je sois encore là pour en parler. » Devina-t-elle, enfin sur la même longueur d’onde que l’agent.

« Exactement. Cela prouve à quel point vous êtes passée proche de la mort, vous l’avez regardée en face, peut-être que le fait de ne pas avoir détourné les yeux vous a permis d’y échapper ? » Suggéra Mulder, totalement parti dans ses théories abracadabrantesques.

« Qu’est-ce qui vous dit que je n’ai pas fermé les yeux ou baissé la tête à la vue de ce monstre ? » Questionna-t-elle en gardant ses deux mains sur le verre de vin qu’elle portait à ses lèvres pour dissimuler son visage.

« Vous n’étiez pas du genre à fuir à la première occasion. Vous étiez peut-être paralysée par la peur mais vous étiez incapable de ne pas le regarder. Parce vous vouliez savoir, quoi qu’il en coûte, vous deviez connaître ses traits pour ne jamais l’oublier. » Enuméra Mulder comme s’il se trouvait dans son esprit.

Ou pire encore, avait-il vécu le même traumatisme ? Dana Scully avala sa gorgée dans la douleur, persuadée qu’elle avait à faire à une autre « victime », comme les gens se plaisaient à les appeler. Etait-ce parce qu’il avait frôlé la mort qu’il parvenait à la comprendre à concevoir un tant soit peu la terreur qui l’avait envahie à l’apparition de Donnie Pfaster dans sa vie ? Tant d’interrogations et si peu de certitudes. Les circonstances étaient différentes mais les doutes se dessinaient progressivement, adoptant des formes étonnement similaires. Cette familiarité qui survolait leurs conversations, cette constante sensation de déjà vu, tous ces détails insipides revêtaient une signification tout à coup indéniable. Deux personnes ayant fait l’expérience d’un choc puissant, d’une violence qui vous déchire aussi bien physiquement que mentalement. Quel que soit son passé, il possédait cet élément qui le rendait capable de l’amadouer et d’assimiler ses réactions sans les lui reprocher ou la rabaisser. Face à elle, il se tenait plutôt droit, la main qui tenait la sienne encore quelques secondes plus tôt gisait maintenant seule sur la table, l’autre occupée à froisser le rebord de la nappe en papier. Seuls ses yeux se mouvaient de temps en temps, sondant son regard et analysant ses gestes, tel un sismographe enregistrant chaque tremblement de terre. Naturellement, les mouvements étaient bien moindre et les répliques inexistantes. Cependant, les répercussions pouvaient se voir à l’œil nu et s’évaluer en un éclair. Ils n’étaient pas indemnes, un évènement les avait brisés et ils se déplaçaient désormais au ralenti dans un monde éveillé et presse, deux âmes détruites puis rafistolées de part en part. Ils continuent à s’effriter et à prendre l’eau mais ils suivent leur route, imperturbablement. Croyant peut-être sauver les apparences. Ils étaient vains mais se refusaient à l’admettre, personnes entêtées qui s’affrontent, croisant le bois sens se rendre compte que le combat ne les mènera à rien, si ce n’est à leur perte.


« Est-ce que vous pourriez me ramener s’il vous plaît ? » Demanda-t-elle en se redressant brusquement.

Sa réaction avait été si soudaine qu’elle faillit entraîner la nappe avec elle et Mulder dût l’agripper pour éviter que leurs verres ne s’échouent sur le sol. Il se mit debout à son tour, la surplombant inévitablement de sa grande taille.


« Je suis désolé, je ne voulais pas vous mettre mal à l’aise. » S’excusa-t-il sans pour autant savoir ce qu’il avait fait de mal.

Calme et relativement détendue, elle lui était apparue comme prête à parler ou du moins à confier quelques détails qui lui permettraient d’avancer dans ses recherches.


« Non, je voudrais simplement me trouver dans un endroit moins publique si vous comptez m’hypnotiser. » Répliqua-t-elle en glissant la lanière de son sac sur son épaule.

Cette réponse eut le don de faire taire Mulder, il s’activa et ils rejoignirent l’hôtel en un temps record. Bien qu’il connaisse les rudiments de cette méthode, il n’avait jamais effectué l’expérience lui-même sur une victime ou un patient. Pour cette raison, il appréhendait quelque peu de se s’entraîner sur une femme déjà fragilisée par son histoire personnelle.

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MessageSujet: Re: Terribilis est locus iste   Mar 3 Juin - 17:57

Le réceptionniste leur avait adressé un regard entendu lorsqu’ils étaient passés devant lui pour aller s’enfermer dans sa chambre d’hôtel à une heure si tardive. Dana ne se fit pas de souci, elle parvenait à ignorer les jugements d’autrui et ce de mieux en mieux. A part peut-être les remarques de certaines personnes de sa profession ou de son entourage. Elle supposait qu’il en était de même pour tout le monde, on ne peut s’immuniser de tout, c’était une leçon qu’elle avait rapidement assimilée, que ce soit dans son métier ou dans sa propre expérience. Hélas, c’était souvent un simple mot ou un geste qui pouvait lui faire réaliser ses faiblesses, ou rouvrir des plaies qui n’avaient jamais le temps de complètement cicatriser.

D’une main tremblante, elle tourna clé dans la serrure et tourna la poignée pour laisser Mulder entrer dans sa suite. Chaque fois qu’elle venait, le propriétaire lui réservait sa meilleure chambre pour un prix dérisoire. Compassion ou pitié, elle ne souhaitait pas le savoir.


« Excusez-moi un instant. » Souffla-t-elle en doublant Mulder pour se réfugier dans la salle de bain.

Une fois dans la petite pièce illuminée de blanc, Dana prit appui sur le rebord du lavabo pour ne pas s’effondrer au sol. D’où lui était venue cette idée saugrenue ? De l’hypnose ? Vraiment ? Au lieu de s’asperger le visage d’eau, elle remplit juste le fond d’un gobelet qu’elle but ensuite d’une traite et le reposa au même endroit. Oui, elle avait quelque petites tendances qui l’agaçaient parfois tant ses manières devenaient ridicules. Exaspérée par son propre comportement, Dana esquissa un léger sourire à son reflet et leva les yeux au ciel.


« Est-ce que je dois m’allonger sur le lit ou le fauteuil suffira ? » Questionna-t-elle en rejoignant Mulder qui se trouvait à proximité de la fenêtre.

« Qu’importe, il faut que vous vous sentiez à l’aise, en confiance aussi bien avec votre position qu’avec la personne qui vous parle. » Expliqua-t-il afin de lui laisser l’occasion de changer d’avis.

Dana hocha la tête puis se pencha pour rapprocher le fauteuil de la lumière qui provenait de l’extérieur. La nuit était tombée mais les lampadaires de la rue procuraient un lumière convenable.

Les doigts entremêlés sur les genoux, observa Mulder qui s’installa face à elle, sur le rebord du matelas. Il semblait plongé dans ses réflexions, il se repassait probablement en tête la marche à suivre pour endormir son patient en douceur et ne pas lui faire perdre les pédales.


« Adossez-vous complètement et posez vos mains sur vos cuisses, paumes vers le haut. » Commença-t-il calmement. « Il faut vous détendre le plus possible et prendre de longues inspirations par le nez. Ensuite, expirez le plus lentement possible par la bouche. Fermez les yeux, je vais mettre mes mains dans les vôtres. » Indiqua-t-il, ce qu’il n’aurait pas fait s’il n’avait pas su combien ce geste pouvait atteindre la jeune femme en temps normal.

« J’ai l’impression d’avoir Freud en face de moi. » Murmura-t-elle, préférant la dérision comme moyen de défense.

« Alors vous vous trompez car je n’utilise pas sa méthode, dans ce cas précis je m’appellerais plutôt Erikson. » La corrigea-t-il avec soulagement, elle se laissait aller peu à peu. « Continuez à respirer comme je vous l’ai appris et imaginez un endroit, un lieu qui vous rappelle cette période. » Demanda-t-il sans préciser à quoi il faisait allusion, elle s’en doutait bien.

