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 Un autre visage de l'Afrique

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Polly

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MessageSujet: Un autre visage de l'Afrique   Sam 10 Juil - 17:36

Auteur : Polly (andreaparcoeur@hotmail.fr)
Rating : Tout public
Genre : AU, aventure, un semblant d'enquête
Résumé : Juste une envie de faire en sorte que Mulder et Scully se rencontrent autrement. Encore une fois!


Un autre visage de l'Afrique

S’ils n’effectuaient pas une pause dans les cinq prochaines minutes, Mulder savait qu’il rendrait son petit déjeuner en moins de temps qu’il en faut pour le dire. La route était des plus chaotiques, il s’agissait en réalité d’un chemin de terre envahi de pierres et de racines en tout genre. Le 4x4 dans lequel il voyageait datait de l’entre deux guerres. Quant à la rouille et aux impacts de balles qui parcouraient le véhicule, ceux-ci se révélaient être des témoins supplémentaires d’un passé plutôt animé.

A ses côtés, le conducteur d’origine ivoirienne ne se montrait pas très bavard. Mulder savait qu’il n’était payé que pour l’amener à bon port mais cela ne l’empêchait pas de lui faire la conversation. Après plusieurs approches, l’agent baissa les bras et se concentra sur les paysages sublimes qui défilaient sous ses yeux. C’était donc à cela que ressemblait la savane dont on entend parler à la télévision ou que l’on découvre dans des atlas. Rien ne l’aurait préparé à la beauté des lieux, ou à leur sonorité. On aurait cru que ces immenses étendues d’herbes hautes et brûlées par le soleil seraient également silencieuses, uniquement balayées par quelques coups de vent bien rares. Cependant, il y résonnait un bruit constant : des rugissements d’animaux que l’on ne parvient pas à distinguer parmi la végétation, le bruissement des feuillages, le bourdonnement incessant des insectes… Mulder était fasciné par l’endroit mais l’inquiétude montait en lui à la même vitesse que son admiration. Où mettait-il les pieds ? Pourquoi avait-il accepté de partir ?

L’image de ses trois compères Lone Gunmen naquit dans l’esprit de Mulder telle un mirage sur le bord d’une route. Tous accoudés au même bureau, le cernant de leurs regards suppliants.


« Très bien, j’irai voir de quoi il retourne ! » Avait-il promis, cédant à leur énième caprice sans se douter du bourbier dans lequel il se plongeait.

Skinner avait eu l’obligeance de se retenir d’un commentaire. Après tout, Mulder possédait bien 3 mois de vacances à récupérer alors son supérieur ne pouvait qu’accéder à sa demande de congé. Ils n’étaient pas dupes, tous deux pensaient que Mulder partait à la chasse pour revenir de nouveau bredouille. Comme toujours.


« Mwanamume »

« Pardon ? »
Questionna Mulder, réalisant que son guide venait de lui parler sans qu’il n’écoute le début de sa phrase.

« Répétez mwanamume » Fit l’homme avec patience.

« Mwanemume » Articula Mulder, tant bien que mal.

« MwanAmume » Le corrigea son compagnon de route.

« Muanamume. » S’exerça Mulder, intrigué par cet exercice. « Et qu’est-ce que ça veut dire ? »

« Homme, en swahili. Vous allez en avoir besoin. Je ne suis pas samvalano. » Expliqua-t-il avec évidence.

« Samvalano ? J’ai oublié mon dictionnaire de poche… » Maugréa Mulder, implorant les cieux.

« Je ne suis pas de la même vallée, pas le droit de m’aventurer loin. Faudra vous débrouiller tout seul. » Annonça l’homme. « Mwanamke, femme. Mwanamume, homme. » Reprit-il sans se démonter.

« Manamke, femme. Mwanamume, homme. » S’entraina Mulder.

« Soko, marché. Rawaandu, chien. »

« Soko, marché. Rana… »


***

Le chemin jusque là délimité prit soudainement fin à l’orée d’un bois verdoyant et humide. Le guide qui avait accompagné Mulder, Awadji, éteignit le moteur et descendit du véhicule. Mulder l’imita rapidement et fit le tour pour récupérer l’énorme sac à dos qui renfermait tout le nécessaire pour survivre en pleine jungle Africaine. La chaleur devenait insoutenable, la sueur perlait sur son front et plus il s’épongeait, plus Mulder avait la sensation d’être littéralement trempé. Son tee-shirt lui collait au corps et ses lunettes de soleil glissaient sur son nez, le forçant à les redresser à intervalles réguliers. Heureusement pour lui, il aurait beau être seul dans cet endroit sauvage, il été doté d’un GPS dernier cri : « cadeau d’adieu » de ses trois amis. Ils étaient persuadés de ne jamais le revoir, pensant sûrement qu’il se ferait dévorer tout cru par un cannibale.

« La tribu Kenge est plus loin dans la forêt, marchez toujours tout droit pendant deux heures. Il y aura de l’eau, suivez le courant et vous les trouverez. » L’informa Awadji en vérifiant que ses pneus n’avaient pas trop souffert. « Je reviens ici au lever du jour dans cinq jours. Si vous n’êtes pas là, vous y resterez. » Le prévint-il avant de remonter en voiture. « Bonne chance ! » S’exclama-t-il en relançant le moteur et disparaissant dans un nuage de poussière.

Mulder toussota quelque peu puis observa les fines particules de terre virevolter en l’air avant de se reposer sur un sol craquelé par la sécheresse.

Il réajusta son bagage puis consulta son GPS pour s’assurer que les données d’Awadji et de Frohike concordaient. Comme ça semblait être le cas, il se mit en marche.

Les fougères et autres arbustes ralentissaient sa progression mais Mulder était muni d’une machette qui lui facilitait grandement la tâche. Le plus exténuant, c’était de supporter le poids de son sac qui le déstabilisait souvent, décalant son centre de gravité. Néanmoins, une fois en route, Mulder trouva son rythme de croisière et avança sans trop de soucis.

Une clairière s’offrit à lui et tout à coup un son différent résonna dans la végétation. Plus de doute possible, le cours d’eau se situait dans les parages. Restait à savoir où exactement. Quelques tentatives infructueuses plus tard, le ruisseau apparut enfin entre deux larges rochers. Mulder s’y précipita et tomba à genoux pour y plonger ses mains et s’asperger le visage. La fraîcheur de l’eau le désaltéra immédiatement et fit naître la chair de poule sur la peau de sa nuque. Hélas, son soulagement ne fut que de courte duré. Des pieds se plantèrent sous ses yeux et Mulder redressa le regard le long de ce corps élancé, découvrant un homme à moitié nu, doté d’une peau d’ébène. Seul un morceau de cuir clair dissimulait sa virilité, mettant en exergue un large torse et des épaules carrées.

Mulder ne su quoi dire, de toute façon, personne ne l’aurait compris. En signe de paix, il leva ses deux mains devant lui pour présenter ses paumes ce chef de village.

Ce dernier marmonna quelque chose dans son propre dialecte et deux de ses soldats encerclèrent Mulder, l’empoignant par les avant-bras pour le traîner dans la direction opposée.

Mulder n’émit aucune résistance, il savait qu’on le conduirait tout droit au campement qu’il recherchait. Alors à quoi bon leur mettre dans bâtons dans les roues ?

Une fois parvenus sur les lieux, il resta ébahi d’admiration et de respect. Des enfants couraient dans tous les sens, criant et riant à gorges déployées. Plusieurs femmes avaient formé un groupe à l’écart, bavardant entre elles tout en allaitant ou en préparant la nourriture pour le soir. Leurs cheveux remplis de perles ivoire retombaient en de fines tresses sur leurs dos dénudés. Des morceaux d’os et de coquillages leur servaient d’ornements et de bijoux, leurs sourires parfaisant leurs apparats naturels.

Le temps s’était figé pour introduire Mulder dans un monde d’autrefois. Il s’en émerveilla totalement et tout regret s’envola aussitôt. Son désir de venir jusqu’au fin fond de l’Afrique ne lui semblait plus si fou et irrationnel. S’il ne parvenait à rapporter la preuve d’une activité paranormale, il se souviendrait au moins d’avoir aperçu ces lieux sublimes.

Le groupe d’hommes l’attira à l’écart du petit village, en direction d’une hutte blottie contre le flanc de la colline. Les parois de bois s’effritaient et le toit n’était recouvert que de quelques branchages et feuilles de bananier. Peut-être allaient-ils lui offrir l’hospitalité dans cette cabane en ruine ? Elle n’offrirait qu’un abri de fortune mais Mulder s’en satisferait grandement, ce n’était pas le climat aride de la région qui le découragerait de dormir à la quasi belle étoile.

Des mots qu’ils prononçaient, Mulder ne saisissait pas grand-chose à part peut-être « Manamke », ce mot qui signifiait « femme » en Swahili.

Tout à coup, une fois à la porte de la cabane, il fut propulsé vers l’avant et comme il ne s’y attendait pas, Mulder perdit l’équilibre et s’effondra de tout son long. Passant la porte, uniquement constituée d’un tissage coloré, il se retrouva le nez dans le sol poussiéreux de la modeste demeure.

Levant les yeux, il aurait juré que sa mâchoire venait de se décrocher. Devant lui se tenait une femme, agenouillée par terre, au chevet d’une enfant alitée. Vêtue d’un pantalon de toile et d’un chemisier, sa tenue ocre faisait ressortir sa chevelure rousse ainsi que sa peau rosie par le soleil. Celle-ci l’observait d’un air incrédule, ne s’attendant pas à sa présence parmi ce peuple retiré et semblant particulièrement irritée.


« On peut savoir qui vous êtes et ce que vous faîtes ici ? » S’emporta la jeune femme en l’attrapant par le bras pour le traîner hors de la hutte.

« Je suis désolé, je ne voulais pas causer le moindre souci. » S’excusa Mulder, réajustant son sac à dos et essuyant son front dégoulinant de sueur d’un revers de bras.

L’étrangère détourna son regard et, d’un langage presque inné, s’adressa au chef de tribu. Ce dernier hocha la tête, baragouina quelques propos supplémentaires puis s’éloigna sans pour autant demander aux autres de le suivre. Tout le groupe se mit à observer Mulder en ouvrant de grands yeux, chuchotant derrière leurs mains et souriant face à son mal être.


« Que lui avez-vous dit ? » Questionna Mulder, anodin.

« Que vous étiez mon mari. » Répliqua la jeune femme comme si de rien n’était, se penchant à l’intérieur de la maisonnette pour ramasser un linge.

Mulder faillit s’étouffer à cette remarque, s’attendant évidemment à tout sauf à ça.


« Votre mari ? Vous êtes sûre que vous allez bien ? » S’esclaffa-t-il, ce n’était pas l’idée en elle-même qui le déplaisait, après tout, cette jeune femme était des plus séduisantes.

« C’est le seul moyen pour qu’ils n’exigent pas notre départ sur le champ. A prendre ou à laisser. Maintenant suivez-moi et expliquez-moi comment vous avez atterri à Korouké. » L’enjoignit-elle en le dirigeant vers l’orée du bois.

Mulder prit le temps de déposer son bagage au sol, ce genre d’individu ne possédait probablement pas la notion du vol.

A mesure qu’ils avançaient les alentours se dévoilaient à eux, chaque parcelle recouvrant un morceau de nature que jamais Mulder n’avait eu l’occasion d’apercevoir. Jamais il n’avait été très à l’aise à la vue d’insectes mais les immenses libellules qui l’encerclaient virevoltaient dans des arcs-en-ciel de couleurs majestueuses. Comment rester de marbre face à ce spectacle ?


« Tenez, vous devriez vous rafraîchir avant de faire une insolation. » Lui conseilla-t-elle en lui tendant la serviette qu’elle avait encore à la main.

Mulde accepta son geste puis remarqua que la rivière se trouvait juste derrière lui, silencieuse et intensément claire. Dans son monde, il était inhabituel de voir une eau si limpide, préservée de toute pollution. Il s’accroupit, humidifia le carré de tissu et le porta à son visage. Cette fraîcheur soudaine contre sa peau le fit lâcher un soupir de soulagement. Quelques gouttes s’échouèrent à proximité et Mulder vit cette inconnue assise sur un rocher, le bas de son pantalon retroussé assez haut afin de tremper ses pieds dans l’eau jusqu’à ses genoux. Ses mains allaient et venaient dans la rivière pour créer de fines vaguelettes et la soulager du poids que le soleil faisait peser sur ses épaules. Les températures de la région étaient difficiles à supporter pour tout le monde.


« Est-ce que vous allez me dire qui vous êtes ou je dois vous ôter les vers du nez ? » L’interrogea-t-elle à nouveau.

« Je m’appelle Mulder. » Répliqua-t-il simplement.

« Mulder ? Ce ne serait pas plutôt un nom de famille ? » S’étonna-t-elle à juste titre.

« Si, mais il est hors de question que je vous révèle mon prénom, je me suis déjà suffisamment embarrassé pour la journée. » Plaisanta Mulder, avec tout de même une touche d’honnêteté.

« Alors pour vous ce sera Scully. » Rétorqua-t-elle le plus sérieusement du monde.

« Vous n’en avez pas ou vous aussi vous avez honte de la manière dont vos parents vous ont affublée ? » Demanda Mulder, intrigué par son petit manège.

« J’ai un prénom, tout ce qu’il y a de plus normal, mais je tiens à ce qu’on reste sur les mêmes bases. » Fit-elle sans se démonter.

« Très bien… Scully. » S’essaya-t-il, essorant la serviette avant de la submerger à nouveau.

« De toute façon ce n’est pas pour le temps qu’on va les utiliser que cela va vraiment importer. » Souligna-t-elle d’un air désabusé.

Son caractère opiniâtre et déterminé commençait à lui plaire. Elle ne semblait pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Avec son apparence fragile, sa tête n’atteignant pas l’épaule de Mulder, elle ne laissait pas entrevoir un bagout aussi prononcé.

Il cherchait la réplique adéquate, ôtant son haut pour mieux se désaltérer et s’ajouter un délai supplémentaire.


« Qui vous dit que je ne vais pas rester quelques temps dans cette merveilleuse forêt des plus hospitalières ? »

« Moi. Vous ne resterez pas un jour de plus ici ou vous risquez de compromettre ma mission. »
Affirma-t-elle en se relevant subitement.

Elle prit néanmoins le temps de se pencher pour déplier son pantalon, prendre de l’eau dans sa paume et l’appliquer dans sa nuque. Mulder ne la quittait pas des yeux, son attention rivée sur chacun de ses mouvements. Comment, lui qui n’avait jamais la moindre chance, avait-il pu tomber sur une telle femme au beau milieu de la jungle ivoirienne ? Ce constat le dépassait totalement mais pour rien au monde il ne s’en serait plaint. Restait juste à savoir s’il pourrait la convaincre de ne pas l’exiler, voire même de changer radicalement d’avis jusqu’à l’aider dans sa quête. A supposer qu’elle ne souhaite pas immédiatement le faire interner s’il lui révélait les vraies raisons de sa venue. Il n’était pas dupe et se doutait qu’il ne pourrait lui mentir éternellement, elle le décèlerait au premier mot ciblé qui échapperait de sa bouche.

Pour le moment, l’intérêt se portait sur elle et non sur lui alors Mulder en profiterait pour tourner le jeu à son avantage.


« Votre mission ? Quoi, vous êtes une sorte d’agent secret ? » Questionna-t-il feignant la légèreté.

« Je travaille pour Médecin du Monde. » Fit-elle, comme si sa réponse expliquait tout.

« Et… ? » L’invita Mulder.

« Pourquoi vous en dirais-je plus si vous-même ne voulez rien révéler sur votre identité ? » Le défia-t-elle en s’arrêtant net au beau milieu du chemin, les bras croisés sur la poitrine.

Mulder se trouvait debout devant elle, son tee-shirt à la main. A quoi bon rester vêtu lorsque tous les hommes de la tribu étaient torse nu ? Son expression n’avait guère évolué depuis les cinq dernières minutes : charmé, intrigué, amusé… Ses cheveux formaient des pics qui disparaitraient une fois secs mais pour le moment lui donnaient un air de petit garçon déboussolé... Dans le fin fond de l’Afrique.

De son côté, Scully tentait également de déchiffrer ce mystérieux visiteur. Qui avait bien pu lui imposer une telle épreuve ? Peut-être avait-elle pêché mortellement dans une vie antérieure pour mériter un tel supplice.


« Disons que je suis également en mission. » Lui concéda-t-il finalement, un sourire énigmatique accroché aux lèvres.

Scully lâcha un soupir d’agacement, cet homme commençait sérieusement à lui faire atteindre les limites de sa patience. Pour qui se prenait-il à débarquer ainsi dans un village dont il ne connait rien, prétendant tout savoir et mener la barque. Il pourrait toujours s’escrimer, Scully ne cèderait pas la première à ce petit jeu mesquin. Ses yeux fixaient le sol poussiéreux, à la recherche d’une échappatoire ou ne serait-ce qu’une remarque qui le remettrait à sa place.

La terre aride craquelait sous leurs pas, des fentes serpentant de la rivière jusqu’au village comme des routes sur une cartes. Elles indiquaient des dizaines de destinations à la fois, vous promettant un voyage différent à chaque piste empruntée. Scully aimait suivre ces lassos d’obscurité, sans se soucier du coin de la forêt où elle se retrouverait. Combien de mètres de profondeur se dissimulaient sous eux, presque capables de les engouffrer en une seule seconde ?


« …courir presque nu dans les bois… »

« Pardon ?! »

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MessageSujet: Re: Un autre visage de l'Afrique   Lun 12 Juil - 18:49

« Non, je voulais simplement vérifier que vous me suiviez toujours. » Sourit Mulder en l’observant réaliser son allusion.

« Vous ne répondrez jamais à ma question alors ? » S’enquit-elle l’immobilisant d’un regard noir.

« Je travaille pour le FBI. » Répliqua-t-il du tac-o-tac, comme si elle lui faisait peur tout à coup.

« Le FBI ? Qu’est-ce que le FBI peut bien faire en plein milieu d’une forêt de Côte d’Ivoire ? » S’étonna-t-elle en adoucissant ses expressions.

« Je ne suis pas vraiment ici de manière officielle. Disons que j’enquête pour des raisons plus personnelles. Il est évident que le FBI n’a aucune juridiction ici. » Se confia-t-il avec une touche de déception.

A cette remarque Scully haussa les épaules, montrant que cela l’importait peu. Du moment qu’il ne s’éternisait pas et ne lui mettait pas de bâtons dans les roues, tout irait pour le mieux. La nuit commençait à tomber, elle lui offrirait un refuge jusqu’au matin puis le forcerait à s’en aller pour ne pas menacer le déroulement de son propre projet.


***

« Vous devriez manger tout de suite avant d’être infesté de fourmis. » Conseilla-t-elle en s’asseyant à ses côtés sur le sol recouvert de feuilles.

La jeune femme l’avait conduit jusqu’à une seconde cabane, située non loin de la première, pour lui servir un semblant de repas. ‘Quelque chose’ était le mot le plus représentatif de ce qui se trouvait dans son ramequin de bois. La mixture ressemblait à une sorte de potage épais dont la couleur brune réprimait plus l’appétit qu’elle ne le donnait. L’odeur, en revanche, était des plus alléchantes.


« C’est vous qui l’avez préparée. »

« C’est une soupe typique de la région, un mélange de fruits et de légumes. » Répondit-elle en restant la plus évasive possible.

« Je crois que je ne veux pas en savoir plus. » Se confia Mulder, apeuré.

Il s’empressa d’avaler le contenu de son récipient, effectuant une grimace presque comique quand le goût lui remonta doucement l’œsophage.


« Vous ne m’en direz pas plus n’est-ce pas ? » Se risqua la jeune femme, cédant à la curiosité.

« A quel propos ? » Feignit Mulder sur le point de se rincer la bouche avec de l’eau.

« Si vous pouviez arrêter de vous ficher de moi je crois que ça nous aiderait grandement. » Rétorqua-t-elle en lui arrachant la gourde des mains pour en boire les trois quart.

Mulder l’observa d’un air amusé mais également soucieux. Il n’avait pas prévu de faire une telle rencontre et ce médecin semblait à deux doigts de lui mettre des bâtons dans les roues. A la recherche de la meilleure approche, son regard se perdit en direction de la petite fenêtre. A l’extérieur de la case la pluie tombait sans relâche, imbibant le sol terreux, les gouttes résonnant sur les flaques qui s’étaient formées tout autour d’eux. Quelques fuites dans le toit les empêchaient de s’asseoir n’importe où mais la petite demeure avait un côté très intimiste, illuminée par un faible feu de bois.


« Je travail pour une branche du FBI un peu… spéciale. » Commença-t-il en la voyant se concentrer comme si elle devinait déjà que l’histoire serait particulière. « Les Affaires Non-Classées. »

« Vous reprenez d’anciennes enquêtes qui n’ont jamais pu être résolues ? » S’enquit-elle, intéressée.

« Pas exactement, la plupart du temps on me réquisitionne afin de trouver des explications à des cas disons… hors du commun. » Précisa-t-il en grinçant des dents.

Pourquoi, lorsqu’il essayait de décrire son emploi, les mots qui lui venaient à l’esprit rendaient toujours son occupation des plus farfelues et incroyables ? Il ne pouvait lui dire que sa dernière enquête avait impliqué une contagion mystérieuse à la fumée de cigarette. Il imaginait déjà sa tête quand il arriverait au moment du récit où des personnes infestées par des milliers d’insectes se trouvaient miraculeusement guéries suite à l’ingestion de nicotine.


« Hors du commun ? Comment ça, Vous voulez dire des phénomènes paranormaux ou quelque chose comme ça ? » Sourit-elle sans vraiment y croire.

« Quelque chose comme ça. » Confirma-t-il le plus sérieusement de monde.

« Le Yéti ? Le monstre du Loch Ness ? » Insista-t-elle avec légèreté.

« Pas ces cas précisément mais j’ai pu croiser quelques spécimens intrigants. » Acquiesça-t-il en trouvant sa réaction étrangement calme.

« Je vous héberge pour la nuit et vous continuez tout de même à vous ficher de moi ! » S’exclama Scully, à la fois agacée et incrédule.

Mulder réalisa que ça aurait été un pu trop facile si elle avait avalé ses paroles sans ciller. Après tout, elle n’était pas devenue médecin comme par magie : un minimum de jugeote et de scepticisme avaient dû l’aider à le devenir.


« Je ne vous raconte pas de sornettes, tout ce que je veux dire c’est que dès qu’un enquêteur se retrouve confronté à un évènement inexplicable, c’est généralement à moi que l’on fait appel pour prendre la relève. Cela peut aller du paranormal, à la magie en passant par la télékinésie. » Détailla-t-il davantage en espérant paraître un peu plus crédible.

« D’accord, alors si je suis votre raisonnement… Qu’est-ce qui a bien pu vous faire débarquer au beau milieu de la Côte d’Ivoire ? Surtout que d’après vos dires, votre présence ici n’est qu’officieuse. »

Sa question l’abasourdit car il ne s’était pas attendu à ce qu’elle mette ses réserves de côté aussi rapidement. Il s’était préparé à de longues heures de justification et la voilà prête à ravaler ses doutes pour l’écouter jusqu’au bout. Cela faisait bien longtemps que personne n’avait pris le temps de l’écouter avec une telle patience.

« Mon travail, c’est en quelque sorte ma vie, ma passion. Je pars souvent sans avoir l’accord total de mon supérieur et je… fourre mon nez un peu partout, que ça plaise ou non. » Admit-il en haussant les épaules comme un jeune garçon timide.

« Oh, je vois, votre patron doit adorer ça. » Ironisa-t-elle en se tournant pour attraper un sac de toile de jute.

Assise près du feu, elle s’empara d’une petite buche et la déposa dans les cendres incandescentes afin de le relancer. Quelques souffles placés avec expertise et la lumière s’intensifia dans la pièce, les flammes faisant danser des ombres sur les murs irréguliers.


« Il a une capacité étonnante à fermer les yeux juste quand il le faut. » Se confia-t-il, satisfait.

« Alors qu’y a-t-il de si étrange dans cette forêt ? »

« Je sais que si je ne vous le dis pas vous allez me harceler pendant tout mon séjour ou pire, me jeter aux crocodiles. » Plaisanta Mulder sans grand succès.

La jeune femme en face de lui leva les yeux au ciel et le contempla d’un air désabusé. Il avait beau tourner certains propos en dérision, il n’en restait pas moins un homme intéressant qui dissimulait mal son intelligence.


« J’aurais une préférence pour les scorpions et les mygales, c’est plus fréquent par ici. » Le corrigea-t-elle. « Vous êtes toujours aussi prétentieux ou c’est juste en mon honneur ? » Se renseigna-t-elle, plaçant ses mains derrière elle pour s’appuyer sur ses paumes.

« Je vais vous décevoir, je suis toujours comme ça. »

« Vous allez répondre ou je dois vous tirer les vers du nez ? » S’impatienta Scully quand il tarda à revenir au sujet qui les importait.

« J’ai des raisons de croire qu’un objet non identifié s’est échoué non loin d’ici. » Déclara-t-il tout à coup, d’une seule traite comme s’il allait immédiatement regretter ses paroles.

« Oh… » Fit simplement Scully.

Bien qu’elle se soit attendue à un argument insolite, elle n’avait pas pensé à une idée aussi saugrenue. Du trafic d’arme ? A la rigueur un intérêt malsain pour le cannibalisme mais un vaisseau spacial ? Sérieusement ?

« Vous cherchez des petits hommes verts ? » Le railla-t-elle en souriant franchement.

« Non. »

« Non quoi ? »

« Pas verts, gris. Ils sont gris d’après les rapports les plus fiables. » Expliqua Mulder sans perdre un brin de son flegme.

« Agent Mulder, je crois que le soleil Africain a de mauvaises répercussions sur votre santé. » Se moqua-t-elle avant de se relever pour s’emparer d’une torche qu’elle enflamma sous leurs yeux.

« Croyez ce que vous voulez, demain je pars à sa recherche. Vous êtes libre de rester ici ou bien… de me suivre. » Décocha-t-il en se mettant debout à son tour, frottant ses mains poussiéreuses sur l’avant de son pantalon.

« Je ne sais pas si… »

« Ils se sont passés de vous pendant des centaines d’années, cette tribu africaine peut bien survivre une journée sans vous. » Remarqua-t-il avec une voix douce pour ne pas la froisser.

L’hésitation put se lire facilement sur le visage de la jeune femme mais elle se reprit rapidement pour acquiescer. La petite fille qu’elle surveillait la veille avait surtout besoin de repos, elle s’assurerait simplement que les femmes du village lui administreraient les bons antibiotiques en temps et en heure. Sa curiosité était plus forte qu’elle et Scully avait hâte de découvrir si cet homme croyait réellement en sa découverte où s’il comptait simplement la faire tourner en bourrique pour son plaisir personnel.


« Je reviens dans un instant, j’ai laissé une couverture dans le coin si vous avez froid pendant la nuit. C’est plutôt humide par ici. » Indiqua-t-elle avant de disparaître dans l’obscurité, uniquement guidée par son flambeau.

Mulder ferma les yeux dans la pénombre, soulagé d’avoir quelqu’un à qui parler même si cette personne se révélait des plus sceptiques. Il s’était attendu à partager ses nuits avec un gorille ou à la rigueur un Africain peu loquace. Faire la connaissance de cette jeune femme ressemblait plus à une sorte de challenge qu’il devait relever pour prouver à au moins un être humain qu’il n’était pas totalement fou.

Quand elle fut de retour, il remarqua que son chemisier n’était plus glissé dans son pantalon et comprit ce qu’elle était partie faire. Soudainement, l’envie de faire un petit tour au même endroit lui prit.


« Où est-ce que je peux… » Commença-t-il en espérant qu’elle capterait le sens de sa question sans qu’il n’ait vraiment besoin de la poser.

« Oui ? » Fit-elle, sachant pertinemment à quoi il faisait allusion mais désireuse de lui compliquer la tâche.