Dana suivait ses instructions à la lettre, s’interrogeant toujours sur le bien fondé de cette décision. S’envahir d’un sommeil éveillé pour atteindre les souvenirs les plus refoulés de la sa conscience était une notion qu’elle n’avait jamais embrassé totalement. Eduquée en tant que scientifique, médecin habilité à trouver des raisons, des origines à tous les maux. Evidement, elle ne mettait pas toujours le doigt sur l’origine de certains symptômes, mais elle s’évertuait à croire qu’il existait une raison à toute chose. Qu’il s’agisse d’une maladie ou d’un traumatisme. S’abaisser à l’hypnose n’avait pas fait parti de ses projets en venait à Washington, mais lorsque l’on obtient plus de résultats, il faut parfois s’ouvrir aux possibilités les plus extrêmes.


« La bibliothèque. » Soupira Dana, se revoyant assise à une table, feuilletant un épais manuel d’anatomie. « Il fait très sombre. Le paquet grince sous nos pieds dès que l’on fait un pas. Je suis en train de travailler, il est tard il ne reste plus grand monde. » Décrivit-elle d’une voix relaxée.

« Qu’est-ce que vous aimez dans ce souvenir ? » Fit Mulder, caressant ses paumes du bout des doigts.

« Le calme qui est reposant. Mais surtout, l’odeur qui règne dans cette grande pièce. L’odeur du vieux papier, des livres rarement ouverts, des immense étagères en bois qui semblent dater de l’ancien temps… » Enuméra-t-elle, chaque image lui revenait avec un réalisme effarant.

« Est-ce que vous vous sentez prête à sortir de cette bibliothèque ? »

« Je ferme mon livre et le range sur la pile à ma droite. Un employé s’occupe de le remettre au bon endroit. Je regroupe mes affaires, je suis dehors. L’air est frais alors je referme ma veste entièrement. J’enfonce mes mains dans mes poches et je me mets en route. Le trajet n’est pas long, juste quelques minutes pour rejoindre ma chambre d’étudiante. » L’informa-t-elle avec conviction mais ralentissant le rythme car inconsciemment, elle sentait qu’elle approchait le moment fatidique.

« Est-ce que vous avez sorti votre clé ? » S’enquit Mulder, serrant cette fois ses mains pour l’assurer de sa présence.

« Elle… Elle est dans ma poche, je suis sur le point de la sortir lorsque je perçois des pas rapides dans mon dos. Sur le coup je ne réagis pas car je pense qu’il s’agit d’une amie qui veut profiter de ma clé pour rentrer. Amy oubliait souvent la sienne… » Souligna Dana, tellement plongée dans ces authentique souvenirs que Mulder craignait l’instant où elle s’immiscerait dans ceux qu’elle avait refoulés si longtemps.

« Mais ce n’est pas Amy. » Devine Mulder, attentif aux moindres mouvements, à la moindre inspiration qu’elle pouvait entreprendre et dénoterait l’arrivée imminente d’une crise de panique potentielle.

« Non, ce n’est pas Amy. » Acquiesça Dana, courageusement. « Le bras d’un homme enserre mon cou si fort que je ne peux plus respirer. Je sens son souffle près de mon oreille avant qu’il se rabatte son autre main sur mon visage pour appliquer un morceau de tissu sur ma bouche. »

« C’est là que vous essayez de savoir quel type de produit il a utilisé. » Se rappela Mulder.

« Oui, je pense qu’il a utilisé de l’éther. Je… Je me suis retrouvée dans les vapes presque tout de suite. » S’excusa-t-elle comme si elle pouvait quoi que ce soit.

« Est-ce que vous avez senti quelque chose ? Il vous a portée ou traînée sur le sol ? »

« Il m’a portée, je crois, car tout à coup j’ai senti mon sang me monter à la tête. Il a dû me mettre sur son épaule. » Supposa-t-elle ouvertement. « Je me… »

« Oui ? » L’invita Mulder lorsqu’elle s’interrompit, comme si elle hésitait à prononcer les mots.

« Je crois qu’il m’a mise dans un camion, à l’arrière… Oh… J’entends le claquement des portières. » Fit-elle, déstabilisée.

« Dana, c’est très important. On n’a jamais su dans quel véhicule il transportait ses victimes. Est-ce que vous avez vu le camion, sa couleur, sa plaque, n’importe quoi. » Insista Mulder, sentant qu’ils touchaient peut-être une piste.

« Je ne sais pas… » Chercha-t-elle, déterminée, les yeux plissés comme pour mieux voir dans le fond de sa mémoire. « Clair… Peut-être blanc… Il y a un dessin bleu sur la porte arrière… Je ne le vois pas bien, j’ai la tête à l’envers. » Ajouta-t-elle, comme si c’était sa faute.

« Ce n’est pas grave Dana, ne vous en faites pas pour ça, dites-moi juste ce que vous voyez. Si vous n’y arrivez pas, on passe à autre chose. » L’apaisa-t-il immédiatement avant qu’elle ne se braque trop à cause de la culpabilité qu’elle ressentait.

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MessageSujet: Re: Terribilis est locus iste   Ven 6 Juin - 21:25

Son corps était rigide, elle ne remuait plus un muscle et surtout, sa respiration était devenue haletante, entrecoupée de soupirs saccadés. Les signes étaient reconnaissables entre mille, elle se ne remémorait plus de souvenirs entiers, elle atteignait désormais des bribes de visions oubliées, altérées par l’éther et le temps. Il était rare que des gens puissent obtenir une précision parfaite mais quelque fois, lorsqu’une confiance est installée, il est possible de retrouver des informations d’une importance capitale.

« Après il y a eu le placard… Je ne sais pas si j’ai reperdu connaissance ou si je me suis rendormie de fatigue. Je ne sais pas combien de temps s’est écoulé ensuite. Il est revenu, et il m’a conduite jusqu’à la salle de bain. J’entends encore l’eau couler à flot, le crissement des robinets lorsqu’il les referme. Je suis restée paralysée près du lavabo… » La jeune femme s’interrompit, des larmes dévalant ses joues à toute allure pour venir se fondre dans son cou.

« Et c’est cette peur qui vous a donné la force de vous débattre. » Poursuivit Mulder, ancré dans son histoire, suspendu à ses lèvres mais récalcitrant à l’idée de la forcer.

« Oui… j’ai… Oh mon Dieu je ne me souvenais plus… » Vacilla-t-elle, la bouche entrouverte pour espérer capter plus d’air. « Il avait allumé des bougies, lorsqu’il s’est retourné vers moi, je lui ai envoyé la cire à la figure… Il a reculé d’un pas en se maintenant le visage alors je l’ai poussé et j’ai essayé de… j’ai essayé mais je n’ai pas pu… » Scully ne pu continuer à dissimuler les sanglots qui menaçaient de lui échapper depuis plusieurs minutes.

« Dana ? Dana, ouvrez les yeux. » Réclama Mulder, ne préférant pas insister sur cette route glissante.

« Non, non je peux aller plus loin, je veux… » S’obstina Dana en serrant paupières et mâchoires.

« Non. » Lui interdit Mulder, elle ne devait pas se laisser submerger par ses émotions. « Non Dana, vous devez ouvrir les yeux, c’est suffisant pour ce soir. » Décréta Mulder sur un ton qui ne laissait aucune place au refus.

A son insu, il s’était avancé vers elle jusqu’à prendre appui sur un genou et poser ses mains sur les siennes. Si bien qu’en ouvrant les yeux, Scully se retrouva face à lui, leurs lèvres à peine à quelques centimètres les unes des autres. Il pouvait sentir son souffle sur sa peau et l’envie irrésistible de s’approcher, juste un peu… juste assez… Pour l’embrasser sur le front. Résister à la tentation n’était pas chose aisée, mais céder à la facilité n’aurait pu le mener bien loin. Elle non plus. A quoi lui servirait-il de la mettre dans l’embarras ? Tout ce que Dana désirait, ce n’était pas lui mais le réconfort qu’il pouvait lui apporter, l’aide qu’il était avide de lui procurer. Pourquoi l’effrayer ?


« Je suis désolé. » Balbutia-t-il en se relevant, il passa les mains dans ses cheveux comme pour se laver de tout regret.

« Vous n’avez pas à l’être. » Murmura-t-elle en retour, les épaules effondrées, elle tournait et retournait nerveusement la bague ornant son majeur droit.