« Vous savez très bien de quoi je parle. Là où en général un homme et une femme ne vont pas ensemble à moins d’avoir une libido surdéveloppée. » Décrivit-il pour renverser la situation et la mettre mal à l’aise.

« Oh, ça ? » Murmura-t-elle avec un air angélique. « Vous savez, quand on est dans la forêt depuis des mois, c’est à peine si on se souvient comment ça fonctionne alors en avoir envie… » Continua-t-elle volontairement pour le taquiner. « Longez la paroi rocheuse et vous arriverez à la rivière. Vous aurez le choix entre l’eau et le sable suivant… vos besoins naturels. » Sourit-elle devant son regard intrigué et taquin.

***


Quelque chose lui rentrait allègrement dans les côtes mais Mulder avait beau repousser cette force invisible, elle persistait à s’attaquer à ses flancs sans montrer la moindre faiblesse.


« Mulder, c’est l’heure. »

Celui-ci se redressa furtivement et porta la main à son ventre pour réaliser que les coups qu’il avait reçus provenaient du pied de sa nouvelle amie. Bien que sur le moment il ne la considère pas spécialement comme une relation très positive.

Il leva les yeux vers elle et la trouva les poings sur les hanches, en jeans et tee-shirt parme, les cheveux retenus en arrière dans une barrette qui ne pouvait tous les contenir. Quelques mèches s’en étaient échappées pour boucler au creux de sa nuque ou aux coins de ses tempes. Son expression agacée ne retirait rien au charme qu’elle dégageait de bon matin. Seule la tasse que Scully lui tendit donna l’envie à Mulder de s’enfuir en courant.


« Encore cette chose infâme ?! » S’exclama-t-il avec une touche d’inquiétude.

« Ouvrez les yeux et les narines Mulder, c’est du café, tout ce qu’il y a de plus normal. » L’informa-t-elle en secouant la tête, dubitative.

Mulder observa le liquide ambré et soupira d’apaisement, il ne manquait plus que les croissants. Pas qu’il n’oserait les lui réclamer, il tenait encore un tant soit peu à la vie.


« Est-ce que vous avez une idée de l’endroit où cet… D’où ça se trouve ? » Questionna Scully en enfilant son sac à dos sur ses épaules.

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MessageSujet: Re: Un autre visage de l'Afrique   Jeu 15 Juil - 0:18

En guise de réponse, Mulder brandit son GSP sous leurs nez et sourit fièrement pour montrer qu’il était paré à toute éventualité cette fois. La jeune femme qui l’accompagnait hocha la tête, rassurée de voir qu’ils ne se perdraient pas. Les forêts aux alentours lui étaient familières mais dès lors qu’on s’enfonçait un peu plus profondément entre les arbres, les paysages avaient tendance à se confondre. Scully l’abandonna à son réveil très matinal et rejoignit un groupe de femmes qui bavardaient à quelques mètres d’eux et leurs jetaient des regards espiègles.

De là où il se trouvait, Mulder n’entendait que quelques voix sans distinguer de mots particuliers. Elle prenait probablement le temps de leur expliquer comment soigner l’enfant qu’elle suivait médicalement. Il se ravisa bien vite, réalisant que de toute façon, il ne comprendrait pas grand-chose à leur dialecte même si elles venaient à discuter en face de lui.

Scully semblait parfaitement bilingue, elle s’exprimait de manière fluide et apparemment intelligible à en juger par les réactions de ces autochtones. Le sourire aux lèvres, toutes respiraient le bonheur et la joie de vivre en ces lieux aussi majestueux que rudes. Leur peau était noire comme l’ébène, brunie à son apogée par le soleil étincelant qui régnait au dessus de leur tête.


« Je suis prête. » Annonça-t-elle en revenant vers lui pour ouvrir la marche.

« Alors, vous ne m’avez pas dit grand-chose sur votre présence ici. D’habitude les médecins sont là en équipe, ils ne s’inquiètent pas de vous savoir toute seule ? » S’aventura Mulder afin d’amorcer une conversation qui, il le souhaitait, permettrait de faire passer le temps et la fatigue d’une randonnée en pleine jungle.

« Je suis en contact avec eux tous les trois jours, ils m’ont fourni un téléphone satellite et je leur ai encore parlé hier matin. Il n’est pas rare que des médecins soient envoyés seuls dans certaines tribus, afin de les influencer le moins possible par le monde moderne. Nous voulons respecter leurs modes de vie au maximum. Les Kenge sont un peuple pacifiste, seule la peur de l’inconnu pourrait les pousser à devenir moins… accueillants. » L’informa Scully, elle passa son avant-bras sur son front pour essuyer la sueur qui y perlait.

La matinée avait commencé chaudement comme à l’accoutumée, par un ciel dégagé de tout nuage, d’un bleu aveuglant. Le sol craquelait sous leurs pieds, déjà sec malgré les pluies diluviennes de la veille. Ce pays ne cessait de l’impressionner et de le surprendre. A chaque pas qu’il effectuait, Mulder découvrait une nouvelle espèce végétale ou animale, des merveilles qu’il n’avait vues auparavant que dans des livres. Cependant, l’espèce qui l’avait réellement pris au dépourvu pour le moment n’avait rien d’exceptionnel dans sa constitution, tout ce qu’il y a de plus humain. Quoi qu’esthétiquement, Scully était irréprochable, un spécimen rare qui avait su captiver l’attention de ce chasseur de fantômes.


« Et ça fait longtemps que vous êtes ici ? » S’enquit Mulder, profitant de la brèche pour s’y engouffrer, son petit doigt lui disait qu’elle s’ouvrait rarement à des étrangers comme elle le faisait actuellement.

« Environ trois mois, je reste ici encore six jours et ma mission sera terminée. J’espère repartir en immersion rapidement. » Admit-elle, le regard songeur, elle accéléra sensiblement pour prendre de la distance.

« J’ai l’impression que vous n’avez pas vraiment envie de retourner à la civilisation ? » Se risqua Mulder, son instinct d’enquêteur lui disait qu’il était sur une piste et il ne lâcherait pas le morceau avant de l’avoir mis en pièce.

Le rythme de la jeune femme s’altéra de manière presque imperceptible et elle jeta un coup d’œil furtif dans sa direction. Mulder croisa son regard, le chemin montait dans la montagne et l’espace d’un instant, ils furent à même hauteur. Cette fraction de seconde suffit à le figer, sa concentration uniquement posée sur la courbure élégante de ses cils qui ne battaient plus. Quand elle cligna enfin des yeux, il y perçut une brillance qu’il n’avait encore jamais décelée. Visiblement, Scully était touchée par son constat plus que clairvoyant. Si seulement il avait la moindre idée de ce qui l’avait forcée à se terrer en ces lieux retirés. Mulder n’était pas dupe, cette femme ne se livrerait pas aussi facilement sur les raisons de son choix qu’elle l’avait fait au sujet de sa venue en Afrique.


« Non, pas tout de suite. » Confirma-t-elle, sa salive évaporée de sa gorge elle l’éclaircit discrètement puis reprit la route.

« J’espère qu’on sera les premiers sur le site. » Escompta Mulder à haute voix dans l’intention de changer de thème, il y reviendrait au moment opportun.

« Comment pouvez-vous être sûr que le crash a eu lieu dans les environs ? Et qu’est-ce qui vous dit qu’il s’agit d’un objet non identifié ? » Investigua Scully, soulagée qu’il retire ce poids de ses épaules.

« J’ai trois amis informaticiens qui sont passionnés par ce que je fais. Ce sont des as capables de pirater n’importe quel site web même ultra protégé. Ils ont intercepté le témoignage d’un pilote africain qui aurait vu quelque chose s’écraser en pleine forêt. Je leur ai demandé de tester leurs sources et ils se sont rendu compte que ce n’était pas la première fois. » Raconta à son tour Mulder, ravi de voir qu’elle l’écoutait attentivement sans l’interrompre pour le contredire.

« Il y a eu d’autres crashs ? Je n’ai rien vu dans la région en tout cas. Et les natifs ne m’ont pas non plus confié quoi que ce soit sur le sujet. Si un évènement aussi important avait eu lieu, ils auraient probablement été effrayés. » S’inquiéta la jeune en regardant derrière elle, en direction du chemin qu’ils avaient déjà parcouru.

« Trois autres crashs, d’après leurs sources. Ils ont ensuite extrapolé avec le peu d’informations dont ils disposaient et évalué les coordonnées de ce quatrième objet. »

« Je ne comprends pas, si ces… objets, comme vous dîtes, s’écrasent. D’où provient cette régularité ? Soit ils choisissent délibérément de s’accidenter, soit quelqu’un ou quelque chose provoque leur perte. » Réfléchit Scully à haute voix.

Mulder l’observait avec un sourire satisfait, ravi de voir qu’elle ne prenait enfin au jeu. Suffisamment pour continuer son train de pensée et remonter jusqu’à ses propres conjectures. Peut-être n’était-elle pas si fermée aux plausibilités les plus extravagantes.


« Vous avez tout à fait raison. Ces informations ont surtout filtré d’un endroit, l’armée Ivoirienne. » Distilla Mulder encore une fois, il lui faisait peu à peu remonter la piste.

« Oh, donc vous pensez que c’est l’Armée Ivoirienne qui a descendu des appareils et qu’elle tente de dissimuler la chose ? Je me doutais qu’on allait en venir à un complot. » Répondit-elle d’un ton sarcastique.

La magie s’était envolée, de nouveau elle ne le prenait plus au sérieux et tournait ses propos en ridicule. L’espoir aura été de courte durée mais comme toujours, Mulder s’accrocherait.
Face à lui, Scully trébucha sur une racine et Mulder rattrapa son bras juste avant qu’elle se s’effondre par terre.


« On n’est peut-être pas d’accord sur un sujet mais rien ne nous empêche de nous entraider, juste pour voir comment ça se finira. » Glissa Mulder en employant à son tour une inflexion des plus acides.

Scully resta plantée là, dans son sillage, hébétée et légèrement coupable. Elle s’en voulait d’avoir rejeté son hypothèse aussi brutalement, sans tenter d’effacer ses relents de scepticisme et sa touche de condescendance. Tout la ramenait au respect, c’est le premier sentiment qu’elle avait éprouvé à sa rencontre et elle le piétinait désormais à coup de remarques désobligeantes. Quand était-elle devenue si désinvolte et méprisante ? Elle, que sa famille avait toujours trouvée trop généreuse, trop sensible…


« Je vous prie de m’excuser, je n’aurais pas dû vous répondre de cette manière. Je ne sais pas ce qui m’a pris, je suis dans la forêt depuis si longtemps que j’en oublie de me comporter correctement avec une personne civilisée. » Reconnut-elle timidement en le rattrapant quelques mètres plus loin.

« Ne vous en faites pas pour moi, j’ai l’habitude. Et ces gens ont raison de vivre ainsi, pas de sentiments froissés, pas de faux semblants… »

« Vous n’avez pas idée comme je partage ce point de vue. » Confirma Scully en le doublant de nouveau.

Mulder sentit immédiatement qu’il était sur la bonne piste. Des sentiments froissés, des faux-semblants, était-ce ce qui l’avait menée à se retirer du monde contemporain ? Elle avait dû sacrément souffrir pour s’endurcir autant et venir se réfugier jusque dans la jungle Africaine.


« Je comprends qu’on ne se connait que depuis deux jours mais je ne suis pas là pour vous déstabiliser ou vous mettre mal à l’aise. J’ose même espérer que l’on puisse devenir amis, et non pas ennemis. » Reprit-il doucement en stoppant leur progression.

De son côté, Scully acquiesça en baissant la tête, coupable de ne pas lui laisser sa chance avant de lui sauter à la gorge.


« Amis ? » Se risqua Mulder en lui tendant la main.

« Amis. » Fit Scully en répondant à sa poignée d’un air infiniment plus complice avant de prendre une profonde inspiration. « J’étais mariée, il m’a trompée, je l’ai surpris dans son bureau avec sa maîtresse. Enfin, *sur* son bureau. J’ai demandé le divorce et je suis partie pour l’Afrique. » Résuma-t-elle à toute allure afin de ne pas s’arrêter en cours de route.

« Whoa, ça c’est de la synthèse. » Remarqua Mulder pour détendre l’atmosphère et dissimuler son trouble.

Soufflée par son propre entrain, elle se détourna de Mulder et couvrit son visage de ses mains. Elle était si perturbée par son audace que sa respiration en tremblait encore. D’où est-ce que toutes ces révélations provenaient ? Jamais elle n’avait parlé de sa vie privée à qui que ce soit d’autre que sa propre mère et ce en plus de huit mois. Comment pouvait-elle confier tous ces détails à un quasi inconnu simplement parce que son sourire et ses manières étaient des plus enjôleuses ?


« Je ne m’attendais pas à un changement de caractère aussi flagrant. » Avoua Mulder sans trop savoir quoi faire de ses mains. « Mais je vous remercie pour votre franchise et je vous promets que tout cela restera entre nous. » Précisa-t-il avant de continuer. « Bien qu’une centaine d’animaux ont dû entendre votre confession, ça va être dur de tous leur faire garder le silence. »

Un sourire finit par illuminer le visage de la jeune femme brièvement et ils se remirent en route pour la énième fois. Scully en profita pour remettre les choses dans leur contexte afin qu’il ne la considère pas comme une personne désespérée en mal d’attention. Elle possédait encore un minimum de dignité à conserver et entendait bien y remédier.

***

« Il y a forcément autre chose. » Se lamenta Mulder, les mains sur les hanches et le pied tapotant le sol avec impatience.

La tête levée vers le ciel il observait les nuages qui défilaient au dessus d’eux avec un air songeur. Ses chaussures de randonnée laissaient de larges empruntes dans la terre sèche et Scully s’arrête sur l’une d’entre elle. Son pied mesurait presque dix centimètres de moins que le sien et cette constatation la divertit quelques secondes.

Intrigué par son silence, Mulder se tourna vers Scully et la surprit en pleine réflexion. Il remarqua sa trace de pas et un détail lui sauta aux yeux.


« La pierre ! » S’exclama-t-il avec triomphe.

« La pierre ? » Le reprit Scully, jetant un coup d’œil aux alentours pour tenter de se mettre sur son fil.

« Nous avons visité deux sites de crashs et quel était leur point commun ? Cette poussière grise qui colle à nos chaussures. » S’expliqua Mulder en essuyant une fine pellicule sur ses boots pour prouver son point.

« Donc vous pensez que si on suit cette faille rocheuse, on aboutira au lieu du troisième puis du quatrième crash ? »

« J’en suis persuadé ! » Affirma Mulder avant de s’accroupir.

De sa poche il sortit un petit sachet en plastique dans lequel il glissa quelques pincées de silice puis le referma hermétiquement. Etre témoin de son professionnalisme rassura Scully en un sens, elle qui n’avait même pas encore vu sa carte.

A peine avait-elle terminé sa constatation que Mulder se remettait en marche, pressé de rejoindre le prochain lieu de leur enquête.


***

« Et encore cette même pierre grisâtre. Est-ce que vous savez de quoi est constitué le sol dans la région ? » Questionna Mulder en s’approchant du cratère encore visible, résultant de l’accident.

« Je crois qu’il y a surtout de la roche volcanique et du granite. Le sol est ocre et rouge dans tout l’ouest de l’Afrique. Mais je ne sais pas ce que c’est que cette pierre grise. » Confia Scully, navrée de ne pouvoir le renseigner plus amplement.

« Et si cette pierre avait des propriétés particulières… Quelque chose qui ferait que ces appareils se crashent ? Je ne sais pas, une constitution qui dérèglerait leurs tableaux de bord ? » Conjectura Mulder, cherchant l’approbation de cette nouvelle amie comme pour s’assurer qu’il ne déraillait pas complètement.

« Peut-être qu’elle est constituée de cuivre ou de zinc ? » Se surprit à répondre Scully, elle se prenait décidément au jeu.

« Je suis sûr qu’on touche au but. » Se remotiva Mulder. « Venez, il faut absolument qu’on aille sur le dernier site. Si ça se trouve, ils ne sont pas encore venus ramasser tous les débris. » Fit Mulder en empoignant sa main pour se mettre à courir à travers les arbres.

D’un bras ils se protégeaient le visage des branches qui leur griffaient la peau à mesure qu’ils cavalaient dans les bois. Leur allure était ralentie par la disposition du terrain mais ils s’en souciaient peu. Il était désormais quinze heures et la lumière ne tarderait plus à décroître, ce qui compliquerait leur tâche, ainsi que leur retour au camp. Le temps leur était donc compté et ils accéléraient leurs enjambées chaque fois que le sol le leur permettait.

Une plaine s’offrit à eux et Scully lâcha la main de Mulder, apposant ses paumes à ses genoux et se penchant pour reprendre son souffle. Ses cheveux lui tombèrent dans les yeux et seules quelques mèches restèrent collées à son front par la sueur. Alors que Mulder vérifiait leurs coordonnées sur son GPS, Scully lorgnait sur le ruisseau qui se situait à proximité. Elle n’avait qu’une envie, s’y jeter pour enfin se désaltérer. Bien qu’elle ne puisse s’accorder ce plaisir, Scully s’approcha néanmoins du bord et joignit ses mains pour recueillir de l’eau et s’asperger avec.

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MessageSujet: Re: Un autre visage de l'Afrique   Jeu 15 Juil - 22:00

« Est-ce qu’on est encore loin ? » Soupira-t-elle, accroupie sur la berge.

« Plus vraiment, je pense que dans une demi heure tout au plus on y sera. » Estima Mulder, les yeux plissés pour distinguer les informations sur l’écran de son appareil.

« Une demi-heure en courant au même rythme ou en marchant à une vitesse normale ? » S’enquit Scully, elle cernait déjà le personnage.

« En marchant rapidement ? » Sourit Mulder, lui aussi exténué malgré ce qu’il laissait paraître.

« Il faut que je mange quelque chose… » Murmura Scully s’abstenant de terminer sa phrase par un ‘sinon je crois que je vais m’écrouler’.

Elle avait commencé à fouiller son sac à dos, à la recherche des barres de céréales qu’elle avait emballées avant leur départ. Ils n’avaient rien avalé depuis le petit matin et en tant que médecin, elle savait que ce n’était pas très raisonnable. Une fois trouvé son bonheur, elle tendit une portion à Mulder qui l’accepta d’un hochement de tête et déchira l’emballage pour l’engloutir en trois bouchées. Les hommes, qu’importe leur tribu ou pays d’origine, se retrouvaient tous sur le même point : leur tendance à ingurgiter de la nourriture en un temps record.


« Qu’est-ce que je donnerais pour une bonne douche. » Grommela Mulder en se rinçant à son tour le visage.

« Lorsque je suis ici, il n’y a qu’une seule chose qui me manque réellement. » Avoua Scully, adossée à son sac à dos, les yeux clos pour se protéger du soleil. « Une baignoire remplie de mousse… » Finit-elle en gardant avec une touche de nostalgie.

« C’est vrai qu’ici l’hygiène est plutôt rudimentaire. » Approuva Mulder.

« Vous auriez dû voir leur tête la première fois que je me suis brossée les dents au bord de la rivière. Ils n’ont pas arrêté de se moquer de moi pendant trois jours. » Plaisanta Scully, amusée par ce souvenir innocent. « J’ai dû cacher mon dentifrice pour éviter que les enfants ne vident le tube, ils en ont mangé la moitié. » Se remémora-t-elle avec plaisir.

Mulder rit avec elle, essayant d’imaginer la scène : peut-être aurait-il l’occasion d’être témoin d’instants similaires une fois rentrés au camp ? Malheureusement, il n’aurait pas cette chance s’ils restaient dans la forêt jusqu’à la nuit tombée. Requinqué, il se leva et fit un pas vers Scully pour l’aider à se relever. Mulder décela une légère hésitation dans son regard mais elle la dissimula efficacement et accepta son assistance.

Leur cadence demeurait des plus soutenues mais Scully ne s’en plaignit pas, sa curiosité piquée au vif. Le désir de découvrir ce qui le passionnait autant prenait le pas sur sa fatigue ou son scepticisme.


***

« On devrait y être, juste après… »

« Oh mon Dieu… » Balbutia Scully en apercevant l’objet de leurs recherches.

Non loin de là, niché au beau milieu d’un large cratère, gisait la carcasse d’un appareil impossible à identifier. Tout autour, des débris jonchaient le sol, sombres comme l’habitacle qui les avait abrités à l’origine.

Mulder descendit les quelques rochers qui menaient au site et à la surprise de Scully, se retourna pour l’épauler sur la fin de la déclivité. Son regard lui avait semblé si subjugué par leur découverte que Scully avait pensé dès lors être reléguée au second plan. Le comportement de Mulder la rassura et ils s’approchèrent lentement des lieux, soucieux de ne rien écraser sur leur passage.


« Il y a les mêmes traces de roche grisâtre. » Nota Mulder en indiquant le terrain.

« On devrait peut-être se dépêcher, je ne tiens pas à être là quand l’armée ou je ne sais qui débarquera ici. » Murmura Scully comme si les arbres avaient des oreilles.

La moindre brise qui secouait les branchages autour d’eux faisait naître l’inquiétude des deux explorateurs. Mulder sortit son appareil photo et commença à prendre quelques clichés du lieu du crash tandis que Scully ramassait certains restes de taille raisonnable.


« Vous croyez qu’il y a toujours les corps à l’intérieur ? » Se risqua la jeune femme, refreinant un frisson à l’idée même d’apercevoir un cadavre.

« Personne ne semble être passé avant nous alors c’est probable. Mais quand on voit l’état de la carcasse, à mon avis tout ce qu’on y trouvera sera calciné. » Estima Mulder en observant l’armature.

Tous les deux ne purent résister plus longtemps à l’appel de la révélation. Soigneusement ils marchèrent jusqu’à l’ouverture de ce qui ressemblait à un cockpit. Mulder dû forcer sur la poignée, malgré les dégâts que l’appareil avait subis, le mécanisme résistait à ses assauts. Soudain le verrou céda et propulsé par sa propre énergie, Mulder faillit tomber à la renverse. C’était sans compter sur les réflexes de Scully qui, se tenant dans son dos, le maintint debout et lui évita ainsi une chute certaine.


« Merci. » Souffla-t-il en hochant la tête de gratitude et serrant la main qui soutenait encore son bras. « Voyons-voir ce qui… wow. »

L’accident ne remontait qu’à quelques heures tout au plus, et l’incendie qui avait eu lieu à bord avait totalement carbonisé l’unique corps qui s’y trouvait. Seul un tas de cendres reposait sur le métal tiède de la carlingue, recouvrant en un voile les os d’un squelette à l’apparence humaine.

« Je crois que c’est raté. » Constata Scully avec une pointe de déception pour son ami.

« Ce n’est peut-être pas aussi humain que l’on s’imagine. » La rembarra Mulder, le menton redressé.

Son petit manège amusa Scully qui le regarda se pencher pour récolter un échantillon de cendres ainsi qu’un fémur. Mulder les emballa soigneusement puis fit de nouveau le tour de l’appareil, auscultant chaque recoin dans l’espoir d’y découvrir les origines du crash. Sur la partie inférieure droite, il aperçut deux petites cavités qui pourraient correspondre à des impactes de balle. Ne souhaitant pas prendre ses désirs pour des réalités, il fit signe à Scully de s’approcher pour avoir son opinion.


« Alors ? »

« Je n’y connais rien mais je dois avouer que votre hypothèse se tient. » Concéda Scully, les rebords des deux alvéoles se repliaient vers l’intérieur, formant des orifices d’environ trois centimètres de diamètre, validant leurs suspicions.

« Je fais une vidéo rapide et on file. Si cet appareil a été descendu en plein vol par une simple mitraillette, c’est que les soldats se trouvaient à proximité. Ce qui veut dire… »

« Qu’on ferait mieux de ne pas être ici quand ils arriveront. » Termina Scully, son anxiété augmentant de plusieurs niveaux à l’idée d’être découverte par l’armée Ivoirienne.

Mulder effectua plusieurs petits films autour de la carcasse, se concentrant également sur les débris et les ossements. Scully se tenait à l’écart, les mains sur les hanches et l’œil furtif. Ses cheveux décoiffés par leur course à travers les bois, la terre maculant son pantalon de lin et la sueur perlant sur son front lui donnaient un air débraillé tout à fait attendrissant. En revanche, sa position alerte et son regard aux aguets n’avaient rien d’innocents, au contraire, son allure revêtait un côté primal et exalté. Cette ferveur ne fit qu’ajouter à l’appréciation que Mulder lui vouait depuis leur rencontre.

Sa contemplation fut interrompue par un bruit distinct, une sorte de frottement qui résonnait à plusieurs mètres d’eux.


« Quelqu’un approche ! » S’exclamèrent-ils au même instant.

Ils déguerpirent en moins d’une minute, se précipitant vers la forêt pour se cacher derrière des buissons. Tous les deux étaient trop curieux pour quitter les lieux sans avoir d’abord confirmation qu’il s’agissait bien de l’Armée Ivoirienne au cœur de ce mystère.


« Est-ce qu’on attend qu’ils soient repartis avant d’y aller ? » S’enquit Scully à voix basse, le souffle court pour ne pas être repérés.

« Ils vont en avoir pour un moment s’ils évacuent la carcasse aujourd’hui. On ferait mieux de se sauver maintenant. » Préconisa Mulder, les yeux rivés sur les hommes qui se mettaient à l’œuvre.

Organisés, ils s’attribuèrent à chacun un périmètre et commencèrent à ramasser les débris un à un. Le moindre écrou était recueilli, le moindre éclat de plexiglas récolté, puis jetés dans de grands sacs poubelle. Ils ne se souciaient manifestement pas de savoir s’ils avaient affaire à un de leurs avions ou à un corps étranger. Ce détail s’ajouta aux doutes de Mulder et finirent de le convaincre qu’ils étaient eux-mêmes responsables de cet incident. Vêtus de treillis et de bérets noirs, leurs mitraillettes pendues sur les hanches, ils ne présageaient rien de bon.

Mulder en profita néanmoins pour voler quelques photos supplémentaires et davantage étoffer ses preuves contre les autorités du pays. Puis, le dos courbé et sans prononcer un mot, il indiqua à Scully la direction par laquelle ils étaient arrivés une heure plus tôt. Elle comprit son allusion et le suivit silencieusement avant qu’ils ne se plaquent soudainement au sol.

En effet, sur leur droite, un soldat avait trouvé des résidus éloignés des autres et avait appelé du renfort pour les collecter. Personne ne les avait encore repérés mais Mulder et Scully étaient désormais à découvert. Un seul regard vers eux et ils seraient pris au piège, faits comme des lapins. Mulder commença alors à ramper, le ventre traînant sur la terre, il espérait que Scully l’imiterait et qu’ils s’en sortiraient sans dommage. Par chance, un large tronc d’arbre reposait non loin de là et permit à Mulder se dissimuler jusqu’à ce que son amie le rejoigne. Il se redressa sur un coude pour surveiller les Ivoiriens pendant que Scully terminait sa progression et se calait dans son dos. Une main sur son épaule pour observer elle aussi les hommes qu’ils cherchaient à fuir. Scully haletait légèrement, mais son émotion n’était pas uniquement induite par la peur d’être aperçue : l’adrénaline était à son comble et faisait pulser le sang dans ses veines. Ses doigts étaient crispés, sa mâchoire serrée, et pourtant elle en redemandait.


« Fouillez les alentours. » Ordonna celui qui dirigeait le groupe d’hommes.

Ni Mulder ni Scully n’eut le temps de se mettre à l’abri et choisirent la fuite comme première option. L’un des africains les repéra et ils furent pris en chasse. Tous les deux détalèrent aussi vite que possible, courant à perdre haleine au dessus des racines qui les narguaient à chaque enjambée et parmi les balles qui résonnaient dans les bois. L’une d’elles finit par atteindre Mulder au bras et Scully à la cuisse mais après une légère perte d’équilibre ils reprirent leur course folle sans s’attarder sur leurs blessures. Leur instinct de survie anesthésiait la douleur comme aucun médicament.