L’aurait-elle souhaité ? Aurait-elle répondu à ses avances s’il avait eu le courage de les préciser davantage ? Il avait l’impression de sentir de la tristesse dans sa voix, comme une attente non exaucée. Le même sentiment que Mulder tentait d’enfouir au dessus de lui. Ce besoin irrépressible de la prendre dans ses bras et de bêtement lui promettre que tout irait bien, que tout s’arrangerait comme par magie s’ils ignorent les disfonctionnements évidents qui les entourent. Le dénie, quelle jouissive invention de l’esprit, permettant à la fois de ne pas affronter la réalité et de décupler les conséquences futures de manière plus qu’exponentielle.

Près de la fenêtre, elle lui tournait le dos, son corps encore frissonnant suites aux terribles images qu’elle s’était remémorées. Ses bras étaient croisés sur sa poitrine, position défensive qui lui laissait entrevoir ses mains, tremblantes elles aussi.


« Je ne me suis pas sentie aussi démunie depuis mon dernier témoignage au tribunal. » Se confia-t-elle, apparemment en colère contre elle-même, agacée d’être aussi faible.

« D’après les compte rendus que j’en ai lu, l’avocat de Pfaster était un véritable petit roquet, il a dépassé les bornes plusieurs fois. » Compatit Mulder, il ne comprenait pas comment on pouvait accepter de défendre un homme aussi vil.

« Le juge a dû le remettre plusieurs fois à sa place lorsqu’il m’interrogeait. » Expliqua-t-elle en acquiesçant doucement.

Mulder renfila la veste qu’il avait ôtée pour leur séance puis il recula en direction de la porte. Une main sur la poignée, il dirigea son regard vers la jeune femme perdue dans ses pensées.


« Essayez de dormir. Je sais que ce n’est pas facile mais reposez au moins votre organisme en vous allongeant. » Conseilla-t-il en sachant pertinemment qu’elle savait déjà tout ça. « Je vais attendre dans le couloir qu’on vous envoie deux nouveaux chaperons. » Glissa Mulder avec un demi-sourire afin que la pilule soit plus facile à avaler.

« Mulder ? »

Son nom résonna dans ses oreilles et il fut étonné de la voir si proche de lui lorsqu’il pivota. Mulder fut encore plus surprit quand elle se hissa sur la pointe des pieds et déposa ses lèvres sur les siennes. Sa réponse fut immédiate, l’embrassant en retour, sentant ses bras entourer son cou et leurs corps pressés l’un contre l’autre. Il avait l’impression que s’il serrait davantage, il l’étoufferait, ou la briserait telle une poupée de porcelaine. Pourtant elle restait forte contre lui, tous ses muscles en éveil pour retransmettre chaque sensation, chaque contact physique dans sa plus grande intensité. Les jambes flageolantes, l’esprit vide de toute raison, il tituba jusqu’au lit, la soulevant dans son étreinte. Ils s’écroulèrent sur les couvertures, membres entremêlés, bouches assoiffées, mains vagabondes…

Les gestes de la jeune femme étaient brusques, impatients, lorsqu’elle le caressait. Ses ongles s’accrochaient aussi bien dans les vêtements de Mulder que dans la peau de son dos, le marquant de griffures singulières.

Il se trouvait au dessus d’elle, noyant son cou de baisers alors qu’elle gémissait sous ses administrations. Mulder ne réfléchissait plus, il était comme hypnotisé par cette femme qui s’offrait à lui sans le juger, qui ne posait pas de questions.


« Mulder… » Soufflait-elle d’une voix emplie de plaisir.

Sa bouche s’aventura plus au sud, découvrant la naissance d’un sein alors que ses mains se perdaient le long de ses hanches, remontant dans son dos.


« Mulder… » Répétait-elle, encore et encore. « Mulder… Non… Je… »

Ce mot eut l’effet d’une douche froide sur lui et lorsqu’il l’entendit, il s’arrêta net pour chercher le regard de son amie. Tous deux essoufflés, ils s’observaient en silence, les bras de Dana barrant son torse sans pour autant le repousser.

« Est-ce que ça va ? » S’enquit Mulder, inquiet d’avoir mal interprété sa démarche, il prit appui sur ses coudes pour capturer son corps et l’empêcher de fuir.

« Je suis désolée… Je ne… Je ne sais pas ce qui m’a pris, je suis désolée d’avoir commencé mais je ne peux pas… Excuse-moi… » Murmura-t-elle, en fermant les yeux.

Mulder ne pu résister, il déposa un baiser sur son front en signe de compréhension puis se détacha d’elle pour s’allonger à ses côtés. Son bras entourait la taille de la jeune femme qui ne le retira pas et resta les paumes vers le ciel, soumise et feignant l’insensibilité.

Avançant son visage, Mulder le nicha entre sa joue et son épaule, caressant son ventre pour la réconforter.


« Respire, je sais que ça peut arriver… on ne sait jamais trop pourquoi. » La rassura-t-il en fermant les yeux, il était tout aussi coupable d’avoir cédé. « Ce n’est pas une bonne idée de toute façon. » Insista-t-il de plus belle.

« Je suis désolée… Je t’ai… » Commença-t-elle avec remords.

« Tu m’as sauté dessus. » Termina-t-il pour tenter de la soulager par l’humour.

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MessageSujet: Re: Terribilis est locus iste   Ven 20 Juin - 0:14

« J’ai tellement besoin de quelqu’un… d’une présence… de bras autour de moi… C’en devient maladif. » Avoua-t-elle en tournant la tête du côté opposé.

Mulder l’attira contre lui, sur lui, et elle se blottit autant qu’elle le pu, reconnaissante pour la mansuétude dont il faisait preuve à son égard. Elle avait agi sous l’impulsion, le voir partir l’aurait laissée si vide, abandonnée à sa solitude habituelle. Il ne la considérait pas comme une victime et elle espérait qu’il n’avait pas répondu à ses avances parce qu’il avait pitié d’elle mais plutôt parce qu’il la désirait. Son agression remontait à 6 ans et depuis, ses relations avec les hommes, si tant est qu’il y en avait, n’étaient plus les mêmes.


« Est-ce que je peux vous demander quelque chose ? » Fit-elle presque timide.

« On est repassés au vouvoiement ? » La taquina Mulder, massant son dos avec délicatesse.

« Non… Je… »

« Est-ce que je peux rester cette nuit ? Je ne sous entends rien, je veux juste rester là, comme ça. » Demanda-t-il soudainement, lui ôtant littéralement les mots de la bouche.

« Merci. » Dit-elle, en guise de confirmation, soulagée de ne pas avoir à effectuer la requête.

« Vas te changer, je ferme la porte et les rideaux. » Fit-il en se redressant.

Dana Scully ne serait pas seule ce soir, pour la première fois depuis bien longtemps. Quelqu’un veillerait sur elle. Pas besoin de médicaments, de système d’alarme ou d’arme sous l’oreiller. Aussi simple que cela. Un homme. Un quasi inconnu qui avait éveillé en elle plus de confiance que jamais personne n’était parvenu à obtenir auparavant. Avec lui elle se sentait normale, elle-même, une femme. Un être humain à nouveau, pas un corps balafré que tout le monde veut voir mais refuse d’accepter. Devant le miroir, elle reboutonnait son haut de pyjama à la va-vite, n’ayant que faire de ses vêtements éparpillés sur le sol.

***


« Bonjour. » Fit-elle en pénétrant la grande pièce inondée par le bruit.

Comme si son oreille était habituée à la détecter parmi la foule, Mulder releva les yeux pour voir Dana Scully s’approcher de lui et se planter face à son bureau. Ses bras étaient croisés sur sa poitrine et elle l’observait d’un air intrigué, sa curiosité évidente face à l’entassement des dossiers autour de lui. Mulder était assis sur l’angle d’une table adjacente, recourbé au dessus de l’imprimante qui crachait feuille sur feuille.


« J’ai une bonne nouvelle, ta description du logo sur le camion a pu nous aider. » Annonça-t-il fièrement, pointant son crayon dans sa direction avant d’en mordiller l’extrémité.

« Vraiment ? Est-ce que vous avez un nom ? » S’enquit immédiatement la jeune femme sans perdre de temps pour s’installer dans sa chaise.