« Encore un peu et on pourra sa cacher dans les fougères. » L’encouragea Mulder, reconnaissant la clairière qu’ils avaient traversée plus tôt dans la journée.

Ses doigts écrasaient ceux de son amie mais pour rien au monde il n’aurait relâché la pression sur sa main. S’ils s’accordaient la moindre faiblesse c’en était terminé pour eux. Une pente rocheuse apparut face droit devant et ils furent soulagés de s’y protéger afin de faire une pause, camouflés entre deux monceaux de granite. La sueur coulait à flots sur leurs fronts et ils tremblaient de tous leurs membres, victimes cette fois d’un état de choc évident. Mulder replaça les bretelles de son sac à dos sur ses épaules. Il avait la désagréable impression que ce dernier pesait plus d’une tonne.


« Il faut… » Commença Scully en reprenant sa respiration. « Il faut traverser la rivière. » Indiqua-t-elle en désignant l’affluent à quelques mètres d’eux.

« Allégeons nos sacs. » Acquiesça Mulder en joignant l’acte à la parole.

« J’espère que j’aurai pied… » Murmura pensivement Scully en jetant un coup d’œil au bras d’eau.

Sa cuisse gauche la faisait souffrir terriblement bien que la balle ne l’ait que frôlée. La plaie s’étalait sur plusieurs centimètres et suintait allègrement, sans que le tissu de son pantalon n’apporte la moindre barrière. Hypnotisée par sa blessure, Scully ne se rendit pas tout de suite compte de la situation. Mulder la bouscula et elle s’apprêtait à le remarquer quand une main se referma sur son bras et la força à s’allonger parterre. Une pierre lui rentra dans le ventre et Scully étouffa une plainte et se maudit d’avoir inspiré si profondément lorsqu’un nuage de poussière obstrua ses narines. Elle toussa pour dégager ses voies respiratoires et tourna la tête au moment où un homme assenait deux coups de pieds à Mulder, droit dans les côtes.

Un troisième leurs arracha leurs sacs et en vida le contenu sur le sol. Accroupi au sol, il tria consciencieusement les documents, lampes de poche, appareils photos ou autres outils.


« J’espère que votre petit séjour en Afrique a été plaisant parce que vous n’êtes pas près d’y remettre les pieds. » Les informa l’un d’eux, récupérant cartes mémoires et échantillons pour les lancer dans l’eau avant d’écraser d’un geste rageur le matériel sensible sous sa semelle à crampons.

« Je suis du FBI, vous feriez mieux de faire attention à ce que vous faîtes. » Menaça Mulder, souhaitant surtout épargner sa peau et celle de son amie.

« Je me fiche que vous soyez du FBI ou du KGB, vous n’avez aucune juridiction ici ! » S’exclama le chef de la bande, pointant son fusil dans la colonne vertébrale de Mulder.

Ce dernier ferma les yeux une seconde pour les rouvrir à l’instant où Scully tournait les yeux vers lui, implorant son silence. La faune s’était tue autour d’eux, plus un seul son ne s’élevait de la forêt environnante, rendant le moment plus critique encore, uniquement animé du grincement de leurs respirations saccadées.


« C’est très simple, vous vous barrez d’ici et vous ne revenez plus jamais y mettre les pieds ou sinon je me ferai une joie de laisser mes hommes s’occuper de ta femme. Et au cas où je n’aurais pas été assez clair, les rousses c’est pas ce qui court la forêt, si tu vois ce que je veux dire, alors tirez-vous. » Ordonna le même soldat, accroupi entre ses deux prisonniers.

Il se redressa enfin pour autoriser Mulder et Scully à en faire de même. Tous les deux s’époussetèrent et un militaire s’avança vers eux pour leur rendre portefeuilles et lampes de poches dans des sacs-à-dos désormais presque vides. Comprenant qu’ils n’en obtiendraient pas davantage, Mulder recula d’un pas, il espérait que son amie capterait le message. Hélas, elle ne lui emboîta pas le pas et il comprit bien vite pour quelle raison. Le chef du groupe retenait son bras dans une étreinte apparemment peu délicate à en juger par le visage tendu de la jeune femme.


« Je sais qui vous êtes, si vous ne quittez pas le pays sur le champ, les Kenge risquent de recevoir une petite visite et ce ne sera pas par courtoisie. » Intima-t-il de plus belle, sans prendre les moindres pincettes.

Scully libéra son bras d’un mouvement brutal et fit mine de lui donner une gifle avant de se reprendre. Si elle était capable de prendre des risques pour sa propre vie, il était impossible pour elle de mettre en danger l’existence de cette tribu chère à son cœur. Savoir qu’elle ne les reverrait jamais la brisait intérieurement mais pour rien au monde Scully ne leur causerait d’ennuis inutiles. La loi du plus fort régnait encore dans certains lieux et ce constat la désolait profondément.


« Vous me dégoûtez. » Rétorqua Scully, marchant d’un pas décidé le long de la rivière, ses affaires en poche.

Un homme tendit son GPS à Mulder puis il la suivit, amer, découragé et surtout écœuré de devoir encore une fois abandonner des preuves explicites derrière lui pour sauver sa peau. Qu’on l’appelle ‘Spooky’ passe encore, mais Mulder avait plus souvent la sensation d’être un Don Quichotte, combattant inlassablement des moulins à vent sans jamais rien y gagner.

Pendant de longues minutes, ils marchèrent d’un pas décidé, plongés chacun dans un mutisme agacé et engagé. Jusqu’à ce que Scully trébuche et chute en avant, elle atterrit à genoux sur les rochers. Ses cheveux masquaient son visage mais Mulder décela des larmes le long de ses joues. Il ne put s’empêcher de s’asseoir à ses côtés, une main posée sur son épaule en signe de compassion.


« Je sais très bien ce que vous pensez. » Souffla-t-elle en essuyant ses pleurs d’un revers de main.

« C’est l’émotion, ils auraient pu nous tuer. » Tenta de la rassurer Mulder.

« Ce n’est pas pour ça… Enfin si… » Se défendit-elle avant de reprendre son souffle. « Je sais très bien ce que vous pensez, vous aimeriez y retourner au plus vite mais c’est impossible. Je refuse de causer du mal aux Kenge, c’est trop dangereux. » S’excusa Scully, imaginant que son égoïsme aveuglerait Mulder.

« Non, c’est peine perdue. Je ne veux pas non plus leur apporter de problèmes et de toute façon, le temps qu’on revienne avec du nouveau matériel, ils auront tout effacé. »

« Comment va-t-on faire ? Ils ont gardé mon téléphone satellite. » S’inquiéta Scully en s’asseyant normalement, la paume pressée contre sa blessure.

« Pour l’instant je ne sais pas vraiment, on ferait mieux de soigner nos plaies avant de décider quoi que ce soit. » Suggéra Mulder en levant les yeux au ciel qui s’obscurcissait rapidement.

« Vous avez raison, il fera nuit dans moins d’une demi heure. » Acquiesça la jeune femme avec une expression tendue. « La température va beaucoup baisser… »

Mulder remarqua son air et il s’approcha davantage pour passer son bras valide dans son dos pour lui donner une caresse affective. Scully sourit timidement, touchée par son désir de la réconforter, puis abaissa sa tête pour appuyer son front contre son torse. Un long soupir lui échappa, il était agréable de faire une pause et de s’apaiser mutuellement.

« Est-ce que vous connaissez des remèdes miracles avec les plantes ? » S’aventura Mulder.

« C’est ce que le chef du village Kenge m’apprenait. Je vais voir si je trouve ce qu’il nous faut. » Répondit Scully en se levant difficilement.

« Allons-y ensemble, je ne préfère pas qu’on se sépare. J’en profiterai pour chercher de quoi manger. » Proposa Mulder en l’aidant à quitter les rochers glissants qui bordaient la rivière.

***


« Les pétales violets appartiennent au Geranium Caffrum et ces baies rouges proviennent du Fagarier, un petit arbre qui pousse à proximité des rivières. » Expliqua Scully, écrasant les extraits de ses trouvailles dans un coquillage vide.

Pour rendre le mélange plus souple, elle y avait ajouté quelques gouttes d’eau si bien qu’avec un peu de persévérance, un caillou et un petit bâton, elle obtiendrait rapidement une pâte malléable.

Tout en l’écoutant, Mulder se goinfrait d’une seconde banane, fier d’être parvenu à décrocher un régime entier dont seule la moitié des fruits était mûre. Il n’avait pas eu le choix, c’était ça sinon rien, et viser un objet en l’air avec le bras gauche quand on est droitier n’est pas des plus évidents.

Tandis qu’ils recherchaient quelques vivres, ils étaient tombés sur un enchevêtrement de roches formant une cavité à quelques mètres de la rivière. Ce lieu leur apporterait un minimum de sécurité en comparaison avec la forêt et s’ils avaient soif, ils n’avaient plus qu’à se servir. Les pluies diluviennes qui s’abattaient souvent la nuit ne serait pas non plus une source d’inquiétude face à leur absence de feu. Mulder s’était pourtant escrimé avec des branchages et des pierres en tout genre mais rien n’y avait fait. A part se donner des crampes il n’était parvenu à aucun résultat. Scully était restée à l’écart, ne souhaitant pas l’embarrasser à regarder par-dessus son épaule. Elle savait qu’elle n’aurait pas fait mieux de toute façon car les Kenge n’avaient pas partagé tous leurs secrets avec elle.


« Est-ce que votre blessure saigne toujours ? » S’enquit-elle après un long moment sans parole.

« Presque plus, la balle est ressortie derrière mais elle n’a pas l’air d’avoir touché l’os. » Répliqua Mulder en essayant de remuer son épaule pour apercevoir l’orifice de sortie, en vain.

« Montrez-moi ça. » Fit Scully en venant auprès de lui avec son baume de fortune.

Mulder retroussa la manche de son tee-shirt au maximum alors que Scully déchirait un morceau du bas de son chemisier pour le tremper dans l’eau. Elle nettoya les contours de la plaie, plissant les yeux pour voir ce qu’elle faisait malgré l’obscurité ambiante. La nuit était à moitié tombée mais il subsistait quelques reflets orangés dans le ciel, leurs permettant de discerner encore certains détails sans grande précision.


« Ce type de géranium et le Fagarier ont des propriétés désinfectantes mais je ne peux rien pour la douleur. » Prévint Scully avant d’étaler la mixture verdâtre sur son bras.

Du bout des doigts, elle badigeonna soigneusement la lésion, prenant garde de ne pas insister de manière à ne pas décoller le sang coagulé. Quand elle eut recouvert la blessure, des deux côtés, Scully tendit le coquillage à Mulder pour ne pas le renverser. Elle s’assit près de lui et remonta consciencieusement sa jambe de pantalon gauche jusqu’à laisser apparaître l’origine de son mal.


« Il ne vous a pas raté. » Remarqua Mulder, un peu maladroitement, la vue du sang n’était pas le meilleur moyen de le détendre.

« Ca va aller, ma cuisse est tellement ankylosée que je ne sens plus grand-chose. » Murmura Scully avec assurance pour parer aux craintes de son ami.

« Laissez-moi vous aider. » Fit Mulder alors qu’il ouvrait son sac pour y récupérer sa veste.

Il indiqua à Scully qu’elle devait s’allonger et il glissa son vêtement sous sa tête pour qu’il lui serve d’oreiller. S’agenouillant devant elle, il souleva sa jambe malade et la déposa sur la sienne. Mulder récupéra ensuite le coquillage qui gisait non loin de là et commença à appliquer le remède avec autant de dextérité que Scully en avait démontrée pour lui.


« Quand on repartira demain, il faudra faire attention de ne pas repasser par les autres lieux des crashs. Ces types là doivent avoir disposé des hommes un peu partout. » Dit-il sans interrompre sa tâche.

« Hum… »

Mulder leva les yeux en entendant sa réponse, étonné de ne pas obtenir une réaction plus détaillée. Il en comprit la raison quand il s’aperçut qu’elle s’était endormie, épuisée par leur journée hors du commun. Touché de la voir sans défense, rendue vulnérable par le sommeil, Mulder n’osa tout d’abord pas bouger un muscle. Puis le plus discrètement possible, il se détacha d’elle afin de s’allonger auprès de son corps sans pour autant initier le contact. Ce n’était pourtant pas l’envie qui lui manquait, que ce soit pour le plaisir de l’enlacer ou le simple besoin de se réchauffer. Résister à ses désirs fut difficile mais Mulder plongea dans ses songes en un clin d’œil, la fatigue qu’il ressentait l’avait achevé.

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MessageSujet: Re: Un autre visage de l'Afrique   Dim 18 Juil - 18:29

La première question qui naquit dans l’esprit de Scully fut relativement inhabituelle. La jeune femme ne comprenait pas pourquoi, après une nuit passée dans la nature, elle n’éprouvait pas la moindre courbature ? La réponse s’offrit à elle quelques secondes plus tard, quand elle trouva le courage de soulever ses paupières. Sa tête reposait sur l’épaule de Mulder, qui lui, était éveillé. Un sourire étira ses lèvres et un regard taquin brilla dans ses yeux.

« On peut se tutoyer maintenant qu’on a passé la nuit ensemble ? » Demanda-t-il d’un air malicieux.

Scully fit mine de le frapper au niveau du torse puis se redressa doucement pour favoriser sa cuisse. De nouveau, elle remonta son pantalon pour s’auto ausculter. La cicatrice n’était pas très propre mais elle ne décela aucun signe évident d’infection. Les contours rougeâtres indiquaient la fragilité de la plaie, néanmoins, en faisant attention, ses déplacements ne devraient pas la rouvrir.


« Tu vas pouvoir marcher ? » Fit Mulder en se penchant pour voir la blessure de son amie.

Scully hocha la tête sans réaliser qu’il venait justement de la tutoyer. Quand ce fut le cas, elle se tourna vers lui pour le voir sourire de nouveau, cette fois avec affection de manière à ne pas paraître effronté. La jeune femme n’en prit pas note, en un sens, elle était plutôt satisfaite de voir qu’ils se rapprochaient. Cela faisait longtemps qu’elle avait passé un bon moment en compagnie masculine et ce constat lui mit du baume au cœur.


« Vous pouv… Tu peux m’aider à me relever s’il te plaît ? » Demanda Scully en se corrigeant d’elle-même.

Mulder se redressa et lui tendit son bras valide qu’elle agrippa avec plus de force que nécessaire. Une fois debout, un vertige l’étourdit et elle dût se rattraper à son compagnon d’infortune, une main plaquée sur la bouche. La nausée laissa un goût métallique dans le fond de sa gorge.


« Ca va aller ? » S’enquit Mulder, l’inquiétude lisible dans son regard.

« Je crois… J’ai dû perdre plus de sang que je ne le pensais. » Réfléchit Scully, son visage blême.

« Est-ce qu’il te reste des barres énergétiques ? » Essaya-t-il sans pour autant lâcher son bras.

« Oui, deux, dans mon sac. » L’informa-t-elle en se rasseyant.

Mulder trouva la nourriture et ils partagèrent une barre entre eux deux, préférant garder la dernière de côté pour la suite. Il récupéra ensuite quelques bananes sur le régime qu’il avait rapporté et força Scully à en manger plusieurs malgré ses réticences. Ce n’était pas son fruit favori et le fait qu’il soit à peine mûr n’aidait pas à son ingestion.


« Cette nuit j’ai réfléchi à notre situation. Je suis arrivé ici en jeep, avec un Ivoirien qui s’appelle Awadji. Il doit revenir me chercher dans trois jours, à l’endroit où il m’a déposé avant-hier. Si on y parvient à temps, on sera ramenés en sécurité. » Suggéra Mulder, plein d’espoir.

« Trois jours pour parcourir un peu plus que le trajet qu’on a effectué en neuf heures. Sachant que nous n’étions pas blessés et que nous avons couru à certains moments. Avec ma cuisse je vais considérablement vous ralentir… Te ralentir, peut-être que tu devrais y aller seul et revenir me chercher plus tard ? Je ne risque pas grand-chose ici, je suis abritée du froid, il me reste quelques vivres… » Commenta Scully, elle ne voulait pas l’encombrer.

« Il est hors de question que je te laisse ici toute seule. Je te porterai s’il le faut mais tu m’accompagnes. » Insista Mulder en récupérant leurs bouteilles pour les remplir avec l’eau de la rivière.

Celle-ci n’était pas d’un goût ou d’une qualité exceptionnelle mais ils n’allaient pas faire leurs mijaurées. Scully l’observa sans s’opposer à ses paroles, découragée et exténuée. Une partie d’elle souhaitait rester derrière afin de donner une chance à Mulder de s’en sortir. Cependant, une portion de son esprit se révélait moins téméraire. Le suivre garantirait un semblant de sécurité et la solitude qu’elle avait apprivoisée jusque là lui semblait subitement moins alléchante. Bien qu’il soit agaçant, Mulder avait ce petit côté attachant et rassurant que Scully, jusque là, n’avait jamais particulièrement apprécié chez un homme.


« Je sais que tu peux le faire, mais si tu y tiens, je peux te rabâcher le contraire histoire que tu puisses prendre un malin plaisir à me contredire. » Décocha-t-il, presque condescendant.

« Non merci, je me débrouillerai. » Fit Scully, son ton ferme et définitif.

Quelques secondes d’hésitation et, sur une jambe qui la rendait bancale, elle s’éloigna de Mulder. Il la regarda marcher, dissimulant sa douleur du mieux possible et sentit grandir en lui un sentiment d’admiration. Même les deux jambes blessées elle aurait tenté de se relever pour rentrer seule à pieds. Qu’elle le nie ou non, Scully était une battante, pour ne pas dire tête de mule. Cela tombait bien puisque Mulder était le maître en la matière.

***

De nombreux kilomètres et une nuit plus loin, l’obscurité s’abattait de nouveau sur les deux randonneurs éprouvés. Après avoir badigeonné les plaies l’un de l’autre, Mulder et Scully s’étaient écroulés sur un lit d’herbe, les yeux rivés sur le ciel nuageux.


« C’est bien notre veine, on va dormir sous la pluie cette fois. » Présagea Scully en réprimant un frisson.

A ses côtés, Mulder avait les yeux rivés sur les quelques étoiles qui perçaient ça ou là. A en juger par le peu de vent, les prédictions de son amie se réaliseraient probablement dans peu de temps. Le lieu où ils avaient décidé de s’arrêter n’offrait guère d’abris, les branches des arbres trop fines pour les protéger des gouttes d’eau qui menaçaient. Son GPS était recouvert d’une pochette en plastique qui limiterait l’humidité mais leurs vêtements étaient en tissu… Ils seraient chanceux s’ils n’attrapaient pas une pneumonie.


« J’aurais dû contacter mon chef de mission hier matin. » Murmura Scully, se serrant discrètement contre Mulder pour se réchauffer.

« Tu penses qu’il aura tout de suite appelé du secours ? » S’enquit Mulder.

Ils avaient peu de chance d’arriver à temps à son point de rendez-vous avec Awadji le lendemain à l’aube. Pour ce faire, il leur devrait parcourir encore au moins cinq kilomètres avant la tombée de la nuit et au moins autant au petit matin. En espérant qu’Awadji les attende une bonne heure avant de les abandonner à leur sort sinon il ne donnait pas cher de leur peau.


« Oui, en général il ne prend pas de risque, il sait qu’un petit incident peut rapidement prendre des proportions incontrôlables dans cet environnement. Même si… » Sa voix s’éteignit et un air sombre recouvrit son visage l’espace d’une seconde. « Non, rien. »

« Laisse-moi deviner. Ton chef de mission, ce ne serait pas également ton ex-mari par hasard ? » S’aventura Mulder, il se doutait que quelque chose taraudait la jeune femme.

« Tu es voyant, pas agent du FBI, ce n’est pas possible. » Se lamenta Scully avec une pointe d’exaspération.

Le fait qu’il voie aussi facilement à travers elle la mettait mal à l’aise et Scully se redressa pour s’éloigner légèrement et rompre le contact avec Mulder. En un sens, elle avait peur que l’état de sa relation avec son ex-mari leur fasse affronter des conséquences peu réjouissantes. Le connaissant bien, Scully savait qu’il serait capable de la faire patienter un jour supplémentaire avant d’appeler du renfort. Juste pour le plaisir de la faire mijoter et d’attiser sa haine. Lui qui n’avait toujours pas digéré leur séparation. Peut-être aurait-elle dû attendre davantage avant de s’échapper en Afrique. Le temps de déménager en dehors de Washington afin d’être assignée à une autre section de Médecins du Monde et donc à un autre chef de mission que le Docteur Waterston.


« Hey, je m’excuse si j’ai dit quelque chose qui ne fallait pas. Mon cerveau va parfois un peu trop vite et je parle sans retenue. Je ne voulais te faire de mal. » Murmura Mulder en passant un bras dans son dos, le pauvre ne savait plus comment l’aborder.

Il la vit essuyer ses yeux puis quand elle se tourna vers lui, Scully avait un visage adouci, ses yeux rouges les seuls témoins de sa faiblesse momentanée.


« Tu n’as pas à t’excuser. Lorsque Daniel m’a… Mon ex-mari et moi avons divorcé, je n’avais que la fuite en tête et je n’ai pas pris le temps de demander une dérogation pour changer de secteur ou quoi que ce soit, je suis partie au plus vite. » Expliqua-t-elle en se laissant retomber dans ses bras et les herbes hautes. « On habitait à Georgetown et c’est lui qui est parti, rien qu’à l’idée de remettre les pieds dans cet appartement à mon retour me donne la nausée. » Se confia-t-elle avec honnêteté, rassurée de voir qu’il l’écoutait sans émettre le moindre jugement.

« Si jamais tu en as besoin, j’ai le placard à balais de libre, j’habite dans Alexandria. » Suggéra Mulder pour la relaxer, ce qui fut le cas.

La joue sur son épaule, Scully ferma les yeux et respira calmement, bercée par les aller-et-venues de que créaient les doigts de Mulder sur sa hanche. Elle était étonnée que Mulder prenne le temps de rester allongé au sol, sans bouger, satisfait de ne rien faire à part se reposer. C’était un geste anodin mais Daniel n’avait jamais supporté de d’être immobile, de profiter de l’instant. Alors venant de Mulder, cet homme si intense et passionné, avide de découvertes constantes, cela la surprenait d’autant plus.

Le peu de fois où Daniel s’était soucié de son bien être, elle l’avait rabroué sans égard, n’appréciant pas son assistanat. Ses manières avaient été maladroites, étouffantes. Avec Mulder, lorsqu’il s’étendait sur le sol et qu’elle posait sa tête sur le haut de son torse pour être plus confortable, c’était inné. Quand elle trébuchait et qu’il la rattrapait sans un mot, c’était encore une fois instinctif. Aucun « merci » n’était exigé pour un geste qu’il effectuait plus par naturel qu’intérêt mal dissimulé. En temps normal, elle se serait sentie rabaissée, sous-estimée, avec Mulder elle avait l’impression paradoxale d’être respectée, admirée. Et ces sensations la rendaient légère, insouciante du danger qui les entourait. Il fallait qu’elle se reprenne mais l’envie la quittait à chacun de ces efforts discrets et néanmoins si éloquents.

Une goutte d’eau s’échoua sur le front de Mulder et ce dernier finit par ouvrir les yeux. Plusieurs autres vinrent s’écraser contre sa peau et ses vêtements puis rapidement, la tiède averse se transforma en déluge indescriptible. Tous les deux rassemblèrent leurs dernières forces pour se réfugier sous un acacia aux branches élancées. Arrêtés au début d’une impressionnante étendue de savane, Mulder savait qu’il ne leur restait plus longtemps à marcher pour rejoindre le lieu exact de leur rendez-vous. Dès leur réveil, ils longeraient la forêt en direction du sud et avec un peu de chance, ce seraient leur dernière escapade à pieds.

Au dessus de leurs têtes, les feuilles et les fleurs ne les protégeaient pas efficacement de la pluie qui s’abattait en trombes. A chaque rafale, ils resserraient leur étreinte comme pour se défendre de cette agression extérieure.


« On n’est pas sensés se mettre nus l’un contre l’autre pour se réchauffer ? » Questionna Mulder d’un air faussement humoristique.

La jeune femme se décolla brusquement de lui et Mulder crut qu’il avait peut-être dépassé les bornes. Avait-elle pris sa remarque au premier degré ? Fatigués comme ils étaient, l’irritation de Scully serait compréhensible.


« Euh, je suis désolé ? » Se risqua-t-il sans trop savoir si c’était ce qu’elle attendait.

« Non… » Commença-t-elle, songeuse. « J’ai juste… juste eu une impression de déjà-vu. Comme si on m’avait déjà dit ça, c’est très étrange. » Décrivit-elle, déstabilisée.

« Dommage, je pensais innover. » Grommela Mulder en détournant les yeux.

***

Le trajet retour en compagnie d’Awadji n’était pas plus agréable au retour qu’il ne l’avait été à l’aller. Le jeune homme avait été étonné de trouver Mulder accompagné et blessé mais n’avait pas pipé mot, trop habitué à ne pas poser de questions embarrassantes au risque de s’attirer des ennuis.

Scully tentait de se reposer en s’appuyant contre la portière mais le chemin étant accidenté, elle ne parvenait pas à trouver le sommeil. Mulder avait choisi la place du milieu, ne sachant pas réellement s’il pouvait faire confiance à ce guide. Il préférait être en premier ligne en cas de danger plutôt que d’y exposer sa nouvelle amie. Awadji avait promis de les ramener sur Abidjan afin qu’ils trouvent un endroit où se cacher quelques jours.

Tous les deux furent déstabilisés par leur retour en ville, les voitures, les vélos et les motocyclistes tournoyaient autours d’eux dans un interminable brouhaha. C’était l’heure de pointe, peu avant midi, et la chaleur était insoutenable, ajoutée à la pollution qui rendait l’air irrespirable.


« Awadji, je vais avoir besoin de votre aide. » Commença Mulder en priant pour ce dernier ne les trahisse pas.

Ces soldats dans les bois les avaient relâchés pour ne pas créer de vague entre les deux diplomaties de leurs pays mais cela ne signifiait pas qu’ils les avaient oubliés totalement.

Ils se tenaient tous les trois debout près du 4x4, noyés dans une poussière étouffante. Scully épongeait son front avec son avant-bras mais ses gestes étaient bien inutiles. Le soleil les éblouissait tout en les écrasant se ses rayons brûlants.

Mulder n’avait pas d’argent sur lui et Scully non plus. Le troc était leur seule option et il espérait qu’Awadji ne se vexerait pas.


« Est-ce que vous pouvez me donner de l’argent si je vous échange ma montre ? » S’essaya-t-il en présentant à Awadji sa Casio toute neuve au bracelet étincelant d’or et d’argent.

Ce dernier examina l’objet et proposa 70 000 francs CFA. Mulder fut impressionné par le chiffre avant que Scully ne s’éclaircisse la gorge avec gêne.


« Elle en vaut au moins le triple » Souligna-t-elle, connaissant mieux que lui les équivalences pratiquées.

« Je vous en donne 150 000 si vous me donnez le collier avec. » Proposa Awadji en désignant la crois en or qui pendait au coup de la jeune femme.

Celle-ci ne put s’empêcher de porter la main à son bijou, outrée par cette suggestion malhonnête. Mulder détecta le malaise et prit son amie en aparté.


« Combien nous faut-il pour payer l’hôtel pendant 2 ou 3 jours et un coup de fil aux Etats-Unis ? » Demanda-t-il pour aller droit au but.

« Je dirais 120 000 francs CFA, si tu n’es pas trop regardant sur la propreté de la chambre. Mais il faut aussi compter la nourriture. » Estima Scully à voix basse.

Mulder retourna auprès d’Awadji et lui tendit sa montre.


« 180 000 pour la montre, c’est mon dernier mot sinon je vais voir ailleurs. »

« J’vous en donne 10 000 de plus et je veux le collier avec, faites un effort ! » Insista Awadji en perdant patience, il savait que ce genre de signe religieux se vendrait très facilement et ne comptait pas passer à côté d’une bonne affaire.