Lorsque Mulder se tourna pour continuer son récit, leurs genoux s’entrechoquèrent et ils échangèrent un regard complice. Les contacts entre eux se faisaient moins rare et de plus en plus, Dana Scully apprenait à les apprécier, à les anticiper, parfois même, à les initier. Il était bon de se sentir à l’aise avec un homme, enfin, après tout ce temps gâché par le doute et l’indécision.


« Je suis en train de recevoir une liste des employés de la société de produits surgelés Ficicello. Est-ce que tu pourrais m’aider à comparer les adresses des employés qui travaillaient là en 1985 avec le quartier où tu as été retrouvée ? On n’a jamais retrouvé la maison d’où tu t’étais enfuie, ça pourrait nous servir de visiter le lieu du… De ton agression. » Corrigea-t-il à la dernière seconde, ne souhaitant pas la blesser en utilisant des termes trop crus.

« Donne-moi la moitié. » Suggéra Dana en tendant la main vers la pile de documents.

Mulder s’exécuta, souriant légèrement en la voyant se plonger dans le travail plutôt que de se laisser noyer. Ils analysèrent leurs informations plusieurs heures et à l’aide de quelques coups de téléphones à ses collègues, Mulder mit enfin le doigt sur une piste qui en valait la peine d’être explorée.


« 88 Doughty Street, Annapolis ! » S’exclama Mulder d’un ton triomphal.

Il se s’attarda pas sur le visage crispé de Dana et s’empara de sa veste, ainsi que son holster qu’il plaça à sa ceinture. Une fois prêt, il réalisa la portée de ses actes et surtout, de cette découverte. Dana lui tournait toujours le dos et elle n’avait pas bougé d’un centimètre, plantée sur sa chaise, le dos droit, la nuque raide. Rien de plus efficace pour affaiblir l’entrain de Mulder.

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MessageSujet: Re: Terribilis est locus iste   Sam 28 Juin - 15:51

« Je présume que tu ne veux pas que je t’accompagne ? » Fit-elle, la gorge serrée.

« Dana… Je dois d’abord passer chez le juge pour le convaincre de me délivrer un mandat. » Commença-t-il, se grattant l’arrière du crâne. « J’avoue que… Je ne sais pas trop quoi en penser. Je ne veux te forcer en rien, mais… »

« Mais peut-être que revoir ces lieux réveillerait mes souvenirs. » Conclut Dana en finissant par se lever pour lui faire fasse. « Je comprends, je suis un peu inquiète de ce qui pourrait se passer mais je sais que je suis ta dernière chance. » Reconnut-elle à contrecœur.

Les épaules affaissées, Mulder acquiesça plus ou moins, il se sentait coupable de l’entraîner sur cette pente glissante. Le seul détail qui le soulageait était de percevoir dans sa voix combien elle était honnête. Si elle lui en tenait rigueur, il osait espérer qu’elle lui en ferait part, à l’aide du moindre indice. Il guetta ce signe quelques instants puis, satisfait de voir qu’elle semblait tenir le coup, il empoigna sa main. D’une simple pression de leurs paumes, Mulder venait de lui assurer qu’elle ne risquait rien tant qu’il serait à ses côtés. Sa réponse fut immédiate et tous les deux rejoignirent son véhicule sans mot dire.


***


Le rugissement sourd du moteur céda la place à un silence oppressant, entrecoupé par le cliquetis des clés que Mulder avait désormais en mains. Du coin de l’œil, il pu constater que Scully s’appliquait à respirer de manière contrôlée. La portière de la voiture se trouvait être l’ultime barrière entre l’univers confortable de l’habitacle et cette maison isolée. La façade autrefois blanche avait revêtu une couleur jaunâtre, parcourue ça et là de lézardes parfois béantes. Les fissures faisait le tour de la demeure, remontant jusqu’au toit, sinueuses, interminables. Au pied du mur, les mauvaises herbes s’enchevêtraient avec le lierre et s’engageaient dans un combat certain dont l’issue serait la possession totale de la vieille villa négligée.

« On y va ? » Suggéra Mulder, deux policiers scientifiques patientaient déjà à l’extérieur.

D’un hochement de tête, elle se résolut à le suivre, ôtant sa ceinture et poussant cette portière qui lui semblait si lourde tout à coup.


« J’espère qu’il n’y aura personne. » Confia Scully sans trop de conviction.

« Ca ne ferait que repousser l’échéance. » Lui fit remarquer Mulder, accompagnant son commentaire d’un clin d’œil entendu.

Les marches en bois grincèrent sous leur poids, ajoutant au décor grotesque d’un mauvais film d’horreur. Néanmoins, les frissons étaient bien présents et ils n’étaient pas dus à une peur infondée et ridicule.

Mulder frappa à la porte et cette dernière finit par s’ouvrir sur une jeune femme à l’air exaspéré.


« C’est pourquoi ? » Aboya-t-elle immédiatement, d’un revers elle épongea son front perlant de sueur.

« Bonjour, Agent Mulder du département des Sciences du Comportement. Je suis navré de vous déranger mais au cours d’une enquête nous avons découvert que votre maison avait appartenu à l’un de nos suspects. » S’expliqua Mulder, gêné de devoir envahir l’intimité de cette femme alors qu’elle n’avait aucun rapport avec ses investigations.

« Et alors ? Qu’est-ce que vous voulez dire ? » Se méfia-t-elle, devinant déjà ce qu’il allait lui annoncer.

« J’ai ici un mandat qui nous permet de fouiller les lieux. » Ajouta-t-il en lui donnant le document en question.

L’inconnue le parcourut des yeux en quelques secondes puis chiffonna la feuille pour la lancer sur le perron.


« Il est hors de question que vous mettiez les pieds ici. Ma mère est gravement malade et ça risquerait de lui provoquer un malaise. De toute façon personne d’autre n’a vécu ici depuis 40ans alors vous avez dû vous planter de maison ! » S’emporta la femme avant de tenter de leur claquer la porte au nez.

« Attendez ! » Fit Mulder, faufilant son pied dans l’entrebâillement pour l’empêcher de fermer à clé. « Vous voulez dire que votre mère habite ici depuis 40ans ? » S’enquit-il, intrigué par cette nouvelle peu réjouissante.

« Susan, qu’est-ce qui se passe ma chérie ? » Demanda une vieille dame en s’approchant lentement.

Mulder se permit de faire un pas à l’intérieur, se penchant pour apercevoir la propriétaire, assise dans un fauteuil roulant. Son sourcil droit était dressé plus haut que le gauche et il faillit s’esclaffer en reconnaissant cette expression si familière à sa nouvelle amie.


« Bonjour Madame, je suis désolé de vous déranger mais je mène une enquête dans le quartier. Cette maison vous a-t-elle toujours appartenue ? »

« Bien sûr jeune homme, cette maison appartient à ma famille depuis plusieurs générations. » Répliqua-t-elle fièrement, comme si les lieux ressemblaient à un palace faisant des envieux.

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MessageSujet: Re: Terribilis est locus iste   Mer 2 Juil - 18:49

Quelque peu déconfis, Mulder se retourna vers Scully : son visage suffit à lui faire comprendre qu’ils étaient au bon endroit. Les yeux de la jeune femme semblaient inspecter chaque recoin de la demeure, allant du parquet émietté aux murs dénudés ça et là de leur papier peint. Des toiles d’araignées se faufilaient le long de la charpente au dessus de leur tête. Elles manquaient de les frôler tant elles s’affaissaient sous leur propre poids, envahies d’insectes non consommés. Autour des fenêtres, le plâtre apparaissait jauni par l’humidité, près à s’effriter à la moindre caresse.

« Je connais ce couloir… » Murmura Scully, comme si elle craignait que Pfaster ne réapparaisse tout à coup.

« Madame êtes-vous sûre que personne n’est resté vivre ici ? » Insista Mulder, ils touchaient au but, il en était persuadé.

« Ma mère est atteinte l’Alzheimer Monsieur, elle ne se souvient pas de son propre nom. » Rétorqua la jeune femme irritée, croisant et décroisant les bras en signe d’impatience.

« Est-ce que vous vous êtes toujours occupée d’elle ? » Se risqua Scully en effectuant pour la première fois un pas en avant afin de se placer devant Mulder.