« Il est hors de question qu’elle vende sa croix, alors, vous voulez la montre ou pas ? » Continua Mulder, il cèderait bien pour un prix défiant toute concurrence.

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MessageSujet: Re: Un autre visage de l'Afrique   Mar 20 Juil - 19:07

Scully observait l’échange en silence, touchée qu’il ne souhaite pas l’obliger à se séparer de son pendentif. Sa réaction avait été instinctive lorsqu’elle avait reculé d’un pas en protégeant sa croix. Mulder avait dû comprendre qu’elle revêtait une importance plus sentimentale que financière.

Awadji, quant à lui, allait s’offrir une montre d’une valeur de 900$ pour un prix trois fois moins élevé, il ne resterait pas dubitatif bien longtemps. Ses suspicions se confirmèrent quand Mulder se retrouva avec une épaisse liasse de billets au creux de la paume et qu’Awadji décora son poignet de son nouvel investissement.


« Pour ce prix là, vous pourriez peut-être nous indiquer un hôtel discret mais respectable dans le coin ? » L’interrogea amèrement Mulder.

« Dans la deuxième à droite, l’hôtel Tiama. » Lança-t-il en mettant le contact avant de démarrer en trombe et de les abandonner au milieu de cette métropole inconnue.

***


« Ce n’est pas si mal que ça ? » Remarqua Mulder en observant la chambre qu’ils devraient partager par souci d’économies.

Scully lui jeta un regard exaspéré, comme pour lui communiquer sa préférence pour le sol de la jungle qu’ils avaient quittée au matin plutôt que ce nid à microbes.


« Essaye de nettoyer ta plaie comme tu le peux, je vais faire quelques courses et passer mon coup de fil. » Annonça-t-il finalement en glissant la clé dans la serrure. « Ferme derrière moi quand je serai sorti. » Indiqua-t-il par mesure de sécurité.

« Tu ne veux pas te rafraîchir un peu avant ? » S’étonna Scully, ils dégoulinaient tous les deux de sueur.

« Je ne préfère pas, sinon je ne quitterai plus cette salle de bain. » Répliqua-t-il avec un sourire amusé. « Vas-y, fais-toi plaisir. Je vais essayer de revenir dans moins d’une demi-heure. » Fit-il en ouvrant la porte.

« Fais attention à toi… » Murmura-t-elle en posant la main sur son avant bras.

Par réflex Mulder déposa un baiser sur son front et recula brusquement, il ne savait pas vraiment pourquoi il avait agi ainsi. Scully ne lui en tenait pourtant pas rigueur et fit demi-tour sans un mot pour rejoindre la salle de bain.

Elle n’avait pas fermé la porte que Mulder revenait sur ses pas pour se poster devant elle, les mains sur les hanches et un air songeur planté sur le visage.


« Je viens de penser à un détail des plus importants. Je ne sais pas si j’ai envie que votre carte d’identité indique Pamela Scully ou bien quelque chose de plus commun… » Réfléchit-il à haute voix. « Je crois que le plus simple, ce serait que vous me disiez enfin votre prénom avant que je le me retrouve comme un idiot quand mes amis me demanderont quoi inscrire »

Scully l’avait écouté avec patience, attendant que son petit laïus prenne fin pour lui répondre. Après-tout, elle réussirait bien à s’emparer de ses papiers pour découvrir son vrai prénom à lui, elle était plutôt agile pour ce genre d’acrobaties manuelles.

« Dana. » Fit-elle simplement comme pour lui montrer que ça ne la dérangeait pas autant qu’il le soupçonnait.

« Dana ? » Répéta Mulder, presque déçu de ne pas l’avoir su plus tôt juste parce qu’il avait choisi de taire le sien, Scully n’avait aucune honte à avoir vis-à-vis de son prénom, contrairement à lui.

« Oui, Dana Katherine Scully. » Compléta la jeune femme avant de s’enfermer pour de bon dans la salle de bain et de laisser un Mulder hébété sur le pas de la porte.

Elle se trouvait encore dans la même pièce quand trois petits coups résonnèrent contre la porte d’entrée. Après sa douche, elle avait tenté de nettoyer ses vêtements un minimum et les avais étendus sur le bord de la fenêtre pour qu’ils sèchent. Simplement vêtue de ses sous-vêtements, elle se dirigea vers la sortie mais s’arrêta au passage pour s’enrouler dans le dessus de lit pour ouvrir à Mulder dans une tenue décente.


« Cadeau ! » S’exclama-t-il en lui tendant deux sacs en plastique et se retenant de faire une remarque sur le peu de tissu qui la recouvrait.

« Qu’est-ce que c’est ? » S’enquit-elle en allant ouvrir les sacs sur le lit.

Elle trouva deux tee-shirts et un pantalon en coton, des bandes, du désinfectant et des sandwichs légèrement ratatinés. Mais après plusieurs jours sans réelle nourriture, ils étaient accueillis comme une bénédiction.


« Merci, c’est parfait. » Nota Scully sans trop savoir que dire. « Plus ça va, plus tu me surprends. Et pas toujours dans le mauvais sens. » Précisa-t-elle en récupérant les nouveaux vêtements pour aller se rhabiller dans la salle de bain.

Lorsqu’elle en ressortit, elle avait enfilé l’un des tee-shirts et gardé le reste pour le lendemain. La taille du haut était bien trop grande pour elle, c’était tout ce qu’il avait trouvé avec si peu de temps et d’argent. Au moins, elle était couverte jusqu’aux genoux. Ajouté aux tâches de rousseur qui mouchetaient son visage, elle ressemblait à une enfant. Cependant, Mulder ne put s’empêcher de remarquer ses courbes, quant à elles tout à fait adultes et séduisantes.

Mulder se reconcentra et présenta les quelques achats supplémentaires qu’il avait effectués : des vêtements propres pour lui ainsi que deux brosses à dents et du dentifrice.


« Il vaut mieux que l’on reste enfermés le plus possible. Je sortirai simplement nous chercher à manger et nous resterons cloîtrés jusqu’à note départ prévu après demain soir. » Expliqua-t-il sans trop regrets.

Après tout, rester en huis-clôt avec cette jeune femme serait tout sauf une torture. Il faudrait néanmoins supporter la chaleur inconfortable de la pièce qui n’était évidemment pas climatisée. Mulder laissa son amie découvrir ses emplettes et en profita pour s’accaparer la salle de bain. Son soulagement à l’idée de prendre une douche ne fut que de courte durée car l’eau froide qu’il espérait obtenir se révéla plutôt tiède que rafraîchissante.


« Tu ne m’as pas parlé de ce que vous aviez décidé tes amis et toi. » Le questionna Scully à sa sortie.

Il la rejoignit sur le bord du lit, torse nu et craignant déjà la sueur dans une pièce si peu aérée. Il n’essaya même pas de se sécher les cheveux, plus longtemps il pourrait conserver un minimum d’humidité sur sa peau, mieux il se sentirait.


« Ils ont un contacte en ville, ils vont lui demander de nous dégotter de vrais faux papiers puisqu’on n’a plus les nôtres. Si on avait dû passer par la voie légale, ça nous aurait pris au minimum 3 semaines, comme ça on les aura demain midi. L’homme en question s’appelle Dante, j’irai à sa rencontre vers 12h dans un restaurant en bas de la rue. Il me remettra les papiers, du liquide et deux billets d’avion. Départ d’Abidjan à 22h40 avec une escale à Dakar puis une autre à Bruxelles. Ca nous fera une journée entière de voyage. » Détailla Mulder alors qu’il n’avait manifestement pris aucune note.

« J’aimerais t’accompagner demain midi. » Répondit Scully après avoir assimilé les informations.

« Je ne préfère pas, les autorités n’ont pas l’air de vouloir nous mettre des bâtons dans les roues mais si elles nous cherchent, c’est un couple qu’elles ont en vue, pas un homme seul. »

Scully aurait voulu insister mais même si elle ne le connaissait que depuis quelques jours, quelque chose lui disait que le ton qu’il venait d’employer avec un sous-entendu définitif. Elle ravala donc sa fierté et se laissa glisser sur le lit jusqu’à se retrouver allongée.

« Je vais aller demander à l’accueil s’ils n’ont pas quelques magazines à nous prêter ou une radio. S’ils posent des questions je leur dirai que tu es un peu malade suite au décalage horaire. » Déclara Mulder en revêtant son tee-shirt à contre cœur.

***

Il était bientôt onze heures du matin et tous les deux somnolaient encore, allongés de part et d’autre du lit. Non pas pour éviter de se toucher et d’éveiller ainsi des sensations inutiles ou un embarras certain, mais simplement parce que tout contact de leur peau déclencherait des gouttes de sueur supplémentaires. La température dans la chambre dépassait sûrement les 32 degrés que la radio avait annoncés à l’extérieur. Ce temps les avait vidés de toute énergie, de tout désir de se mouvoir ne serait-ce que pour aller s’humecter le visage dans la salle de bain.

Mulder cherchait en lui le courage de se lever afin de se préparer pour son mystérieux rendez-vous. Son amie l’observait d’un œil, se demandant comment elle était arrivée à fuir le pays telle une criminelle à cause de ses lubies à lui. Les soldats Ivoiriens les avaient laissés libres tout en les privant d’un retour rapide et sécurisé dans le but probable d’effacer toute trace suspecte. Le temps qu’ils posent pieds sur le sol Américain, il n’y aurait plus rien à voir, que ce soit à l’œil nu ou grâce à un satellite d’observation.

La culpabilité qu’il ressentait à l’égard de la jeune femme, peu apparente aux yeux extérieurs, le rongeait pourtant petit à petit. Un bras replié sur le visage, Mulder se dissimulait pour ne pas affronter le regard de son amie, cette quasi étrangère qui n’avait pas hésité à lui faire confiance et à le suivre plutôt que de risquer la survie d’une tribu Africaine. Si ça ne signifiait pas qu’il s’agissait d’une femme droite à tous points de vue, Mulder ne saurait plus reconnaître un OVNI d’un avion. Aux premiers abords elle s’était un peu moquée de ses théories mais bien vite elle avait su se taire pour l’écouter avec sérieux et concentration. C’était bien plus que n’importe qui d’autre n’avait fait pour lui depuis très longtemps. Il était plus accoutumé aux rires réprimés de ses collègues de bureau qui le prenaient pour un abruti, un profile qui avait laissé les esprits des meurtriers étudiés le pénétrer assez pour le rendre totalement fou. Scully, quant à elle, avait contenu ses commentaires sarcastiques et lui avait même donné sa chance en allant à la recherche de ces appareils crashés. Prête à voir ce dont il parlait de ses propres yeux avant de le juger cause perdue.

Revigoré suite à ces quelques pensées, Mulder se redressa brutalement, faisant sursauter Scully. Elle arbora un air interrogateur, surprise de le voir effectuer des mouvements si soudains dans cette chaleur éreintante.


« Il faut bien que je finisse par me préparer sinon je ne me lèverai jamais à ce train là. » Répliqua-t-il à sa question silencieuse.

Il alla s’enfermer dans la salle de bain et quand il en sortit une demi-heure plus tard, propre et frais pour les quinze prochaines minutes, Scully se trouvait toujours dans la même position. Dans un naturel presque familier, routinier même, Mulder vint s’asseoir à ses côtés pour l’observer sans un mot. Quelques rayons de soleil perçaient à travers les volets de bois et parcouraient la pièce jusqu’à caresser son épaule et la courbure de sa gorge. Comme hypnotisé, il dût se retenir se toucher sa peau pour voir si elle était aussi brûlante qu’il l’imaginait.


« Tu penses être parti pour combien de temps ? » Demanda-t-elle tout à coup sans ouvrir les yeux, devinant simplement sa présence par l’affaissement du matelas.

Ce fut au tour de Mulder d’être surpris et il vérifia que ses mains reposaient bien sur ses genoux à lui afin de ne pas se trahir.


« Pas bien longtemps, à mon avis notre ami n’aura pas trop envie de s’éterniser à ma table. » Ironisa Mulder en détournant les yeux quand Scully se redressa pour s’appuyer sur ses coudes avant de s’asseoir elle aussi.

« Je fais quoi si tu ne reviens pas ? » S’enquit-elle en tentant de masquer son appréhension à l’idée de rester seule ici à l’attendre.

« Je vais te donner le numéro de téléphone de mes anges gardiens. Tu les appelles de ma part, pour effacer leurs doutes tu n’auras qu’à dire à Frohike qu’il me doit toujours un stock de vidéos, il saura de quoi je parle. Et tu leurs racontes ce qui s’est passé, ils t’aideront sans poser de questions. » La rassura Mulder en prenant cette fois sa main dans la sienne pour jouer nerveusement avec leurs doigts, les entremêlant à tout va.

Scully resserra la main sur la sienne et elle parvint enfin à attirer l’attention de Mulder sur son visage. Hésitante, elle s’approcha de lui pour l’embrasser. Leur échange fut simple mais subtile, seules leurs lèvres se caressèrent dans un contact qui, à lui seul, les laissa sans voix. Un sourire vint détendre leurs expressions, une étreinte mit fin à leur gêne mutuelle et Mulder quitta la chambre pour son rendez-vous.

De nouveau étendue sur leur lit, Scully scrutait le plafond sans trop savoir si elle venait de tout compliquer ou au contraire, de tout rendre clair et limpide.

***

Cinq jours qu’ils se tenaient compagnie et Mulder aimait en apprendre toujours un peu plus sur son amie. Actuellement endormie sur son épaule, Scully n’avait pas su dissimuler son inquiétude de voler, surtout à bord d’un appareil visiblement mal entretenu. Mulder avait souvent voyagé dans des avions poubelles tels que celui-ci mais s’était rarement fait de souci. Les craintes de Scully avaient éveillé en lui un côté protecteur qu’il mit à profit en l’invitant dans ses bras. Une offre qu’elle accepta sans arrière pensée et deux secondes plus tard, Scully s’était retrouvée blottie contre lui.