« Oui… Enfin… Non, pas au début. » Répondit-elle, à la recherche de ses souvenirs enfouis.

« Est-ce qu’elle a eu infirmier, une aide pour le ménage ? » Continua Mulder, se portant à la même hauteur que Scully.

« Oui, mais ça fait une éternité… C’était il y a au moins… »

« 10 ans. » Devina Mulder sans trop de difficulté.

« Oui, ça doit être ça. J’étais mariée, j’avais ma famille, je ne pouvais pas venir ici et je n’avais pas les moyens de lui payer un séjour en institution. » Se justifia-t-elle, sentant bien que quelque part, on en viendrait à l’accuser d’une faute ou de négligence.

« Est-ce que vous avez vu cet homme ? »

« Non, c’est une société qui l’a recruté, j’en ai parlé avec ma mère au téléphone, quand elle avait encore toute sa tête, elle semblait tout à fait satisfaite de lui. Jusqu’au jour où il a disparu. Sans laisser de nouvelles. Peu de temps après, mon mari a demandé le divorce, je… Je n’ai plus eu le choix… J’ai dû lui laisser les gosses et je suis venue habiter avec ma mère. » Expliqua-t-elle, de plus en plus excédée par la situation et ne supportant pas de se trouver jugée pour la seconde fois.

Cependant, Mulder et Scully avaient bien d’autres préoccupations en tête et se moquaient bien de savoir si oui ou non elle méritait cette vie qu’elle rejetait avec tant d’ardeur. Au cours de leurs derniers échanges, Scully s’était approchée de la cheminée à côté de laquelle se situait un petit guéridon noir à tablette bleue. Le pied formait une courbure élégante jusqu’à toucher le sol et le maintenir en équilibre. L’une des branches en fer était légèrement tordue, mais si peu abîmée que le détail aurait échappé à l’observateur le plus fin. Seulement, pas à celle qui était responsable du défaut. Pas à celle qui s’en était servi pour frapper son agresseur…


« Mulder… » Souffla-t-elle, toujours accroupie, le regard figé sur cet objet peu anodin.

« Est-ce que ça va ? » S’inquiéta-t-il immédiatement, se forgeant un passage entre leur hôte éphémère et sa mère.

« C’est ici, je le sais. » Fit-elle en se redressant pour manquer de s’effondrer.

Au dernier moment, sa main rencontra le manteau de la cheminée et elle s’y rattrapa au vol. Les yeux fermés, elle revoyait des images en boucle, floutées par le temps qui la séparait encore de ce cauchemar éveillé. N’y voyant rien, elle fit tomber un cadre qui se brisa sur le sol irrégulier. Les lamentations de leur témoin mêlées au bruit des éclats de verre la ramenèrent dix ans en arrière. Si bien que lorsque Mulder posa le bout de ses doigts sur son épaule, elle sursauta violement et le repoussa de toutes ses forces, courant en direction de la porte.

Son aplomb de nouveau récupéré, Mulder se mit à sa poursuite et eut à peine le temps de la voir emprunter un chemin menant à la forêt. Il ne comprenait pas ce qui l’effrayait et se devait de la rattraper avant qu’elle ne panique complètement. Si elle se retrouvait encore une fois seule dans ces bois, elle risquait de ne plus jamais pouvoir dormir en paix.

Ce qu’il n’avait pas prévu, c’était qu’elle puisse s’échapper aussi vite malgré la hauteur des talons sur lesquels elle se trouvait. Comme si quelqu’un de haut placé l’avait entendu, elle trébucha sur une racine et vacilla sous ses yeux, stoppant net sa fuite et l’abandonnant sur le dos. Etendue là, son thorax se soulevait sous l’intensité de ses inspirations haletantes. Son regard pointait vers les cieux voilés par les branches des arbres. Seul son souffle raisonnait autour d’eux.


« Dana ? » L’interpella doucement Mulder pour ne pas la brusquer.

« Je me souviens Mulder… Son… Son couteau s’enfonçant dans ma cher… Je suis morte ce soir-là ! J’aurais dû mourir ce soir là ! » Cria-t-elle en prenant appui sur ses coudes pour l’observer dans les yeux avant de se laisser retomber en arrière.

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MessageSujet: Re: Terribilis est locus iste   Mer 13 Aoû - 2:10

« Non… Chut, calme-toi. » La conjura-t-il en s’asseyant près d’elle pour la prendre dans ses bras.

Ses mains le griffèrent et elle se dégagea de son étreinte, elle était une vraie furie qui ne fonctionnait plus que sous l’effet de l’adrénaline qui pulsait dans son sang. Elle tremblait de tous ses membres et ne cessait de répéter qu’elle « aurait dû, j’aurais dû ».


« Je me suis réveillée dans un placard ! Il m’a empoigné les pieds et m’a traînée jusqu’à la salle de bain ! Je pleurais, j’hurlais, je le suppliais de ne pas me faire de mal ! » Se rappela-t-elle progressivement. « Il a défait les liens que j’avais aux pieds et m’a laissée par terre. Quand il s’est retourné, je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai attrapé le guéridon et je le lui ai balancé en pleine face… Ensuite… Ensuite j’ai couru aussi vite que j’ai pu avec les poignets attachés. » Raconta-t-elle, titubant sur des jambes devenue fragiles.

« Tu es allée vers la forêt. » Compléta Mulder, plus qu’attentif à son discours.

Jusqu’à sa remarque, elle avait gardé les yeux en l’air mais à ses mots elle le fixa d’une manière si brutale qu’elle lui en glaça le sang. Il faillit tomber en arrière sous la gifle qu’elle venait de lui asséner par la pensée.


« Il m’a suivie. Et je suis tombée ! Petite idiote que je suis, je n’ai même pas pu courir correctement ! Je me suis écroulée à peine sortie de la maison ! » Se plaignit Scully, s’accusant d’une chute parfaitement compréhensible.

« Tes mains étaient liées, tu étais terrorisée, n’importe qui serait tombé ! Surtout dans le noir ! » La contredit Mulder, tentant en vain de s’approcher d’elle.

« Je me suis retournée et il était sur moi, à ma lapider les mains avec son couteau… Le sang me giclait dans les yeux… Je ne voyais plus rien… » Sanglota Scully, plongeant son visage dans ses paumes.

Mulder serra les dents, plus trop certain de vouloir en entendre autant mais sachant pertinemment qu’elle avait désespérément besoin d’évacuer ces effroyables souvenirs.


« Je ne sais pas comment j’ai fait… Je… Je lui ai donné un coup de pied entre les jambes et il s’est arrêté… J’en ai profité pour essayer de me relever mais… mais il avait repris le contrôle et… c’est là que je l’ai senti… » Lui confia-t-elle, d’une voix si basse qu’il devait tendre l’oreille pour la percevoir.

Il devinait déjà ce qu’elle allait lui dire, aussi ignoble que ça l’était, il l’écouterait, jusqu’au bout, jusqu’à ce qu’elle en tombe de fatigue. A en voir son attitude, ça ne saurait tarder, elle tressaillait déjà.


« Une douleur dans le dos… Une douleur comme jamais je n’en avais connues… J’étais paralysée, mes poumons s’écrasaient sur eux-mêmes et plus j’essayais de respirer, plus j’avais envie d’hurler… Je revois encore mes mains… mes ongles s’enfoncer dans la Terre… » Expliqua la jeune femme, tombant à genoux et reproduisant la scène sous les yeux effarés de Mulder. « Je l’ai vu du coin de l’œil et là, j’ai compris ce qui s’était passé… il m’avait enfoncé de couteau dans le dos et désormais il s’apprêtait à le retirer… Je ne sais pas comment j’ai fait… j’ai continué à ramper… il s’est jeté sur moi et m’a assené d’autres coups… Peut-être deux ou trois, jusqu’à ce que mes doigts se referment sur une pierre et que je lui fracasse le visage avec. »

Son ton était rauque, si grave que Mulder avait l’impression d’avoir affaire à son fantôme, prenant le relai là où les émotions sont trop intenses pour être contenues. Tous ses membres tremblaient telles les feuilles d’un arbre surpris par la tempête. Si elle ne se calmait pas immédiatement, elle risquait de sombrer dans les méandres d’une crise de panique. Mulder s’abaissa auprès d’elle et leurs bras s’encerclèrent.

« Je ne me souviens plus trop bien après… J’ai dû perdre connaissance… je… » Continuait-elle, encore et encore, son esprit incapable de se reposer.

« Tu es parvenue à te relever, tu as marché pendant plusieurs minutes jusqu’à rejoindre une route où un homme a failli te renverser avec sa voiture. Il s’est arrêté à ta hauteur et quand il a vu tout ce sang, il a été chercher du secours dans les maisons qui se trouvent un peu plus haut. » Compléta Mulder à sa place de part les informations qu’il avait pu rassembler dans son dossier.

« Comment… Comment ai-je pu… »

« Aller aussi loin ? » Questionna Mulder, devinant ses incrédulités légitimes. « La volonté Dana, la simple et pourtant décisive volonté de vivre. De faire en sorte que ta vie ne s’arrête pas dans un lieu et des conséquences aussi sordides. » Répondit-il avec une évidence déconcertante.

Alors qu’il ne s’en rendait pas compte, ses mains parcouraient le dos de Scully de leur propre accord. Ses vêtements étaient trop épais pour qu’il ne décèle quoi que ce soit mais il pouvait aisément imaginer les cicatrices ornant sa peau, régulières, impossibles à ignorer, présentes à tout jamais pour rappeler ce cauchemar.

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MessageSujet: Re: Terribilis est locus iste   Mer 13 Aoû - 22:23

« Je ne me souviens de rien… Juste… Juste de l’odeur de la terre… de la pluie… J’étais soulagée de sentir la pluie sur moi. »

Après tout cela elle avait dû se laisser aller à l’oubli, à l’inconscience qui permet au corps de résister à l’assaut de telles blessures. Le traumatisme était si profond qu’elle était restée plusieurs jours dans le coma jusqu’à ce qu’elle se réveille et emploi sa rage de vivre pour témoigner au procès et mettre ce monstre sous les verrous. Il avait fallu deux autres victimes pour mettre la main sur lui mais Scully avait aidé à l’identification et Donald Pfaster était allé tout droit derrière les barreaux pour le bien de tous.

Désormais il lui fallait de nouveau faire appel à cette détermination qui lui avait permis de tenir le coup au tribunal ou de l’autre côté d’une vitre sans teint. Elle devait encore une fois replonger dans cette terrible période et faire le travail de la police, quitte à y laisser sa santé mentale. Il resserra son étreinte autour d’elle, se demandant comment on pouvait infliger tant de souffrances à une seule et même personne. Le plus surprenant étant de savoir comment cette même personne était capable de faire face à une telle pression, encaissant les épreuves les unes après les autres sans rechigner.


« Calme-toi, tout sera bientôt fini. On a les lieux des crimes maintenant, c’est une piste supplémentaire. Peut-être que cette vieille dame se rappellera un détail vital et qu’on mettra la main sur ce type ? » Suggéra-t-il pour qu’elle ne baisse pas tout de suite les bras en se disant que tout repose sur elle.

Scully tourna la tête vers lui pour lui adresser un regard plus que sceptique puis tous les deux finirent pas se redresser. Mulder fut agréablement surpris de la sentir prendre appui sur son bras. Pas un mot n’avait été prononcé de sa part et Mulder ne le soulignerait pas car il ne fallait pas être expert pour deviner qu’elle s’éloignerait de lui à la première mention d’une quelconque faiblesse.


« On le trouvera. »

« Oui, à la prochaine erreur. »

« Exactement. »

« La prochaine erreur qu’il commettra sera son prochain meurtre Mulder, il n’y a pas de quoi se sentir rassuré. » Remarqua-t-elle avec acidité.

« Non, son erreur a été de te sous estimer. » Répliqua-t-il du tac au tac, la certitude à peine voilée sur son visage.

Sa réponse eut le dont de redonner un semblant de sourire à Scully qui ne trouva rien à redire. Ils alignèrent leurs pas, Mulder ralentissant les siens forcément plus amples grâce à ses grandes jambes. La vieille demeure apparut de nouveau dans leur champ de vision et ils retrouvèrent les deux femmes pour leur informer de la visite très prochaine de la police scientifiques. Celles-ci ne furent pas ravies de la nouvelles mais qu’elles le souhaitent ou non, leur lieu de vie avait été le théâtre d’atrocités qui devaient être élucidées. Mulder se retint de faire un détour par la cave, domptant la curiosité qui rongeait son esprit d’investigateur au profit de celui de l’homme, de l’ami qui comptait soutenir cette jeune femme si peu épargnée.


« Je te ramène à ton hôtel, je suis sûr que dès demain on aura quelques débuts de pistes. » L’avertit Mulder en refermant la portière derrière elle.

« Je sais très bien que tu vas revenir ce soir pour fourrer ton nez partout et te faire rembarrer par l’inspecteur du coin. » Se moqua doucement Scully, le clic de sa ceinture de sécurité retentit entre eux deux.

« Et alors, ça ne m’a jamais empêché de continuer à fouiner partout jusqu’à les exaspérer au plus au point. Je crois que c’est un petit plaisir sadique que j’ai à les faire enrager. » Plaisanta Mulder, ils s’éloignaient peu à peu de cet endroit sinistre et déjà Scully respirait plus librement.

« Ca a l’air de te réussir. » Acquiesça-t-elle, complice.

***


« Allo ? »

« Je te réveille ? »

« Mulder ? Il est quelle heure ? » Demanda Scully en se redressant dans son lit, ses paupières étaient trop lourdes pour qu’elle ouvre les yeux.

« 2h04. Je suis désolé, je n’aurais pas dû appeler. » S’excusa-t-il tout à coup en réalisant qu’il l’avait bel et bien arrachée à un sommeil nécessaire.

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MessageSujet: Re: Terribilis est locus iste   Ven 22 Aoû - 17:22

« Mulder, si tu as appelé c’est pour une bonne raison alors maintenant que je suis réveillée, autant me le dire ? » L’invita Scully, tournée de côté elle appuya sa tête contre sa main.

« J’ai peut-être trouvé quelque chose mais tous les gars ici me prennent pour un fou. » Avoua-t-il en baissant d’un ton.

Scully pouvait percevoir des voix en arrière fond et supposa immédiatement qu’il se trouvait dans le sous sol de cette vieille maison. Elle avait donc bien raison, il y était retourné et à cause de son caractère quelque peu original, les agents de la police scientifique éprouvaient à coup sûr des envies suicidaires.


« Est-ce que ça nous renseigne sur l’endroit où se trouve Pfaster ? » S’enquit Scully, s’efforçant d’ignorer le pétrin dans lequel Mulder se glissait peu à peu au travers de cette conversation.

« En fouillant dans les papiers qu’il a laissés, on a trouvé plusieurs fiches de payes provenant d’une société de produits surgelés… »

« Oui, la société Ficicello. » L’interrompit Scully, ne voyant pas où il venait en venir.

« Non, justement, la société Arcogel ! » S’exclama-t-il, satisfait de perdre encore plus.

« Et ? » Demanda Scully, craignant d’entendre sa réponse.

« Et cela nous prouve que notre cher Donnie Pfaster entretient une affection particulière pour les produits surgelés… Ce qui nous amène à la question : Dans quelle société a-t-il aujourd’hui réussi à trouver un poste ? » Conclut-il d’un air infantile plutôt agaçant.

« Oh mon Dieu, tu penses qu’on peut le retrouver de cette façon ? » L’interrogea Scully, contrôler ses réactions devenait ardu mais ils touchaient au but.

« Je passe te chercher dans vingt minutes. » L’informa Mulder et il raccrocha avant qu’elle n’ait le temps de piper mot.

Les couvertures semblaient étouffantes autour d’elle et Scully les repoussa d’un geste décidé. Ses pieds touchèrent le sol et elle s’empara de quelques vêtements avant d’aller s’enfermer dans la salle de bain. Quelques minutes plus tard, elle était douchée et habillée, ses cheveux humides bouclant dans le creux de son cou. Occupée à lasser ses chaussures, elle sursauta lorsque Mulder frappa à la porte. Dans l’obscurité, elle alla lui ouvrir et resta plantée là, muette.