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MessageSujet: Re: Un autre visage de l'Afrique   Jeu 22 Juil - 23:39

Deux avions plus tard, ils se situaient encore au dessus de l’Atlantique mais d’après les informations du commandant de bord, l’appareil survolerait bientôt les côtes du Delaware. Mulder n’en pouvait plus, avec ses longues jambes recroquevillées comme elles l’étaient depuis le départ, il avait l’impression d’être une crampe géante. Tout son corps le faisait souffrir le martyre et l’idée même d’aller marcher quelques minutes sous la pluie à la recherche d’un taxi le faisait saliver d’envie. Ca et un délicieux hot dog de chez Charlie’s au coin de sa rue. Ou même deux hot dogs tant qu’à faire après le peu qu’il avait mangé cette dernière semaine.

L’atterrissage se fit sans encombre, pour le plus grand plaisir de Scully dont le visage blême traduisait toute l’angoisse. Mulder s’était presque attendu à la voir applaudir le pilote, ce qui heureusement, n’eut pas lieu.

Il était désormais dix-huit heures, autrement dit, le pire moment pour réquisitionner un véhicule tant les files d’attente d’étiraient. Arrivés à l’extérieur, la pluie que Mulder avait tant désirée se montra enfin et tous les deux restèrent en dessous, levant leurs visages vers les cieux. Les gens qui les entouraient ne tardèrent pas les à les observer d’un mauvais œil mais ils n’y accordèrent pas le moindre intérêt. Trop soulagés de pouvoir enfin poser le pied sur le sol Américain, en un seul morceau.


« Mr Mulder ? » Questionna un homme qui s’abritait tant bien que mal sous un parapluie en tenant un panneau indiquant ‘‘MULDER’’ en lettres majuscules.

« Oui, c’est bien moi. » Répondit Mulder, l’éternel méfiant.

« Bonsoir, je m’appelle Andy, c’est Frohike qui m’envoie, il a pensé que vous auriez besoin d’un taxi rapide car vous avez beaucoup voyagé. » S’expliqua l’inconnu d’un ton fragile.

« Comment m’avez-vous reconnu. » Résista Mulder, juste pour être sûr.

« Il m’a dit de chercher un homme au comportement étrange. Et comme vous restiez sous la pluie, à attendre qu’une pneumonie vous attaque… » Se justifia-t-il en souriant maladroitement.

Mulder lâcha un léger rire, reconnaissant bien là son ami Frohike mais néanmoins redevable.


« Aller Scully, notre carrosse est avancé ! » Lança-t-il en prenant sa main pour emboîter le pas au grand malabar qui leur servirait de chauffeur.

***

Mulder remercia la foule qui l’applaudissait avec acharnement puis referma son exposé avant se descendre de scène. Il s’agissait de son huitième séminaire depuis son retour d’Afrique, trois mois plus tôt et il était désormais rôdé à l’exercice même s’il ne l’appréciait pas vraiment. Lorsqu’il était rentré à Washington, son supérieur, le Directeur Assistant Walter Skinner, avait eu le regret de lui annoncer la fermeture temporaire des affaires Non-Classées. Pendant 6 mois, après le départ de Diana Fowley, Mulder était resté seul aux commandes de la division. Son absence momentanée avait manifestement donné le temps à certaines puissances au pouvoir de réduire son travail à néant. Il n’était soi-disant plus possible à Mulder se travailler dans cette section sans un partenaire. Evidement, Mulder aurait pu faire des pieds et des mains, jamais personne n’aurait supporté de devenir son coéquipier au risque de voir sa carrière prendre un virage des plus néfastes.

C’était pourquoi Mulder se retrouvait désormais attelé à la rébarbative tâche d’exposer des sujets particuliers aux membres du FBI qui daignaient l’écouter. Du profilage au relevé d’empreinte, il était sensé pouvoir s’exprimer sur tous les thèmes. Ses premières tentatives n’avaient pas été des plus fructueuses, certains anciens amis profitant de l’occasion pour tenter de le ridiculiser en public. Mais Mulder ne s’était pas laissé faire et à force de persévérance, il avait retourné l’épreuve en sa faveur, rendant ses interventions animées et passionnantes. Si bien qu’en l’espace de huit semaines, il était devenu l’orateur le plus demandé.

L’attroupement se dilua peu à peu et Mulder parvint enfin à se frayer un chemin entre les étudiants et les agents qui souhaitaient lui poser des questions ou lui serrer la main. Esquivant encore sur quelques mètres, il atteignit enfin le couloir puis l’ascenseur. Il allait presser le bouton quand une main délicate le dépassa et le fit à sa place. Mulder suivit ce fit et élégant poignet pour découvrir Scully, en tailleur noir et cintré, appuyée contre le mur.


« Bonjour Agent Mulder. J’ai beaucoup aimé votre présentation du jour. Surtout le moment où vous jouiez les victimes face à leur agresseur. » Fit-elle comme si de rien n’était, croisant les bras sur sa poitrine.

Ses cheveux étaient parfaitement lissés et coiffés en carré soigné, son maquillage était simple mais sans défaut. Le grain de beauté qui mouchetait l’espace entre sa lèvre supérieure et son nez avait néanmoins été recouvert de fond de teint et Mulder se surprit à le regretter. Il resta muet devant elle pendant de longues secondes, subjugué par cette vision. Elle était sublime et tellement différente de la sauvage jeune femme qu’il avait rencontrée au beau milieu de l’Afrique. Comme s’il s’agissait de deux femmes sans le moindre point commun.


« Scully ? »

« C’est bien moi. J’ai bien failli ne pas te reconnaître dans ce costume. Ca te va très bien d’ailleurs, mais pas aussi bien que le jean et le tee-shirt pleins de sueur. » Répliqua-t-elle avec un sourire.

Ils entrèrent tous les deux dans la cabine et Mulder les dirigea vers son bureau au rée de chaussée.


« Ca fait longtemps, que me vaut l’honneur de cette visite ? » Demanda-t-il, intrigué qu’elle redébarque dans sa vie aussi subitement.

Trois mois plus tôt, ils étaient rentrés chez lui, aucun des deux ne souhaitant se retrouver seul chez lui après cette aventure des plus étranges. Mulder s’était comporté comme un gentleman, lui offrant son lit pendant qu’il dormait sur le canapé. Ils avaient nettoyé et pansé leurs blessures, se promettant de consulter un médecin au plus vite pour y ajouter des points de suture finalement nécessaires. Au petit matin, ils avaient déjeuné ensemble autour d’un café et de bagels frais que Mulder était allé acheter un peu plus tôt. Scully avait fini par le quitter pour rentrer chez elle, appeler sa mère et son ex-mari pour démissionner. Ils s’étaient dit au revoir avec la bise et ça avait été leur dernière entrevue. Aucun des deux n’avait osé recontacter l’autre, la gêne tant crainte s’étant malencontreusement installée entre eux.


« Deux choses. » Annonça Scully, sortant une feuille de papier de sa poche pour la tendre à Mulder.

« Une analyse ? » S’enquit Mulder en découvrant des données qu’il ne savait pas trop comment interpréter.

« Lorsqu’on est rentrés d’Afrique, j’ai fait analyser un échantillon de cette terre grisâtre qu’on a foulée si longtemps. Des résidus se trouvaient encore dans mes crampons alors à l’hôtel j’en ai gardés, enroulés dans du papier toilette. » Expliqua-t-elle sans effets.

« J’aurais dû y penser… » S’accusa Mulder dans un soupir.

« Tu avais notre sécurité à cœur à ce moment-là. » L’excusa Scully. « Il s’agit de magnétite. Une pierre qui a des propriétés intéressantes, comme celle d’attirer le métal, surtout quand il est constitué d’un fort taux d’aluminium et de carbone. »

« Qui sont les deux composants principaux des avions… » Devina Mulder, il comprenait peu à peu là où elle voulait en venir.

« Peut-être que ces appareils se sont écrasés à ces endroits précis parce que la quantité de magnétite présente en ces endroits était très, très importante. Beaucoup plus qu’ailleurs en tout cas. »

« Le souci, c’est que malheureusement, nous n’avons aucun corps ni aucun appareil pour vérifier s’ils comportent d’autres anomalies. Je veux dire, ils devaient forcément avoir quelque chose de différents des avions que nous croisons couramment, sinon nos avions se seraient eux aussi crashés dans ces endroits. » Raisonna Mulder en se grattant le front.

Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent sur un couloir désert et ils purent continuer leur conversation tout en marchant.


« Ou peut-être que les gouvernements sont tout à faut au courant de ces lieux chargés de magnétite et font exprès de voler plus haut pour échapper à leur champ d’attraction. Ce qui rendrait suspect le fait que ces quelques avions volaient si bas, pourquoi ne le savaient-ils pas ? » Questionna Scully en exposant sa théorie.

« Je vais demander à mes amis de rechercher dans cette direction. Mais j’ai bien peur que ce soit inutile, même si on découvre qu’il s’agit d’une information basique, ou qu’elle est méconnue, on ne sera pas plus avancé car on n’a plus rien. » Souffla Mulder en déverrouillant sa porte, il fit signe à Scully d’entrer dans son bureau.

La pièce n’était pas très grande mais plus ou moins bien agencée, ce qui ne correspondait pas du tout à ce qu’elle connaissait de Mulder. Surtout après avoir vu son appartement.


« On m’a refilé ce bureau quand on m’a fait changer de section. » Expliqua-t-il en haussant les épaules.

Il aurait préféré rester dans son trou à rat au sous sol si ça lui avait permis de garder les Affaires Non Classées.


« Ce qui m’amène à la deuxième raison de ma visite. » Enchaîna Scully en s’installant face à lui dans l’un des deux fauteuils réservés aux invités.

« Une bonne nouvelle j’espère. » S’enquit Mulder en décelant un air de satisfaction dans le regard de son amie.

« Disons qu’en rentrant d’Afrique, j’ai pris quelques décisions… importantes. » Commença Scully pour préparer le terrain. « Je me suis renseignée et grâce à quelques amis bien placés, j’ai pu intégrer l’Académie. »

« L’Académie ? » Répéta Mulder, ne semblant pas saisir la portée de ses propos.

« Du FBI. Une session commençait quinze jours plus tard et j’y ai pris part. Avec mon diplôme de physique, ils m’ont ouvert les bras bien grand. Dans trois mois je serai normalement Agent Spécial avec bien sûr une qualification en pathologie. » Déclara fièrement Scully.

« Wow… Je ne sais pas trop quoi dire, c’est si soudain. Tu es sûre que tu as bien réfléchi avant de te lancer, Agent Spécial c’est autre chose que pathologiste ou Médecin du Monde… Un monde d’hommes, c’est assez rude… »

« Mulder, j’ai fait mon internat de médecine aux Urgences, je ne pense pas que supporter quelques remarques machistes et interroger des suspects soi bien plus terrifiant. Et je suis plus qu’habituée au sang ou aux organes déchiquetés. » Le rassura Scully sans prendre de pincettes.

Mulder était littéralement soufflé par cette nouvelle, et à la fois si fier et heureux pour son amie. Il avait un peu de mal à croire que cette jeune femme à l’apparence si frêle pouvait renfermer une telle détermination. Leur séparation, ou plutôt leur manque de liens durant ces derniers temps l’avait blessé profondément. Bien qu’ils soient tous les deux coupables, il avait tendance à s’imaginer que c’était ce qu’il méritait. Tout le monde finissait toujours pas l’abandonner un jour où l’autre. Alors pourquoi pas Scully ? Il ne lui en tenait pas rigueur, il apportait le malheur à tous ceux qu’il côtoyait alors s’il pouvait l’épargner en l’évitant, il s’y était résolu. Cependant, un petit espoir naquit en lui à l’entente de ce changement de carrière. Pourrait-il avoir un soutien au sein du FBI ? Une amie qui ne profiterait pas de lui, qui l’inspirerait ?


« Je dois y aller, j’ai rendez-vous avec un Directeur Assistant pour un poste éventuel à ma sortie de l’Académie. » Se justifia Scully en se levant pour quitter la pièce, une fois de plus.

« Oh, d’accord. » Fit Mulder en la rejoignant pour lui ouvrir la porte. « Je suis vraiment content de savoir que l’on pourra peut-être se croiser ici, au Hoover, dans quelques mois. » Offrit-il tout en ne voulant pas la voir partir.

Scully esquissa un sourire avant de s’éloigner puis de revenir sur ses pas au ralenti. Elle appuya sa hanche contre le mur, face à Mulder qui tenait encore la poignée dans la main gauche.


« Scully ? »

« J’ai rendez-vous avec Walter Skinner. J’aimerais proposer ma candidature pour les affaires Non Classées afin qu’elles soient rouvertes et que tu puisses continuer ton travail. » Avoua-t-elle d’une traite, son regard azur planté dans celui de Mulder qui buvait ses paroles comme un vin millésimé.

Il n’eut pas le temps de dire un mot, de réagir, qu’elle faisait déjà demi-tour comme pour le fuir. Mulder ne se soucia pas de savoir s’ils étaient seuls ou non dans ce couloir interminable. Il la poursuivit sur une vingtaine de mètres avant qu’ils ne se retrouvent bloqués devant l’ascenseur. Mulder lui saisit le poignet pour la forcer à se retourner vers lui.

Scully pivota sur elle-même et le fixa avec un mélange d’appréhension et de défi, comme ouverte à toutes les possibilités. Le genre d’état d’esprit dont Mulder raffolait. Celui qui le faisait croire qu’un partenariat entre eux aux Affaires Non Classées ferait des étincelles.


« Je n’ai pas de mots pour te remercier, tu ne peux pas… enfin si tu sais ce que ça représente pou moi et je n’arrive pas à croire que quelqu’un fasse un tel geste... Tu es incroyable. » Affirma-t-il en posant sa main libre contre sa joue.

Scully recula d’un pas et se sentie plaquée contre le mur, les lèvres de Mulder sur les siennes, se fondant en un baiser qu’elle avait tant désiré. Leurs corps se pressèrent l’un contre l’autre, recherchant la chaleur et la réalité indéniable d’un contact. Ils s’embrassèrent pendant de longues secondes jusqu’à ce que leurs esprits les poussent à s’écarter l’un de l’autre, conscients du lieu où ils se trouvaient.


« Cette fois on ne s’ignore pas pendant trois mois… » Murmura Mulder au creux de son oreille avant de l’abandonner à ses émotions, seule dans ce long couloir.

FIN.

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