Il avait rangé le costume Armani au placard, favorisant cette fois un jean et un tee-shirt gris clair, le tout couronné par une veste en cuir des plus élégantes.


« Hum… Je suis prête. » Se reprit Scully avant que Mulder n’en profite pour la taquiner.

Ils prirent sa voiture et Mulder lui expliqua qu’il avait dégotté plusieurs adresses d’entrepreneurs dans la région. Au beau milieu de la nuit, ils se promenaient en voiture, cherchant un café ouvert 24h/24h, patientant encore quelques heures avant d’aller sortir un juge de son lit pour qu’il leur fournisse un mandat. Au plus tôt, ils iraient ensuite faire du porte à porte, jusqu’à trouver dans quelle boîte Pfaster travaillait.


« J’aurais dû t’appeler une fois que j’avais eu le mandat, au lieu de ça je te garde éveillée toute la nuit. » Bougonna Mulder, ses doigts reproduisant une mélodie irrégulière sur le volant.

« Je ne dormais pas Mulder. » Le rassura-t-elle avec un demi sourire, elle ne semblait pas être la seule à s’autoflageller ces temps-ci.

« Ah non ? Pourquoi ? Tu fais des cauchemars ? » Demanda-t-il, intrigué.

« Non, enfin, je ne sais pas. Je n’arrêtais pas de penser à toutes sortes de choses. Des fois j’ai l’impression d’avoir un poste de radio dans la tête et d’être incapable de l’éteindre. » Décrivit Scully, un long soupir lui échappant.

« A qui le dis-tu… Le seul remède imparable que j’ai trouvé c’est soit de ne pas dormir du tout, soit de m’affaler sur mon canapé en laissant la télévision allumée pour faire interférence. » Plaisanta Mulder en garant le véhicule.

Scully ne répondit rien, silencieuse, elle désenclencha sa ceinture de sécurité et descendit sur le trottoir, surprise par le froid qui régnait dans les rues désertes de Washington. Mulder la rejoignit de son côté et d’une main posée entre ses reins, la guida jusqu’à la porte du restaurant nocturne. Il l’ouvrit pour elle et Scully se faufila près de lui jusqu’à trouver le confort d’une banquette située au fond de la pièce.


« Qu’est-ce que je peux vous servir ? » S’enquit immédiatement une serveuse aux traits tirés.

« Deux cafés, et si vous aviez quelque chose à manger, de la tarte, des croissants ? » Commanda Mulder, disposant de sa veste sur le dossier d’une chaise.

« De la tarte aux pommes, elle est encore chaude. » Suggéra la vieille femme d’un air bienveillant.

« Avec plaisir. » Fit Scully, ajoutant son consentement à celui de Mulder.

« Nous avons donc au moins deux heures à tuer. » Annonça Mulder sans trop savoir s’il devait s’en réjouir car il les passerait avec Scully ou si le désespoir de laisser Pfaster en liberté était de mise.



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MessageSujet: Re: Terribilis est locus iste   Jeu 4 Sep - 19:45

« Je veux venir avec toi. » Annonça Scully sans détour, les bras croisés et le regard ancré sur le dos de Mulder.

« Hors de question. » Rétorqua ce dernier, enfilant un gilet pare-balle et fixant les attaches sur le côté.

« Je veux être là, je veux voir sa tête lorsque Pfaster comprendra qu’il est fait. » Insista-t-elle, sa voix était métamorphosée, comme dénuée de toute émotion, dure et sèche, intraitable.

« Dana… »

« Arrête de m’appeler comme ça, arrêter de penser à *Dana* une minute et pense à Scully, au Docteur Scully. Je ne suis plus une victime, j’en ai assez d’être traitée de la sorte ! » S’exclama-t-elle subitement, pointant sur lui un index accusateur.

Son souffle était court et son impatience plus que palpable. On aurait dit un lion en cage, attendait avidement de pouvoir sortir afin de ne faire qu’une bouchée de sa proie. En l’occurrence, Donnie Pfaster. Ou *moi* peut-être, pensa Mulder pendant qu’il vérifiait son chargeur. Il n’osait même pas se retourner pour lui faire face. Non pas qu’il redoutait à l’affronter, il craignait plutôt de céder à la simple vue de sa détermination. Se retrouver dans cette situation ne plaisait pas à Mulder mais il ne pouvait pas accéder à sa requête, Donnie pourrait être armé.

Personne n’était dupe. Sa décision avait un lien bien plus prononcé avec son refus de la confronter une fois encore à ce monstre. Scully, comme elle voulait qu’il la considère, n’avait nul besoin d’apercevoir ce type ou de sentir son regard posé sur elle. Bien qu’elle ne le réalise pas encore, elle le remercierait plus tard, il en était persuadé.


« Ecoute, qu’est-ce que ça pourrait t’apporter ? Tout ce qu’on fit c’est débarquer chez lui, s’assurer qu’il n’est pas armé, lui passer les menottes et l’embarquer pour l’interrogatoire. » Répondit Mulder, effectuant finalement un demi tour.

« Est-ce qu’il faut que je te supplie ? » Lança-t-elle sur un ton déroutant. « J’ai compris, vas-y, vas jouer aux cowboys et aux indiens pendant que je me tourne les pouces ici. » Se ravisa-t-elle non sans lui démontrer sa déception. « La prochaine fois je te laisserai te débrouiller tout seul pour faire parler quelqu’un au lieu de… »

« D’user de tes charmes ? » Termina Mulder à sa place, se souvenant avec délice de l’intérêt exubérant dont l’employeur de Donnie Pfaster avait fait preuve à l’égard de Scully.

Au premier abord, il leur avait semblé plus que froid et peu coopératif, mais une fois que Scully avait pris les devants, Monsieur Pryor s’était rapidement rappelé que oui, il avait engagé un certain Matt Winters pour quelques livraisons. Il n’avait pas pu confirmer la ressemblance de « Winters » avec la photo de Pfaster mais c’était une piste plus qu’intéressante. Quelques heures et plusieurs coups de téléphone plus tard, Mulder se préparait à aller arrêter un homme susceptible d’être leur coupable.


« Je dois y aller, les gars m’attendent. » S’excusa-t-il, enfilant sa veste et contournant son amie.

Au dernier moment, il retourna sur ses pas et déposa un baiser furtif sur sa tempe. En un regard ils avaient scellé leur pacte : « Sois patiente. » « Fais attention à toi. » Aucun mot ne fut nécessaire.

***


Si elle continuait à serrer cette photo avec autant d’ardeur, Scully savait qu’elle finirait par la déchirer. Il lui était pourtant impossible de se contenir. Cet homme arriverait d’une minute à l’autre, Mulder l’avait contactée pour le lui le confirmer. Désormais elle attendait à son bureau, recourbée au dessus d’un tapis de clichés sordides, la représentant elle ou d’autres femmes tout aussi meurtries. Au fur et à mesure que les minutes s’égrenaient, sa pression sanguine s’affolait, abandonnant Scully à un tourbillon de pensées et de doutes. Que Mulder l’accepte ou non, elle verrait Donnie Pfaster, même si elle devait lui passer sur le corps.

Du bruit se fit entendre, des cris, des insultes, des mouvements brusques, tout cela poussa Scully à dévaler les escaliers du premier étage. Personne ne l’en empêcha, les policiers du commissariat s’étant habitués à sa présence presque constante dans les bâtiments au cours de ces derniers jours.

La jeune femme s’arrêta net au bas des marches, une photographie toujours nichée dans le creux de sa paume.

Lorsque Pfaster fut maintenu de force et qu’on l’obligea à avancer, son attention se porta directement sur elle. Sa chevelure rousse trahissant son envie de rester discrète afin de l’observer un instant.


« Scully… » Murmura Mulder sur le ton du reproche.

Il avait pu la convaincre de rester ici durant l’arrestation mais il était incapable de lui dire de retourner à l’étage comme on punit un enfant en le forçant à retourner à sa chambre. Scully avait amplement mérité ce droit après tout.

Comme si tout le monde autour d’eux savaient de quoi il s’agissait, toute activité cessa. Une chape de plomb s’abattit sur la grande salle, uniquement entrecoupée de chuchotements intrigués, ça et là. Scully marcha lentement jusqu’à faire face à son agresseur tout droit sorti du passé. Sa taille ne lui permettait pas une domination physique mais l’étreinte mentale qu’elle imposa à l’homme fut lourde. Il émanait d’elle une forme tout à fait admirable, si petite et pourtant si grande, elle imposait le respect.


« Dana… » Soupira Pfaster, surpris de la trouver sur son passage.

On aurait dit qu’il avait vu un fantôme, ne savait-il pas qu’elle était toujours en vie ? Croyait-il l’avoir suffisamment brisée pour qu’elle ne se redresse jamais des horreurs qui lui avaient été infligées ? Mulder n’aurait su le dire, peut-être Pfaster était-il tout simplement heureux de la revoir après toutes ces années, son esprit tordu n’en serait pas à une absurdité près.

Scully resta totalement maîtresse d’elle-même, le toisant de sa position supposément inférieure et lui transmettant tout son mépris.

Au bout de quelques instants, elle s’effaça pour que les policiers puissent le conduire jusqu’à la salle d’interrogatoire. Mulder accompagna Scully jusqu’à une petite pièce adjacente d’où elle assisterait à la confrontation. Il souhaitait au moins lui accorder ce droit et espérait les évènements ne pèseraient pas trop lourd sur ses frêles épaules.

***


« J’ai un alibi. » S’obstinait Pfaster depuis maintenant plus de deux heures.

Mulder était persuadé qu’il avait commis plus de meurtres que les rapports ne l’affirmaient. Il lui restait un peu moins de quatre heures pour tenter de valider sa théorie. Au bout de 6h, sa garde à vue serait terminée et il serait amené devant le juge qui l’affecterait à une nouvelle prison pour purger la suite de sa peine plus quelques années supplémentaires dues à son évasion. Rien ne pourrait alors permettre à Mulder de continuer ses investigations bien qu’il soit décidé à l’envoyer pourrir derrière les barreaux jusqu’à sa mort.


« Aussi fiable qu’une petite vieille presque aveugle et atteinte d’Alzheimer ? Aller Pfaster, je suis sûr que vous êtes capable de mieux ! » Le railla Mulder, ses manches retroussées pour révéler ses avant-bras saillants.

« Vous ne comprenez pas. » Se plaignit Pfaster, haussant les épaules et baissant la tête.

« Ce que je comprends, c’est que quoi que vous fassiez, vous retournez directement en prison. Alors quoi Pfaster, pourquoi ne pas avouer qu’il y a plus de 3 femmes ? Vous voulez vraiment me faire croire que vous avez aussi peu de libido ? Un homme comme vous ? Je ne pensais pas que vous étiez aussi… »

« ARRETEZ ! » Vociféra Pfaster, plaquant ses mains de chaque côté de son visage, recourbé sur sa table à cause des menottes qui limitaient ses gestes.« Je croyais que vous étiez un homme, trois femmes seulement, il n’y a pas de quoi se vanter. » Se moqua encore une fois Mulder, continuant à l’acculer, à le repousser dans les cordes.

« Quatre… » Maugréa l’homme entre ses dents.

« Quoi ? » L’interpella Mulder, il voulait le forcer à s’exprimer à voix haute.

« QUATRE !!! Il y en a eu QUATRE ! Et la dernière était ma préférée, j’aurais dû la tuer lorsque j’en avais l’occasion ! » Grogna-t-il de plus belle.

Il tenta de se lever mais son poignet droit l’empêcha d’aller plus loin que la table, un petit bracelet de métal entravant sa liberté.


« Oh, alors vous vous souvenez aussi d’elle ? » Demanda Mulder, intrigué par le comportement de son suspect.

Pfaster retomba dans son mutisme, ce qui eu le don d’agacer Mulder. Ce dernier lutta pour contrôler sa réaction lorsqu’il n’avait qu’une envie : lui refaire le portrait à l’aide de ses poings. La situation se compliqua considérablement et ce, à une vitesse incroyable. En l’espace d’un instant, ils n’étaient plus seuls dans la salle et Mulder ne pouvait plus discerner le visage de Pfaster.

En effet, Scully avait fait irruption dans la pièce, se plantant devant son agresseur et le fixant droit dans les yeux. L’une de ses mains était à plat sur la table, l’autre lui collait une photographie en plein visage. Elle criait à vous en fendre le cœur.


« Et ça ! Et ça tu t’en souviens ?! »

Mulder s’approcha doucement pour ne pas effrayer la jeune femme et posa son regard sur le cliché, se doutant de ce qu’il apercevrait. Scully se trouvait dessus, allongée sur le ventre, dévoilant son dos ravagé et couvert de sang. S’il n’avait pas eu l’estomac bien attaché, Mulder en aurait rendu son sandwich de midi au beau milieu de la salle.

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MessageSujet: Re: Terribilis est locus iste   Jeu 11 Sep - 20:07

« Scully... » Souffla Mulder, si elle suivait cette voie elle risquait de s’emporter et d’obtenir le contraire du résultat escompté.

Pfaster, restant de marbre, son regard rivé sur celui de la jeune femme. Tout à coup, il se leva et se pencha vers elle, saisissant sa main dans la sienne pour l’apporter à sa bouche. Scully voulut se dégager de son étreinte mais il était trop fort pour elle. Elle n’eut pas le temps de s’inquiéter car Mulder réagit immédiatement, retournant les doigts de Pfaster pour lui faire lâcher prise.

Scully recula de plusieurs pas, ravalant sa salive elle quitta les lieux en claquant la porte derrière elle.


***


Son corps trahissait l’étendue réelle de sa fatigue mais Scully refusait de l’admettre. Chaque muscle en elle criait douleur, cependant elle resta debout dans l’encadrement de la porte. La lumière qui provenait de la salle de bain ne faisait que renforcer la pâleur de sa peau, Mulder s’abstint de le souligner.

« Je repars demain matin. » Lui rappela-t-elle pour la troisième fois depuis le début de la matinée.

« Je sais. » Lui assura-il d’un ton las.

« Je ne suis pas sûre d’avoir envie de retourner là-bas. Tout le monde doit déjà être au courant de l’affaire. » Murmura-t-elle en haussant les épaule, elle tentait de faire croire par son attitude que plus rien ne lui importait.

Mulder se doutait qu’elle avait la sensation de revenir plusieurs années en arrière, à l’époque où elle devait non seulement affronter le procès, mais également les commentaires des gens autour d’elle. Rester ici, à Washington, n’arrangerait pas les choses mais lui permettrait, d’une certaine façon, d’échapper à des regards qui la mettaient mal à l’aise.


« Alors reste. » Répliqua Mulder avant de pouvoir se retenir.

De l’égoïsme, c’était ce dont il retournait, de l’égoïsme pur et simple. Le désir de la garder auprès de lui, de l’aider à retrouver un semblant de sécurité, de la découvrir au delà de son statut de témoin ou de survivante. Bien que sa suggestion aille à l’encontre de sa raison, il était évident qu’elle devait retourner chez elle et ne plus fuir ce qu’elle représente aux yeux des autres. La famille est primordiale et dans son cas, sa place se trouvait aux côtés de ses proches à San Diego.


« Je dois reprendre le travail dans une semaine. » Fit-elle à demi-voix, son regard semblant retrouver quelque peu sa lumière.

Prenant son courage à deux mains, Mulder se leva pour venir se poster face à elle, une main trouvant le chemin de la joue puis des cheveux de la jeune femme. Il l’attira contre lui pour l’envelopper de ses bras et il fut récompensé lorsqu’il sentit Scully répondre à son étreinte.


« Je sais que tu connais déjà Washington pour y avoir habité mais depuis quelques années, de nouveaux musées ont ouvert, ainsi que de nombreux restaurants… » Souffla-t-il en posant son menton sur le dessus de son crâne, leurs membres se fondant les uns dans les autres comme les pièces d’un puzzle.

« Toi ? Visiter des musées ? » Sourit-elle, le visage plaqué contre son torse.

« Il y a un début à tout. » Répondit-il, faussement outré.

« Oui, à tout. » Acquiesça-t-elle en fermant les yeux pour mieux profiter de l’instant.


FIN

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